‹ Analyse grammaticale raisonée de différens textes anciens égyptiensChapitre 6 sur 18 · XXVIIJ · texte numérisé non relu

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sidération m'a engagé à publier un Tableau analytique du grand Rituel fimëraire du Musée de Turin, avec indication de chaque section et de chaque chapitre, d'après la division que j'ai cru pouvoir adopter pour cette immense composition, dont presque tous les manuscrits funéraires égyptiens qu'on possède en Europe ne sont que des extraits plus ou moins considérables. Ce tableau paraîtra avant que l'impression de ce premier volume soit achevée, et il aurait déjà paru si la difRculté de le reproduire par l'emploi simultané de la lithographie et de Timprimerie ne l'eût empêché. J'y ai transcrit fidèlement les titres égyptiens de chaque section et de chaque chapitre, sans oublier une courte description delà vignette qu'on voit constamment en tête de ces derniers. Par ce travail, le lecteur qui aura à sa disposition un manuscrit funéraire égyptien quelconque, se trouvera mis en état de reconnaître, même matériellement, quelle partie du grand Rituel est contenue dans son manuscrit, et par conséquent de vérifier aussi les citations que j'aurai extraites de cette partie .

Des recherches philologiques auxquelles j'ai été conduit par la nécessité de rendre compte de tout est résultée la forme particulière de cet écrit. Sous ce rapport le lecteur ne trouvera pas un seul reproche à m'adresser que je ne me sois fait d'avance à moi-même. Nul ne conçoit mieux que moi combien souvent il aura à exercer sa patience, obligé d'aller à la recherche de toute citation dans les planches nombreuses de l'atlas ; mais j'avoue que je n'ai pas su trouver une forme qui satisfît plus complètement, soit aux diverses conditions imposées à celui qui veut réellement expliquer un texte conçu dans une langue inconnue , soit aux conditions qui étaient le résultat des moyens dont je pouvais disposer pour l'impression de mon travail. Quant a la méthode elle-même d'explication que j'ai suivie , s'il est vrai qu'elle

entraiBe des longueurs ^ elle a , d'autre oâté , Favantag^ d'être sûre. K Le commentateur qui se propose d'expliquer un texte » ëcrit dans une langue dont on possède la grammaire et le » dictionnaire (je transcris ici les expressions d'un savant illus- » tre '^) 9 n'a sans doute pas besoin d'entrer dans le détail des » motifs qui lui font assigner à chaque mot tel ou tel sens; U » suppose ce sens connu ^ et son autorité est le dictionnaire de >i la langue , instrument qui se trouve entre les mains du lec* » teur comme entre, les siennes. U en est tout autrement lors-

» qu'il s'agit d'interpréter un texte pour l'explication duquel on » n'a que des indications incomplètes. Pour retrouver dans l'o- >i riginal le sens donné par ces indications^ ou pour démontrer » l'inexactitude de ces indications mêmes et y substituer quel- » que chose de plus certain , il €st besoin d'une discussion » d'autant plus approfondie que le texte offre plus de diflicidtés. » U faut tout prouver alors , parce que tout est en question , la i) valeur des formes comme le sens des mots , et la discussion 71 ne peut s'arrêter que quand elle a découvert l'une et l'autre, » ou prouvé qu'elle manquait des moyens de le faire. Cette » méthode est sans contredit celle qui laisse le moins de place à » l'arbitraire et au charlatanisme, et qui met le plus nettement » au grand jour ce que l'auteur ignore comme ce qu'il peut » savoir» »

On trouvera à la fin de mon commentaire, et comme appendice à ce premier volume , une espèce de résumé des principales observations grammaticales auxquelles l'analyse détaillée de chaque groupe du texte enchorial a donné lieu, sous la forme d'une grammaire démotique. J'ai aussi taché, dans la partie de

Ai. Eugène Burnouf^ dans ravant-propos de sob Commentaire sur le Yaçna.

