LA SERIE QUI PRECEDE DE SIGNES HIEROGLTPHIQUES PHONETIQUES
Le principe de récriture hiéroglyphique alphabétique une fois découvert, une voix ou une articulation peut <woir pour signe grorphique t image d'un objet physique quelconque dont le nom dans la langue parlée commence par la voix ou F articulation quHl s* agit d exprimer^ on dut pressentir combien le nombre des hiéroglyphes phonétiques pouvait être multiplié dans un système d'écriture inépuisable tel que celui des Égyptiens. La forme écrite du plus petit des amulets jusqu'à celle de l'énorme colosse a été appelée à faire part de ce système; il renferme dans son domaine tous les produits les plus . variés de la nature et de Tart \ Timagination même a contribué à Tenrichir.
A répoque de la publication de la Lettre à M. D acier ( 1822) ChampoUion paraissait ne point douter que son alphabet renfermai en très*grande partie * les signes hiéroglyphiques employés comme phonétiques ; mais six ans après , lors de la seconde édition de son Précis (1828), il dut reconnaître lui-même que, nonobstant que le nombre primitif de ces signes se fût déjà considérablement augmenté, il en restait encore beaucoup d'autres à découvrir : « J*ai déjà assuré, dit-il **f la valeur d'un très-grand nombre de ces hiéroglyphiques phonétiques ou signes de sons. Il existe un moyen certain de reconnaître celle de tous les autres signes homophones de cette classe ; il consiste , et je Vai déjà éprouvé an^ec un plein succès , dans la comparaison attentive des textes hiéroglyphiques roulant sur une même
*^ Précis du sjrttème hiéroglyphique, tic, i* édit., pag. 460.
matière et dans lesquels les mêmes idées sont exprimées dans un même système d'écriture. »
Une comparaison semblable et tQUt aussi fructueuse peut être faite entre les inscriptions des bas-reliefs mythiques ou historiques, les stèles 9 etc. A l'occasion de son voyage en Egypte , Thiérogrammate français eut les moyens de pousser aussi loin que possible cette dernière comparaison , dont les résultats , réunis à tous ceux qu'il avait déjà obtenus par la comparaison antérieure des différens exemplaires du Rituel funéraire , ont donné naissance à l'alphabet hiéroglyphique qu'il a mis en tête de son dernier ouvrage , la Grammaire hiéroglyphique.
Cet alphabet n'a été accompagné de la part de son auteur d'aucune espèce d'éclaircissement qui pût en démontrer l'exactitude , indépendamment de la confirmation qui pourra ressortir de son application. Pénétré de l'importance extrême de cette classe de caractères hiéroglyphiques, et dans mon propos de ne rien admettre à priori dans l'ouvrage que je vais livrer au public, j'ai dû reprendre, pour ainsi dire, en sous -œuvre le tableau des signes phonétiques. Ayant réuni de nouveau les divers moyens dont Champollion avait fait usage, les ayant employés avec persévérance, leurs résultats, contrôlés en quelque sorte les uns par les autres, non seulement nous ont fourni le même tableau de signes phonétiques, mais ils m'ont aussi permis de le compléter. Quoique je n'aie pas eu à ma disposition tout le grand nombre de monumens que l'hiérogrammate français eut en Egypte , j'ai le droit de tirer cette conséquence , puisque mon alphabet renferme au moins eerU hiéroglyphes phonétiques noui^eaiuv en comparaison de celui publié dans la Grammaire hiéroglyphique , déjk riche de cent quatre^ingt-quatorze homophones.
Que l'on compare notre série alphabétiqueavec celle de Ghampol- ]ion. Cette dernière s'élève en tout k d^, la première s'élève à 305 : dans la série de 300 on remarquera 51 groupés <m ligatures y tandis que dans la série de 505 on n'en trouve que 20- ^^ pluB , en comparant notre série avec celle de ChampoUion, on trouvera 18 signes qui figurent dans Vordre de cette dernière et qui ne figurent pas
(73) dans la nôtre, oii ils ont été enregistrés comme variantes calligra'phiques d'autres caractères. Nous avons également omis quatre homophones différens, dont ChampoUion a tenu compte, mais pour lesquels l'analyse des textes ne nous a pas offert d'exemples probans : nous avons en outre omis 5 des lettres grecques enregistrées dans la Grammaire hiéroglyphique. Ainsi , pour connaître le véritable nombre d'homophones que renferme l'alphabet de ChampoUion , il faut déduire de son nombre apparent de 260 l^s 51 ligatures , plus nos 28 réductions , plus nos 7 omissions : il ne restera qu'un chiffre de 194- 11 est vrai qu'en déduisant sur le nombre de 505 de notre alphabet les 20 ligatures qu'il renferme aussi , la différence avec celui de ChampoUion ne consiste déjà plus tout-k-fait dans une centaine d*homophones, comme nous l'avons avancé ; mais on devra pourtant regarder cette évaluation comme exacte si je fais remarquer que, parmi nos 505 caractères phonétiques , nous avons fixé , pour à peu près 25 d'entre eux, un double emploi alphabétique essentiellement différent l'un de l'autre, ce qui fait encore 25 valeurs à ajouter a celles qui ont été découvertes par Gbampollion.
