DJ T ^ T
T 8CH T aj ^.
T, TH. . . K, H, KH T, U K, ^ | ?b *•
Parmi les doubles valeurs admises dans notre série , on en compte quelques-unes dont il ne faut pas tirer l'origine d'une source tout-àfait identique a celle que nous venons d'indiquer. Il paraît que la manière un peu vague dont on prononçait l'initiale de certains mots de la langue parlée a donné lieu à un emploi phonétique un peu vague aussi des caractères hiéroglyphiques qui étaient plus habituellement le signe graphique de cette initiale. On aura sans doute remarqué la valeur de e, r et h, que je crois avoir reconnue dans un seul et même caractère, le n^ 259» Les Égyptiens , qui avaient l'habitude d'employer certains hiéroglyphes phonétiques dans la table des homophones, et de préférence à tous les autres, pour les affecter plus particulièrement à la représentation des voyelles ou consonnes initiales de certains mots, faisaient usage presqu'exclusivement de notre signe 259 y pour écrire le mot de leur langue qui exprime les idées de in,
» OO?^, !iiO^ et ajO>^, funictUusi MSI>:^1 cl JUt^OjS, ascia; DH (chom) et UJOU , *ocers ^ZkXtXZ «* |3Dn> octoginta, etc. 4 Pasêim t le dialecte thébain remplace toigoon le ^ par le (S\
* XitfH et mOlffE, manciueue, etc.
* 2££JULç|)E^ «* ^EUÇÎ)E^ , poimu; 2£&KS, Tams, hébreu JJ^ (tthan).
' Cf. suprh eu en 5S j et 3ii en '^ et par consé<{aent aussi ^ en «^. Au reste cf. les exemples suivana : CUEYS^^ , fœnile, en hébreu Y2D (theven), paiea,fœnum.
^ Cf. suprà, nr^CU) ^^Çy^^7 K^ >^, P*"^ contèrent le «^ aussi ponrait se changer en ^ « ^ et K»
(78) danSf habitant^ demeurant dans, etc. Ce mot, qui nous reste dans le copte, se prononçait soit em, ( jul) , soit rm , rem , (pEU , pju) j soit aussi m (u)i (cf. ma Campagne de Sésostris ^ etc., pag. 84) : le signe initial de son expression graphique habituelle prenait tour à tour la valeur de £ (en rapport avec eh), de r (en rapport avec rem), ou de M (en rapport avec m). Je range dans la même classe de signes vagues les n"" 257 et 258- Le premier (b, en, n, eh) , dont Tusage était spécialement consacré à l'expression tropico- phonétique de ridée venir ou conduire pouvait dériver sa valeur alphabétique soit des racines £t\) en, ou z\^\j eini, ducere, soit de la racine t^£.^ NA, ire, venir, etc. , etc. Le second qu'on employa de tout tems et d'une manière spéciale pour rappeler l'idée aller, ire, ^enire, ou mittere, reçut tour à tour la valeur de e, i, h, en rapport avec les racines ES, ei, S^ i, ^l^ hi, etc., qui toutes indiquent /noac^^m^/z/.
Les signes 221 > 222; 225 (a^> e, o, et h), m'ont paru tirer leur différente valeur d'une origine tout-à-fait semblable : dans l'article qui se rapporte h ces signes (pages 5a, 55, 54), j'ai comparé la nature de leur emploi phonétique à celle de T esprit doux des Grecs. Peutêtre même la prononciation du mot qui servait a rappeler dans la langue parlée Fobjet qu'ils représentent était-elle sujette a quelque variété (cf. pour le n"* 222 > le mot EpiTSt^ ou pE&^ît, p&\ît, et le mot ^pspE j (hrire, ou rire ) pour le n® 225 )• Au reste, j'ai cité, à l'article 221> des exemples de l'aspiration h des Égyptiens traduite parla voyelle grecque T, et T , et ces exemples se fondent sur le témoignage irrécusable du papyrus gnostique bilingue de Leyde ^.
* Il existe dans le copte même des exemples d''aprè8 lesqaels il paraît qu'ion remplaçait quelquefois la Toyelle initiale par Taspiralion b. Cf. les mots &pCUcXI ^^ ^P^^^ 9 fr^S^' et plusieurs antres
qu'on trouye enregistrés dans le Lexieon linguœ copticœ que M. Peyron Tient de publier à Turin.
