RAISON DE LA MISSION
Dans les livres précédents nous avons assisté au développement de l'œuvre de Dieu par la création de la matière inorganique, puis des végétaux et des animaux, produits de la matière organique ; nous
nous proposons, dans ce livre, l'étude de l'être qui nous paraît avoir été le but du grand œuvre, de rhomme au point de vue de ses possibilités matérielles et spirituelles, des devoirs et des aspirations de son âme.
Nous avons dit en commençant que, bien qu'ayant en lui-même et justement parce qu'il avait en lui-même tout ce qui mérite d'être aimé, Dieu manquait d'objet pour son infinie faculté de chérir ; que cet incommensurable amour ne pouvait se développer qu'à la condition d'user, pour une partie de son être, de sa prérogative de divisibilité, cet amour devenant alors le lien suprême unissant le tout aux parties ; qu'entin, plus la divisibilité était grande, plus s'étendait cet amour resté le même entre le tout et chacune de ses fractions. Il se multipliait sans s'affaiblir. Dans cette loi d'amour, nous avons trouvé la raison de la création de l'Univers; mais cette pensée ne serait pas suffisamment justifiée si Dieu n'avait eu en vue qu'une organisation plus ou moins parfaite de la matière et non de la lutte du principe qui est lui, contre sa négation. Cette lutte, en lui donnant la seule gloire dont il soit susceptible, celle de son triomphe sur ce qui n'est pas lui, favorisait en même temps l'extension infinie de sa sollicitude et de son amour pour la portion de lui-même qui, devenue distincte, bien que restant forcément unie, combattait 1 Le juste jouit en effet de celle prérogative d'être à la fois distinct et uni. Il est universel, il est partout où il doit être, sans quoi le monde ne serait qu'un affreux