‹ Analyse grammaticale de différens textes Anciens Egyptiens prospectusChapitre 2 sur 2 · A M' L'ABBÉ · texte numérisé non relu

A M' L'ABBÉ

COSTANZO GAZZERA,

Monsieur,

Là bienveillance avec laquelle vous m'avez accueilli il y a trois ans , lorsque-, passant par Turin , je me rendais auprès de l'auteur du Système Phonétique, a été pour moi un encouragement bien puissant. Les témoignages des même» sentira en s , dont vos illustres collègues MM. Peyron , Boucheron, Sclopis et autres voulurent bien m'entoure r, n'excitèrent pas moins mon zèle. Cette protection m'accompagna jusque sur le sol français : j'ai pu , grâce à d'aussi honorables recommandations , trouver dans les lumières du grand hiérogrammatc dont nous déplorons en ce moment la perte , toutes les ressources que je pouvais désirer pour compléter mes études sur les antiquités égyptiennes.

Un destin malheureux est venu trop tôt, hélas ! me ravir cet inappréciable soutien ; cependant , Paris ne cesse pas pour cela d'être le centre de mes travaux. Cette collection conservée au Louvre, la seconde que l'on doil en grande partie aux actives explorations de notre compatriote Drovelti, y esi , par la volonté royale , comme un dépôt commun à

louie l'Europe. C'est au milieu de celle masse île débris si variés do l'antique civiliwiliou de la grande et docte Egypte, que je me suis maintenant réfugié ; et il y aurait ingratitude de ma part a ne pas témoigner ici ma reconnaissance, d'abord à M. le comte de Forbin , directeur-général des musées royaux , qui a bien voulu m'accorder toutes les facilités possibles pour visiter à mon aise ce magnifique dépôt historique, ensuite à M. L. 3. J. Dubois; qui, secondant les vues généreuses de l'administration, m'offre tous les moyens de l'étudier à loisir.

Ccpcndantj'ai depuis long-temps l'intention de reconnaître voire bienveillance par quelque hommage public, et c'est aujourd'hui, Monsieur, que j'essaierai de remplir ce vœu , en vous entretenant sur un des sujets , le plus important peut-être , de mes recherches litiéraircs. Je me propose de vous parler des motifs "de conviction sur lesquels me paraissent reposer les significations assignées par mon maître, noire commun ami, feu Ghampollion, aux expressions qui forment son célèbre tableau de la notation dos principales divisions du temps dans les trois systèmes graphiques de l'ancienne Égyplc ; mais avant tout , je crois qu'il ne sera pas sans intérêt de rappeler plusieurs circonstances qui se rattachent naturellement à cette importante discussion : je me hâte de vous les exposer.

C'est dans sa seconde lettre h M. le duc de Blacas, rédigée en 1 824 1 a" milieu de la précieuse collée--

tion des monumcns égyptiens acquis par la munificence éclairée de votre gouvernement , que Champollion fil connaître pour la première foi» les résultats de ses recherches sur les signes hiéroglyphiques , hiératiques et démotiques , à l'aide desquels les anciens Égyptiens exprimèrent les divisions du temps. On peut trouver dans cette lettre le texte et la traduction de vingt-deux différentes dates reconnues sur des stèles ou des papyrus, et appartenant aux règne* dés Pharaons, Àmenhemhè H, de la dix- 8eplièmedynnstie,Thouthmoaisin,ThouthmosisIV, Aménophis III , Menephtha I , et Ramsès-le-Grand, delà dix-huitième, Ramsès IV, Ramsès V, RamsèsVI, Ramsès VII , Ramsès IX , Ramsès X et Ramsès XV, des dix-neuvièmccivingiièmedyniislies. Des sa vans de divers pays obtinrent depuis, de Champollion, la permission de rendre public le tableau complet des signes égyptiens servant à la notation des dates, que lui-même leur avait envoyé. C'est ainsi que M. le professeur Rosegarten , de Kœnisberg, le fil paraîtra dans un Mémoire relatif à des papyrus démotiques et grecs du musée de Berlin, imprimé en 1817- C'est de la même manière que, plus récemment, M. le docteur Young le reproduisit dans ses curieuses additions à la GrammaireCoptcde M. Henry Tatiam, imprimée à Londres en i83o. Le docteur Young l'accompagna , dans cette même occasion , des textes hiératiques ou démotiques, et de la traduction des dates ci des protocoles de douze contrats, que Chain-

pollinti lui avait aussi corn nui niques , cl qui appartiennent aux règne» de Psammeticus , de Darius, d'Alexandre, fils d'Alexandre-le~Grand, d'Évergèlc I", de Philopator el d'Épiphanes.

Dans toutes ces occasions, aucun développement ne fui ajouté à ce tableau, pour vérifier les fondemens sur lesquels repose la certitude de la valeur individuelle assignée à chacun des signes ou groupes qui le composent. Pourtant, dès qu'il avait été donné de lire avec certitude , dans les textes égyptiens antiques , les noms propres des rois de race égyptienne , de ceux de race persane, des Ptolémées et des empereurs romains , le travail le plus important à faire, et le moyen le plus efficace pour remplir avec certitude les immenses lacunes qui existent dans les premières pages des annales de l'humanité par l'histoire de l'Egypte, c'était, ce me semble, de tirer du vague et ne point laisser sans démonstration , la valeur assignée aux signes qu'on trouve mis en usage pour exprimer, dans les inscriptions sculptées sur les parois des temples , des palais et deB catacombes, comme dan» un grand nombre de papyrus transportés en Europe, les années, les mois, les jours des différens règnes.

