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CHAPITRE VI

L'élude du Vrai, du Bien, du Beau conduit à celte conclusion : Famour. C'est Tamour qu'ils engendrent, c'est l'amour qu'ils condensent, c'est l'amour qui les résume. Il est impossible de supposer le Bien sans une excessive tendresse pour le Vrai; et le Beau, sous peine de ne plus être, ne peut cesser de chérir l'union de ce Vrai et de ce Bien dont il est la résultante. Le Vrai doit aimer de toutes ses forces ce Bien et ce Beau qui sont, et son sentiment et son éclat. Que serait le Bien s'il n'était pas la pratique de l'amour du Vrai et du Beau ; et le Beau ne doit-il pas s'attacher au Vrai et au Bien par tous les sentiments qui font sa qualité?

Plus encore, quelle sera la sollicitude du Vrai, du Bien, du Beau pour une partie d'eux-mêmes séparée d'eux et qui peut, momentanément, subir la désolante oppression du faux, du mal, du laid? A quelle puissance ne s'élèvera-t-elle pas alors qu'elle sera multipliée par la séparation, par le danger?

On ne peut se figurer le Vrai, le Bien et le Beau sans une adhérence les uns aux autres, sans une

affinité entre les uns et les autres. Mais, cette adhérence et cette affinité chez Dieu, avant la niission humaine, ne constituait pas un amour pouvant s'exercer par la personnalité divine sur la personnalité divine elle-même. Un amour n'étant accompagné par aucune inquiétude, ne vibrerait pas. On n'a pas de soUicitude pour ce dont on ne peut jouir même momentanément; il fallut donc, pour que cet amour fût complet, c'est-à-dire digne de Dieu qui ne peut avoir incomplètes les qualités qu'il a, que l'essence fût brisée et que de ce brisement il pût résulter une séparation momentanée d'une partie de son être. Il devenait alors le possesseur du plus haut degré d'amour qu'il soit possible de concevoir.

Telle est la cause créatrice ; et béni soit Dieu de nous donner part active dans la réalisation de ses desseins. Nous pouvons être fiers d'exister, fiers de nous-mêmes, car cette cause montre que nous ne sommes pas, comme on l'a trop voulu dire, ces êtres, scories plus ou moins impures d'une matière inconsciente, nées du hasard et que dans sa course désordonnée le hasard doit emporter un jour. Nous sommes nés de l'amour divin pour la multiplication de cet amour; et le Dieu qui nous a chargés d'assurer, ici-bas, le triomphe du Vrai, du Bien, du Beau, est aussi le Dieu qui nous tend les bras, si nous avons légalement rempli notre mission.

Rien, mieux que cet amour, n'explique la grande idée de Providence telle que le christianisme la comprend. En agissant sur la matière, par ses lois,

avec quel soin le Créateur n'a-t-il pas préparé la place où nous devions naître, vivre et mourir? En venant par sa grâce au secours de notre moral défaillant, quel soutien le Créateur ne nous offre-t-il pas? Incité par Tamour, n'a-t-il pas eu, d'un côté, cette sollicitude qui prévit nos besoins dès l'origine des choses, qui fil nos corps dans de telles conditions qu'ils durent se servir de ce qu'il avait précédemment créé; de l'autre, celte tendresse allant jusqu'au sacrifice de lui-même, qui le fait compatir à nos douleurs, le rend peiné de nos fautes et le réjouit de nos vertus. Père adorable, il a d'avance fait le lit de ses enfants, il veille sur leur sommeil, les guide dans la vie, puis leur offre, comme récompense dernière, la réunion à lui, la béatitude céleste.