A propos de ce Lexieon^ je dois 4%^rmais avertir le lecteur que la signiûcation de tous les mots coptes que j'ai eu occasion de citer est fondée sur Tautoritë de cet ounage éminemment savant et consciencieux, le seul quHl soit permis de consulter avec confiance parmi les dictiomiaiies coptes ; je n'en excepte pas même le Lexieon agyptiaco-latinum , que M. Tattam a fait paraître récemment en Angleterre. Il est trop juste de dire que le Lexieon du savant Anglais , de beaucoup inférieur à celui de M. Pejron, pour la quantité des radicaux nouTcauz qu'il renferme , ne mérite seulement pas de lui être comparé sous le rapport de la critique.
Il existe, parmi notre série de caractères hiéroglyphiques alpliabéti^ ques, quelques signes dont j'explique la double valeur phonétique d'après un système différent ; ce sont les signes numérotés 240 ( o ^ et s) , 242 ( o, et r) , 245 (h et n), 244 (h, r , s, ). Je suis persuadé qu'ils ont reçu une valeur alphabétique tantôt d'après t initiale du nom qui, dans la langue parlée, rappelait l'objet qu'ils représentent, tantôt d'après t initiale du nom qui, dans cette même langue, exprimait l'idée dont souvent ils étaient le symbole dans les écritures sacrées.
C'est ici le lieu de parler de l'existence imaginée par Champollion d'un écriture secrète en Egypte , écriture composée de signes choisis parmi la foule des caractères hiéroglyphiques ordinairement employés dans les textes civils et religieux. On remarquera dans l'alphabet de la Grammaire hiéroglyphique que la double valeur de quelquesuns d'entre les signes que nous avons déjà précédemment examinés a été expliquée par l'hiérogrammate français au moyen de l'admission de cette écriture secrète. Quant à moi, s*il m'est permis de m'éloigner d'une opinion de mon illustre maître , je ne puis nullement être convaincu que la double valeur des signes hiéroglyphiques alphabétiques en question tire son origine d'une écriture secrète existant en Egypte. D'abord je ne puis concevoir comment ces signes auraient pu être employés avec une acception qu'aucun des principes de l'écriture sacrée n'admetterait, et qu'on jBcrait convenu de leur donner seulement d'après un système A* écriture secrète^ dans les inscriptions de monumens publics , tels que les tombeaux des rois , dans des compositions ascétiques comprises par tous les gens quelque peu instruits , telles que les rituels funéraires , etc. ; car, comme on l'a vu dans les articles explicatifs qui se rapportent aux signes dont il s'agit , telles sont les sources dont nous avons tiré les exemples sur lesquels se fonde la double valeur qui leur a été attribuée. Voudrait-on rendre valable l'opinion de Champollion à l'aide de la circonstance de l'emploi rare de quelques-uns des signes en question dans l'une ou dans l'autre des deux acceptions alphabétiques qui leur sont propres ? Mais, parmi les signes phonétiques , il en existe un grand nombre dont l'emploi n'a jamais été fréquent : l'étude des textes hiéroglyphiques ne permet pas
de douter que les Égyptiens employaient en général un certain nombre de caractères» parmi la foule des homophones, de préférence à beaucoup d'autres dont ils auraient pu faire usage. Cette circonstance avait lieu, soit par des motifs analogues a ceux par lesquels les écrivains chinois n'emploient ordinairement qu'un tiers des signes de leur riche écriture , soit aussi dans le but de symboliser une idée au moyen des caractères mêmes qui pouvaient représenter d'abord le son du mot, signe de cette idée dans la langue. Alors il arrivait quelquefois que les scribes, pour faire parade d'érudition et de doctrine, se plaisaient à employer les expressions graphiques les moins ordinaires et les moins usitées '*' : quelquefois même , comme si le système du phonétisme égyptien n'eût pas fourni un champ assez large à leur imagination, ils affectaient d'une valeur phonétique tel signe hiéroglyphique qui ne l'avait pas été avant eux ! Les principes qui présidaient a la littérature égyptienne ne s'opposaient pas à cette espèce de licence.
Parmi les signes de la double valeur alphabétique dont j*ai eu plus haut l'occasion d'expliquer l'origine, on en trouve quelques-uns que Champollion rapportait a Vécriture secrète; je les ai de mon côté rattachés à l'un ou à l'autre des deux systèmes de double homophonéité dont j'ai parlé dans cette occasion. Dans un écrit publié il y a déjà un an **, j'ai exposé en partie le système d'après lequel je prétends ici expliquer les autres signes (n** 24M)> etc. ) qui, d'après Champollion , devraient aussi être regardés, dans Tun des cas de leur double emploi, comme appartenant à une écriture secrète. » Les Égyptiens, disais-je, sont arrivés jusqu'à employer comme signe phonétique non seulement un caractère qui pouvait aussi être employé symboliquement comme représentant, soit de la même idée qu'exprime le mot dont il fait partie, soit d'une autre quelconque, mais ils ont souvent affecté les signes symboliques de la valeur phonétique par laquelle commençait , dans
* Voir ma Campagne de Sésostrisp pag. 3a.