Il paraît, Monsieur, que les circonstances n'avaient pas permis à Champollion lui-même d'exposer publiquement les motifs de sa propre conviction , puisque ce n'est que l'année dernière, qu'ayant occasion de lire à l'Institut un travail spécial sur \ An-

Diitizod bi Ci

née Astronomique des Égyptiens , il exposa pour la première fois quelques-uns de ces motifs. Mais n'est-ce pas assez que la mort ait mis un terme a tant d'utiles travaux qu'il allait entreprendre? Le destin nous a ravi , à toujours pcnt-è*lrc, ce dernier ouvrage , qu'il croyait avoir légué à la science ! Champollion prononça, quelques jours avant sa mort , le nom d'un individu auquel , toujours d'accord avec son beau caractère , il n'avait pas su refuser so>> manuscrit : ce nom , peu connu des amis qui entouraient son lit, fut oublié pendant la terrible catastrophe qui, peu de jours après , termina une vie "si précieuse; et c'est ainsi que , par une action qu'il n'est pas encore permis de qualifier, la science reste jusqu'ici privée de ce chef-d'œuvre. J'eus le bonheur, Monsieur, de prendre dans le temps quelque connaissance de cet important travail ; vous me permettrez de consigner ici l'énoncé de ceux de ses principaux résultats, dont il m'a été possible de garder le souvenir, et vous en apprécierez sans doute comme moi le haut intérêt.

Il y était premièrement démontré , toujours d'après les monumens , que les anciens Égyptiens partageaient le jour astronomique en vingt-quatre heures , comptées en deux séries de douze heures chacune ; douze heures de jour, douze heures de

a" Que les mois élaient au nombre de douze, et que chaque mois se composait de trente jours.

3" Qu'on partageait les douze mois de l'année en trots séries distinctes , ou saisons en rapport avec les travaux ou les phénomènes de l'année agricole , et que chacune d'elles était composée de quatre mois.

4° Qu'on ajoutait enGn à ces trois saisons , ou tétraménies , formant trois cent soixante jours, cinq jours épagomènes , qui , joints à la somme des jours des douze mois, constituaient une année de trois cent soixante-cinq jours.

5° Il était indiqué dans le même Mémoire , quels étaient, dans les écritures ou peintures égyptiennes, les signes tropiques et les personnifications de l'année, quels étaient les signes et les expressions de l'idée générale saison.

6° On y trouvait expliquée la manière dont se faisait d'abord l'énumération des jours dans les mois , ensuite celle des heures dans le jour même , et dans la nuit . on y indiquait le nom hiéroglyphique particulier de chacune de ces heures.

7° Enfin , des recherches y étaient faites sur douze grandes divinités , et cinq autres dieux ou déesses , qui présidaient aux douze mois cl aux cinq jours épagomènes ; sur trente génies , qu'on croyait gouverner les trente jours du mois , et sur douze dieux et douze déesses , qui réglaient les vingt-quatre heures du jour astronomique

Tels étaient, Monsieur, les résultais obtenus par les recherches de Champolliou pendant son voyage

d'Egypte , et exposés dans le Mémoire dont je vous ai parlé : maintenant il vous sera facile d'apprécier à sa juste valeur la perte de ce précieux manuscrit, lorsque surtout on connaît le» difficultés qui s'opposent à l'intelligence de ces nombreuses représentations astronomiques qui couvrent les tombeaux des rois. Cependant, quoi qu'il en soit de tout ce qui se rapportait k ces derniers m ou u mens , étudiés avec persévérance , il est à espérer qu'un jour ils pourront être expliqués de nouveau. Mais quelque temps encore que des éclaircissemens sur tes signes des divisions du temps se fassent attendre, l'étude la plus éminemment utile, celle de l'histoire des Pharaons d'après les monumens, histoire que des systèmes superstitieux , vi des savans à idées réirécies , avaient osé reléguer parmi les fables, ne saurait prendre aussitôt qu'il serait à désirer uue marche positive, et contribuer il la cou fi r mat ion complète de ce canon de dynasties , que Manéthon présenta il y a deux mille ans.

Cette intime conviction , Monsieur, est la seule qui ah pu me diriger dans le choix du sujet de celte lettre. En réfléchissant qu'il ne s'agissait, en dernière analyse, que de l'importance des doeumeus chronologiques fournis par les dates comparées dçj» monumens , il m'a paru qu'un travail grammatical succinct, mais complaj et détaillé, sur les signes ou groupes symboliques et phonétiques que ChampoL lion a déjà indiqués comme exprimant les idées

jour, annè", mois, et le nom particulier de chacun de» moi», suilirait pour la fixation rigoureuse et irrévocable des époque» de l'histoire égyptienne. Or, nul doute , quelque progrès qu'on ait faite dans l'étude des hiéroglyphes, qu'il sera impossible de rassembler avec précision une partie quelconque des doctrines , dont la mémoire de Champollion renfermait les résultats, avant que le public ne possède les nombreux dessins qu'il avait rapportés d' Egypte. Mais le tableau de ces groupes , dont il importe tant de ûxer la valeur, existant heureusement , et joute discussion sur les mon um eus astronomiques pouvant être négligée, pourquoi ne devrais-je pas espérer de parvenir à démontrer la certitude de la valeur attribuée auxsignes hiéroglyphiques de IHdéean/iee, jour, mois, etc., du moment que l'inscription de Rosette, offrant dans son texte grec justement les mots rififpa, jour, firri, mois, Evisrjroç, année, peut fournir des preuves irréfragables pour la détermination de leur expression égyptienne ? Je me suis livré, Monsieur, à cette discussion avec d'autant plus de confiance , qu'aidé surtout par les doctrines dont je me glorifierai toujours d'avoir clé largement imbu par l'illustre Champollion lui-même, j'ai pu recueillir, pendant une étude non-interrompue des monumens conservés au Louvre, une autre moisson assez abondante de faits, qui viennent à l'appui l ' l ' s considérations et des rapproche m eus qui m'ont été suggérés par les divers textes de l'inscription de Rosette, et à l'ex-

position desquels il est permis maintenant de passer.

Nous rencontrons le- mol rpepa trois fois dans les vingt-quatre ou vingt-cinq dernière» lignes du teste grec de l'inscription de Rosette, qu'on sait correspondre à la partie hiéroglyphique encore existante. La première, c'est à la ligne 4o, où le décret statue : que les prêtres feront trois fois par jour, T piç TH2 HMEPAS, le service auprès des images du roi Ptolcniée-Kpiphanc. Dans la partie correspondante du teste hiéroglyphique ( ligne 7 actuelle , du texte démotique ligne 1 4) . on lit aussi, que les prêtres des temples d'Égypte devront (pl. I , n° 5 ) , UJWUjE TK-TtlIKT STTtt COTT f" £>&pE ^OCVr « servir ces images trois fois par jour. » Dans cette phrase il est facile de voir que l'idée jour se trouve représentée par un groupe formé d'un disque et d'un rectangle ouvert par le côté inférieur.