La puissance, l'intensité de la bonté divine sont infinies, c'est-à-dire qu'elles peuvent être continuées; mais l'ensemble des unités de l'essence divine dont la séparation augmente l'amour que le Vrai, le Bien et le Beau qui le forment, ressentent les uns pour les autres, est une quantité immense, incalculable, mais finie, mais déterminée. En d'autres termes, l'amour que Dieu ressent pour une portion de son essence, détachée de lui, peut atteindre des proportions qui dépassent l'intelligence humaine; mais cet amour ne sera pas et ne peut pas être infini. Maintenant cet amour fini de Dieu pour les parties séparées de lui pourra se répéter simultanément, en un nombre égal aux portions de son essence ; mais ce nombre ne sera jamais infini, car ces portions doivent êlre. elles-mêmes, une quantité

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délerminée de Tessence divine et celle essence n'esl pas infinie. L'amour qui glt en Dieu est donc proporlionnel à la somme de son essence, et proportionnel aussi, en tant qu'il s'agit des portions séparées de cette essence, à chacune de ces portions; mais, pour chacune d'elles, il augmente indéfiniment suivant que le Vrai, le Bien et le Beau qui la composent, deviennent plus agissants, suivant que le moi humain se sert plus ou moins de sa liberté. Ainsi se trouve rempli le grand but, le but auquel Dieu lui-même ne se pouvait refuser : l'accroissement indéfini de l'amour.

Si le Vrai, le Bien et le Beau eussent été infinis dans leur essence, la création n'aurait pas eu lieu. L'amour qu'eussent ressenti l'un pour l'autre deux infinis eût été infini, l'infini pouvant s'augmenter infiniment; et alors, on se demanderait pourquoi le monde? Dieu serait, dans ce cas, un être plongé dans une perpétuelle jouissance, dans un égoïsme infini, sans nécessité d'en sortir.

Un amour infini nécessiterait un objet digne de cet amour; or cet objet, qui ne peut être qu'infini, serait : ou Dieu lui-même, et nous venons d'en montrer les conséquences, ou un être égal à Dieu, ce qui ferait deux dieux. L'amour en Dieu n'est donc pas infini mais indéfini, c'est-à-dire poussé à des limites incalculables pour nous et proportionnées à la somme de Vrai, de Bien et de Beau qui est, soit en lui par rapport aux âmes, soit dans ces portions séparées de lui; ces amours s'accroissant dans la proportion des dangers qui menacent notre moi.

Pour rhoQime il y a deux sortes d'amour : Tamour charnel, sensation agréable à notre bestialité et l'amour spirituel, aspiration suprême, jouissance ineffable et légitime satisfaction des sens divins qui sont en nous. Le premier est un instinct commun k lous les animaux, le second appartient à Dieu et aux portions infinitésimales de Dieu.

L'amour charnel est, dans ses bornes légitimes, une nécessité du mouvement de la matière, la vibralion de molécules ayant une tendance à l'agrégation. Il est l'origine de la procréation et assure la continuité des espèces.

Il est la condition, sifie quanon, de la vie animale*. Il est la participation de la matière à une loi créatrice, à l'accomplissement d'un ordre divin. Physiologiquement, il a ses phénomènes spéciaux, se produisant, pour chaque espèce à une époque déterminée de la vie; et nul ne peut s'y soustraire sans violenter les lois qui constituent sa matérialité. C'est lui qui fait chanter le rossignol pendant les nuits de printemps, qui fait qu'en paissant, dans les gras pâturages, le taureau relève sa tête puissante et mugit.

Mais cet amour là diffère de l'amour spirituel; et combien sont malheureux les hommes qui ne comprennent pas cette différence! Il est grand l'espace qui sépare une jouissance du corps d'une satisfaction de l'âme!

Le contentement suprême pour l'être qui pense et que constituent les substances métaphysiques du Vrai, du Bien, du Beau, n'ost-il pas l'amour que

chacune de ces substances doit ressenlir pour les aulres; nVt-il pas la satisfaction consciente d'êire en possession des qualités qui le forment, et ces qualités n'onl-elles pas, en quelque sorte, des efifluves qui éprouvent à se mêler, à se sentir Tune pénétrée de Tautre, à comprendre qu'elles sont Tune l'autre, l'autre Tune, une béatitude qui dépasse pour nous toutes les limites du connu?