** Campagne de Rhamiès-de-Grand^Sésostris), etc. Pari» , iS35, pag. 3i , 3a, êeqq.
la langue parlée, le mot qui exprimait non pas l'idée de Tobjet qu'il représente, mais celle dont notre signe est le symbole. » Ce fait est d'une importance beaucoup plus grande qu'il ne parait Tétre d'abord pour rétude du système graphique égyptien. Il n'est pas permis de douter, suivant moi, qu'il n'ait eu lieu dès la création même de l'alphabet hiéroglyphique. J'ai indiqué dans le texte qui précède, relatif à notre série d'hiéroglyphes phonétiques, l'origine spéciale de la valeur alphabétique de chaque signe en particulier : on aura sans doute remarqué qu'un nombre très-considérable de ces signes n'a reçu cette valeur que d'après V initiale de V expression phonétique de Tidée dont ils furent primitivement le signe tropique. Les conséquences de ce fait sont si nombreuses, que je me crois autorisé a introduire une modification dans les termes par lesquels GhampoUion exprima d'abord {Précis^ etc., pag. 363; cf. aussi notre pag. 71 supra) le principe qu'il entrevit de l'écriture phonétique égyptienne : je propose de les réduire aux expressions suivantes.
{Diaprés ChampoUion.)
« Une voix ou une articulation peut avoir pour signe graphique l'image d'un objet physique quelconque dont le nom dans la langue parlée commence par la voix ou articulation qu'il s'agit d'exprimer. »
(i&iipipdmo',)
« Tout hiéroglyphe phonétique est l'image d'un objet physique qui rappelle, soit directement y soïi indirectement, un mot de la langue égyptienne qui commençait par la yoix ou articulation que le signe lui-même est destiné à exprimer. »
Ainsi, tel hiéroglyphe représente la voyelle ou la consonne par laquelle commence, dans la langue parlée, le nom de Tobjet dont il est l'image , tel autre ne représente que la voyelle ou consonne par laquelle commence le mot qui sert à exprimer dans la langue parlée telle idée dont il fut d'abord le symbole.
Par la méthode à la fois idéographique et symbolique y à laquelle, selon toute apparence , les Égyptiens limitèrent d'abord le système de leur écriture , dès long-tems on avait consacré chez eux l'usage des expressions au propre et des expressions au figuré. Il parait que rÉgyptien qui créa la partie phonétique de l'écriture sacrée , loin
de songer à des signes arbitraires pour peindre les sons, puisqu'il dut les tirer du matériel même des écritures que posisédait sa nation, se laissa conduire tout simplement par un principe d'analogie : il exploita les deux méthodes ( d'expression au propre j et d'expression au figuré ) qui déjà formaient pour ainsi dire l'ame du système décriture qu'il s efforçait de perfectionner \ mettant plus généralement à profit la méthode d'expression au propre^ il établit qu'une voyelle ou consonne aurait pour signe graphique tel ou tel hiéroglyphe figurant des objets physiques dont le nom dans la langue parlée commençait par la voyelle ou consonne qu'il s'agissait de représenter.
Mais souvent aussi , soit par prédilection , soit par respect pour l'écriture symbolique , expression pure et primitive du génie de la nation , il mit k contribution la méthode d'expression 9m figuré : de là, un certain nombre de signes hiéroglyphiques ne reçut d'abord une valeur phonétique que d'après Tinitiale du mot exprimant , en langue parlée. Vidée dont il était primitivement le signe graphique symbolique.
En adoptant un pareil procédé , il ne porta aucune atteinte à Y unité du principe qui allait présider au phonétisme égyptien ; il ne fit que reculer les limites entre lesquels ce phonétisme aurait pu s'exercer. Ouvrir ainsi la voie au plus grand accroissement possible de caractères qu'on ne destinait qu'à rendre un très-petit nombre de sons ou d'articulations, c'aurait été approprier un vice à l'écriture qu'il s'agissait d'établir. Mais les Égyptiens tiraient de cette faculté d'exprimer un même son par une foule de caractères-images très-difierens les uns des autres, des avantages qui balançaient toute espèce d'inconvénient : poésie, style, élégance, tout ce qui constitue les ressources ordinaires delà littérature des peuples policés , anciens ou modernes, l'Egypte le tirait de l'inépuisable combinaison de ses écritures.
