‹ Analyse et synthéseChapitre 47 sur 53 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

GENÈSE DE l'hUMANITÉ.

Dans les précédents livres de ce travail nous avons présumé ce qu'était Dieu, et, par conséquent, ce qu'était la création. Nous espérons avoir indiqué la mission réservée à Thomme et dans quelles conditionscet homme se trouvait pour remplir cette mission; quelles étaient ses armes spirituelles, quelle véritable essence était le fond de son âme, et enfin,

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nous avons essayé de rechercher dans quelle voie il devait marcher pour arriver aux fins que Dieu s'était proposées en créant Funivers. Dans ce livre nouveau, nous allons examiner de quelle manière l'homme a rempli sa mission, si son pas a toujours été ferme et continu dans la voie du progrès, si, en un mot, il a toujours suivi le chemin qui le rapproche de Dieu. Nous examinerons ensuite, quelles espérances ce passé peut nous faire concevoir.

Si l'histoire n'était qu'une simple nomenclature des faits, elle serait en grande partie dépourvue d'intérêt. Le véritable historien doit, en ayant égard aux circonstances, grouper les événements pour en tirer des inductions menant à des classifications générales, et sa perspicacité peut conclure de ces classifications aux destinées des peuples. Mais, si son travail se bornait à ce point, il n'aurait encore accompli que la moitié de sa tâche. Il doit, connaissant l'âme dans ce qu'il suppose être ses plus secrets replis, envisager quelles seront ses aspirations et voir si le long tableau que l'histoire déroule est d'accord avec elle. Alors seulement il aura une véritable vue d'ensemble où l'influence divine ressortira dans chaque détail, et* dans laquelle, avec un intérêt toujours croissant, il pourra montrer l'homme avançant presque perpétuellement, bien que lentement et par intermittences, dans la voie que le Créateur a voulue et que lui indique la nature même de son âme.

L'âme, en effet, partie infinitésimale de Dieu, aspire sans cesse à retrouver cette céleste béatitude

dont elle n'esl sortie que pour obéir au divin Maître. L'histoire n'est que le long récit des efforts faits par l'homme dans sa recherche du bonheur. L'intelligence humaine n'a jamais eu d'autre emploi. Envisagés dans leur particulier, tous les faits auxquels l'homme a sa part tendent invariablement à ce but, et l'ensemble de ces faits révèle un progrès réel vers la satisfaction de cette tendance.

On sait maintenant ce qu'est l'homme au point de vue matériel comme au point de vue spirituel : Matériellement il est animal comme un autre, avec des instincts plus nombreux, les uns plus perfectionnés, les autres moins ; spirituellement il est une partie infinitésimale de Dieu. Son histoire qui, encore une fois, n'est que le récit du long antagonisme de ces deux natures, serait dépourvue de moralité comme d'intérêt, si elle ne permettait de rechercher et, peut-être, d'entrevoir à laquelle des deux doit rester la victoire : de la matérialité d'où naissent tous nos mauvais penchants ou de la spiritualité dont les efforts tendent à nous rendre heureux. Pour nous, malgré les tristes intermittences que nous relevons à chaque pas, les événements qui sont le canevas de l'histoire nous semblent engendrer, bien lentement il est vrai, mais sûrement aussi, un progrès réel. Nous croyons, en un mol, que malgré tant de crimes publics ou privés, si nous pouvions consulter les statistiques du ciel, nous y verrions plus de vertus inscrites. Celte épuration si parfaite que le Créateur demande, cette victoire dans le grand combat qu'il exige de ses

athlètes, nous estimons qu'il l'obtient chaque jour davantage. Ce ne sera pas l'œuvre de cent siècles, voire même de mille ; mais Dieu ne compte pas les siècles, il ne voit que les âmes qui retournent à lui, fières d'avoir bien combattu! C'est cette marche si lente vers le progrès que nous allons essayer de constater dans les pages qui vont suivre.

