XVIIJ
cien Préparé d'avance par la lecture des textes coptes avec laquelle je m'étais familiarisé , pour ainsi dire , dès mon enfance ^ j'avais cru , pendant les deux années qui s'étaient écoulées depuis mon arrivée à Paris ^ ne pouvoir mieux faire que de me borner, pour le moment, a suivre pas à pas et le plus près possible les progrès de mon illustre maître. Or, Ghampollion , déjà bien avant son voyage en Egypte , avait quitté l'étude des textes démotiques pour se retrancher dans le cercle des écritures hiéroglyphique et hiératique^ dont la connaissance approfondie (c'étaient ses propres paroles) est d'ailleurs le seul guide qui peut conduire directement au déchiffrement des écritures démotiques.
De toutes les publications relatives à la partie enchoriale , dans lesquelles il me fut permis de chercher quelque secours , j'en étais donc de nouveau réduit au tableau dû docteur Young publié dans les Hieroglyphics j mais ce travail, fruit d'un rap* prochement plein de sagacité pour ce qui concerne la division matérielle des signes ou groupes égyptiens correspondans aux expressions de la traduction grecque, n'offre , ainsi que je l'ai déjà dit aussi relativement à la partie hiéroglyphique^ que des résultats presque insignifians pour un véritable déchiffrement du texte enchorial. Or, mon but était de parvenir à reconnaître, d'une manière raisonnée et surtout raisonnable, la nature intime de l'écriture dans laquelle ce texte est conçu, ses rapports avec la langue parlée , le nombre , l'essence et les combinaisons de ses élémens fondamentaux. Ghampollion , il est vrai, avait déjà démontré la liaison primitive de l'écriture en question avec les deux écritures y V hiéroglyphique et l'AiVratique : cette notion est devenue précieuse pour moi dans la suite ; mais, en attendant , quelles sont ces liaisons , de quelle espèce, en quel nombre sont-elles ? si les élémens dans les trois
écritures sont les mêmes , les combinaisons de ces élémens le sont*elles aussi ?
J'en étais à regretter bien vivement le secours d'un travail inédit que Ghampollion avait soumis à l'Académie en iSna. Mes regrets étaient d'autant plus pénibles , que, depuis la mort de l'illustre hiérogrammate ^ la partie peut-être la plus importante de ce long travail , le tableau analytique du texte démo* tique en question, on la disait perdue, ce qui m'ôtait tout espoir que la science viendrait à en profiter. Mais la publication de la Notice sur la vie et les ow^rages de M. Champollion le jeune par M. le baron Sylvestre de Sacy vint apaiser en partie ces re** grets. Lesrenseignemens que cetteNotice renferme relativement an travail en question^ recueillis par un savant consciencieux , qui, à deux reprises^ ^ avait eu l'occasion de l'examiner particu* lièrement, ne me laissèrent plus de doute sur le genre de secours que j'aurais pu en tirer , lors même qu'il eût été possible de l'avoir à ma disposition ; il suffira de dire que le mémoire de Ghampollion avait pour base l'idée que le texte intermé-diaire de Rosette n était point écrit dans un système alphabet tique, mais quil était conçu dans une écriture formée de signes d* idées ^. Ainsi le tableau qu'on disait perdu , si l'on en juge d'après la description elle-même que l'auteur de la Notice nous transmet , ne pouvait représenter, à peu de choses près , qu'un travail du genre de celui du docteur Young. Au surplus, on peut lire une seconde description plus détaillée qui en a été faite par un juge aussi consciencieux qu'édairé , M. Peyron : elle a paru dans là BibUotheca itaUana de Milan, mois de juin i835.
* Voir la page i6 de la Notice.
*^ Voir la Notice , page SI et seqq.
Le savant professeur de Turin non seulement a pu voir et étudier, comme M. le baron de Sacy, le tableau de feu Ghampol* lion, mais il annonce aussi, à la grande satisfaction des savans qui en déploraient la perte, que depuis 1824 il possède une copie exacte de l'original. Qu'il me soit permis de rapporter ici quelques parties de cette description : « Il sera d'autant plus » utile ( c'est Fauteur de la description qui parle) de faire con- » naître le tableau de feu Ghampollion, qu'il est juste que cha- » cun recueille la gloire due à ses propres travaux , et qu'il faut » éviter que la perte de ce manuscrit ne devienne profitable à un » plagiaire, ou qu'elle n'offre un prétexte aux calomniateurs.
» Pendant l'année 1824, à l'époque où Ghampollion étudiait » à Turin les manuscrits du Musée-Royal- Egyptien, j'eus plu- » sieurs fois l'occasion de m'entrctenir avec ce savant : je l'en- » tendais souvent citer, et je citais moi-même l'inscription de » Eosette *, comme il arriva plus d'une fois que nous n'étions )) pas d'accord à ce sujet, il fut convenu entre nous de com- » parer l'analyse que nous avions faite chacun de cette inscrip- » tion. Je ne parlerai pas de la mienne*, je dirai seulement » que, en examinant celle de mon savant ami, j'y trouvai » beaucoup à admirer : nous nous disputâmes sur quelques » points , et nous finîmes par convenir qu'il ne restait pas peu » de chose à faire avant que de pouvoir donner une analyse » complète de ce monument bilingue. Ghampollion me l'ayant » permis, j'en fis faire une copie soignée. Ge tableau analy- » tique est divisé en trois parties.
«) La première , que j'appellerai matérielle , consiste dans la n série non -interrompue des signes, divisée en groupes repré- » sentans les divers mots. Dans une pareille division on puise I) naturellement la règle , qu'un même groupe de signes doit i) revenir, dans le texte égyptien, autant de fois qu'un même mot
D se rencontre dans le texte grec. Ainsi ^ par exemple, les » groupes Moisy Egypte^ Roiy Père, etc., qu'on trouve dans la » première ligne du texte démotique , doivent se présenter de » nouveau dans les lignes suivantes là où leur correspondant » reparait dans le texte grec. Ainsi Ghampollion avait rangé cette » première partie du tableau sur cinq lignes : dans la première » figure le texte démotique divisé en groupes représentans les n difFérens mots ; dans la seconde, le texte grec de manière à ce » que chaque groupe trouve un mot grec pour correspondant ^ la » troisième consiste dans des chiffres numériques, qui indiquent » les divers endroits du texte oii le même groupe reparaît : la » quatrième ligne renferme une traduction copte du texte grec n faite par Ghampollion '^ enfin la cinquième ligne porte la tra- » duction littérale en français. L'auteur avait ajouté plus bas » une sixième ligne consistant dans le texte hié ogljphique divisé » en groupes , mais sans aucune explication . Une analyse pa- » reille faite par Young a été publiée dans les Hieroglyphics n collected by tke Egjptian Society. London^ iSaS. »
M. Peyron entre, dans la suite de son mémoire, dans quelques autres détails importans , concernant non seulement le tableau de Ghampollion , mais aussi les autres travaux qu'on connaît, relatifs aux écritures démotiques en général ; j'ai cru qu'il ne serait pas inutile de les transcrire ici.
ce De la division du texte démotique en groupes, c'est-à-dire j) en. combinaisons de signes formant les différens mots , résulte » le dictionnaire de ces mots , qui forme la seconde partie du » travail de Ghampollion , sous le titre de Tableau des signes » et des sèmes démotiques dont la valeur est fixée. Un diction- » naire semblable avait été rédigé aussi par Young : M. Tattam n l'a publié après sa mort sous le titre de Rudiments of a die-- >) tionary. Le dictionnaire de l'OEdipe français ne renferme que