CHAPITRE II
A la suite du déluge, et grâce aux révélations du livre saint, l'histoire de Thumanité sort du champ des hypothèses générales pour se concentrer sur des faits réels, ne laissant aux suppositions que des points de détail et n'émettant d'hypothèses nouvelles que sur les conséquences à déduire des faits particuHers suffisamment justifiés. Ici on entre dans ce qu'il est d'autant plus permis d'appeler l'histoire vraie, que sur bien des points, le dire de la Bible se trouve confirmé par les monuments hiéroglyphiques et cunéiformes, par la lecture des plus vieux chants héroïques de l'Inde.
De tous ces documents plus connus, mieux lus, mieux appréciés, ressort une description ethnologique de la dispersion des Noachides qui présente des différences sensibles avec ce qui avait été admis jusqu'ici, mais qui se trouve suffisamment justifiée pour servir de base à l'histoire. Ainsi qu'il a été dit plus haut, on suit aujourd'hui tout le long de sa route, la race de Cham qui parmi les Noachides paraît avoir émiejré la première. Du centre asiatique.
allant vers Toccidenl, et longeant le nord de la région montagneuse de l'Indou-Kousch, traversant les plaines du Khorassan actuel pour gagner les vallées du Tigre et de TEuphrate, elle dut vaincre les Touraniens qui occupaient ces contrées. Elle jeta là avec Nemrod les fondements du plus vieil empire, dit babylonien. On la retrouve ensuite en Asie mineure, dans le pays de Chanaan, en Egypte, où elle parvint par Tisthme de Suez. De là elle remonta le Nil jusqu'en Ethiopie, y formant une partie des Nubiens et des Abyssins, dans le vaste désert Saharien, où elle est représentée par les Touaregs, dans les pays lybiens. Des bords de la Méditerranée, auxquels elle fournit leurs premiers habitants, elle remonta ensuite jusqu'en Espagne, en Gaule et aux Iles-Britanniques, sous le nom d'Ibères. On reconnaît encore les Chamites, alors appelés Kouschites, dans les premières populations blanches qui s'étendirent sur les rivages du golfe Persique, dans toute la péninsule Arabique, particulièrement dans l'Yemen, d'où ils passèrent en Abyssinîe, rejoignant, en descendant le Nil, ceux des leurs qui le remontaient. On les signale aussi dans la Perse méridionale et la Gédrosie, le long de la mer Erythrée ; enfin, dans l'Inde où ils se superposèrent, par places, aux Dravidiens, première migration dans ces contrées d'une race louranienne ou mieux Ouralo-Altaïque, et aux Mêlaniens, étant, comme on vient de le dire, d'origine anté-adamique.
Parmi les Noachides, la famille de Sem fut la se-
conde qui se répandit sur le monde ; car on la trouve sur un grand nombre de points, superposée aux Kouschites. Des montagnes de l'Arménie où ils étaient parvenus par la même route que les descendants de Cham, les Sémites gagnèrent la vallée du Tigre, oti, dit la Bible, ils fondèrent Ninive, Resen et Calach; puis la Susiane, où ils repoussèrent momentanément Kouschites et Dravidiens ; la Babylonie, où ils se mélangèrent aux descendants de Cham. Enfin, ils s'étendirent dans toute la vaste péninsule arabique repoussant les Chamites à l'orient et au sud ; dans toute la Syrie, où ils triomphèrent des Chananéens, une première fois, à leur arrivée, puis plus tard, ils battirent la descendance d'Abraham; enfin ils s'établirent en Asie mineure, où l'on croit les reconnaître dans les Lydiens.
Les enfants de Japhet, troisième fils de Noé, forment aujourd'hui la race dominante, la race civilisée par excellence ; peut-être parce qu'ils étaient restés les derniers dans le centre asiatique et que, plus longtemps concentrés, ils s'étaient, dès le principe, assez développés intellectuellement pour que plus tard, lors de leur expansion, ils ne perdissent pas tout ce qu'ils avaient acquis; pour que, à des époques différentes, lorsque leurs fractions se concentrèrent de nouveau, ils retrouvassent dans leur passé des bases bien faibles, mais cependant réelles, pour leur civilisation à venir.
