CHAPITRE IV
La question de Torigine des sexes est certainement une de celles dont il est le plus difficile de donner une solution à peu près satisfaisante. C'est un fait, que presque toutes les espèces vivantes ont deux sexes, et que les rapports entre ces deux sexes sont la grande loi de la nature par laquelle les espèces se perpétuent et se propagent. Or, pourquoi cette nécessité de deux sexes indépendants Tun de Tautre pour la propagation des espèces, et comment procède la nature dans la formation de ces deux sexes ?
Si les animaux s'étaient reproduits par euxmêmes, que d'éléments d'activité et de progrès eussent été inconnus sur la terre ! L'enfant eût été, à peu près, semblable à son auteur, comme un pain est semblable à un autre pain pris dans la même pâte et sorti du même moule. Une uniformité désolante eût régné ; il eût manqué à la vie animale cet excitant qui porte, il est vrai, aux mauvaises passions, mais qui, en engendrant la famille, est devenu le combattant le plus énergique de
Tégoïsme. Pour que les desseins du Créateur fussent satisfaits, il était donc nécessaire qu'il y eût deux sexes indépendants l'un de l'autre ; le pourquoi de celte loi de la nature doit être cherché dans le vouloir de Dieu qui, autorisant le mouvement incessant qui mène au progrès, ne pouvait créer du même coup l'inertie qui en est la négation.
C'est pendant le travail de la formation des cellules que doit avoir lieu cet autre phénomène tout aussi curieux de la formation des sexes. Il serait bien hardi de s'écrier ici : « Voilà ce qui est ! » Mais il est permis de dire : « Voilà ce qui pourrait bien être, au moins comme idée générale, comme marche probable de ce problème naturel. »
Il a été démontré plus haut qu'à l'origine des espèces il a fallu que la génération fut spontanée, c'est-à-dire que les germes originels de chaque espèce, qui étaient formés par une association d'éléments inorganiques, passassent au règne organique. Or ce résultat fut produit par continuité d'un mouvement atomique ou moléculaire modéré et régulièrement établi; mouvement^chaleur qui ne pouvait s'obtenir régulier qu'à l'abri des influences extérieures, quelles qu'elles fussent, c'est-à-dire à l'intérieur d'une cellule. Il a été dit aussi que c'est aux différences des éléments enfermés dans la cellule, à leur plus ou moins grande activité de mouvement, aux dissemblances des milieux ambiants, que sont dues les différences entre les espèces ; et que dans la création des germes, c'est l'intérieur de la cellule qui est devenu le milieu immédiat. Par quelle
série de lois admirables le Créateur est-il arrivé à isoler et à proléger le peu de matière d'où devaient naître les organismes ? C'est ce qu'il sait seul, c'est une des preuves de sa puissance devant laquelle nous ne pouvons que nous incliner; mais, ce qui nous reste acquis, c'est que, puisqu'une différence dans l'organisation du milieu intérieur des cellules a pu être et a été certainement l'origine des espèces différentes, une dissemblance moins accentuée, entre deux termes de ce milieu, dissemblance commune au plus grand nombre de cellules, a bien pu être à son tour Torigine de la différence des sexes. Or, cette dissemblance productrice de la différence entre les sexes, vient probablement d'une fermentation plus ou moins active, plus ou moins prolongée dans une densité plus ou moins grande des milieux intérieurs de la cellule. En d'autres termes, si dans un milieu cellulaire se sont rencontrés des éléments qui ont pu se grouper en éléments organiques dits mâles, presque imperceptibles, en supposant un changement de ce milieu, on aura peutêtre la possibilité créatrice nécessaire à la naissance d'éléments organiques femelles.