Il se trouva de tems en teras, parmi les scribes égyptiens chargés de la composition des textes, quelqu'un qui crut également convenable, et même naturel, d'afiecter telle image d'un objet physique, de tel ou tel son , et simultanément soit d'après son nom propre , soit d'après le mot exprimant l'idée dont ordinairement elle était le symbole. C'est de là que la double valeur phonétique d'un petit nombre de signes
que j'ai déjà indiqués a, je crois ^ tiré son origine (340> 241 ; 243 $
245 9 244, etc.).
Uoie ckenalopex (240) signe tropique habituel de l'idée filSf qu'on exprimait en égyptien par le mot si y fut d'abord rangée parmi les homophones de la consonne s. Mais le nom générique de Vfiie était ÔTP ( Onrn ) ; or quelques liiérogrammates se plurent à employer son image pour exprimer aussi la voyelle ô (cf. ma Campagne de Sésostrisy page 54).
Le &<> 242> sorte d'instrument inconnu qu'on employa d'abord comme homophone de la voyelle o , ou ô, reçut aussi quelquefois la valeur de r , parce qull était l'expression symbolique ordinaire de Viàée produire y dore germen, en langue parlée pcUT*
Le vautour (245) recevait le nom de ptreou (en copte ilOYp^) ^; sa valeur phonétique fut d'abord celle de n. Mais le vautour était beaucoup mieux connu des Égyptiens sous le rapport de sa valeur tropique^ il fut pour eux le symbole perpétuel de l'idée de maternité ^ MAUT (UE-Yrr ^ nrw&Y) ** la mère; on préfèra souvent de l'employer comme représentant de la consonne m.
L'eupèce de spirale (344) f signe tropique de Tidée entourer^ fut usité de préférence pour exprimer les consonnes m ou s en rapport avec les mots JUiOYpy ou CMOYp) circumdare, de la langue par* lée. Sa valeur primitive fut probablement celle de r , et peut-être aussi celle de h (cf. n9. 244)* t
Tels sont les différons points de vue sous lesquels Tobservation nous explique la cii*constance des caractères employés dans l'écriture sacrée, avec une double valeur phonétique. J'ai l'espoir d'être parvenu à flEdre apprécier assez les motifs qui m'ont persuadé de renoncer à l'opinion émise par mon savant maître, relativement à cette même circonstance, et à l'existence supposée, d'une écriture secrète: je ne sais pas si quelque £iit nouveau pourra détruire mes assertions ; dans tous les cas je désire qu'au moins on me rende compte de la spontanéité avec laquelle toutes les circonstances particulières de
* Cf. ma Campagne de SésostriSj page 90.
** Cf. HorapdlloD, lib. I, it.
(84) remploi des caractères hiéroglyphiques à double valeur phonétique rentrent dans mon système.
Du reste 9 je n^ai voulu qu'indiquer ici sommairement quelques aperçus qui ressortaient naturellement du sujet principal de cette Introduction , la série des hiéroglyphes phonétiques/ j'ai voulu seulement expliquer quelques points nouveaux de la théorie. Quant à la nature véritablement alphabétique des signes que renferme cette série, j'achèverai, par l'application, de la mettre en évidence : toutefois je désire avant cela de mettre sous les yeux une réflexion a laquelle on est conduit par l'examen des faits, sur lesquels je me suis autorisé à établir la nature alphabétique des hiéroglyphes en question.
Comme on a pu le voir, c'est généralement par la comparaison de deux différens exemplaires d'un texte égyptien, que j'ai tâché de reconnaître la valeur alphabétique des signes de l'écriture dans laquelle ils sont tracés. On a pu juger d'après cette comparaison jusqu'à quel point les caractères hiéroglyphiques s'échangent indifleremment les uns avec les autres. Or , dans les deux hypothèses possibles, sur la nature des écritures égyptiennes , celle d'un sytème complètement idéographique , et celle d'un système entièrement , ou en partie alphabétique, je soutiens que les caractères que les faits enregistrés dans notre série précédente démontrent avoir été continuellement remplacés les uns par les autres, que ces caractères, disons-nous, n'ont pu , dans tous ces cas , être en^ployés dans une acception idéO'' graphique. Car il me parait impossible d'admettre que dans le courant des textes, là oii les caractères hiéroglyphiques seraient employés avec leur valeur idéographique (soit directe soit indirecte), un certain nombre parmi eux se permutaient et se mettaient indifféremment les uns à la place des autres, puisqu'alors ils exprimeraient des idées essentiellement diverses.