mon travail relative au texte démotique, d'épargner beaucoup de répétitions par l'adoption d'un plan qui consiste à ranger dans un tableau spécial^ mais dans l'ordre où ils se sont présentés au fur et mesure que j'avançais dans l'analyse du texte, les nombreux signes démotiques dont il m'a été possible de reconnaître la filiation : ce tableau place sous les yeux du lecteur la généalogie entière de ces signes, puisque chaque élément démotique s'y trouve rangé sur une même ligne que l'élément hiératique et hiéroglyphique dont il est une dérivation. Pour que rien ne restât sans démonstration dans cette partie de mon analyse , j'aurais voulu renfermer aussi dans ce premier volume un travail que j'ai depuis long-tems achevé, le Tableau général de correspondance des caractères hiéroglyphiques et hiératiques^ accompagné de l'indication des divers faits qui prouvent l'exactitude de la filiation particulière que j'établis entre chaque forme hiératique et hiéroglyphique ; mais le développement, déjà trop grand pour les bornes d'un simple volume, que j'ai dû accorder à l'analyse des deux textes de Rosette m'oblige de renoncer à mon projet. Ce tableau , travail de première nécessité , qui manque dans la Grammaire Égyptienne de GhampoUion, quoiqu'il eût été pourtant naturel de le placer en tête d'un livre destiné spécialement à faire connaître les premiers élémens des écritures égyptiennes, je l'ai réservé pour en faire l'Introduction du second volume de mon ouvrage, oîi j'aurai spécialement l'occasion d'établir la transcription hiéroglyphique de quelques parties du Rituel funéraire tirées d'un manuscrit hiératique.

Parmi les index qui figurent à la suite de ce premier vo* lume on remarquera surtout celui dès signes ou groupes égyptiens^ qui se trouvent expliqués ou traduits dans cette partie de jnon analyse, et qui montent à plus de deux millç. C'est u^

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véritable dictionnaire qui mettra le lecteur à même de connaître promptement toutes les remarques que j'ai eu occasion de faire, soit relativement aux diverses expressions dont se compose l'inscription de Rosette y soit relativement aux expressions d^ns lesquelles consistent les nombreux passages d'autres inscrip*tions que j'ai cités. Je dois aussi un avertissement au lecteur sur les deux traductions continues , l'une du texte hiérogly-* phique , l'autre du texte démotique y qu'on lira à la suite du commentaire , dans un tableau oii elles se trouvent placées en regard du texte grec et de la version littérale de ce dernier. Comme je me suis astreint dans des traductions à suivre servilement le texte , on ne s'étonnera pas d'y rencontrer souvent des tournures qui , sans changer le sens , paraissent s'éloigner du génie de la langue française.

Ici se borneront désormais les détails que je devais au lecteur^ non moins pour lui faire connaître l'état des études égyptiennes, que pour intéresser son indulgence en ma faveur. Il ne me reste qu'un vœu à exprimer : que les savans, auxquels les études philologiques ne sont point étrangères, veuillent bien soumettre à un examen consciencieux les nouveaux résultats que j'ose leur présenter pour la solution définitive delà plus importante question que leurs études aient eue encore à discuter. Si ces résultats sont réels^ il est tems que leur approbation s'efForce enfin d'exciter en faveur des études égyptiennes une confiance aussi flatteuse qu'elle leur est nécessaire. Il semble que la critique n'ait voulu étudier les ouvrages qui ont paru jusqu'ici, à la suite du Précis du système hiéroglyphique y que pour exploiter les imperfections et les défauts qui s'y trouvent nécessairement , au détriment de la nouvelle science dont le génie de GhampoUion a jeté les fondemens. Au reste, chez les uns (et il est permis de le dire puisqu'ils n'ont pas su le dissimuler) ce n'est qu'un sentiment

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exagëré de rivalité nationale ; chez les autres , ce n'est qu'une vanité blessée ^ qui leur a mis la plume à la main. En attendant 5 le public a été imbu de préventions défavorables contre la nouvelle entreprise scientifique , préventions que ne cessent d'entretenir d'ailleurs quelques raisons , du moins apparentes. Pour ranimer toutes ses espérances, pour hâter le moment où l'on réalisera enfin les résultats immenses que promet la découverte du système des écritures égyptiennes, il ne manque que la faveur des amis éclairés de la science. Puissé-je obtenir, pour fruit de mes efforts, qu'une seule opinion soit propagée et irrévocablement établie, celle que nous pouvons enfin réellement lire et expliquer un texte quelconque égyptien! Mille intelligences, au milieu de la tendance générale des esprits vers les études solides, viendront consacrer le tribut de leurs forces à cette antique Egypte, berceau de nos arts, de nos sciences, de notre civilisation.

Pabis, juillet 1836.

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