Un jour vint, fut-ce à l'époque tertiaire, à Tépoque quaternaire ou bien à celle du diluvium où les animaux, habitants du globe terrestre purent entendre un vagissement encore inconnu? Nous l'ignorons. Ce vagissement venait d'un petit animal absolument nu, sans défense, n'ayant qu'un léger duvet pour protéger sa tête et que le premier souffle du vent, le premier rayon de soleil, le premier choc semblait devoir anéantir; c'était le représentant d'une espèce nouvelle : V espèce humaine! Comment vécut-il cet être si faible, qui lui porta secours, auprès de qui, par quels soins grandit-il? Qui le sait, si ce n'est Dieu! Il n'en est pas moins vrai qu'il vécut, qu'il grandit et que mastodontes, plésiosaures, théléosaures, serpents, ours des cavernes, tous, reculèrent devant lui; peu à peu les animaux les plus forts, qui lui eussent à peine fait l'honneur d'un coup de dent, ou les plus agiles qu'il pouvait à peine suivre de l'œil tant leur vitesse était grande, devinrent sa proie. Leur chair le nourrit, leurs dépouilles le couvrirent, leurs ossements furent ses premières armes. C'est qu'il était l'oint du Seigneur, c'est qu'il avait en lui la divine étincelle qui le fai-

sait roi de la nature I II pensait, il était conscient de ses pensées, conscient de ses actes !

Quelle flore, quelle faune assistèrent à la naissance de rhomme, à quel âge géologique appartient celte naissance? C'est là une question bien controversée. Les uns croient retrouver des débris humains dans le terrain quaternaire, les autres en cherchent jusque dans le terrain tertiaire; mais les uns et les autres, dans ce choix, ne se font-ils pas illusion? Ils partent d'une base qu'il est impossible de nier; il semble aujourd'hui certain que, surtout du terrain quaternaire, on a extrait des débris humains. Les savants se sont-ils bien entendus sur la constation de l'âge de ces terrains, sur le moment où ces terrains quaternaires ou tertiaires ont été recouverts par d'autres, et enfîn, parmi les bouleversements sans nombre que le géologue constate à la surface du globe n'en est-il pas qui pourraient les avoir trompés?

Ne peut-on pas admettre qu'à l'époque où la présence de l'homme est absolument constatée, le fond des vallées, des marécages ou des lacs, appartenant à l'époque précédente, n'ayant pas été partout instantanément recouvert par de nouveaux terrains, et ces fonds étant formés de molasse ou de marnes non encore solidifiées, des débris humains ou de l'industrie humaine y aient été engloutis? Plus tard des terrains voisins et plus élevés d'une période antérieure, à la période pendante ayant été désagrégés et entraînés, des avalaisons ont comblé ces fonds ou ces lacs. L'ensemble, à la longue, s'est

solidifié ; et si aujourd'hui on pratique une tranchée, on retrouve bien, dans les terrains d'une époque, à côté des restes du mastodonte, du dinothérium et du mammouth, des débris humains ap* partenant réellement à l'époque postérieure. On constate dans les cavernes à ossements la présence de débris humains mêlés à ceux de ces mêmes animaux ; ne serait-il pas prématuré d'en conclure leur existence simultanée? Car, lorsque l'homme fit ses premiers pas sur le sol, ce ne sont pas les animaux vivants qui lui fournirent ses premières armes, il fallait les prendre pour utiliser leurs dépouilles; ce sont les restes des animaux morts, fossiles ou non, dont il s'empara, qu'il utilisa et que dans ce but il porta, s'il ne les trouvait tout portés, dans les cavernes qui furent ses premiers refuges. C'est avec des os de mastodonte ou de grand ours qu'il tua les premiers rennes ou les premiers bœufs dont il se nourrit. Il est donc tout simple que la même caverne renferme les débris des uns à côté des autres ; et si l'on y remarque des couches successives de débris, n'est-ce pas que le sol formé par eux devenant trop rugueux, les habitants de la caverne faisaient ébouler une partie de la voûte ou apportaient des terres prises à l'extérieur pour s'y faire un lit moins dur? Ces cavernes servaient tantôt d'habitation, tantôt de sépulture. Aussi lorsque les contemporains du renne y creusaient une tombe, n'y a-t-il rien d'étonnant à ce que le cadavre enseveli Tait été dans une couche de débris contemporains du grand ours. La science anthropologique voudra

donc nous pardonner d'hésiter encore sur la valeur des prétendues preuves d'ancienneté, en plus ou en moins, qu'elle attribue à l'espèce humainel