C'est ici le lieu de faire un rapprochement dont les conséquences vont constituer, pour ainsi dire, une contre-épreuve en faveur de l'emploi véritablement alphabétique d'un certain nombre de signes hiéroglyphiques; Champollion l'avait déjà en partie indiqué. On sait que les Égyptiens devenus chrétiens, en adoptant l'alphabet des Grecs pour écrire leur langue, y ajoutèrent Ji!r lettres destinées à
représenter six articulations qui n'existaient point dans l'alphabet que leur apportait Tévangile : ce sont les lettres q^ f^ :2$, dj^ ^ g> cy , SCH, ^, H, %>, KH. Or, si l'on observe dans les textes soit hiératiques, soit demoiiqueSy les formes tachigraphiques des hiéroglyphes que nous avons données dans notre série , comme exprimant les lettres précitées q, 5S, (TI etc. , on en trouvera, parmi ces formes hiératico -démotiques, six qui sont précisément les mêmes que celles desflettres coptes en question (cf. notre planche L) ^, Il résulte évidemment de ce fait, bien curieux, que si les Égyptiens ajoutèrent à l'alphabet grec des signes tirés de leurs anciennes écritures pour exprimer les articulations f, dj, sch, etc., c'est qu'ils étaient habitués d'avance à employer ces mêmes signes comme représentans des mêmes articulations; seulement, au lieu de conserver la forme hiéroglyphique pure de chacun de ces caractères, les Égyptiens prirent la forme tax:higraphique , ou cursii^e, qui ofii*ait le double avantage d^être assez bien en harmonie avec la forme générale des lettres grecques, et d'avoir perdu, aux yeux des nouveaux chrétiens, le principal défaut des écritures payennes , celui de la représentation exacte d'objets physiques, qui rappelaient l'ancienne religion. Il y a plus : « il serait possible ( écrivait en 1822 l'illustre Champollion ) de retrouver dans cette ancienne écriture phonétique égyptienne , sinon l'origine, du moins le modèle, sur lequel peuvent avoir été calqués les alphabets des peuples de TAsie occidentale, et surtout ceux des nations voisines de l'Egypte. Si l'on remarque en effet 1^ que chaque lettre des alphabets que nous appelons hébreu , chcd^ daïque et syriaque^ porte un nom significatif, noms fort anciens , puisqu'ils furent presque tous transmis par les Phéniciens aux Grecs , lorsque ceux-ci en reçurent l'alphabet ; %^ que la première consonne ou la voyelle de ces noms est aussi , dan^ ces alphabets , la voyelle ou la consonne que la lettre représente , on reconnaîtra dans la création de ces alphabets une analogie parfaite avec la création de l'alphabet phonétique égyptien : et si des alphabets de ce genre sont formés
^ Voir les six caractères hiéroglyphiqaes en question sons les n^ 53 y 69, 82 y 191 y 193 y 308*
primitivement • comme tout le prouve , de signes représentant des idées ou objets^ il est évident que nous devons reconnaître le peuple inventeur de cette méthode graphique dans celui qui se servit spécialement d'une écriture idéographique; c'est dire enfin que l'Europe, qui reçut de la vieille Egypte les élémens des sciences et des arts, lui devrait encore l'inappréciable bienfait de récriture alphabétique » *.
Cet aperçu, qui résultait du raisonnement seul , opérant sur des considérations générales , est pleinement confirmé par Texamen des faits. Je dirai plus : la concordance que de mon côté je crois pouvoir établir entre l'alphabet hiéroglyphique égyptien et les alphabets sémitiques, ne se borne pas seulement à une ressemblance du modèle sur lequel ces derniers ont été calqués ; mais, abstraction faite de Tabsence de quelques sons et du nombre des signes, c'est à l'Egypte qu'on a em* prunté hi forme matérielle elle-même, et quelquefois /^ nom de la plus grande partie des caractères alphabétiques hébreux , syriaques , etc. Les rapprochemens que je vais soumettre au lecteur établiront , ce me semble, invinciblement cette conclusion inattendue : j'ai dû les placer ici , puisque de Tidentité dans la forme et dans le fond d'un certain nombre de caractères de l'alphabet qu'ont adopté a une époque très-ancienne les peuples qu'on sait avoir reçu leur civilisation de l'Egypte , avec les formes et le fond des écritures égyptiennes ellesmêmes , il m'a paru résulter une preuve de plus en faveur de la réalité de l'emploi alphabétique des caractères hiéroglyphiques.
La planche L porte sous le n"" 2 le tableau synoptique des principales analogies qu'on remarque entre les alphabets sémitiques et l'alphabet égyptien. Comme les caractères de ce dernier n'offrent généralement de ressemblance que lorsqu'ils prennent une forme tachigraphique, soit hiératique j |pit démotique , j'ai eu soin de mettre à côté d'eux la forme hiéroglyphique dont ils représentent pour ainsi dire le squelette. Leur dérivation matérielle étant ainsi mise en évidence , il ne restera désormais plus de doute , ce me semble , sur
* Voir ma LeUre à RI, Daeier,
(87) Torigine réellement égyptienne de ceux qui, parmi les caractères sémitiques y en sont une reproduction.
