CHAPITRE PREMIER
L'ftme n'est pas, comme on Ta prétendu, le résultat de l'union sexuelle ; un acte matériel ne peut engendrer une substance immatérielle, l'esprit ne découle pas de la matière. Les matérialistes pré-
tendent que la part des parents dans rengendremenl étant purement matérielle, il faut que les dispositions intellectuelles de Tenfant qui sont semblables à celles de ses auteurs, proviennent de la matière. Rien n'est plus illogique que cette sorte de logique. Quoi qu'il en répugne à certaines personnes, nos âmes sont toutes les mêmes, nos matérialités seules diffèrent. Ce que les parents transmettent aux enfants avec leur matérialité, ce sont les aptitudes souvent semblables de cette matérialité. Telle ou telle partie de mon esprit paraîtra plus ou moins lucide suivant que j'aurai reçu, à ma naissance, les fibres plus ou moins bien constituées qui doivent être, dans mon cerveau, les serviteurs de ma spiritualité; mais là se borne la puissance de lengendremeol. Les pères et mères font le corps, rien que le corps, l'âme vient de Dieu et ne peut venir-que de lui. Que Tâme pénètre dans le corps lorsque les rapporis sexuels ont donné naissance à l'embryon ou dans l'instant même de son apparition dans le monde, c'est un détail secondaire. L'important c'est que le fait soit bien irrécusable ; que, si notre âme existe, si elle est renfermée dans notre corps, c'est Dieu qui l'y place. Quand le fait-il, comment le fait-il? C'est son secret.
Le plus fin scalpel ne trouvera jamais l'âme, parce que, bien qu'elle soit là, bien que tout individu étaat né la possède, elle est quelque chose d'immatériel dont les effets paraissent par les actes matériels qu'elle commande, lorsque les sens matériels sont assez développés pour lui permettre d'agir.
Nierez-vous Texislence du Juste physique parce qu'il ne se montre que lorsque les poids sont bien égaux dans les plateaux de la balance ? Vous ne le t rouviez pas avant, vous ne le trouvez plus si vous relirez d'un plateau ou de Tautre la plus infime parcelle ; cependant, il est bien là, tout prêt à reparaître. S'il en est ainsi d'un fait physique, qu'en serat-il lorsqu'il s'agira de faits spirituels? Le Vrai, le Bien et le Beau qui forment notre âme sont en nous comme Téquilibre est dans la balance ; mais il faut que des faits matériels, agissant sur nos sens matériels, les excitent à se produire par l'intermédiaire même de ces sens; et, lorsque le scalpel du matérialiste pénétrera dans nos chairs, il désorganisera justement les conditions de cette production, sans nuire en quoi que ce soit aux sentiments innés. La mémoire répond au jeu de notre organisme, non parce qu'elle réside dans nos fibres, mais par ce que les fibres étant mises dans certaines conditions, elle se fait jour. Essayez de la saisir matériellement, vous déplacez les fibres, elle s'évanouit. L'âme, substance spirituelle, est quelque chose d'insaisissable, comme un fait; c'est une part de la substance de Dieu qui se sépare de lui sur un ordre une fois donné par lui et volontairement exécuté par elle lors de la formation ou de la naissance d'un nouvel individu. Elle est latente dans l'enfant et ne ravonne que suivant la grandeur du méat que lui ouvre la nature ou les faits extérieurs, soit physiques, soit métaphysiques.
Le scalpel de l'anatomisle, en enlevant successive-
ment plusieurs couches du cerveau, cause au patient un trouble dans les fondions inlellectuelles qui se traduit par une imbécillité croissante dans des proportions correspondantes à la marche de ce travail. Les matérialistes se hâtent d'en conclure que Tanatomisle enlève ainsi Tâme pièce à pièce. C'est une erreur complète qu'une entière bonne foi ne laissera certainement pas s'enraciner. Si vous coupez successivement les cordes d'une harpe, il est évident que, successivement aussi certains sons ne pourront plus être produits. En conclurez-vous que l'on a enlevé pièce à pièce l'âme de l'instrument ? Mais la harpe n'était, par elle-même, qu'une matière inerte! Son âme, si l'on peut s'exprimer ainsi, c'était celle de l'artiste qui s'en servait; or, celle-là, vous n'y avez pas touché ! Vous avez détérioré l'instrument, voilà tout (1) ! Eh bien, le cas n'est-il pas le même pour l'homme? L'âme se fait senlir par certaines fibres ou certains nerfs, comme le talent de l'artiste par les cordes de la harpe. En les coupant on a détruit l'intermédiaire entre le corps et l'âme, mais on n'a pas touché à l'âme. Immatérielle, elle se rit de vos efforts! Quand les plateaux de la balance sont à la même hauteur et donnent le fait matériel du Juste, coupez donc lejuste? Vous pouvez le faire disparaître en pratiquant une pesée sur l'un des plateaux, mais le détruire, jamais! Lâchez les plateaux, ils reviendront tous deux au même niveau
(i) Ceci me rappelle que, lorsque j*étais enfant, je cassais mes cbevaux de bois à bascule, pour me rendre compte, en dedans, de la mécanique qui les faisait basculer.