L'amour spirituel explique la naissance, la vie et la (in de notre spiritualité ici-bas; il en est la raison, le guide et l'espérance. Il afTecte, pour cela, plusieurs manières d'être que l'homme sent se développer dans le cours de son existence, mais qui, toutes, se rapportent au même fait : La présence dans notre moi du Vrai, du Bien et du Beau qui ne peuvent exister sans rayonner l'amour.

Le plus grand, le plus noble de nos amours est incontestablement celui que nous portons à Dieu. Quelles en sont les bases? C'est l'admiration que nous ressentons, d'abord, pour la beauté du grand œuvre au milieu duquel nous vivons, ensuite pour la gratitude qui nous pénètre lorsque nous essayons de nous rendre compte de la bonté avec laquelle ce Tout-Puissant soutient notre infirmité. Tout serait menace sans sa main protectrice; el nous éprouvons de la satisfaction à comprendre que nous ne pouvons nous tromper en portant à Dieu nos adorations; car, si le Vrai est quelque part, et il faut qu'il existe, il ne peut être qu'en lui.

Qu'elle est grande la satisfaction de sentir le Vrai au bout de son chemin et de se dire : Je ne dois

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m'écarter ni à droite ni à gauche, je vois le phare vers lequel je dois diriger ma proue; en dehors de lui n'existent qu'abîmes ou ténèbres; il est la lumière où j'aspire, le bien dont je veux me pénétrer, le beau qui me ravit. Lui seul satisfait loute*s* les aspirations de mon âme. Le Vrai, le Bien et le Beau qui sont en moi courent vers le Vrai, le Bien et le Beau qui sont en lui, comme le fer court à l'aimant. Je l'aime ce tout dont je ne suis qu'une infime partie, et j'y voudrais revenir, comme fait l'enfant afTolé dans les bras de sa mère, lorsqu'il se croit perdu. Quel bien-être ne doit-elle pas causer la sensation qu'on éprouve à rentrer dans ce milieu d*une chaleur toujours égale où l'âme se réchauffe ! Elles sont cruelles dans la vie les souffrances de l'exilé! Son âme se glace loin du foyer domestique; là était sa joie, là son bonheur! Ce centre qu'il a quitté, il l'aime parce qu'il est la réunion de ses tendresses. Il chérit tout ce qui en vient, tout ce qui le force à s'en souvenir. S*il en est trop éloigné, à la longue, il pâlit, s'afTaisse et meurt! Mais, combien plus grands sont les déchirements éprouvés combien plus cruelle est la nostalgie, lorsque la patrie qu'on regrette est la suprême patrie ! Lorsque l'objet des regrets est l'amour où se concentrent tous les nobles amours, le foyer où se groupent, pour rayonner ensemble, et la somme de vérité, de bonté et de beauté qui est Dieu, et les portions du même Vrai, Bien ou Beau qui furent nos compagnes d*exil, que nous avons chéries sur la terre et que nous retrouverons là,

pour ne plus jamais les perdre ! Aimer Dieu, c'est s'aimer soi-même, mais non de cet amour égoïste qui se concenire sur sa propre personnalité, ne voit rien au delà, y ramène toutes ses pensées, ne reconnaît de bonheur que dans la satisfaction de ses jouissances. On doit aimer plus loin, plus haut que soi, on doit aspirer au tout des qualités dont on ne possède qu'une infime partie : aimer ainsi c'est chercher le développement de tout ce qu'il y a de noble dans l'âme, dans la source de toute vertu, de toute grandeur !

L'amour pour le prochain est aussi Tamour que le Vrai, le Bien et le Beau qui sont en nous ressentent pour le Vrai, le Bien et le Beau que nous reconnaissons dans les autres. C'est parce que nous savons que les âmes de nos semblables sont, comme la nôtre, des portions infinitésimales de Dieu, que nous leur devons aide et soutien dans les travaux, dans les peines de la vie. Cette communauté de naissance est la véritable base de la vraie fraternilé, cette identité de substance est la seule égalité réelle, c'est l'égalité devant Dieu, l'égalité en Dieu. L'amour pour le prochain découle de Tamour que nous portons à notre père commun ; il est dans les autres comme il est en nous, les autres procèdent de lui comme nous en procédons nous-mêmes. Si donc nous aimons Dieu, nous devons aimer aussi lésâmes^ nos compagnes, et tout faire pour les aider dans l'accomplissement de la mission commune.