Le tableau comparatif que je viens de citer offre matière à bien des réflexions : nous nous limitei'ons aux suivantes qui se rattachent d'as^sez près & notre sujet.
On sait que les lettres sémitiques portent des noms , les mêmes a peu près que ceux de nos lettres grecques ou latines : plusieurs savans ont prétendu qu'elles portaient ces noms, parce qu'elles avaient été formées d'après des hiéroglyphes qui représentaient les objets qu'ils désignent. Aujourd'hui, les érudits s'accordent assez généralement à regarder comme insoutenable une pareille supposition , par la raison, dit-on, qu'aucun aleph sémitique ne ressemble à un chefj ni le ffimel k un chameau , etc., (*). Si cette conclusion ne se fonde que sur le motif allégué , elle est , à mon avis , un peu hasardée : car , si je ne me trompe , il se peut très-bien que les lettres d'un alphabet quelconque se soient formées d'après des images hiéroglyphiques, sans que ces lettres conservent de leur forme originaire assez de traits pour qu'il nous soit possible aujourd'hui d^ reconnaître l'image d'un objet physique, surtout lorsque nous n'avons pas la forme primitive de cette image sous les yeux. Quoi qu'il en soit, la comparaison de l'alphabet hiéroglyphique égyptien me semble lever tout doute à cet égard. Que l'on jette les yeux sur notre tableau ( pL L, n* 9 ) : je donné la forme de Y aleph des différens alphabets sémitiques comme étant dérivée de la forme hiératique de l'hiéroglyphe égyptien une iétey a ( n"" 246 de notre série )\ or, le mot aleph signifie en hébreu caputy chef^prineeps.
J'ai donné comme originaire du t;ap sémitique la foime hiératique et démotique égyptienne du crochet (autrement appelé Utuus) ou, v. (n® 82 ) ; le mot va^^ signifie crochet.
La forme hiératico^motique du hiéroglyphe Vaifont-'braSp ou la main ( n* g), a, b, i, est évidemment la forme primitive du iod; le mot iod signifie main.
* Voir V Aperçu de V origine des diverses écritures de f ancien monde ^ par M. Klaprotbi Parii , i83a , pag. 77.
Le signe hébreu de la consonne m, qu'on nomme mim^ ressemble k la forme hiératique de notre hiéroglyphe alphabétique n"" 9g, un bassin deau^ m, abréviation habituelle dans les textes du mot égyptien mou. Veau; le mot hébreu mim signifie eau.
Le mot samekh, TjDD est évidemment dérivé de TBDD, cir-cumductum ; c'est la la définition de notre hiéroglyphe n^ 244 1 s, dont la forme offre une analogie frappante avec celle de la lettre hébraïque samekh.
Je n'ai pas encore rencontré dans les exemplaires hiératiques du Rituel funéraire la forme hiératique de notre hiéroglyphe n"" 11 , un singe, qui ayant la valeur de k parait être Torigine du koph sémitique. Ce mot koph signifie singe, et il est à remarquer qu'il est lui-même égyptien : j'en ai cité l'orthographe hiéroglyphique sous le n'' 2, 77. On remarquera dans notre tableau comparatif un bien plus grand nombre d'analogies, qui se limitent a une ressemblance de forme et de valeur alphabétique ; elles ne sont pas moins intéressantes. Une circonstance cependant me parait bien digne d'être remarquée ; c'est que 9 par rapport à l'analogie des noms mêmes^ si Ton en excepte trois ou quatre cas, tout le restant des noms des lettres sémitiques indiquent des objets dont l'image reçoit dans notre alphabet hiéroglyphique la même valeur que la lettre hébraïque dont ces noms sont le distinctif. Ainsi l'articulation kh est désignée par le nom de khet, quadrupède; un taureau, on quadrupède , KK-T. (n' 76) exprime parmi les hiéroglyphes la consonne k. Le k reçoit le nom de kaph , qui signifie paume; nous avons vu qu'en égyptien la paume recevait aussi le nom de gop, ou kop, kap, ou kaph (d'oii le sémitique kaph) (69 9 I ) , et qu'elle pouvait représenter la même consonne k (968)* En hébreu la lettre n recevait le nom de nouuy qu'on explique dans les langues sémitiques par poisson; l'image d'une espèce de poisson (118) exprimait en Egypte la même lettre; le signe de Feau^HQ) était aussi le caractère le plus généralement employé pour repré«senter la consonne n ^ et l'on sait que Feau se nomniait noun dans l'ancien égyptien, d'où peut-être est dérivé le sémitique noun.