La seconde fois , c'est h la ligne 47 où Ton ordonne de célébrer le jour de la naissance du roi , et le jour où il prit la couronne. Le texte égyptien porte dans la partie correspondante (hiérog. ,1. 11, ^00*r tïTB, ces jours, où'le mot ^OOT est également exprimé par le rectangle ouvert et le disque suivi par les signes de pluralité (pl. 1 , n" 1 J , et , dans le démotique (ligne 28), par le même groupe qu'à la ligne i4-

Enfin , c'est îi la ligne 5o que le texte grec porte le mot rpepa dans la phrase tf' ïifirpocç iwvrt, pen-

dont cinq jours, cl dans la partie corres pondante égyptienne (hiérog.. lig. ta, dcm. lig. 29) on lit l'expression ^ooir E représentée hiéroglyphiqucment par le groupe du rectangle et du disque, suivi de cinq parallélogramnws traduits par le grec -tkvte, et déni otiquero eut toujours comme ailleurs , plus, le chiffre numérique qu'on sait exprimer dans l'écriture populaire le nombre cinq. (Pl. I , n° 3.)

Ces rapproche mens pourraient à eux seuls rendre incontestable que, dans le système hiéroglyphique , un groupe composé d'un disque précédé ou suivi d'un caractère qu'on compare ordinairement à un rectangle ouvert par son côté inférieur, et quelquefois rentrant, servait à exprimer l'idée jour. Mais , dans l'état actuel de nos connaissances sur la langue égyptienne, il est possible, Monsieur, de citer un autre genre de preuves, que des preuves matérielles k l'appui d'un tel fait : cependant , avant de vous les exposer, je ne dois pas négliger d'expliquer une circonstance qui ne peut que frapper lorsqu'on jette les yeux sur les vingt lignes du texte hiéroglyphique de Rosette. Vous aurez sans doute observé que , tandis que dans la partie correspondante du texte grec, on ne trouve le mol rpspa. que dans les trois passage» précités, le groupe hiéroglyphique formé du rectangle et dn disque se rencontre encore quatre fois. En effet, dans la lig. 7 du texte hiéroglyphique, où , d'accord avec le texte grec, nous l'avons déjà reconnu une fois, on le remarque deux autres eu-

core dans celle disposition du décret, qui décide que les prêtres accompliront les cérémonies prescrites comme on le pratique pour les autres dieux du pays , et observeront £OOy K ( planche I , n* 4 ) («) > jour de fête , et AOOT « HK\pa.B (id. n° 4 (6), le jour en son nom, le jour èponime. Dans ce cas cependant on ne peut rien décider à l'aide du texte grec, puisque, après avoir dit qu'on accomplira les autres rites prescrits suivant ce qui est fait pour les autres dieux, suit une lacune (lig. 4o-4i) qui d'ailleurs se termine par les leures NHITPE2IN, qui sont évidemment les restes du mot irctv»î7U{>£Ciï i que réclame le sens du lextc égyptien.

Une lacune existe également dans le lextc grec ( ligne 46) , à l'endroit qui correspond au passage de la ligne 12 hiéroglyphique (démol. , lig. 28) , où il est dit qye le jour XFIX (pl. I, n" 5) du mois de Méchir sera fête en honneur de la- susccpliou du pouvoir royal. Mais il y a deux autres phrases du texte hiéroglyphique et démotique où se montre le groupe du disque suivi du rectangle , sans que les passages du texte grec correspondant aient disparu, et sans que le mot iptpa s'y montre; l'un se trouve à la ligne 10, où il est dit que le jour 3o du mois de Mcsori est le^nOTf WSCïj le jour natal (pl. I, n° 6) du roi , expression que le texte grec traduit (lig. . très-fidélement par yaSiua tou PaoïAtwç, qui, en

grec, est ia phrase la plue littérale par laquelle on pouvait rendre la susdite égyptienne. L'ifutre paissage est à la ligue ç>, où l'on ordonne que l'image du roi soit visible dans son Noos lorsqu 'arrivera £OOT H KE 16 } our de* grandes pa-

nêgyries, mots que le traducteur grec , sans s'éloigner du sens du texte égyptien , a rendus simplement par tu raç iraveyjpttrrv ptyaXxu; (pl. I , n° 7).

Ces différences dunsie choix, non dans le sens des expressions employées par les deux textes, s'expliquent naturellement par la marche cl le fond différent des deux langueB dans lesquelles ils sont tracés. C'est «n fait qui se renouvelle chaque jour et à chaque instant entre deux idiomes quels qu'ils soient, même lorsqu'il existe un haut degré d'affinité entre eux. Quant à la langue égyptienne, elle offre ces différences dans le choix des mots pour exprimer une même idée, non-seulement lorsqu'on compare un texte avec une traduction faite dans toute autre langue, mais aussi lorsqu'une inscription hiéroglyphique s'écrit par une méthode différente , la hiératique. par exemple,ou ladcmotique.On pourrait citer de nombreux exemples deee fait dans la comparaison des deux textes égyplicnsde Rosette : tel est le passage hiéroghyphiqiic numérote dans notre planche, n" 4 ( fl )i q u ' dans le texte démoiique est rendu par le seul mot tyt , fit-:-

Je passe maintenant à vous parler, Monsieur, .

de In nalure des signes dont compose le groupe en question.