Puisqu'il s'agit ici d'une question de date, il doit être permis d'insister aussi sur un autre point très controversé. On a généralement classé l'histoire de l'humanité en différentes époques que l'on se plaît à nommer antéhistoriques, ce sont : celles du grand ours el du mammouth, du renne, de la pierre polie, du bronze et du fer. Ces distinctions sont peut-être un peu arbitraires, surtout si on les emploie en généralisant ; car les trois dernières de ces époques qui ont pu être successives, sur un même point, ont évidemment été simultanées dans l'ensemble. Ainsi tel peuple était encore à l'époque de la pierre polie qile tel autre connaissait déjà l'emploi du fer. Bien plus, à l'heure actuelle, en plein dix-neuvième siècle, il existe des sauvages qui n'en sont qu'à l'époque delà pierre et auxquels les métaux ou du moins la fabrication des instruments métalliques est absolument inconnue. Il n'y a donc pas, à proprement parler, d'âge général antéhistorique ou protohistorique; chaque peuple est passé par des séries successives de développement intellectuel et matériel ; mais ces développements n'ont rien que de particulier. En admettant que l'ancien continent se soit peuplé par une série de migrations parties d'un centré commun, la première de ces migrations à dû se composer d'individus qui ne connaissaient encore que l'usage des dépouilles d'animaux. Or, si l'on prend pour point de départ lé centré asiatique générale-^

ment admis, nous voyons cet usage se conserver plus longtemps à la circonférence qu'au centre, puis l'usage des métaux arriver peu à peu du centre à la circonférence, soit au moyen du contact, soit à la suite de migrations nouvelles. Cela est si vrai que les Celtes, les Gaulois, etc., en étaient encore à la pierre polie que déjà les civilisations égyptienne, assyrienne et aryenne étaient dans tout leur éclat.

Ici se présente une question bien grave qui, déjà envisagée dans notre premier livre au point de vue anthropologique , demande à l'êlre de nouveau ; mais, plus particulièrement, cette fois, en se servant de la géographie physique et de l'histoire : il s'agit de l'unité de l'espèce humaine.

Nous avions dit qu'il nous paraissait vraisemblable que plus l'organisation d'une espèce est compliquée, moins souvent doivent se rencontrer les conditions nécessaires à sa formation ; qu'ainsi, l'espèce humaine étant la plus parfaitement organisée, son germe ne peut arriver à son développement que dans des conditions exceptionnelles de lieu et de milieu. Il est donc juste d'admettre, soit l'unité de l'espèce humaine, soit tout au moins Tunité pour chacune des grandes divisions de l'espèce.

Il est bien évident aujourd'hui, qu'amener le globe terrestre à l'état actuel n'a été ni l'œuvre d'un jour ni l'œuvre de sept jours, mais celle de périodes d'une incalculable durée. Le mot création est, du reste, un terme fictif; carie mouvement, ce grand instrument de Dieu dans la formation de Funivers, ne peut s'arrêter tant que Dieu ne lui dit pas : « Ar-

rête-toî. » Ce mot, Dieu ne Fa pas dit; j'en atteste les mondes encore en formation. Donc, à Fheure où j'écris, la création continue. Moïse, en la racontant, n'a voulu que représenter l'édification du grand œuvre, sur laquelle il avait certainement des données exactes, par une image que ses contemporains pussent facilement saisir.

Si la création du globe terrestre a demandé d'immenses laps de temps et que, en rejetant toute exagération, l'homme remonte à une époque très éloignée, nous en avons aujourd'hui la certitude, excessivement dissemblable de l'époque actuelle ; il est évident' que, créé dans des conditions variées, le premier homme dut être très différent, anthropologiquement parlant, de l'homme contemporain. Mais ce n'est pas une raison pour repousser le dire de Moïse et rejeter l'unité primordiale et absolue de l'espèce. Pour passer de l'homme primitif à l'homme actuel, il faut admettre des transformations très grandes, il est vrai, mais qui n'ont rien d'invraisemblable, car elles ne franchissent pas les limites de l'espèce et n'empêchent en rien d'écarter la théorie décevante du transformisme. Théorie inadmissible, puisqu'elle tend à la négation de l'action divine. Comme exemple des transformations possibles de l'homme primitif on ne peut oublier l'hypothèse suivante dont plusieurs savants illustres se sont faits les interprètes. Presque tous les crânes humains extraits des terrains quaternaires et même, dit-on, des terrains tertiaires, se distinguent des crânes actuels par un prognathisme extrêmement