Ils se divisent en plusieurs rameaux principaux couvrant les contrées les plus dissemblables du voisinage du pôle Nord à l'Equateur. Cependant la cri-
tique historique paraît avoir commis une erreur en leur attribuant la famille touranienne (ouraloaltaïque), composée des Ougro-Finnois et des Dravidiens : les premiers s'étant étendus au nord, nordouest du centre asiatique, les seconds au sud des mêmes contrées. En Europe, on retrouve les crânes bien caractérisés des Ougro-Finnois dans les terrains quaternaires; dans Tlnde, on voit les Dravidiens surgir immédiatement derrière les Mélaniens ; d'après cela, on doit penser que les Touraniens sont, non pas des Noachides, mais des descendants directs d'Adam, par Caïn, qui furent en partie détruits lors du déluge biblique, mais dont les débris, placés en dehors du monde mosaïque, se développèrent antérieurement ou concurremment avec les premiers Noachides et repeuplèrent le Nord. On les reconnaît plus tard, dans le groupe turc du Turkestan et des steppes asiastiques, dans les Magyars, dans le groupe ouralo-finnois, les Finlandais, les Lapons, les Livoniens, les Esthoniens et enfin les Basques; dans le Sud, on les retrouve en Mésopotamie, en Médie, en Susiane, en Perse, en Gédrosie et dans l'Inde. Ce sont peut-être les fils de Gog et de Magog dont les Hébreux ne parlent qu'avec une sorte de crainte et qu'ils semblent regarder comme une race absolument différente de celles avec lesquelles ils se trouvent en contact habituel. Ces Touraniens, confondus plus tard dans le nom générique de Scythes, paraissent avoir dominé l'Asie occidentale antérieurement à l'arrivée des grandes migrations des Noachides, pendant une période
près de quinze siècles. Qu'on n'oublie pas, pour justifier l'hypothèse qui ferait descendre directement d'Adam les peuples ouralo-allaïques , que, comme couleur, celte race lient le milieu entre les populations blanches et jaunes, et que sa langue était essentiellement rudimentaire, comparée à celles des différents peuples sémitiques ou ariens.
Les véritables fils de Japhet, ceux dont l'origine est incontestable ayant, à une époque presque historique, pénétré dans les mêmes régions, leur superposition aux Kouschites, aux Ougro-Finnois ou Dravidiens, prouve bien qu'il s'est écoulé un laps de temps considérable entre les deux migrations; et que, par conséquent, si les uns et les autres descendent d'Adam, ils ne font évidemment pas partie de la même branche de la famille du père de la race blanche. Des peuplades issues de Japhet, une première partie, celle dite des Yavanas ou jeunes, par opposition aux Aryas ou vénérables, les fils de Javan de la Bible, suivant la route ordinaire des migrations des Noachides, semblent avoir passé au sud de la mer Caspienne, d'où elles remontèrent vers le nord en gagnant le Pont-Euxin, soit le long du Caucase, soit sur le rivaj^e méridional, et en franchissant ensuite le Bosphore de Thrace. Qu'elles aient pris un chemin ou l'autre, elles laissèrent sur leur route, de distance en distance, des groupes humains dont les noms furent, à juste titre, célèbres dans l'histoire. Ainsi les premiers Iraniens, sans doute refoulés par les autres tribus, restèrent dans la Médie, au sud de la mer Caspienne ; les Arméniens s'éta-
blirent un peu plus au nord-ouest dans le massif montagneux de FArarat; d'autres peuplèrent la Colchide et les gorges profondes du Caucase ; les Paphlagoniens, les Phrygiens se fixèrent en Asie mineure au sud du Pont-Euxin ; les Thraces enfin, dont les Pélasges sont une branche, franchissant le détroit, poussèrent jusqu'aux rives de Hier. Puis les Ioniens, de la côte occidentale de l'Asie mineure, colonisèrent de proche en proche et les îles de la mer Egée, et la Grèce, et l'Épire, et l'Ilalie méridionale.