Le disque n'est que le disque solaire, tel que l'emploient très-souvent le» h iérog ranimâtes d'Égyplc , soit dans les manuscrits , soit dans les inscriptions peintes ou sculptées. II est impossible de confondre le disque du soleil avec d'autres signes d'une forme semblable, puisque dans les grandes inscriptions peintes' il est marqué par la couleur rouge, et quelquefois par «ne auréole jaune; dans tout autre cas , il est constamment noté par un point placé dans son centre. Ce caractère est ici employé symboliquement. Le rectangle ouvert fait partie d'une autre classe de signes : c'est un caractère phonétique 1 , et il représente l'aspiration //. soit dans les jioms propres étrangers , comme par exemple dans celui à'Hhdrien, sculpté sur l'obélisque Barberini (voir la Lettre à M. Dacier, pl. V, 76) , celui de Philippe, écrit PHEILEIPOUS sur les monumens d'jjchmouneyn , et celui de l'Ethiopien Tliaraca, tracé sur la caisse de la momie de la femme Sesarimclatr, nourrice de la fille de ce roi , conservée à Florence, et inscrit sur les monumens de Medinet- Habou , soit enfin dans les noms propres et les mots égyptiens des textes de toute époque. "

Je ne disconviens pas, Monsieur, qu'au premier aperçu cette alliance de deux caractères, de nature si différente pour exprimer une seule et même idée , peu! sembler assez extraordinaire. Cependant on

aura déjà remarqué dans'les divers écrits de Champollioa, qu'il avait, depuis huit ou dix ans, entrevu dans les textes égyptiens l'existence de certains signes, de l'emploi desquels il a pu ensuite développer, la théorie entière dans sa Grammaire hiéroglyphique. Ces signes ne consistent que dans la représentation de l'image de l'objet exprimé par ce mot , placée à côte de ce mot même , ou tout au moins de l'imagé d'un objet physique en rapport plus ou moins direct avec l'idée exprimée par le mot; de sorte que maintenant il est constaté que, pour exprimer les idées , les Egyptiens employèrent à-la-fois les mots et les images. Il paraît que les Égyptiens aimaient a exprimer un grand nombre d'idées par la combinaison simultanée de ces deux genres de caractère», les uns employés au propre, les autres phonétiquement, soit par attachement à leur plus antique écriture, primitivement figurative', soit dans l'intérêt de la clarté, qui aurait beaucoup souffert par l'omission habituelle des voyelles médiales , et des voyelles t ou i , qui terminent les mots. Vous concevrez , Monsieur , qu'en effet un très-grand nombre d'expressions formées des mêmes consonnes disposées dans un même ordre , et qui cependant servent à noter des idées très- éloigné es les unes des autres , ne différant que par les voyelles , pouvaient dans beaucoup de cas produire une incertitude extrême dans l'esprit de l'interprète. ^

■ On atteignit le but d'obvier à un défaut aussi capital, parj'emploi simultané des caractères-i mages. Ces caractères ont reçu de Champollion le nom de tlètenfiinatifs ; ils jouent le rôle le plus important dans le système des hiéroglyphes , et peuvent être regardés comme dedeux sortes, c'est-à-dire les déterminai (fs mimiques, qui sont la représentation même de l'objet dont le mot est le signe oral, el les déterminatifs tropiques' ou symboliques , qui , d'après certaines idées abstraites que leur forme servait à rappeler, déterminent indirectement la nature de l'objet exprimé phonétiquement. Ainsi, par exemple , l'image d'une charrue placée à la suite des signes phonétiques ^ , , ç , fi , \ , est un délerminai if mimique, parce que le mot ^tfiî signifie charrue dans la langue copte; l'image d'une faucille tracée à la suite des caractères phonétiques ut, C, ï> est un délerminatif tropique, puisque tuffc) si- Ce n'est pas tout : cet emploi obligé des signesimages , à la suite des groupes phonétiques , permettait aux égyptiens d'abréger sans inconvénient certains mots, ceux surtout qui sont employés le plus habituellement, de manière à conserver le caractère phonétique initial seul combiné immédiatement avec le détermi natif. C'est ainsi que, par exemple, un des mots les plus communs CDTSTEW roi, ne se trouve presque toujours représenté que par la

plante C , jointe immédiate ment au déterminai if tropique l'abeille. De ce nombre se trouve le groupe en question , qui sert à exprimer l'idée jour. Le disque du soleil n'étant donc ici que le dé Bermi natif symbolique , le caractère qui le précède ne peut ;ptrc en conséquence que l'initial de tel mot , qui dans la langue égyptienne servait à noter l'idée jour. Or, les textes hiéroglyphiques mêmes nous donnent les moyens de mettre. hors de doute un tel fait : en effet on rencontre dans les inscriptions de toutes les époques , non-seulement un , mais deux différons groupes phonétiques, écrits sans aucune abréviation, lesquels, déterminés par le même signe symbolique , le disque , et ayant constamment pour initiale le rectangle ouvert , servent à exprimer notre mot jour.

Le premier (pl. i , n" 8) se compose des signes phonétiques le rectangle ouvert ^j-, Vaigle r> ou O, le liiuus Ot, suivis du disque solaire. C'est évidemment le mot ^p"*, ou bien ^OOt, qui , dans tous tes lexiques coptes des différera dialectes, signifie en effet , jour, et qu'on voit constamment employé dans la traduction copie de la Bible, pour rendre le grec nuifxx. Je pourrais vous indiquer, Monsieur, encore quelques ceuiaines de passages de textes anciens égyptiens où ce mot se rencontre sous cette même forme hiéroglyphique; mais j'aime à vous citer surtout un papyrus hiératique appartenant à la collection du Louvre, et qui se rapporte à un

jeune personnage appelé Sdtw, fils de la femme liapkor. A la lîfjne ■} de ce papyrus, on Irouve l'expression de la durée entière de la vie de I enfant , nui iii[lui-mêine(pl. I, n 0 g), t,SO « p*5TTE qTOOIf E&U.n ^Ott ^OOt CKiT « Je suis dgè de quatre ans , cinq mois et deux jours ( i ) . ■> Dans ce passage la signification dti groupe ^sOOnr est-mise hors de doute par la traduction en grec de toute la phrase

qui est au revers du papyrus Ad MHNIÏN

HMEPA2 11.