accusé, c'est-à-dire, par la projection en avant des mâchoires et, particulièrement, de la mâchoire supérieure, conformation qui est aujourdTiui le caractère généralement distinctif de la race noire. De plus, la flore des époques géologiques antérieures à la période glaciaire nous apprend, à n'en pouvoir douter, qu'une chaleur torridè, jointe à une excessive humidité, régnait également sur tout le globe; et, comme la grande chaleur unie à Fair vif et à la grande humidité, est une des causes les plus certaines du noircissement du derme, les hommes de ces temps géologiques durent avoir la peau noire comme nos races tropicales actuelles. D'après celle supposition, les premiers hommes furent donc noirs et prognathes ; et, s'il y a là quelque valeur scientifique, il devient évident, l'humanité descendant d'un seul couple, qu'une transformation lente mais continue, c'est-à-dire passant par tous les degrés de couleur, dut s'opérer entre l'Adam et l'Eve noirs et l'homme blanc de nos jours ; cependant, nulle part nous ne voyons cette transformation suffisamment établie. L'homme noir et prognathe est resté noir et prognathe \ au contraire, sur tout le globe on remarque des races aux caractères bien tranchés, sans autres mélanges que ceux qu'apportent les croisements entre eux. Ne serait-il donc pas plus juste d'attribuer à chacune des grandes classifications de l'humanité une origine séparée, mais renfermée dans les limites d'une même espèce? Ainsi, la géologie nous démontre que dans les zones glaciales ou tempérées, au climat torride des vieux âges, suc-

céda, soit lentement, soit, à notre avis, par de brusques à- coups, un milieu plus tempéré. Or il parait problable que si la combinaison créatrice de Thomme continua d'être produite avec ce climat tempéré, son résultat dut être, comme genre, le même qu'avec la température précédente, mais subissant dans l'es* pèce des changements secondaires. Ces changements, où paraissent-ils s'être portés de préférence, du moins, pour ce qu'il nous est permis d'en juger, si ce n'est sur l'ossature et sur la couleur de la peau ou des cheveux ? Quoi donc d'étonnant à ce qu'à cette première période d'adoucissement répondît une espèce d'hommes un peu moins prognathe et au derme d'une teinte un peu moins accentuée : les races jaunes ou rouges par exemple? Plus tard, à la suite probablement des périodes gla^ claires, lorsque les grandes zones de température actuelle commencèrent à se dessiner, naquit la race blanche du Nord, dont il faut chercher l'origine dans l'Adam et l'Eve bibliques, la seule dont Moïse ait jamais voulu parler. Sur ce point, accord presque complet entre la Bible et la science ; et si jusqu'ici on a cru mettre l'une en opposition avec l'autre, c'est d'une part qu'on n'a pas voulu dégager de la science les preuves qui eussent justifié le dire de Moïse, et de l'autre qu'on a poussé l'interprétation au delà de ses conséquences réelles, cherchant dans le texte sacré ce que son auteur n'avait jamais songé à y mettre.

Maintenant, pourquoi avons-nous supposé quil pouvait y avoir eu un couple originel spécial pour

chacune des grandes races humaines et non une descendance d'un couple unique? C'est non seulement parce que nous ne voyons pas d'intermédiaires sur les frontières de ces grandes races, mais encore, comme nous l'avons fait plusieurs fois remarquer dans le cours de ce travail, parce que la nature n'agit lentement qu'en dedans de certaines limites ; si elle pousse un peu loin, ses efforts sont brusques. Lorsqu'au climat torride a succédé un climat tempéré avec ses alternatives de chaleur et de refroidissement, la phtisie a emporté la race noire et prognathe partout oîi la chaleur torride ne s'est pas conservée. Si le froid eût régné sur tout le globe, il eût emporté partout les humains premiers nés. Avec la température plus douce sont venues les races jaunes et rouges plus aptes à vivre dans un milieu tempéré ; et enfin la race blanche qui, bien que pouvant habiter sur tout le globe, s'accommode beaucoup mieux des frimats du nord modérés que des brûlants effluves de la zone torride.

Mais ce n'est pas tout encore, et il nous semble que la solution de bien des mystères anthropologiques qui nous frappent aujourd'hui, peut être, sinon trouvée, du moins entrevue, en se reportant à l'élude, encore si obscure, des grands cataclysmes qui bouleversèrent la surface du globe. Ainsi d'où vient que dans les races qui peuplent aujourd'hui les zones tempérées et glaciales du nord, il ne se soit conservé aucune trace de la race noire primitive? Sans doute la phtisie explique bien des choses; mais elle n'est pas de tous points satisfaisante. La