Pendant ce temps, une autre branche des descendants de Japhet qui avait traversé le Caucase ou suivi le rivage septentrional du Pont-Euxin, marcha vers le nord-ouest. Elle occupa d'abord l'ancienne Scythie, le sud de la Russie actuelle, sous les noms de Cimmeriens, de Cimbres, de Kimrys; puis, poussant toujours devant elle au fur et à mesure qu'elle augmentait en nombre, sous le nom d'Ases, où l'on trouve, et les Germains et les Scandinaves, elle peupla le nord de l'Europe ; sous celui de Celtes ou de Gaulois, elle fournit les populations qui des monts Carpathes gagnèrent le Danube, puis le Rhin et de là les rivages de l'Atlantique ; enfin, elle donna naissance aux Slaves, qui restèrent entre la mer Baltique et la mer Noire dans les vastes contrées qu'ils occupent encore.
Une troisième portion de la descendance de Japhel, celle qui n'avait pas quitté ce que depuis on a appelé la Bactriane et la Sogdiane, en même temps que la grande émigration vers l'occident, se
trouvant à son tour trop à Tétroit dans ces régions, contourna la chaîne de Tlndou-Kousch, chassant devant elle^ vers le plateau médique qu'il avait déjà occupé, le reste des tribus iraniennes ; tourna ensuite vers le sud, d'où elle gagna la province à laquelle son nom fut attribué plus tard, l'Arie. Nommées désormais les Aryas, ces tribus poussèrent d'une part vers la Perse et la Carmanie ; mais, de l'autre, en plus grand nombre, vers la Paropamise et l'Arachosie, jusqu'à l'indus. Cette grande voie leur ouvrit l'Inde même, où ces Aryas se superposèrent peu à peu aux Mélaniens, aux Dravidiens comme aux Kouschites, donnant ainsi pour limites à la grande famille japhétique ou mieux indo-européenne, d'un côté les flots du golfe du Bengale que repoussent les eaux du Gange, de l'autre les vagues qui, dans l'Atlantique, baignent les rochers les plus avancés dp la Grande-Bretagne.
Mais les migrations des Noachides ne sont pas les. seules dont on puisse aujourd'hui suivre les traces ; de nombreux voyageurs, en faisant mieux connaître les différentes parties du globe, ont révélé l'existence de races dont la Bible ne pouvait parler, et ont donné sur elles des notions dont les anthropologistes se sont servis pour obtenir un classement, sinon absolument rigoureux, du moins probable dans son ensemble. La race jaune, par exemple, que caractérisent les Mongols et les Chinois, et qui en quittant son pays natal occupait presque toute l'Asie centrale et orientale, était absolument inconnue de Moïse. Les Mongols se subdivisent en deux familles :
les Tongouses et les Mongols proprement dits. Ces derniers, originaires des environs du lac Baïkal, se sont étendus depuis le Hoang-Ho et Textrémité orientale du désert de Gobi, jusqu'au Volga, où ils ont été plus connus sous le nom de Kalmouks; quant aux Tongouses, ils ont peuplé les contrées au nord de celles qu'habitent les Mongols, du pays des Kirghiz aux rivages septentrionaux du fleuve Amour. Ces Tongouses paraissent avoir produit les Huns, les Mandchous, les tribus sibériennes dont quelquesunes, franchissant le détroit de Behring, ont été la souche des peuplades boréales de l'Amérique du • Nord. Les Chinois, qui forment le ^second grand* rameau delà race jaune, s'étendirent des frontières de la Boukharie aux rivages de l'océan Paciflque, sur toute la Chine proprement dite, la''(îorée et le Japon, bien que, dans ces derniers pays une étude plus attentive, mais encore insuffisante, ait révélé surtout l'existence de fractions de populations d'origine absolument différente, telles que : les Aïnos.
Aux croisements successifs de la race jaune avec la race mélanienne qui s'étendait de l'Inde à la Polynésie, paraissent dues toutes les sous-races de rindo-Chine; tandis que les Thibétains semblent être sortis du mélange des Chinois ou des Mongols avec la race dravidienne ou tamoul.