La vie terrestre cependant, impose à cet amour pour nos semblables, des degrés diiïéronts dont,

quelque grands qu'ils soient, il esl impossible de faire abstraclion et que Dieu même a voulus pour nous imposer ici-bas tous les degrés du devoir, h nous, auxquels il réserve une récompense où seront réunis tous les degrés de bonheur. En nous donnant la matérialité, il nous a imposé les lois d'instinct qui attachent la chair à la chair; il a voulu qu'en dehors de la pensée nous eussions, avec certains êtres tout près de nous, semblables à nous, une liaison de substance que nous ne puissions rompre sans un déchirement profond. Il a voulu donner un précédent au développement de nos âmes, il a voulu que nous sentions nos devoirs avant de les pratiquer el que notre matière eût des devoirs matériels avant ceux que notre spiritualité nous révèle. Ami prévoyant, il a fait cela, en nous donnant les liens de la famille qui rendent à Tenfant le mal plus difficile et le bien plus facile. Il a désiré que tout jeunes nous eussions nos pères et mères pour guides et pour exemples, afin que nousmêmes, pères et mères, à notre tour, nous en profitions assez pour faire connaître à nos enfants, dans Tamour que nous ferions naître, ce qui esl noble et beau, ainsi que TalTection el la soumission aux décrets de la Providence.

La première affection que manifeste l'enfant, c'est l'amour qu'il porte à sa mère : il est fait de la chair de cette mère, nourri de son sang, puis de son lait; c'est vers elle que se tournent d'abord tous ses instincts. 11 lui reste quelque chose de l'affinité dos substances divisées par sa naissance ; aussi, est-ce

le plus sacré des amours d'ici-bas, celui que les hommes, même les plus grossiers, ne voient mépriser qu'avec un profond dégoût. Il semble que la nature répugne à l'ingratitude du fils pour sa mère. Un peu plus tard, c'est l'amour pour son père que l'enfant sent se développer en lui. Cette affection énorme, quoique reposant physiologiquement sur des bases de consanguinité complétant celle de la mère, est moins immédiate sans êlre pour cela moins vive; pour se produire elle demande déjà, chez celui qui l'éprouve, un certain développement. L'enfant n'a pas besoin de comprendre sa mère, elle le nourrit, il la sent ; dans le principe, au contraire, la personnalité paternelle lui est plus difficile à saisir. Ce sont d'ailleurs d'autres traits que ceux qu'il fréquente constamment qui la lui révèlent. Il ne témoigne d'affection à son père, d'abord, qu'en raison des marques de sympathie qu'il en reçoit; puis de la supériorité qu'il lui voit exercer sur tout ce qui l'entoure, de la protection même que lui assure la plus grande somme de force. Tout cela forme l'amour instinctif qui existe chez l'homme comme chez l'animal. L'habitude le corrobore, l'absence peut le faire perdre.

Mais, le véritable amour filial, le seul digne de ce nom, celui qu'on ne Irouve que chez l'homme, commence avec l'éducation, c'est-à-dire avec le rayonnement de la spiritualité. Là est la tâche maternelle, tâche sublime, devoir sacré, mais en même temps tout aimable, qu'on remplit entre deux baisers.

A côlé de la bonté se place la vérité. Là commence le travail du père qui exige un tact si parfait. Il est plus rude, plus difficile que celui de la mère, mais tout aussi sublime. La sagesse de ses conseils, la réalisation de ce qu'il a prévu, l'accomplissement de ce qu'il a entrepris, le respect surtout qu'on lui porte, sont les meilleurs enseignements que puisse donner un père de famille. Il montre ainsi la grandeur du Vrai, et la confiance de plus en plus grande que lui accorde le jeune être, témoigne des progrès de son œuvre.