température glaciale n'ayant pas régné partout à la fois sur la terre, quelques tribus, quelques familles plus prévoyantes, mieux abritées, mieux nourries, lui eussent échappé, et il se serait produit entre elles et les races jaune et blanche quelques croisements dont on eût conservé au moins le sou-^ venir ; cependant il n'en est rien ! Il semble qu'un linceul immense se soit étendu tout d'un coup sur la moitié de l'hémisphère nord, ensevelissant tous ses habitants. C'est qu'en efTet les choses ont dû se passer ainsi. Un phénomène d'une intensité immense, incalculable a d'un seul coup englouti, écrasé, noyé, anéanti en un mot l'humanité dans la zone glaciale et dans la moitié au moins de la zone tempérée. D'oîi venait ce cataclysme qui fut sans doute la conséquence d'une période glaciaire? Il est bien difficile de répondre à celte question; cependant, l'élude attentive des mouvements de la terre a suggéré à un savant français l'idée d'une théorie fort curieuse qui, si elle n'est pas l'expression de la vérité, si elle ne doit pas entraîner les conséquences si nombreuses et si étendues qu'il a prétendu lui attribuer, reste du moins très spécieuse, et pourrait expliquer, dans une certaine mesure, bien des problèmes de géographie physique. Il s'agit de la théorie d'Adhémar, qui, basée sur ce fait que la précession des équinoxes rendant les saisons tantôt plus longues, tantôt plus courtes de quelques jours, à un pôle [qu'à l'autre, le refroidissement, et par suite l'accumulation des glaces sera plus grande à celui des deux pôles où les

hivers seront les plus longs; par conséquent plus nombreuses et plus longues aussi les nuits froides. De ce froid plus intense résulte une accumulation de glace telle que son poids, amenant un changement dans le centre de gravité du globe, les eaux se précipitent en plus grande quantité vers le pôle où ce phénomène a lieu, inondant les terres de l'hémisphère correspondant, tandis qu'elles dégag^ent proportionnellement celles de l'hémisphère d'où elles sortent. Par là, la forme si contournée, si déchiquetée des continents peut jusqu'à un certain point s'expliquer ; et aussi la disparition à tel ou tel moment de l'âge du globe, de tel ou tel continent, de telles ou telles parties des espèces végétales et animales ou des races humaines qui peuplaient la terre.

M. Adhémar fixe à 21 000 ans la durée d'une période entre deux accumulations des eaux vers un même pôle. D'après lui, c'est en 1248 de notre ère que notre hémisphère est entré dans sa période de refroidissement, tandis que l'hémisphère austral se réchauffe proportionnellement ; d'où il résulte que dans 9872 ans, notre hémisphère atteignant son maximum de froid, aura disparu au tiers sous la glace. Mais, comme la grande débâcle qu'occasionne la pesanteur se produit 3 ou 4000 ans avant que le maximum de froid ne soit atteint au pôle boréal, c'est dans cinq ou six mille ans que notre hémisphère subira un nouveau déluge. Qu'on se rassure cependant, car lors du dernier de ces grands cataclysmes, l'humanité entière n'a pas péri.

Quoi qu'il en soit, cette théorie très hardie des dé-

luges périodiques tient sa place dans lès hypothèses scientifiques, elle a une valeur réelle et il n'est permis de l'écarter qu'après les plus consciencieuses recherches, en ne donnant pas à ses effets, 'nous le répétons encore, toute l'intensité que leur a accordée son auteur. Des faits de tous genres, particulièrement géologiques, semblent venir en aide à cette théorie; mais il s'est produit aussi, à son sujet, bien des objections sérieuses. Si nous en avons parlé, c'est parce qu'elle touche à la question qui nous occupe en ce moment, en fournissant, lorsqu'elle sera plus complètement étudiée, une base approximative pour supputer l'époque de l'apparition de l'homme sur la terre. Du jour oîi des phénomènes d'inondation causés par la précession des équinoxes se sont produits, il a régné dans les hautes latitudes, parties qui représentent les zones tempérées et glaciales Nord et Sud, des températures extrêmement basses ou l'homme des pays tropicaux, le nègre, ne pouvait vivre. Cependant, comme le mammouth de Sibérie, il a vécu dans ces régions ! Il faut donc que ce soit avant l'établissement des cataclysmes réguliers, alors que le globe entier jouissait d'une chaleur tropicale (1). D'oîi l'on peut conclure que le commencement des phénomènes causés par la précession des équinoxes, si toutefois ils sont bien réels, DU du moins le moment où ils ont acquis une grande intensité, donne la date géologique de l'extinction de