et le Juste avec eux. Nierez-vous que le Juste soit quelque chose? Mais il faut bien que cela soit, puisque, d'après vous-même, rien ne naît de rien et qu'il vous donne un résultat que vous pouvez chiffrer, que vous pouvez transformer en faits matériels.
Le matérialiste cherche une autre arme en disant : Le cerveau est sensiblement plus développé chez l'homme civilisé, dont l'esprit est héréditairement plus cultivé que chez le nègre ou chez le crétin de race; et il en conclut que la culture intellectuelle, en accroissant les dimensions de l'organe, accroît aussi l'âme. Cette dernière est la conséquence d'un fait matériel. C'est encore complètement faux! La main droite avec laquelle j'ai fait souvent des armes est devenue sensiblement plus forte que la gauche; est-ce à dire qu'en grossissant elle a pris une plus grande somme d'esprit, si tant est qu'il y ait de l'esprit dans mes mains? Non! C'est simplement l'instrument, lorsqu'il est d'une matière organique, qui se développe, soit par la naissance, soit par l'usage; plus on s'en sert, plus les nerfs et les muscles augmentent en force, en élasticité. Les canaux oîi circulent le sang et les humeurs s'élargissent, facilitent son activité; mais tout cela est matière, reste matière et ne fait qu'acquérir une perfection qui le rend meilleur serviteur de la volonté. Le cerveau, par lui-même, n'a pas plus d'esprit que les mains; sa matière est en communication avec l'immatériel qui est l'âme ; mais il n'est pas l'âme et, quelque grosseur qu'il prenne, il ne la devient pas.
Barbie du Bocaob. 22
Se fonder sur la grosseur exagérée de telle ou telle partie du cerveau pour admettre que Tâme a telle ou telle inclination; dire que celui-ci a le don de la musique, celui-là de la peinture, c'est partir à contre-pied. Il se peut, sans rien d'absolu, que le développement de certaines circonvolutions cervicales indique la prédominance de certaines fonctions intellectuelles, mais cela ne tient aucunement à Tâme deTindividu. Nous avons tous, cela paraîtra de notre part une hérésie, voire même une absurdité à bien des gens, je le maintiens cependant, nous avons tous le don de la musique au même degré; nos âmes étant destinées à remonter vers le Créateur, il ne faut pas qu'il y ait de fausses notes dans le concert de Dieu. Nos organes matériels, suivant que, par le jeu de la nature, ils sont plus ou moins développés, sont plus ou moins aptes à porter à notre âme les notions des faits extérieurs, à lui adresser des demandes plus nettes, à mieux transmettre ses réponses. D'où il ressort que bien que nous ayons tous, au fond de notre âme^ le foyer de toute harmonie, les uns sont musiciens, les autres ne le sont pas. La nature, par la forme qu'elle attribue à nos organes, par la perfection de leur contexture, faits dans lesquels l'hérédité a une large part, détermine donc, jusqu'à un certain point, quelles seront nos inclinations principales dans le cours de la vie, moyennant, bien entendu, que l'éducation mauvaise ou l'abrutissement ne viennent pas à la traverse. 11 est donc faux de dire : Nous sommes ainsi parce que nos bosses sont les représentatifs de
Tâme. Ces bosses signifient simplement que les portions de Tâme dont elles sont les correspondantes rayonnent plus vite et plus fortement que celles qui, pour sortir, prennent des routes moins faciles et moins larges. Que vingt pompes puisent à une nappe d'eau, celle qui aura le débit le plus grand sera évidemment celle dont le calibre est le plus gros ou qui développe le plus de force. Le résultat différent ne tient pas à l'eau qui est la même pour tous, mais à l'instrument.
La volonté, lorsque l'individu l'a en possession et qu'il l'applique sur un même point, d'une manière suivie, peut favoriser le développement des inclinations, et par conséquent aider, dans une certaine mesure, les circonvolutions cervicales correspondantes à s'étendre ; mais, cela n'a lieu qu à un certain âge. à la suite d'un long usage ; et ici, nous parlons de l'enfant au moment où ses inclinations se révèlent.
