RAISON DE LA MISSION
chaos ; mais il peut être particulier, en même temps qu'Universel, puisque chacune de ses parties, prise séparément, peut agir identiquement comme le tout et indépendamment du tout, acquérant, par les actes que ces parties réalisent, des personnalités particulières, tout en restant portions d'une quantité générale.
Pour amener ce grand résultat de mettre en présence le Lui et le non Lui, il était nécessaire que Dieu créât une chose qui fût la quintessence de la matière, qui en eût tous les appétits, qui pût en avoir toutes les jouissances, qui eût une organisation tellement accomplie, que la spiritualité pût s'y développer. Pour tout dire, il fallait que Dieu employât toutes ses perfections à donner à quelque chose n'étant pas Lui, une organisation, d'où devait résulter la plus grande capacité possible, pour lutter contre les principes qui sont son essence. Puis, ce chef-d'œuvre trouvé, il devait former l'habitat d'une portion incommensurablement petite de sa propre essence. Ainsi, d'un côté, la matière acquérait toute sa perfection; de l'autre, elle devenait peuplée d'une parcelle infinitésimale du principe des principes, du Juste absolu. Donc la lutte des appétits matériels dans tout leur développement, contre ce principe qui est ce qu'il est et n'admet ni atermoiements, ni transactions, contre ce principe avec lequel on ne peut être, si l'on n'est pas lui. Donc, lutte entre le plus parfait des animaux qui s'appelle Y homme ^ et l'étincelle divine qui glt en lui, qui s'appelle Vdme. Existe-t-il quelque chose qui puisse
donner mieux que ce grand antagonisme du non Juste contre une portion infinitésimale du Juste, satisfaction à Timmense amour que Dieu possède forcément et qu'il doit, comme tout ce qu'il ressent, pousser aux frontières du possible? Un père aime, jusqu'au fond de ses entrailles, la portion de Lui qui est son enfant, et Dieu, après s'être séparé d'une portion de son être, d'une portion du Juste qui, par conséquent, est aussi le Vrai, le Beau et le Bien, ne ressentirait pas, pour elle, un immense amour? Bien plus, avec quelle sollicitude un père ne suit-il pas son fils, lorsqu'au sorlir de ses mains, il se trouve livré aux séductions du monde ! Qu'en seraitil donc de Dieu à propos des âmes auxquelles les combinaisons créatrices laissent dans le corps de l'homme la possibilité de se méconnaître ; lorsque les séductions qui les entourent ressemblent à des choses presque divines par leurs perfections, lorsque enfin la connaissance des faits extérieurs ne leur arrive que par l'intermédiaire des sens?
C'est une erreur de dire que la matière est seule divisible et que Dieu ne l'est pas, parce que, divisé, il ne serait plus un. L'infinie divisibilité est au contraire une prérogative de son essence. Il peut, ne tenant pas à la matière, être plusieurs sans cesser d'être un. Prenons-le dans sa partie presque physique, c'est-à-dire dans ses effets sur la matière. Supposez deux balances : l'une chargée de poids égaux, Tautre de poids différents. Il y aura dans la première une manifestation du Juste, et dans la seconde l'opposé du Juste. Cependant, grâce à son