(1) Nordeoskiôld, rapporte M. de, Nadaillac, dans ses Premiert hommes, conûrme Texistencedes hêtres, des peupliers, des séquoias, •desrinagQollas aux premiers âges du Spitzberg. ^

l'homme fossile prognathe dans la zone tempérée du Nord et au pôle boréal. Si donc on admet la théorie de M. Adhémar, il n'y aurait rien d'étonnant à ce que chaque espace de temps compris pour chaque hémisphère entre deux déluges représentât la période de développement de races humaines de moins en moins prognathes et de moins en moins noires. De même que les déluges, ou, si l'on préfère, les grands cataclysmes, ont modifié la surface du sol et l'ont mise dans l'état que nous constatons aujourd'hui, le refroidissement dont ils furent ou la conséquence ou la cause, a beaucoup influé, dans les limites de l'espèce, ne l'oublions pas, sur la constitution des végétaux et des animaux. Une température moins élevée donna, si l'on peut employer cette expression, du ton à la nature et particulièrement à l'espèce humaine. Retrempé par la fraîcheur, l'homme acquit plus de fermeté, plus de vigueur. Sous un climat torride et essentiellement humide, il n'était évidemment pas complet; ses muscles pouvaient être forts, mais ses nerfs, distendus par la chaleur, obéissaient mal ; il vivait trop vite. Comme ces légumineuses arborescentes des tropiques, flasques et aqueuses qui s'élèvent et meurent si promptement, la maturité de ses tissus était trop voisine de leur croissance. Apte à déployer une grande vigueur en un besoin ou un danger pressant, il retombait vite dans sa paresse, dans son indolence; et sa bête dominait presque absolument sa spiritualité. Comme les animaux, ses instincts féroces parfois le guidaient. Le froid vint, avec lui la né-

cessité d'une activité plus grande de corps et d'esprit. Il fallut se défendre contre ses atteintes, s'ingénier pour trouver une nourriture devenue plus rare, et partant, réveiller son corps et dégager proportionnellement sa spiritualité. L'étincelle divine était dans l'homme, c'est un froid relatif qui l'a mise au jour.

Ainsi, après chaque cataclysme, qu'ils aient été périodiques ou non, l'humanité fit un progrès, cela est incontestable; et ce progrès fut, et physique et intellectuel. Il fallut du temps, bien du temps, pour que l'humanité arrivât même à ce que fut la race blanche à ses débuts; mais Dieu, on le sait, ne compte pas avec le temps.

Ici nous devons rentrer dans le domaine de l'histoire et prendre la tradition biblique dans ce qu'elle a de si admirablement vrai« Nous admettons que la race blanche, issue d'Adam et d'Eve, la seule à laquelle se rapporte la Genèse, est née avant le dernier cataclysme qui bouleversa le globe, peut-être même antérieurement à l' avant-dernier. Si en outre on veut chercher dans la nature, l'abondance et les facilités de l'Éden si nécessaires à une race nouvelle, on arrive à une période géologique où la végétation se rapprocha réellement de celte exubérance et donna à cette race le droit de vivre dans des conditions préférables à celles dont se servaient les races antérieures. On peut donc affirmer, aidé cette fois du livre sacré, que c'est antérieurement au déluge que la race blanche s'est accrue dans des proportions considérables; le développement alors a

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doucement commencé sa spiritualité, qui, se dégageant en partie de ses liens matériels, lui a permis d'élever ses pensées jusqu'à conclure de l'abondance des biens à Fexistence de celui qui les donne.

Les premières réflexions du premier couple dont parle la Bible, ses besoins étant satisfaits par l'exubérance de la nature qui l'entourait, furent forcément un élan d'amour pour l'être inconnu qui mettait à sa portée tout ce qui était nécessaire. Cette pensée de reconnaissance se fixa dans les esprits; et, d'après la Bible, elle y resta gravée jusqu'au moment où ce qu'on appelle le serpent, c'est-à-dire la matérialité, le désir de jouir plus encore, se fit sentir. Ce couple garda donc l'adoration de Dieu tant qu'il fut satisfait et la rejeta en partie lorsqu'il ne trouva plus tout ce qu'il désirait. Par la suite des temps, les descendants d'Adam se rendirent compte du bonheur dont leur père n'avait pas su rester le possesseur, et un certain nombre d'entre eux le regrettèrent. La spiritualité commença à parler. Ces hommes cherchèrent à se rendre compte de la création, de ce qu'ils n'avaient plus, et firent du Créateur, seul capable de redonner ce qui était perdu, un être tout-puissant qu'ils ne pouvaient jamais trop adorer.

Ainsi, chez l'homme, Dieu fut compris; et comme pour avoir une jouissance on ne peut s'adresser à deux, ce Dieu fut forcément unique. Ces idées de possibilité de satisfactions étant venues, celui qui les a données n'a pu que vouloir l'homme heureux; d'oti les descendants d'Adam ont pu conclure que

le Créateur étant parfait le bien est de lui obéir. D'où encore la loi de Dieu se nomme \ertu, et crime ce qui s'en écarte ; d'où enfin, pour la vertu, la continuation du bien-être physique ou moral et pour le crime, le châtiment.