Nous devons donc nous hâter de conclure que, si à un certain âge, le rayonnement de l'âme dans un sens constant peut aider, dans une très petite mesure, au développement des organes par lesquels ce rayonnement se produit à l'extérieur, ce fait n'a pas lieu également dans le jeune âge, et qu'alors les bases du crâne sont, non les indices des dispositions de l'âme, mais les marques d'un développement souvent héréditaire de la matière qui facilitera le rayonnement de l'âme dans le sens auquel il est affecté.
Cette doctrine de l'hérédité du développement de
certains organes n'établit pas une loi de fatalité, ce qui serait contraire à mes pensées les plus chères. Je fais de la matière l'esclave toujours soumis d'une volonté forte, fruit d'une mâle éducation. Il ne viendra en effet, dans l'esprit de personne, que si la nature nous a gratifiés de bonnes jambes, elle nous ait du même coup imposé une loi fatale, et que, par ce fait même, nous soyons condamnés, comme le Juif errant, à marcher toujours. Des jambes bien faites faciliteront évidemment la vitesse de translation de celui auquel elles appartiennent; mais il ne faut pas oublier que la nature nous a donné nos jambes pour qu'elles obéissent à notre volonté et non pour qu'elles lui commandent.
Les matérialistes ne s'aperçoivent pas que par la méthode qu'ils émettent ils donnent des preuves de plus au triomphe de la spiritualité. Aussi, cette phrénologie est, au dire de Littré : « L'hypothèse dans laquelle Gall considère le cerveau comme constitué par de nombreuses parties ou organes dont chacune sert à une affection, à un instinct, à une faculté particulière. » Dans son dictionnaire Littré n'en parle pas autrement. Pour nous, permettonsnous de dire : Gall, en inventant la phrénologie, a raisonné en dehors du sens commun et donné la preuve du contraire de son raisonnement. Si la phrénologie était vraie, elle forcerait à suivre ce qu'elle est, ce qu'elle veut, c'est-à-dire qu'une bosse dite de gourmandise ferait de l'individu qui en serait détenteur un gourmand fieffé, celle d'assassinat, un assassin ; or, ces vices, ces crimes, ne sont
pas des émanations de l'âme, mais, bien des effets de la matière, des instincts plus ou moins féroces. L'âme peut donner à la matière une pensée, un ordre résultant des inclinations que cette matière n'a pas. Le contenu d'une protubérance du crâne, venant naturellement de bonne heure dans la vie, forcerait celui qui en serait affligé à lui obéir; or, si elle ne se composait pas d'un raisonnement juste, elle serait la base d'un raisonnement faux. Devant elle, l'homme ne pourrait même pas employer le Juste, puisqu'il n'aurait que le don du non Juste à lui faire. La matière ne peut être déclarée parfaite, pas plus qu'un organe ne peut être d'avance reconnu bien constitué. 11 est compréhensible alors que les avis sur toutes ces bosses, si on était forcé de les suivre, brouilleraient tout, et annuleraient par conséquent l'effet de la bosse du raisonnement, s'il en existe une.
Je ne nie pas que sur le crâne il n'y ait certaines bosses ; mais, si elles existent, elles n'ont aucune valeur spirituelle et laissent tomber la phrénologie. Il y a d'ailleurs probablement dans le crâne quelque chose qui ne tient en rien à cette science, qui est absolument spirituel et dont le raisonnemenl est sérieux et vrai : c'est l'âme! Je ne prétends pas nier que chez quelques individus, une éducation outrée remplissant souvent par les tendances matérielles des instincts, l'usage de la vie, ne donne naissance à certaines bosses ; mais, au lieu d'être productives, ces bosses sont un produit, ce qui n'est pas du tout la même chose.
Ce que nous disons pour Thomme qui, devant le matérialisme, a le spiritualisme qui doit dominer, nous le disons également pour les animaux qui n'ont que du matérialisme pur, c'est-à-dire de ce quelque chose qui ne se guide que suivant l'instinct. Peut-être leurs crânes ont-ils aussi des bosses, mais les qualités ou les vices ne dépendent pas d'elles. Ces bosses sont le produit des instincts, parfois hérédilaires; souvent même elles sont aussi les résultats de combinaisons organiques plus ou moins gazeuses ou nerveuses.
Laissons donc la phrénologie avec Fastrologie. Cherchons le Vrai, mais ne l'inventons pas.