Le second groupe hiéroglyphique , que nous avons dit exister sur les monumens , et exprimer l'idée jour, lorsqu'il est trace sans abréviation , se compose des clémens suivans : d'abord lé rectangle ouvert la bouche p, et la caille bu poulet o, ou Olf. Il est également déterminé par le disque so-

(i) C'est ainsi que je cois qu'il foui corriger la traduction queChampollion a donnée, pao.. ; , de sa IVolice tur le papj-nu hiératique •lu cercueil de Pétamenoph, extraite du Voyaçe à Meroe, par M. Caitâaud. Le premier proupe 'le ce passage se compose des signes :

position dans les textes en écriture s-icrte, ces signes remplissent lc^ rnnclions du verbe abstrait, cl répondent an eopte UI ) O j Mempli.

(1S ; itiï. , esie.Jieri, qui remplit dans celte meW langue de! fonctions semblables. Au reste l'homme au l>raa élevé n'est iei <jue le pronom affile de In première pcmonm: sinejilièn;, r,-miiLn-i d'autres fois par la petite hirre perpendiculaire on lu plume , re ([ni nonTSpond au cnjjlc S, 2. ou ES.

laire (pl. I, n" 10); et il devait se prononcer ^piv«" ou plus probablement ^&0*irp, comme le fait croire une Coule d'exemples de mois copte» transcrits en hiéroglyphes d'après un déplacement semblable de la voyelle. Cependant les lexiques coptes ne présentent , à ma connaissance du moins , aucun mot semblable ni à ^OVp j ni à ^pOTf , comme équivalant aux idées jour ou clarté. Je dois même avouer qu'une foule de textes coptes , imprimés ou manuscrits, que j'ai eu occasion d'étudier, ne me l'ont jamais offert. Toutefois, la valeur donnée au mot çSpOYp (même indépendamment du signe qui le détermine, sorte d'élément dont il faut cependant tenir désormais le plus grand compte dans le déchiffrement des hiéroglyphes) ne saurait être douteuse par ce fait seul , que, soit dans le iiîtuel funê~ raïre (1), soit dans d'autres textes, on le trouve employé en opposition avec le mot fltlïp^ (copte (îtllPç», ffU!p*£, E2MUp£.) la nuit (pl. I, n° 1 1), phonétiquement représenté par le far de hache <S"ou is, ia touche p, et la chaîne ^ , et déterminé symboliquement par l'image conventionnelle du firmament combinée avec une étoile, ou en opposition avec le mot (copie OTfttjH) nuit, obscurité,

(i) il' VM \\r, *ocl. ... In,™ «lions mi -lieu Thnûi partie du piMlul rilil.l r1.iri% lr ^in p^-T-Li?. Il.ii i i£ Iy

Deieriptian d'/sgj j.'t A, vol. Il , i.l. m".

Di j:liz>:a D, Co(

(pl. I, n° n), formé des signes phonétiques la caille n*r , et le jardin ty , et déterminé toujours par l'image du ciel avec l'étoile.

Il reste maintenant à savoir quel» sont les clémens de l'expression de l'idée four, suivant la méthode démoiîque . et telle que nous l'avons trouvée correspondre, dans le texte enchorial de Rosette, au groupe hiéroglyphique abrégé (planch. I, n" i, a , elc.) Or. le caractère initial de celte expression (pl. I , n° ia) , n'est que la forme domotique (Idem, n" 1 3) , du rectangle ouvert , jointe à la forme démotique du disque solaire (Id. , n° i 3 (a). ) Cecaraclère exprime dans l'écriture populaire comme dans l'écrilure sacrée, le ^ (hori) , des Coptes, puisqu'on effet il représente celte lettre dans la transcription égyptienne (texte dém. , lig. 4) ! du nom grec d'Hirène (texte grec, lig. 5), prétresse d'Arsinoé-Philopator, orthographié Ht (pl. I, n" i4), et dans le mot ^rtr (pl. I , n* 1 5 (a)) , ou TT^TTC (Id., i5 (b)} qui est évidemment le copte ^5HCj n^SMÏCj qui signifie ce qui est convenable, ce qui est juste , c'est-à-dire, rîi Jîkguov, to vopoç, tS: vo^irÇofwva, elc. , du texle grec qui lui correspond aux lignes 1 1 , ig , a4 et Îj* signe qui vient après la forme démolique du disque est la petite ligne perpendiculaire qui accompagne très-souvent sa forme hiéroglyphique. Maintenant il doit résulter de la valeur incontestable de tous ces si-

jjnes, que te groupe démolique n'étant que la transcription fidèle du groupe hiéroglyphique ou hiératique, il ne peut avoir que la même signification.

Mai» l'exposition des recherches possibles sur la notation de l'idée jour, dans les diverses écritures égyptiennes, ne saurait être complétée , si on n'y ajoute une observation que j'ai faite dans l'étude des différons textes égyptiens. En comparant entre eux plusieurs exemplaires des mêmes parties du Grand Rituel funéraire , j'ai acquis la certitude que les Égyptiens, pour exprimer l'idée jour, firent aussi quelquefois usage du simple disque solaire accompagné de la ligne perpendiculaire (pl. I,n° 16.) D'autres fois , dans la même phrase , on trouve employé le groupe ^OOIf.

J'ai vu d'autres exemples de ce fait , entre autres dans une des superbes stèles funéraires qui appartiennent à M. Sauluier. Dans cette stèle, étant notée la durée de la vie du défunt, on a eu besoin d'exprimer vingt jouhs , et on a employé le disque du soleil isolé, avec le groupe numérique vent. Sur l'inscription d'une momie grecque , appartenant au Musée de Turin, on l'a employé dans une semblable circonstance.