Il y eut donc dans la race blanche, celle que nous prenons pour type de l'humanité et la seule dont nous puissions suivre les annales, comme le dit la Bible, un premier état que domina cette pensée de Dieu, mais que bien vite les passions obscurcirent. Cette race adamique deviendra nombreuse comme les étoiles qui brillent au firmament; et les passions déchaînées, fruits des besoins non satisfaits, vont leur faire oublier le passé, à moins que chez quelques-uns il ne soit resté le doux souvenir de l'antiquité première. Peu à peu, cependant, la population étant sortie de l'Éden, cette contrée si fertile, l'obscurité se fit. Il semble que le Paradis terrestre a été quelqu'une des vallées du Pamir, de l'Indou-Kousch ou du Kaschmyr ; car ces pays à haute altitude (si la théorie d'Adhémar est vraie), n'ont pas eu à craindre les derniers changements qui ont bouleversé la nature et ont permis à la race blanche une origine très reculée. Au temps dont parle Moïse, l'homme sortant du Paradis terrestre se trouva perdu dans l'immensité. S'avançant peu à peu dans des pays moins fertiles, il dut lutter pour la vie contre une nature ne donnant plus de récoltes qu'en proportion du travail accompli. Lourde devint le tâche, bien dures les fatigues ! Il fallait manger ; or, pour manger, il fallait cultiver

OU chasser, c'est-à-dire fertiliser un sol souvent rebelle ou poursuivre les animaux devenus bien vile plus craintifs ou plus féroces. Ainsi la lutte, toujours la lutte, contre le chaud, le froid, rhumidité, les tempêtes, contre un sol avare, contre des animaux souvent nuisibles; et, enfin, quand les générations s'accrurent plus que le pays ne le comportait, contre Thomme même, plus terrible encore dans sa recherche de la vie que les plus féroces des animaux! En peu de temps, l'oint du Seigneur, forcé de tourner si souvent ses yeux vers la terre, oublia de regarder le ciel; ses facultés, presque entièrement absorbées par les besoins et les soins de chaque jour, par la grande lutte pour la vie, s'atrophièrent. L'idée d un Dieu créateur tomba dans l'oubli, plus de réminiscences d'un état antérieur de l'âme : les nuages de la matérialité voilèrent ou absorbèrent une notable part de l'intelligence, et l'homme, tout en progressant matériellement, tendit à se rapprocher de la brute. C'est la vraie chute d'Adam ! Cette histoire estelle celle de toutes les races qui se sont succédé sur le globe depuis l'origine de l'homme, aussi bien que celle de la race blanche? C'est probable! Ainsi la race jaune, du moment oîi elle s'est développée, paraît l'avoir fait d'un même centre, d'un milieu analogue à celui dans lequel vivait la race blanche; elle s'est développée comme elle, peut-être avant elle, en poussant vers l'orient ; tandis que la race noire qui ne s'est conservée que dans la zone torride, oti elle était depuis si longtemps, n'a pas progressé. La même ditîérence se remarque dans le

domaine de la spiritualité : Ainsi la race noire a perdu toute notion du vrai Dieu, la race jaune en a gardé quelques souvenirs confus dont ses grands philosophes se sont servis plus lard pour la pousser dans la voie de là civilisation ; et la race blanche a compté quelques privilégiés qui ont conservé dans toute sa pureté la notion du vrai et unique Dieu, comme on garde sous la cendre les braises qui serviront à rallumer le foyer.

L'histoire proprement dite donne une certaine valeur à toute les hypothèses qui viennent d'être émises en se plaçant, soit au point de vue de l'histoire physique du globe ou de l'histoire naturelle, soit à celui de l'anthropologie. En étudiant les migrations des peuples pendant les premiers temps de la période postérieure au déluge, migrations dont la Bible et les monuments épigraphiques et archéologiques nous ont révélé la suite, on remarque qu'à l'arrivée de chaque peuple dans chaque contrée intertropicale, il existait déjà une population indigène noire. Population qui avait dès longtemps disparu au nord du tropique du Cancer lorsque la race blanche s'y répandit. La Bible, en effet, en parlant de la descendance immédiate d'Adam, semble admettre, par l'âge prodigieusement étendu qu'elle attribue aux fils du premier homme, l'existence d'une longue période antédiluvienne pendant laquelle les migrations parties d'un centre, vraisemblablement l'Asie centrale, se répandirent par toute la terre alors géologiquement et climatologiquement assez différente de ce qu'elle est au