Une cellule existant donc, les éléments de son milieu intérieur agissant physiquement ou chimiquement les uns sur les autres, produiront une chaleur-mouvement dont le résultat sera de grouper leurs molécules, et en les groupant, de les faire passer de l'inorganique à l'organique, en formant d'imperceptibles agglomérations, sortes de vibrions animés de mouvements propres qui, au moment où ils
naissent, représentent la capacité première du milieu intérieur de la cellule. Au momeut oti ils viennent de naître, il ne reste plus dans la cellule qu'euxmêmes, individualités vivantes et une matière qui ne peut plus donner naissance à des vibrions leurs semblables. Cetle matière sera la nourriture de ces vibrions et acquerra, par la suite et au moyen d'adjonctions naturelles venues du milieu ambiant, une possibilité nouvelle aussi, de devenir l'élément d'enfantements nouveaux. Elle n'aura, avec la première, qu'une différence relativement très petite, le bouquet ayant été absorbé pour la nourriture des premiers vibrions, et elle fournira la possibilité de naissance de vibrions presque semblables aux premiers.
Les seconds vibrions qui représentent, au moment de leur création, toute la possibilité de leur milieu, n'ont plus à absorber pour eux-mêmes, dans ce milieu, que des éléments dépouillés de toute possibilité créatrice, c'est-à-dire, amorphes ou neutres. Lors donc que dans ce même organe les vibrions qui continuent à se nourrir de matière amorphe accumulent en grande quantité les éléments qui le composent, et que l'on sait le que mouvement fermentescible de cette matière amorphe est inférieur à celui à qui l'on doit la formation de la première série de vibrions, on comprendra que le mouvement nécessaire à la vie d'un germe semblable se trouve neutralisé dans une certaine mesure, et que par conséquent, le vibrion de la seconde série ne peut donner naissance à aucun vibrion.
Maintenant, qu'on applique ce qui vient d'êtr dit, soit aux plantes, soit aux animaux, on aura, avec d'assez grandes probabilités, leur histoire embryogénaire.
La première série d'éléments organiques, les premiers vibrions, ceux qui représentent la possibilité la plus grande de la cellule, sa possibilité alors qu'elle n'est que peu modifiée par les liquides amenés par l'endosmose, ce sont les mâles de l'espèce. Les autres vibrions, ceux dont la semence se forme dans le milieu organique, à côté des premiers et sur un rang presque égal, sont les femelles. Les uns représentent, dans le principe, toute la possibilité d'être des mâles, et après eux les autres jouissent de la possibilité d'être femelles. A la suite de ces derniers, aucune particule vivante ne pourra naître dans cette cellule. Les seconds de ces vibrions, les femelles, prêtent en outre à l'organisation future de l'être une partie de leur propre organisme, mais dans des proportions telles, que des individus d'un sexe ou de l'autre ne peuvent s'y développer que lorsque l'acte de la copulation les y aura placés.
Telle nous semble être l'histoire de la Genèse des sexes.
Rien n'est plus intéressant aujourd'hui, et grâce aux travaux des savants les plus éminents, rien ne serait plus facile que de donner ici l'analyse de la partie physiologique qui traite de la formation des individualités, soit végétales, soit animales. Rien ne donne une plus grande idée du Créateur; mais, pour suivre la formation du pollen et de l'ovule, des
Barbie du Bocaob. 12
spermatozoïdes et de Fœuf, leur constitution intime, leurs évolutions, il faudrait entrer dans une série de détails qui ne doivent se trouver que dans des livres spéciaux destinés à une classe spéciale de lecteurs. Aussi, après avoir traité de la génération spontanée, de la formation de la cellule et des sexes dans la cellule, après avoir démontré, autant que faire se peut, que Dieu créa bien Tanimal du limon de la terre et qu'il le fit mâle et femelle, se bornera-l-on à poser cette autre question : Chaque espèce a-l-elle commencé par un couple type ou par un nombre indéterminé de couples ?
Ici est rinconnu ou à peu près. On peut essayer cependant de donner à cette question une solution qui, si elle n'est pas absolument satisfaisante, aura du moins, il faut l'espérer, le mérite de n'être pas à rejeter d'une manière absolue.