Vous aurez remarqué sans doute , Monsieur, que d'ailleurs ce groupe du soleil, accompagné de la petite ligne perpendiculaire , se rencontre très-souvent, soit dans les inscriptions des papyrus, soit dans celles de tout autre genre de monumens, et dans un

sens qui ne peut en aucune manière être celui de jour. Il importe pour bien en fixer la valeur, dans les deux cas , de connaître son origine. D'abord , quant au cas le plus général, il résulte de l'analyse rigoureuse des textes , qu'un certain nombre de caractères sacrés étant susceptibles d'être pris dans une acceplionJ^ruraf/i'ejOudansuneacception/ï/ionutiV/uet et d'autres pouvant être employés tantôt comme phonétiques et tantôt comme symboliques, on indiquait ce changement de nature par le moyen de certains signes, dont il est inutile ici défaire rémunération.' On trouve , par exempte , que plusieurs caractères niimùjues ou tropiques sont habituellement affectés d'une marque qui consiste dans la petite ligne perpendiculaire, soit pour indiquer leur passage de l'état phonétique à l'état mimique , soit pour avertir d'une transition de l'état phonétique à un état tropico - phonétique, soit enfin pour d'autres motifs qu'il ne nous est point encore donné de bien apprécier. A cette classe appartient notre groupe du disque, accompagné de la susdite ligne perpendiculaire, lorsqu'il est employé le plus fréquemment. Il est alors , comme tant d'autres signes notés de la môme manière, dans un état mimique , et il doit par conséquent être traduit par soleil.

Mais lorsque ce même groupe signifie jour, l'origine de sa signification s'attache à un autre fait bien différent. Il arrive souvent, dans les textes hiéroglyphiques, que certains signes déterminatif» , soit

mimiques , Boit tropiques , sont employés seuls , les groupes phonétiques , dont ils dépendent ordinairement, étant supprimes pour plus de brièveté :

avaient adopté certaines formules pour les inscriptions à tracer sur les differens monumens , emploient généralement dans celle des stèles funéraires lu phrase suivante (planche l , a' ïj a),

ITUCVrX ^9 , etc. « Il donne, des bœufs, des oies, du vin , du lait , de la rire, etc. u Or, il n'est pas rar£ de trouver ces mêmes idées exprimées par le moyen des seuls détermina tifs bauf, oie, etc. (ld., a" i j (£).) Cette matiière d'abréger serait bien plus hardie lorsqu'il s'agit de déterminatifs tropiques ; cependant nous avons pour ce cas aussi des exemples irrécusables , tels que celui du bras étendu tenant avec force un casse-téte, employé a la place du mot ntOJtyT vaincre (être plus fort) , dont il est habituellement le déterminai if ; il en est de même de IV gnon, qui lait souvent les fonctions du umt COEST illustrer, illuminer, et de plusieurs mitres. Maintenant il est bien évident que c'est là l'origine de la signification du disque solaire , lorsqu'il dénote l'idée ;'our.

Il est utile de noier aussi que les texte» égyptiens trac*» d'après les trois méthodes, expriment

j'en citerai un exemple des plus communs , en même tems, et des plus frappans. Les Égyptiens, qui

DlltlZ'Xi t>y Cl

dans certains cas l'idée jour, par la notation du disque solaire tout-à-fait isolé, c'est-à-dire, sans même la ligne (Planche I, n" 18) perpendiculaire. Cela arrive surtout devant les chiffres qui servent à noter le nombre des jours du mois, et lient dans ce cas la place de la syllabe numérique ' nv des textes coptes. Ce registre Je recettes saçrées tenu par I» scribe Thoutmosi de Thèbes, qui fait partie du musée de Turin , vous en offre , Monsieur , de nombreux exemples en hiératique , et les deux textes égyptien» de l'inscription de Rosette , en hiéroglyphique ( lig. 10, la) et démoiique (lig; 28, 39, etc.). Toutefois à la ligne hiéroglyphique de celte inscription où on rappelle le 27' jour dti mois de Mechir, le disque se trouve évidemment précédé du rectangle , qui cependant n'a pas de correspondant dans le texte démotique (lig. 28). Il se présente même ici unecboseremarquableàproposde la forme démoiique du disque solaire ; c'est que lorsque ce disque sert, dans les textes tracés d'après cette méthode , à la notation des jours du mois , il affecte une forme ( voyet Pl. I , n" 18) en quelque sono différente de celle qui est indiquée sous le n" l à (a), qu'on rencontre constamment lorsqu'il est en union avec le rectangle ouvert. J'ai eu occasion de vérifier cette observation, non-seulement dans los différens passages de l'inscription de Rosette, mais aussi dans une Coule de contrats , qu'il m'a été permis d'étudier.

Cul le circonstance, que les textes démo tiques nous présentent, el pu même temps l'emploi constant du disque hiéroglyphique isolé dans les cas de la notation des jours du mois, pourrait faire croire qu'il fût spécialement consacré à cet usage ; mais les monument) fournissent des preuves évidentes du contraire. J'ai trouvé le disque solaire employé isolément pour exprimer l'idée générale r^upa dans deux stèles de la collection d'Anastasy, dont je tiens de vousmême une copie : il entre dans L'expression de la durée de la vie du défunt auquel elles se rapportent. Un autre exemple , que j'aime à citer, c'est celui qui nuus est offert plus d'une fois par ce fragment du canon des dynasties égyptiennes , le plus important monument qu'on possède en Europe, et qui Appartient au musée de Turin; on y trouve la forme hiératique du disque isolée dans la notation des années, des mois et des jours de durée, non-seulement de chaque règne , mais de chaque dynastie.

Wolre question sur l'usage, dans les textes égyptiens , du disque solaire isolé pour exprimer l'idée four,aaat ramené naturellement à parler d'un groupe hiéroglyphique dont il fait partie, et qui, par sa fréquence sur les stèles , mérite d'être pris ici en considération ; cela est d'autant plus nécessaire , que le sens que Champollion lui a assigné, il y a quelques années , paraît devoir être rectifié. Ce savant , dans une dissertation sur un bas- relief de la collection Hall , lue à l'Académie Labronica, le an avril i8at>,