C'est en se tenant ainsi par la main, en marchant doucement et noblement, que le père et la mère, devenus pour leur enfant des types de la vérité et de la bonté, lui font saisir la beaulé. Cette perfection ressort pour lui du Vrai et du Bien qu'il contemple sans cesse; et un moment arrive oîi, se jetant dans leurs bras, il leur dit : Je vous aime, je vous aime de cet amour immense qui comprend tous les respects, tous les dévouements, parce que vous m'avez élevé à votre hauteur, parce que vous m'avez montré le but suprême où nous aspirons en commun, parce que vous m'avez enseigné les moyens de ne pas me heurter aux obstacles de la vie, parce que, pleins du Vrai, du Bien et du Beau, vous m'avez appris à les reconnaître aussi dans mon âme.

De l'amour filial découle l'amour fraternel. Lui aussi repose sur deux bases : l'une, affinité de deux parties d'une même chair, l'autre, affection qu'une part du Vrai, du Bien, du Beau ne peut pas avoir

pour une autre appétence métaphysique. La première procède de la nature dont nos pères et mères ont été les intermédiaires, la seconde vient de l'essence même de Dieu dont nos âmes sont faites. L'amour pour nos semblables n'est que Textension à l'humanité entière, de cette seconde part de l'amour fraternel. Là les affinités mutuelles ont disparu, il ne reste plus que l'amour d'une portion de Dieu pour d'autres portions de Dieu.

Il est un dernier amour, sinon le plus sublime, puisque quoi qu'on fasse, il y entre toujours une parcelle d'égoïsme, du moins, le plus vif, le plus parfait que nous puissions éprouver en ce monde : c'est celui dans lequel deux êtres s'absorbent au point de ne plus voir, de ne plus vivre, de ne plus éprouver de satisfaction que l'un par l'autre. Amour dans lequel chacun fait abstraction de soi pour ne penser qu'à l'autre ; dont les extases sont les plus complètes qu'il nous soit donné de ressentir; amour dont la réunion des sexes, nécessilée par la procréation, n'est que le prélude, et qui, bien qu'aidé par ses sensations naturelles, les ennoblit par l'expansion de sa spiritualité. S'il est doux de presser sur son cœur Tobjet de son amour, la matière que la matière aime, combien plus doux encore n'esiil pas de se sentir en possession d'une âme où l'on a reconnu le degré de rayonnement qui correspond avec le sien, de sentir qu'on a pénétré l'esprit qui vous pénètre lui-même, et que les effluves immatériels qu'on a en soi se mêlent pour la vie à d'autres effluves de Dieu !

La plus noble jouissance, et j'en appelle à tout homme intelligent, n'est-elle pas d'être compris par d'autres intelligences? Eh bien, qu'on rencontre une femme délicieusement agréable, dont l'esprit correspond à celui qu'on croit avoir, n'est-on pas en droit de se dire : « Si cette femme m'appartenait, quelle douceur ce serait d'avoir toujours près de moi quelqu'un partageant mes sentiments, mes peines et mes joies, quelqu'un digne de ma confiance, quelqu'un dont le passé soit pur, dont le présent soit à moi, dont les aspirations soient semblables aux miennes. Avec quels transports je boirais les émanations de sa pensée, avec quel bonheur, je suivrais avec elle le rude sentier de la vie! Qu'il me serait doux de voir façonner, par son intelligence aimée, les jeunes esprits des enfants que nous aurions. Le Vrai, le Bien et le Beau qui sont en moi, aimeraient d'un immense amour le Vrai, le Bien et le Beau qui sont en elle ; nous réaliserions, ici-bas, l'union de deux portions infinitésimales du principe des principes, aspirant, malgré tous les obstacles matériels, à rester ensemble jusqu'au sein même du Créateur! »

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