Il est sur l'origine de l'âme une autre théorie qu'il faut rejeter aussi et plus loin peut-être que les précédentes, c'est celle qui prétend que l'âme, parce qu'elle ne se révèle pas dans la première enfance, ne préexiste pas à sa première éclosion, qu'elle se forme peu à peu par le faisceau des sensations, dont elle devient alors une conséquence. — Si l'âme ne se formait que peu à peu, par le faisceau des sensations, l'enfant mourant avant que ses sensations aient reçu tout leur développement, n'aurait donc qu'une moitié d'âme, qu'un dixième d'âme? Dans ce cas, l'âme ne viendrait plus de Dieu, car elle pourrait rester imparfaite et rien d'imparfait n'émane de Dieu; le Créateur même ne serait plus Dieu, car, nous le répétons, la mort venant interrompre la formation d'une âme, serait plus forte que lui ; l'âme ne serait qu'une sécrétion sortie de la matière sous l'effet des sensations organiques, ce qui ramène au matéria-
lisme pur, c'esl-à-dire à l'absurde. Avec un semblable système, plus de punitions, plus de récompenses, ni ici-bas ni par-delà le tombeau. Le malheureux, né dans un milieu immoral, ne serait plus coupable s'il devenait criminel, puisque, n'ayant jamais eu de bonsexemples, il ne saurait distinguer le bien du mal. C'est alors, dans ce monde, l'anarchie complète, le droit exclusif de la force brutale. La société, aujourd'hui policée, devient une réunion de bêtes féroces toujours prêles à se dévorer. Non! Que nous recevions notre âme lors de notre état embryonnaire ou dans le moment de notre naissance, nous la recevons tout entière. Elle sort des mains de Dieu parfaite, comme Dieu même; et toutes les imperfections que nous avons, c'est dans le corps, dans la partie matérielle de nous-mêmes que nous les trouvons. Les sensations qui résultent de la vie ne sont pour rien dans la création de la spiritualité, elles ne font que déchirer les voiles dont notre matérialité enveloppe notre âme ; elles sont la clef du tabernacle,, mais non la sainte hostie qu'il renferme !
Nous n'avons, au premier âge, que douleur ou bienêtre, inconscients tous deux, tous deux corporels. L'idée morale ne naît pour nous que lorsque nous sommes imprégnés des habitudes sagement combinées, soit par qui nous élève, soit par nos inclinations spirituelles elles-mêmes déjà acceptées. C'est là le point de départ de ia pensée du bien qui est en nous tout formé, de notre âme qui en est le siège et du mal que nous commettons en ne résistant pas aux circonstances extérieures. La légende du paradis
terrestre est l'exemple type de celle entrée de Tàme dans la vie humaine. La Bible, en effet, ne nous dit pas que Tâme se soit révélée chez l'homme anlérieurement àla première faute. C'est à la suile du premier péché, c'est-à-dire lorsqu'il s'est senti en désaccord avec la volonté du Créaleur, que l'homme a compris qu'il avait une conscience. En suivant le récit de la sai nie Ecriture, que voyons-nous? L'homme vit dans le paradis terrestre à peu près comme vivent les lézards; rien n'y trouble sa quiétude, il ne se connaît pas lui-même; comme l'enfant, il se sent. Mais son âme ne peut rester inactive, le but pour lequel elle est en lui s'y oppose; il faut qu'elle remplisse sa mission et que les circonstances la provoquent. Dès lors apparaît l'arbre, remarquez bien, l'arbre de la science du bien et du mal. L'arbre aux fruits duquel il est interdit à Fhomme de toucher : voilà l'occasion d'une lutte dans laquelle cet être succombera certainement, car il ne connaît encore que la force de ses appétits. Toute simple qu'elle paraisse, celle légende est une des données les plus admirables que renferme le livre sacré. Elle est comme un prologue qui, en quelques lignes, donne le thème de l'œuvre; elle est une explication de la pensée créatrice; elle dit pourquoi l'âme est faite 1 En indiquant la mission de cette âme, elle montre quel est son devoir. En rendant palpable la lutte des instincts et de la conscience, elle place l'homme au-dessus de la matière. Elle est la révélation de la spiritualité qui ne peut venir que de Dieu, qui ne peut être qu'une partie de Dieu, car la spiritualité est une. Elle force
à conclure que, pour que le Créateur se soit sépara? d'une portion de son essence, il fallait qu'il y fût forcé par la nature même de celle essence. Parfaite est cette essence, bien qu'elle soit nôtre; nous avons ici-bas une grande mission et si nous remplissons convenablement nos devoirs, si nous repoussons ce qui paraît les combattre, si nous tendons constamment vers la perfeclion, c'est cette perfection, c'est Dieu qui sera notre fin dernière!