Dans le sud de l'Indo-Chine, dans les grandes îles de l'Archipel asiatique et jusqu'en Polynésie, on trouve répandue la race dite malayo-polynésienne, qui paraît résulter également du mélange de la race jaune venue, soit par mer, soit par les grands fleuves
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de rindo-Chine, avec la race plus antique des noirs australiens ou mélaniens qui , presque complètement absorbés, n'apparaissent plus que sur des points isolés, dans Timmense région qui s'étend du Nord- Ouest au Sud-Est, de l'Himalaya à la Nouvelle- Zélande. Sous divers noms différenciés pour les influences locales, cette race forme encore le fond de la population des lies Célèbes, des Moluques, de la Nouvelle-Guinée et du grand continent australien. Le problème ethnologique le plus ardu dont il
• reste à parler est celui qui concerne l'Amérique.
• Par qui et comblent ce vaste continent a-t-il été peuplé? Il est absolument certain que des émi-
. grants venus, soU d'Europe par l'Islande et le Groënland, soit d'Aeîe ]iar les îles Kouriles et Aléoutienq^s, par le courant de Tessan ou le courant équatorial de retour, ont concouru pour une large
part au peuplement du nouveau continent. Lors de la conquête européenne, on remarqua effectivement sur la côte orientale quelques individus de race blanche provenant, sans doute, des Scandinaves; et sur la côte occidentale des populations entières dont le mélange avec les races mongoles, chinoises, et surtout polynésiennes, était évident; mais rien n'explique suffisamment la présence, dans la plus grande partie de l'Amérique du Nord, de la race rouge et dans les Antilles ou le Brésil, des Caraïbes ou Brasilio-Guaraniens à peau jaune cuivrée, nombreuses familles, bien distinctes l'une de Tautre^ dont les Grandes-Antilles paraissent avoir été la zone frontière. Il y a évidemment là deux race»
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particulières, peut-être antérieures aux derniers grands cataclysmes géologiques, modifiées dans le nord et à la circonférence, par des importations de types européens ou asiatiques ou même polynésiens ; dans le Sud et à TOuest par ce dernier type, à FEst par des mélanges avec les nègres africains venus de la Guinée ou du Congo par le grand courant équatorial atlantique qui longe les côtes du Brésil.
Le tableau des migrations humaines qui vient d'être exposé se rapporte à des temps bien éloignés; certainement il est imparfait sur bien des points, cependant il forme la grande iase de l'histoire. La suite, démontrera combien il est utile^ soit à l'historien, soit à l^homme d'État, de le connaître. Certes, il n'est pas de principes absolus en ce qui touche aux faits matériels ; et vouloir en histoire comme en politique, se servir exclusivement de la base des origines, doit entraîner à mille erreurs, à mille fautes; mais on y trouve cependant l'explication de bien des faits qui resteraient incompréhensible, surtout si l'on envisage de grands ensembles de peuples. Ces peuples sont d'autant plus accusés que les groupes de populations qui en font partie ont des origines plus éloignées les unes des autres. Dans la longue série des annales humaines, on voit la race sémitique chasser ou dominer presque constamment les Kouschiles ; et malgré des contacts incessants, jamais on n*a remarqué qu'elle se soit fondue, en un point quelconque, avec la descendance de Japhet. De
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même, tandis que deux rameaux distincts d'une même famille humaine se confondent chaque jour, poussés qu'ils sont par des circonstances géographiques ou historiques, si l'on constate en un lieu la présence d'un groupe que rien n'a pu, pendant la série des siècles, assimiler aux populations du même pays, s'il s'agit d'un groupe en perpétuelle hostilité contre ses voisins, on peut affirmer avec certitude qu'il existe entre eux une extrême dissemblance d'origine.
Le tableau de la dispersion des hommes conduirait insensiblement à Tétude de la fondation des empires, si Je thème de ce travail ne forçait à s'arrêtep un moment' pour chercher quel doit être, sur l'état normal des Noachides, l'effet de leurs longues migrations.
Partis tour à tour d'un centre où ils avaient acquis une civilisation relative, et dans lequel centre la connaissance de l'unité de Dieu était certainement la croyance générale, il semble que leurs déplacements, leurs longues fatigues, leur besoin de s'occuper presque exclusivement de la vie matérielle, la nécessité de s'ouvrir un chemin à travers les obstacles les plus divers, de combattre les animaux et, sur bien des points, les populations hostiles, doivent leur avoir fait perdre presque complètement cette idée d'un Dieu unique.