e! publiée à Florence à la même époque , avance : « que le groupe (n° 19, pl. I) composé du disque n solaire parmi deux chaînes , faisait dans le» textes » hiéroglyphiques les fonctions des mots et ctetera » dans nos langues modernes ; » et que , employé , comme il Test souvent , à la suite du caractère symbolique «H 6 seigneur, qui fait partie des titres de plusieurs divinités et des rois , indique la suite des titres officiels qui devaient accompagner les noms des dieux ou des rois mêmes. Mais , lorsqu'on a acquis la certitude que le disque solaire isolé peut exprimer l'idée jour, on est conduit à un résultat différent , par la comparaison des textes tracés simultanément en signes hiéroglyphiques et en signes hiératiques, et qui renferment les mêmes légendes. En effet, on observe constamment que , dans les textes hiératiques, le disque solaire se trouve après , et non parmi les deux chaînes (pl. I , n° 19.). Un exemple de ce même fait m'a été offert aussi par les inscriptions hiéroglyphiques de deux différentes stèles du Musée du Louvre. Il est tout naturel d'en conclure. que ce n'était que pour servira l'œil et carrer pour ainsi dire la phrase , qu'on avait adopte plus généralement , dans les textes hiéroglyphiques , la disposition du disque parmi les deux chaînes. De pareilles inversions n'ont rien d'extraordinaire dans le système hiéroglyphique égyptien. La tendance générale de ce système , quoique composé de trois ordres de signes essentiellement différons dans leur

nature, était d'un côté telle de peindre, soit les objets représentant des idées, soit les mots qui en sont les signes oraux, de manière à présenter le mieux possible, au propre ou au figuré, l'image même de ce» objets ou celle «le leur» qualités ; de l'autre , celle de remplacer sur les monumens le» ornemens de pure fantaisie adoptés chez le» autres peuples, par la disposition agréable à l'œil, des signes qui servaient à l'écriture. Il dut résulter nécessairement de cette tendance, que les Kgyptiens se permirent quelquefois d'intervertir l'ordre des caractères, surtout dans certains mots ; mais il était uaturel que ces circonstances ne pussent avoir lieu que dans les inscriptions hiéroglyphiques : la méthode hiératique, sorte de tachy graphie qui ne pouvait conserver avec la peinture ce lien intime de la hiéroglyphique , ne devait, par aucune raison , donner lieu à de telles inversions. En général , de celle circonstance et de quelques autres , il dérive un fait dont la connaissance préalable peut devenir de quelque utilité à ceux qui chercheront à déchiffrer le» écritures d'Egypte : qu'il me soii permis de l'indiquer en passant. L'étude non- interrompue des différen» monumens et écriture* égyptiennes m'a fait sentir que l'analyse grammaticale des textes tracés en hiératique est plus aisée que celle de» textes hiéroglyphiques; il n'est pas diflicile d'en trouver le motif dans le» fréquente» abréviations el dans les inversions que la l'orme , qui parle aux yeux , des carac-

tèrcs hiéroglyphiques , permettait d'adopter aux dépens de la clarté et de l'exactitude grammaticales : or, rieu de tout cela dans un texte hiératique. Mais revenons au groupe en question.

L'ordre primitif dans lequel doivent être lus les trois signes n° 19, étant donc celui que les inscriptions hiératiques nous offrent, il reste à chercher quelle serait la valeur convenable au mot formé par les deux chaînes. On sait que la chaîne représente le ^(hori) des coptes, soit dans plusieurs noms propres , soit dans la transcription évidente de plusieurs mots coptes en hiéroglyphes ; or, cetle lettre se trouvant ici doublée, si l'on y ajoute la vovellc médiale, elle nous rappelle nécessairement le mot copte ^^^1 1 u ' B 'iï n ifi e muttus, pîurïmus (1), etc. On pourrait donc lire cette phrase très-commune , formée du caractère symbolique St^fi seigneur, et le groupe en question, Iîh6 « <f £ <^, K çSOOT seigneur pour un grand nombre de jours, seigneiw éternel. Si rien n'indique ici le rapport parmi b et ^OOir , c'est que très-souvent j dans les textes hiéroglyphiques seulement, lorsque deux noms sont en construction , on les trouve apposés sans aucune

marque qui indique ce rapport , te terme antécédent précédant le ternie conséquent. Au reste, ce titre convient très-bien aux dieux comme aux rois, qui , en effet , d'après des idées religieuses , étaient considérés comme dos dieux vivant, des dieiur manifestés. Mais il est teins de passer à l'examen de l'expression qui sert à la notation de l'idée eÊOt, urpix, mois.

Horapollon, en parlant de la notation, dans le système hiéroglyphique, de l'idée mois, nous indique la nature des signes qui servaient h son expression. Cet auteur, dont l'autorité est irréfragable lorsqu'il s'agit d'écriture sacrée égyptienne, dit au chapitre 4 du livre i", « Mwa Si ypàxpvmt, BAIN Çctfyjw- <poZ™, y, 2EAHNHN E H E 2TP AM M ENH N. » -Pour écrire te mois, les Égyptiens peignent une palme ou bien la lune tournée un lias, » Les monumens sont parfaitement d'accord avec Horapollon : la forme la plus simple du groupe que ceux-ci ont constamment employée pour exprimer l'idée mois, se compose en effet du croissant de la lune tourné en bas , plus le disque du soleil (pl. i,n° ao (a).) Les inscriptions de la momie grecque de Turin, que j 'ai déjà citées, celles d'une stèle funéraire de M. Saulnicr, présentent ce groupe dans l'expression de la vie du défunt. Ce même groupe se présente dans une stèle de la collection Anastasy du tems du Pharaon Pferfwzo, et dans une autre de la même collection, n° 4°iJ e disque du soleil se trottve remplacé par une étoile. (planche I , n" ao (A).) ÎXous parlerons dans la suite

de b nature de ces deux signe» : maintenant il est nécessaire de savoir avant tout si l'autorité de l'inscription de Rosette confirme les faits que nous venons d'indiquer.