Mais ici s arrêtera désormais cette série de rapprochcmens , qu'il serait facile de continuer : le tableau synoptique de noire planche L
(89) suffira au but que nous nous sommes proposé y sans nous éloigner davantage du sujet de la présente discussion. Maintenant il me semble impossible de méconnaître les analogies que renferme ce tableau, et leur nombre ne permet pas de croire qu'elles soient dues au hasard *.
Or , s'il n'est pas permis de douter que ces analogies existent , les faits que je viens d'exposer parlent assez d'eux-mêmes pour nous autoriser à prononcer avec certitude que V écriture alphabétique des nations sémitiques est empruntée aux Égyptiens. Les signes hiératiques alphabétiques égyptiens 9 qu'on a vu être communs aux alphabets sémitiques, étant dérivés immédiatement d'autant de formes hiéroglyphiques pures, en offrent, à mon avis, la preuve la plus directe! Au reste, toutes les considérations générales qu'on peut tirer de la nature des faits viennent à l'appui de notre assertion. En effet ,
i*" Si c'étaient les Égyptiens qui eussent tiré leurs signes phonétiques démotico-hiératiques , qu'on trouve identiques à autant de caractères sémitiques , des alphabets sémitiques eux-mêmes , on ne concevrait pas comment, au lieu d'avoir employé un nombre de signes phonétiques égal aux élémens connus de Talphabet hébreu, phénicien ou syriaque , etc., ils en auraient étanli un nombre aussi considérable que celui que fournit la lecture seule des noms propres étrangers.
2!" La forme des signes employés par l'écriture sémitique est tout à-«fait arbitraire : or ce ne furent certainement pas ceux qui , les premiers, inventèrent une écriture alphabétique, qui représentèrent un son par un caractère de forme tout-à-fait arbitraire. Sans doute la forme des signes alphabétiques sémitiques a pu ne devenir telle qu'avec le tems qui a dû la corrompre et la dénaturer par l'effet d'un long usage ;
* Le lecteor aura sans doute remarqai^ dans notre tableau Panalogie singnlièrement frappante qui règne sartout entre la forme da petit nombre cpi^on connaît jusqa'icî, de lettres dites babyloniennes, et la forme des caractères hiéroglyphiques représentant les mêmes sons que ces lettres. On sait que cette petite inscription placée sur la marge d^nne brique trouTée dans les ruines de Babylone, d^oii ces lettres babyloniennes sont tirées, est le plus ancien monument en caractères sémitiques que nous connaissons. Il sera peut-être aussi utile d^obserrer que ce sont plus généralement les formes hiératiques des signes hiéroglyphiques qui ont passé chez les nations sémitiques , tandis que les formes démotiques on populaires auraient dû s^y être introduites , si ces contrées eussent reçu non seulement leur civilisation, mais encore leur population de
rÉgypte.
(90) mais nous avons fait voir que ce n'est que dans la comparaison des différentes méthodes d'écriture égyptienne qu'on trouve les traces évidentes de cette corruption^ si Ton peut nommer ainsi le passage des caractères égyptiens de la méthode hiéroglyphique pureii\^ méthode hiératique, c'est-à-dire tachy graphique. Au reste, on a pu voir d'après les principes que nous avons dit avoir présidé constamment a l'écriture phonétique égyptienne {suprà page 8i), que, quant à leur valeur, son origine se rattache toujours, soit à une expression parti-culière de la langue des Egyptiens ^ soit à une idée qui appartient tout entière à ces derniers.
Maintenant , pour en venir à la dernière conséquence que je m'étais proposé d'établir sur les rapprochemens qui précèdent, si Talphabet sémitique ne consiste en générai que dans une reproduction plus ou moins fidèle d'un certain nombre de caractères phonétiques égyptiens, c'est dire quun alphabet hiéroglyphique existait déjà en Egypte a^ant V époque extrêmement reculée où les nations hébraïque , phénicienne et babylonienne ont fait usage de leur ancienne écriture.
En effet, les témoignages les plus imposans de Tantiquité classique concourent a attribuer aux Égyptiens l'invention de récriture alphabétique *. Il faudrait avoir sous les yeux des produits de l'enfance de la civilisation en Egypte, pour savoir l'époque au moins approximative à laquelle les Égyptiens ou leurs ancêtres firent les premiers essais d'une écriture phonétique. Or, ces monumens primitifs nous manquent : les monumens qui subsistent encore sur ce sol antique , quoique fort antérieurs à tout ce que nous connaissons , sont tous accompagnés de légendes hiéroglyphiques absolument semblables dans les formes, dans les combinaisons, en un mot, dans l'emploi de leurs signes, aux légendes qui accompagnent, sur les derniers produits de l'art égyptien, les images des rois grecs et celles des empereurs romains **.