Évidemment la contemplation, le retour sur soimême, sont œuvres des jours de paix et s'accordent peu avec le perpétuel combat pour la vie. Il semble donc que plus les peuples marchèrent, plus ils du-
rent oublier le vrai Dieu, et déifier ce qui semblait les aider à marcher. Tel dut adorer les astres parce qu'ils paraissaient le guider ; tel éleva des autels à ceux qui rayaient conduit dans une fertile contrée; tels encore peuplèrent leur Olympe de la personnification des fleuves dont les débordements fertilisaient leurs territoires, ou des animaux dont les dépouilles assuraient leur existence. Ces migrations, du reste, ne se firent pas en un jour, il en est qui demandèrent des siècles, et rarement, la génération partie du centre asiatique fut celle qui s'établit dans la contrée que désormais sa race ne devait plus quitter. Tout cela parait exact, et cependant, on peut l'affirmer, ce n'est vrai qu'en partie ; car, en scrutant la cosmogonie des principaux peuples de l'antiquité, aujourd'hui que cette étude est devenue possible, on trouve que ce n'est qu'à la suite de leur établissement sur le territoire où ils devaient rester, que certains de ces peuples perdirent le souvenir d'un Dieu unique, poussés qu'ils étaient dans cette voie par le§ ambitions théocratiques. Ainsi, au moment où chaque peuple s'arrêta définitivement, les individus qui le composaient avaient en partie conservé la tradition transmise par leurs ancêtres ; c'est alors seulement que pour la plupart ils ajoutèrent au culte du vrai Dieu, dont le souvenir leur était du reste fort vague, des déifications nées, soit des circonstances particulières au territoire où ils s'établirent, soit des passions et des vices qu'enfantèrent promptemenl une civilisation plus développée, soit encore des haines contre les races voisines qui menaçaient leur
indépendauce ou s'opposaient à leur établissement. Ces déifications prirent bientôt le dessus au point d'amener l'oubli du Créateur. Mais Dieu marque d'autant mieux sa puissance que les résultats qu'il obtient sont plus grands, comparés à Tintîmité des moyens. Ainsi, parmi cette quantité innombrable de familles qui peuplèrent le globe à la suite du déluge, l'une d'elles, celle d'Arphaxad, fils de Sem,'ne subissant pas l'influence des horizons nouveaux et des difficultés qu'entraîna une migration lointaine au milieu de ce vaste chaos intellectuel et moral, conserva pure la tradition de l'origine de l'homme et le souvenir du Créateur. Par la descendance d'Abraham, cette famille fit passer ces doctrines des générations éteintes aux générations futures. C'est là non seulement une preuve indéniable de la puissance du souverain Maître, mais c'en est une aussi que le Seigneur de l'univers, qui d'une pensée peut anéantir la matière, la laisse obéir aux lois qu'il lui a faites, se réservant d'agir, dans ce monde, par l'intermédiaire de l'homme, et par l'influence qu'il a conservée sur son âme.
Lors donc de la fondation des empires, les hommes, bien qu'ayant en partie conservé le vague souvenir de l'unité de Dieu, étaient loin d'être en progrès; la décadence morale et intellectuelle des masses était au contraire profonde. Les nécessités matérielles les poussaient à se grouper autour des chefs les plus capables de les satisfaire et, loin de conserver après ce groupement les saines traditions de leur origine, les passions et les vices inhérents à
toute agglomération humaine ne firent qu'épaissir ce chaos. jCe n^est qu'à la longue, les empires une fois formés, que peu à peu le besoin d'ordre se faisant sentir, quelques législations encore barbares, n'ayant en vue que la matérialité et lui subordonnant la morale, se firent jour. Elles furent différentes pour chaque peuple, basées qu'elles étaient sur mille circonstances ; mais, telle était la volonté du Maître du monde, que de presque toutes ces législations il en resta debout quelque chose qui contribua au progrès.