Maintenant, quoique, ainsi qu'on pourra le juger par les faits rapportés dans cette introduction , nous ayons fixé la nature de nos 505 signes d'un manière tout-à-fait indépendante du hiérogrammate français , nous ne voulons i:evendiquer pour nous que les 100 et quelques homophones que notre alphabet renferme de plus que celui de la Grammaire hiéroglyphique^ duquel je prétends cependant avoir le premier trouvé la démonstration *.
* Les ICOyaleors nooTclles qae j*ai decouyertes sont les suiyantes, nnincrot^es 28, 30, 31, 32, 33, 34,38,39,40,41,42,43,44,48,47, 64, 79,80, 81, 84,108, 109,118,117, 121, 139, 140, 149, 180, 181, 184, 166, 167, 178, 176,177, 182, 191, 193, 207, 208, cl la plus grande partie des namcros renfermes dans la ii* section de notre série.
Qa^l nous soit permis ici de faire observer an Icctcnr qne , quant à cette série en général, et hl^ forme matérieUe des signes qui la composent , je n^at adopté pour sa reproduction dans les planches A, B, C, etc. que les formes ordinairement apellées linéaires. Telle est aussi la forme (la plus expéditÎTe et la plus usitée par les scribes d'Egypte) à laquelle j'ai réduit les caractères du tesite hiéroglyphique de Rosette, qui dans l'original affectent presque toujours la îormt pure. Quant à ce texte, pour en garantir l'exactitude, nous ftTons eu soin d'ajouter à la fin de TAtlas qui accompagne ce %yolume le fac-similé exact de Foriginal ; quant à la série alphabétique, on trouyera dans le tableau de correspondance des signes hiéroglyphiques
Les résultats des faits qui nous ont conduit à cette démonstration me semblent emporter avec eux une conviction complète : toutefois je vais ajouter quelques observations qui peuvent jeter quelque lumière de plus sur l'origine de certaines circonstances qui se font remarquer lorsqu'on examine avec attention notre alphabet.
On aura sans doute observé (et je Tai déjà dit) qu^un certain nombre de caractères hiéroglyphiques ont été, selon moi, affectés d'une double valeur alphabétique. A la vérité cette circonstance est à peine remarquable lorsqu'il ne s'agit que de deux valeurs alphabétiques entre lesquelles existe une analogie assez apparente ; mais , lorsque cette analogie n'existe pas, le fait que je prétends avoir découvert peut avec raison nous surprendre '*'•
Or, je ne doute pas que l'un des motifs déterminans des Égyptiens, pour attribuer à certains caractères de leur alphabet une valeur phonétique un peu variée, ne fût l'existence d'un certain nombre de dialectes ou de manières différentes de prononcer les mots de la langue, existence qui put avoir lieu avant l'invention des caractères phonétiques , aussi bien qu'après **. Le créateur du système alphabétique égyptien, en admettant des nuances dans la prononciation de certains signes , put atteindre par là le but le plus approprié à l'objet de la littérature égyptienne , qui était faite pour être comprise par la généralité de la nation , celui de mettre les différens individus, parlant chacun des dialectes différens, dans la possibilité de pouvoir lire sans difficulté un même texte hiéroglyphique. Tous ceux qui ont quelque teinture de la langue copte, c'est-à-dire
linéaires et hiératiques qui doit senrir dUntrodaction au second yolome de cet ouvrage, leur fonne primitive exacte. Ce tableau ponm lever en même tems toute sorte de doute relativement à la nature de Tobjet dont je prétends (jue nos caractères sont Timage.
* Xai sépare' dans la ii* sect. de notre alphabet les plus remarquables panui les diflerens homophones à double valeur que je viens de signaler.
** Quant aux dialectes qu'on trouve dans le copte , il serait facile de prouver qu'ils existaient fort anciennement en Egypte. Les mots que les anciens citent comme égyptiens sont orthographiés tantôt suivant le dialecte memphitique, tantôt suivant le dialecte thébain : de même plusieurs noms rapportés dans les manuscrits grecs publiés par Shavr sont écrits tantôt d'après run, tantôt d'après Fautre des deux dialectes en question. L'orthographe du mot athlebif par lequel Étiemie de Byiance désigne le Nôme et la ville d'Âti-ibb est évidemment bashmonriqne.