Nous devons donc renoncer a connaître l'époque oii les écritures phonétiques furent introduites dans le système hiéroglyphique.
Voir Zoega , de Origine et Usu obeliscorum , pag. o56 , segg. Les plus anciens monumens <{ue je connaisse jusqa^ci soni deaz tombeaux ornéi dMnscriptioos ,qui
(91 ) 11 parait que les Égyptiens du tems de Platon'*' avaient perdu euxmêmes toute tradition historique relativement a celui de leurs ancêtres auquel appartenait l'invention de Técriture alphabétique. Tout ce qu'ils en savaient , c'est qu'il avait ^ par la solution d'un tel problème 9 changé la face du monde, qu'il avait décidé k la fois de l'état social de leur pays , de celui des peuples voisins y et de la destinée de toutes les générations futures. Aussi divinisërent-ils cette invention : ils l'attribuaient au dieu Thoth^ la sagesse de dieu incarnée sur la terre, la parole de dieu manifestée aux mortels,
le t;^riam (en égyptien 5S0T^ TOTOU^OT, ihot.), le père des sciences et des arts!
Les caractères phonétiques furent le moyen le plus puissant et le plus usité du système graphique égyptien; c'est par eux surtout que les idées les plus métaphysiques , les nuances les plus délicates de la langue, les inflexions, et enfin toutes les formes grammaticales furent exprimées en hiéroglyphes : ces mêmes signes sont précisé-* ment ceux qui, dans tous les textes, se présentent sans cesse , et se
existent dans la plaine de Saquarah. Près de la deosîème Pyramide , en face de la grande, est le tombeau d'un certain nommé Imaï on EiméX; voici la transcription exacte des titres inscrits devant son image assise snr nn fauteuil : souTBV-aBvôscH , soutbh-ouab houb hi iiai(b9) (bootbk) schoufA cVst-à-dire Orateur royal, rofal prêtre , intendant de h. grande demeure du roi Schouf&, Dans d'antres endroits des inscriptions du même tombeau , Eimél porte aussi le titre de attaché aux nuUsons des princes et des princesses ; ses fib furent pour la plupart des intendans du temple de Pktha, Parmi plusieurs petits tombeaux qui existent snr la pente orientale du plateau des pyramides, on remarcpie celui d'un individu qui porte les titres suivans : hou a bh bot bib htb sovtbh schout6, mots qui tous se traduisent , à Taide du dictionnaire copte, par chargé des hdtimens tous du roi SchouJS, Or, Tépoqne extrêmement ancienne de ces tombeaux ne saurait être Tobjet du moindre doute : on sait que le roi Sehoufé , autrement nommé Souphis ou Saophis par les diffcrensbistoriens, n'est autre chose que le Cheops, qui fit bfttir la plus grande pyramide. Les listes de Hanëtbon s'accordent parfaitement avec les historiens snr l'époque où vécut le roi Cheops, Les peintures du tombeau à^Imaï offrent d'elles-mêmes la preuve de l'extrême ancienneté de l'époque pendant laquelle ce tombeau fut décoré : elles appartiennent évidemment à l'enfance de l'art.
Les monuniens égyptiens les plus modernes, parmi ceux qui portent une date , consistent dans quelques parties du pronaos d'^Esné , où se lisent les noms des empereurs Geta et Caracalla,
J'ai publié dans le V* volume delà CorrexpoiM2a/ice d^ Orient, par MM. Mtchaud etPoqjolat, le texte hiérodypbique et une analyse grammaticale du passage que je viens de citer, extrait des inscriptions du tombeau de VinUndant ou chargé de tous les hdtimens du roi Schoufô , qui ne fut très-probablement autre cboie que le directeur de la construction de la grande pyramide,
* Platon, Philehus, pag. 374.
( 90 reproduisent à chaque instant ^ au point de former les deux tiers au moins des inscriptions hiéroglyphiques de toutes les époques. Aussi ChampoUion ne balançait-il pas k regarder le système des écritures égyptiennes comme essentiellement alphabétique. Quant à moi, je crois pourtant légèrement inexacte l'assertion de l'illustre hiérogrammate : ma définition est que les écritures égyptiennes ne sont pa^s plus alphabétiques ^£^'hiéroglyphiques. C'est ce qui résultera ^ j'espère, de P analyse grammaticale qui suit.
FIN DE L INTRODUCTIOW.
RAISONNEE