jourd'hui. Elle ne dil pas un mot de ces populations noires que plus tard les descendants de Noé retrouvent cependant partout entre les tropiques. Cette période, entre Adam et le déluge, a été bien longue ; car le livre sacré nous apprend luimême qu'Adam eut un grand nombre d'enfants qui se dispersèrent successivement sur toute la terre, et que ces enfants, et particulièrement ceux issus de Caïn, arrivèrent à un cerlain degré de civilisation : Les uns 'menant la vie pastorale, les autres inventant la musique, d'autres s'occupant de fondre les métaux et, suivant l'historien Josèphe, beaucoup s'adonnèrent à filer la laine des troupeaux et à tisser des étoffes. C'était là une civilisation avancée à laquelle une population barbare ne parvint qu'à la longue. Ces peuplades ne disparurent que partiellement avec le déluge au nord du tropique du Cancer. On les retrouve en maints endroits à côté des Noachides; cependant lorsqu'à la suite du grand cataclysme, les fils de Noé émigrèrent à leur tour, il n'est pas plus dit par le livre saint qu'ils les aient rencontrés, qu'il n'est relaté qu'en parvenant aux limites des pays tropicaux ils y aient trouvé des races noires et prognathes.

Cependant les Noachides se sont trouvés en contact avec les uns comme avec les autres ; et lorsque les Chamites ou Hamites, incontestablement de race blanche et ayant tous les traits caractéristiques de cette race que la Bible nous montre, s'étendant le long de la mer Erythrée, au sud de la vallée de l'Euphrate, le long de la côte arabique du golfe

Persique et dans le sud même de TArabie, parvinrent en Ethiopie, ils y rencontrèrent des populations nègres au type tout différent du leur dont les images, très exactement sculptées, figurent encore sur les bas-reliefs égyptiens. Ce sont ces mêmes nègres que les descendants de Cham, de la race de Phut, les Lybiens primitifs, Berbères d'aujourd'hui, retrouvèrent aussi dans le sud du Sahara, dans le Soudan actuel. « Les Garamantes, dit Hérodote, font la chasse aux Troglodytes nègres, qui parlent une langue qui n'a rien de commun avec celle des autres nations. » Lorsque la race dravidienne, rameau de la grande famille touranienne (ouralo-altaïque) envahit l'Inde, elle y trouva une population à peau noire, au prognathisme développé, formant la race dite mélanienne. Cette population qui ne pouvait en rien se rattacher aux Noachides, compte encore aujourd'hui, dans l'Hindoustan, sept ou huit millions d'individus représentés par les Ghouds et par quelques tribus habitant les pentes méridionales de l'Himalaya. Leur couleur, leur physionomie et leur langage sont communs avec une partie de la population des îles Nicobar et Andaman ; on les retrouve encore assez nombreuses dans la presqu'île de Malacca; et enfin, on peut reconnaître leur identité presque parfaite avec une partie des Papous de la Nouvelle-Guinée, les indigènes de l'Australie et de la Nouvelle-Calédonie.

Cette existence d'une population nègre et prognathe, antérieure aux derniers cataclysmes, ouvre à nos contemporains des horizons qui peuvent les

étonner. « Ils sont, comme le dit M. Vivien de Saint-Martin dans son histoire de la géographie, mis hors de doute par la critique savante qui professe un respect profond pour le plus vénérable des monuments de l'antiquité, mais qui ne peut voir dans le texte que ce que le texte renferme. »

Il y eut donc entre les différents cataclysmes périodiques ou non qui, tout en boulversant la surface du globe, contribuèrent à lui donner sa physionomie actuelle, des espaces de temps pendant lesquels se développèrent telles ou telles races humaines. Ces races, de môme que la descendance d'Adam, n'ont pas été entièrement détruites par les derniers de ces cataclysmes.

En se plaçant au point de vue de l'auteur de la Bible, il est rationnel de qualifier le déluge biblique d'universel ; car il s'étendit bien à tous les pays du monde mosaïque ; mais aujourd'hui qu'on connaît tous les grands traits du globe terrestre, on est fondé à dire que le déluge dont parle Moïse fut un déluge partiel et qu'une partie de l'humanité put échapper à ses ravages. « Les populations nègres, dit M. F. Lenormant (1), aussi bien en Afrique qu'en Océanie, n'ont aucun souvenir d'un déluge quelconque, tandis que cette tradition, qu'elle se rapporte à un seul et môme fait ou qu'elle ait trait à plusieurs faits semblables, se retrouve bien réellement dans l'histoire d'un très grand nombre de peuples, soit de l'ancien, soit du nouveau monde. »

(1) Manuel d'hist, ancienne de V Orient, t. I, liv. I«', p. 20.

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