(75 ) de l'ancien égyptien écrit en lettres grecques, peuvent eomparer notre tableau hiéroglyphique alphabétique avec le tableau des changemens qui constituent toute la différence, soit entre un texte coptomemphitique et un texte copto-thébain y soit entre un texte coptobashmourique et un texte copto-memphi tique. Us trouveront que les mêmes voyelles ou les mêmes consonnes subissent dans les livres coptes des variations exactement identiques à celles qu'elles subissent dans les textes hiéroglyphiques*
Un second motif qui engagea probablement les scribes d'Egypte à employer certains caractères de leur écriture dans des acceptions alphabétiques variées, dériva du système particulier d'euphpnie auquel, indépendamment des habitudes contractées par les difTérens dialectes , il n'est pas permis de douter que le peuple égyptien , aussi bien que tous les autres peuples, ait été porté d'une manière spéciale par l'aptitude particulière de ses organes. Ne serait-il pas également vrai de dire aussi que par une étude analytique de la nature même des articulations de leur langue, et au moyen de séries d'analogies reconnues parmi ces articulations , les hiérogrammates ajoutèrent eux-mêmes nombre de sons à la masse de ceux qu'il était permis de représenter dans les textes par des caractères d'une valeur alphabétique différente.
Quoi qu'il en soit de l'origine de la double valeur alphabétique accordée k certains signes, on en rencontre parmi notre série quelques exemples assez extraordinaires, mais qui pourtant trouvent une explication dans les restes mêmes des écrits égyptiens, je veux dire dans les livres coptes. Que l'on observe le n"* 229 • îl s'agit d'un change-' ment de la consonne t en sch (eu) , c'est-à-dire d'un caractère employé indifféremment pour représenter ces deux consonnes. Or, voilà comment cet échange pouvait avoir lieu : les textes coptes offrent des exemples nombreux de la consonne t ( ^ ) remplacée par la consonne dj (tais)*, duDJ (2c) remplacé par le g ( ^), et de ce dernier ( (T) remplacé par un sgh (oj) : nous verrons bientôt des
* Voir aussi notre n* 232.
(76) exemples tirés des manuscrits coptes oii le oj est directement changé en nr« Une circonstance digne d'être remarquée a ce propos consiste en ce que presque tous les mots hébreux écrits par y ou par n> et plusieurs mots arabes écrits par ^ ou jb, en passant dans d'autres langues sémitiques , le chaldéen par exemple , changent ces consonnes (tz^ t ou th) dans la consonne sch, lif- Ce changement est même un des plus fréquens et des plus caractéristiques dans les langues parlées par les peuples limitrophes des Égyptiens. L'assimilation des aspirées ou gutturales h, x ou kh (354» 255) avec les articulations t ou th^ peut s'expliquer d'après ]e changement même que nous venons de justifier, du sch, dj ou g, en t. Les lois générales de l'euphonie, résultat de la comparaison attentive du grand nombre d'idiomes connus, justifient ainsi la plus grande partie des doubles valeurs dont notre alphabet offre l'exemple. Mais, il suffira pour la question présente de se borner à démontrer que, comme je l'ai déjà avancé , l'orthographe des textes coptes , c'est-à-dire des écrits des Égyptiens devenus chrétiens, offre les mêmes variations que l'orthographe des textes hiéroglyphiques.
TEXTES ÉGYPTIENS. TEXTES œPTES.
(Cf. notre âéne a]phabeti<]ae jusqa^ao n<* 236 in- / q£^ ]^ notes ■ 3 > etc. )
clusirement.)
G . . en . K, H, KH, et vice versa, ff^, . . . en. . . . k , ^ , |d *.
K, fit' c*.
' 0?^0W?^EO et K?^OW?^EU j inifoWere; Ken^j poisim; donc aussi O en ^ * an reste cf. le syriaque cirao y uiaaf et Fliebrai M, id, dériyés du copte ^CICUnTy ulna ; par soite dn changement da oea ^ on K i on a ansn odni de O en ^^ car le K soaTent se change en J^ • ex. : KCL\^ ^ quœrere^ et JDEtJDET , exquirere,
« Re^lK^U et Ctî^CtN^ tinnitusi ^0?vfl^ ^O^îS et ^OXC , dukU: Jd&p&fftboYTC et C^p^^ffCL^OYCU, '«?««; etc.
(77 ) H,K, G. . scn , KE , et vice versa. ^^K^âT^ oj^^'.
G DJ , et vice versa. ... 6T ^.
DJ scH, et vice versa. . . s^ O) •