On objectera peut-être que, pour quiconque n'admet pas le transformisme, la question de l'origine de chaque espèce venue d'un seul couple est préalablement jugée. C'est une erreur: l'espèce, quoique ne pouvant se transformer en une autre, peut êlre née de plusieurs couples identiques produits dans des conditions parfaitement semblables. Rien n'empêche que les mêmes combinaisons de matière et de milieu se soient rencontrées à la fois sur plusieurs points. L'espèce n'en serait pas moins une et sa transformation ne serait pas pour cela plus probable. Ce qui augmente la série d'une espèce, ce n'est pas seulement l'engendrement dû ou le nombre des couples qui l'ont produite; mais c'est la
combinaison, ayant créé ces couples, formée dans certaines conditions. Or, physiquement parlant, il n'est pas impossible que des combinaisons identiques se soient rencontrées sur différents points, soit à un même moment, soit à divers instants de rédîfîcation du grand œuvre. Il y a impossibilité à ce qu'une combinaison devienne autre que ce que les éléments lui permettent d'être ; mais il n'y en a pas à ce que la même combinaison soit répétée autant de fois que Dieu l'a voulu.
On arrive à ce résultat de pères et de mères nombreux et semblables pour une même espèce chez certains animaux; mais pour d'autres, les difficultés s'accroissent, et quelques savants nient, à l'égard de ces derniers, qu'il en soit de même. Il semble donc qu'il y ait contradiction. Eh bien^ pour nous, si cette contradiction existe, il faut en chercher la cause dans ce que ces combinaisons, identiques sur un même point, étaient à leur origine d'autant plus nombreuses que les conditions qui leur étaient nécessaires étaient moins gravement compliquées. En d'autres termes, il résulte que^ plus de couples semblables ont pu naître en plus de points, plus l'espèce dont ils furent l'origine était moins perfectionnée. Un milieu étant donné, il y a bien des chances pour qu'une combinaison de deux éléments s'y rencontre plus qu'une combinaison de trois. Si donc les mollusques d'une espèce ont pu trouver en bien des places des conditions qui leur permettaient de naître, des annelés ont dû rencontrer ces conditions moins souvent
et les vertébrés moins encore, jusqu'à ce qu'on arrive aux espèces les plus perfectionnées qui, formées de mille éléments divers, n'ont dû se rencontrer plusieurs que rarement; la Bible dit même, qu'une fois. Aux partisans de l'unité absolue qui prétendent que cette multiplicité impose une borne à la puissance de Dieu, nous devons répondre : « Dieu a pensé son œuvre, et justement parce qu'il était Dieu, du moment qu'il a voulu que sa pensée soit, sa pensée fut. » Ce qui signifie que l'œuvre se déroule de conséquence en conséquence sans qu'il soit besoin qu il intervienne de nouveau. Si le fait existe, c'est que, dans l'exercice de sa puissance. Dieu a voulu qu'il existât.
C'est résolument que nous pouvons dire cela, nous qui cherchons avant tout à exposer les preuves de sa gloire; mais nous devons avouer que si ce qui nous semble l'exécution de sa volonté est l'origine multiple, Dieu a la suprême gloire d'avoir ordonné le milieu où pourraient se développer les conditions de naissance d'une espèce.
Ici finit la première partie de ce travail, celle qui touche à la matérialité de l'Univers, oii, dans le but de rendre à l'homme, aujourd'hui dévoyé, un peu de la foi qu'il a perdue, nous avons essayé de prouver l'existence de Dieu, de démontrer qu'il est le Créateur et la raison de tout ce qui est. Nous avons cherché à apprendre à nos contemporains que c'est dans la spiritualité même de Dieu, dans un élan d'amour, qu'il faut chercher le but de la Création ; puis, enfin, ayant montré ce qu'est le
maître du Monde, nous avons tenté de dérouler, sous les yeux du lecteur, le tableau trop long peut-être des actions créatrices, cherchant les combinaisons, développant les moyens; en un mot, nous avons tâché d'ôter au doute ses arguments matériels les plus spécieux. Puissions-nous avoir réussi ! Si cependant notre dire est encore douteux, lecteurs, soyez assez indulgents pour nous suivre dans l'essai plus difficile que nous allons entreprendre, en expliquant, après notre matérialité, la spiritualité divine, et partant, la spiritualité humaine. Là surtout nous trouverons des arguments pour dire à nos contemporains : Dans ce monde il n'y a plus de place pour le doute. Dieu est bien notre Père et on ne doute pas de son Père !