Le mot pîii se montre pour la première fois dans le texte grec de cette inscription , à la ligne 6, où on lit la date du décret rendu par le corps sacerdotal réuni à Mempbis/e ^' jour du mois deXandkus, qui était le 1 8 du mois égyptien de Mechir, MHN02 EANAIKOY TETPAAI AUTnTIQN AE ME- XEIP OKTOKAIAEKATH. Mais malheureusement la fracture de la pierre a emporté la partie de l'inscription hiéroglyphique qui renfermait ce passage. Le même mot reparaît dans la 48' ligne du même texte grec , là où on ordonne de célébrer par des panégyries les fêtes du jour de la naissance et du couronnement du roi dans chaque mois ArEIN TAS HMEPAZ TAYTA2 EOPTA2 KATA MHNA. Ici le texte hiéroglyphique encore existant porte le passage correspondant, qu'on lit textuellement (pl. I, u° ai) tpt ^oot artw cot kZ, coir >, s» Efitin nsB ott^Sm. On

célébrera ces jours le XVII et XXX 'de chaque mois par un panégyrïe. Or, si l'on analyse les signes qui composent cette phrase, nous reconnaîtrons que, dans le système d'écriture hiéroglyphique , l'idée mois était exprimée de la même manière que Horapollon le dit , et la momie grecque de Turin , et les stèles Saulnicr et Anastasy le montrent , avec cette

seule différence, que Ion deux signes le disque solaire cl f étoile, qui , dans ces dernières , sont place» isolément au-dessous du croissant, se trouvent , dans le texte hiéroglyphique employés ensemble et simultanément. Cette circonstance , qui s'explique par la nature de ces deux signes , n'a cependant pas lieu dans le texte démotique, puisque, dans la partie correspondante au susdit passage grec et hiéroglyphique, il offre (lig. 38) , d'accord avec les stèles Saulnier et Anastasy, les formes enchorialesdu croissante! du simple caractère soleil. (A'oi'rpl. I,n"aa). Cependant ce n'est pas seulement l'inscription de Rosette qui nous montre cette forme plus riche du groupe exprimant mois : j'ai eu occasion de la remarquer, entre autres parmi les inscriptions d'une momie du temps grec, donnée par M. Grey à M. Sait, et publiée dans l'ouvrage qui porte pour litre 7/ieivglyphica, à la planche 35. L'étoile qt le soleil, souvent accompagnés de la ligne perpendiculaire, n'étant dans cette phrase, comme dans toute autre exprimant lus différentes divisions du temps , que les dé terminât ifs , il est clair que rien ne s'opposait à ce qu'ils fussent employés isolément , ou, par une sorte de pléonasme, simultanément.

Mais le mot pjv se moDtrc encore d'autres fois dans le texte grec de Rosette, soil dans la partie dont il est le correspondant hiéroglyphique, soit enfin dans celle qu'on ne peut comparer qu'au texte démo tique. Or l'aniiiyse de tous ces divers passages

vient aussi à l'appui de ce que nous avons dit jusqu'ici , par rapport au sens du groupe du croissant renversé, combiné avec le disque solaire, ou "bien l'étoile. Ainsi, si l'on vient à examiner l'expression de la date du décret placée, comme dans tout texie égyptien , dans la première ligne du texte démotique , le mot fxTjv de la ligne 6 du texte grec , on le voit rendu par le même groupe cnchorial n" aa , que noue avons déjà indiqué comme existant à la ligne 38 démotique. Les groupes hiéroglyphique et démolique , dont nous avons parlé jusqu'ici , reparaissent de nouveau dans l'inscription de Rosette à la fin de la ligne 11 hiéroglyphique (29 démotique) à l'endroit où on lit textuellement, que « on célébrera des sacrifices , îles libations , et on accomplira les autres cérémonies prescrites, et qui sont d'usage dans ces panégyries de chaque mois. » Le texte grec correspondant , qui vient de dire , que les jours de la naissance du roi et de son couronnement seront célébrés par une panégyrie, chaque mois, ajoute seulement , en traduisant le susdit dernier membre de phrase « qu'on accomplira des sacrifices , des libations et autres rites légaux , comme on le pratique dans les autres panégyries. Suvrtietv (v oturotç 3\xrtat; xat airov&eç xcu r'coUa xà vofiiÇopevo! (lig. 48). C'est évidemment pour éviter un pléonasme toul-à-fait inutile , que le traducteur grec a négligé ici l'expression chaque mois, que le trahie-

leur des textes égyptiens avait répétée pour être plus clair et plus positif.

Notre groupe hiéroglyphique se présente une dernière fois dans le texte de Rosette ; c'est dans la dernière partie de la 1 3 e ligne , où il est dit , qu'on permet aux simples particuliers de faire élever une chapelle au dieu Épiphane dans leurs maisons , cl d'y célébrer les panégyries et les fêtes de chaque mois et de chaque année : mais ici le texte grec (d'accord cependant avec le démotique) omet l'expression chaque mois, et porte simplement cellede chaque

Tous ces rapprochemens me semblent , Monsieur, devoir suffire pour établir désormais en fait, que les Égyptiens voulant représenter l'idée mo w,p)v,E 6 OT figuraient, comme Champollion l'a révélé , le premier, le disque de la lune les cornes tournées vers le bas, une étoile, et le disque du soleil. Je finirai en observant que Horapollon nous apprend les motifs qui déterminèrent le choix du croissant renversé pour représenter symboliquement l'idée mois. Il s'exprime dans les termes suivans : « Etth^ïi ipaatv, ïïp tÎj œKXTdXri ircVTîxar&xa fioïjbar viripyo-joi , irpoç to ctvaj toÎî xtpaatv tayrnpontaSou' èv <St rri àtettxpaéatt, tùv

TOÎqxEpcw! vcjtiv.ii «Parce que, dii-on, dans son moun vement ascendant qui se compose de 1 5 parties (ou » jours) la lune se montre avec les cornes itirigées

» vers le haut , et que dans son mouvement descen- » dant, lorsqu'elle accomplit les XXX jours, ses » cornes sont dirigées vers le bas. »

II nous reste maintenant a examiner la suite des expressions qui forment le tableau de feu Champollion ; mais ce n'est que dans une prochaine lettre , que je me propose , Monsieur , de vous entretenir sur ce sujet. Elle renfermera donc l'analyse des expressions particulières qui servent a la notation de chaque tétraménie et de chaque mois , une indication de l'origine des noms oraux des mois mêmes , l'expression des jours épagomènes, celle enfin de l'idée générale année.

Je vous prie, Monsieur, d'agréer, en attendant, le nouvel hommage de ma reconnaissance et de ma parfaite amitié. ■ ■

FRANÇOIS SALVOLINI. #

Paris, Octobre i83î.

PARIS. — 1HPRDÏERIE DE DONDEY-DUPRB , Bu. S.ipl lfluii , N»46,m Minii.

Page 1