ÉTOILES TEMPORAIRES
L’opinion actuellement reçue associe aux étoiles variables les phénomènes remarquables des soi-disant étoiles nouvelles, qui quelquefois, et à de longs intervalles, sont apparues subitement dans le ciel. Jamais, dans aucun cas, une étoile brillante n’est venue s’ajouter au firmament d’une manière permanente. La splendeur de ces objets célestes a toujours été simplement temporaire, quoiqu’on ne sache pas encore si elles meurent, si elles s’éteignent entièrement, ou si elles continuent d’exister à l’état d’étoiles extrêmement petites. Deux étoiles temporaires modernes, celle vue par M. Hind en 1 845, et l'étoile brillante récemment observée dans la Couronne, après s’être dépouillées de leur gloire temporaire, sont redevenues des étoiles de dixième et de onzième grandeur.
Les anciennes théories relatives à ces objets étranges doivent être rejetées. Nous ne saurions croire avec Tycho-Brahé que des astres aussi éphémères soient de nouvelles créations, ni avec Riccioli qu’ils sont brillants d’un côté seulement, côté que le Créateur amène en face de la Terre par une demi-révolution subite. La théorie qui veut qu’elles soient venues tout à coup, et avec une vitesse plus grande que celle de la lumière, de régions assez éloignées pour qu’elles y fussent invisibles, n’est plus aujourd’hui défendue par personne.
Le 12 mai dernier, une étoile de seconde grandeur s’enflamma tout à coup dans la constellation de la Couronne boréale. Grâce à l’amabilité de celui qui découvrit le premier ce phénomène, M. Birmingham de Tuam, je pus, conjointement avec M. le docteur Miller, examiner le spectre de cette étoile dès le i5 mai, alors quelle n’était pas descendue au-dessous de la troisième grandeur. Il est juste de rappeler que M. Barker, de Londres,
Canada W., qui annonça dans le Canadian Free Press qu’il avait observé une nouvelle étoile dans la Couronne le 14 mai, affirme en outre dans une lettre adressée à M. Hind qu’il avait vu cette étoile dès le 4 mai, qu’elle avait été de plus en plus brillante jusqu’au 10, et qu’à partir de ce jour son éclat avait diminué.
Le spectre de cette étoile [fig. 7 ) se montre composé de deux spectres superposés. Le premier est formé de quatre raies brillantes; le second est analogue aux spectres du Soleil et des étoiles. Cette fois, les deux spectres représentent deux sources
Fig. 7.
Spectre de l'étoile variable ~ de la Couronno.
distinctes de lumière. Chacun de ces spectres résulte de la décomposition d’un faisceau lumineux, indépendant de la lumière qui donne naissance à l’autre spectre.
Le spectre continu sillonné de groupes de raies sombres signale la présence d’une photosphère de matière incandescente presque certainement solide ou liquide, entourée d’une atmosphère de vapeurs plus froides qui font naître par absorption le groupe des raies sombres. Jusqu’ici, la constitution de cet astre est analogue à celle du Soleil et des étoiles; mais il offre un spectre additionnel formé de raies brillantes. Il y a donc là une seconde source de lumière spéciale, et cette source, en raison du caractère du spectre qu’elle fournit, doit être un gaz lumineux. En outre, les deux principales raies brillantes de ce spectre nous apprennent que l’un de ces gaz lumineux est l’ hydrogène . Enfin le grand éclat de ces raies prouve encore que le gaz lumineux est plus chaud que la photosphère. Ces faits, rapprochés de la soudaineté de l’explosion de lumière dans l’étoile,
de sa diminution d’éclat immédiate et si rapide, de sa chute en douze jours de la seconde à la huitième grandeur, nous conduisent à émettre comme une spéculation, que Pastrc s'est trouvé subitement enveloppé des flammes de l hydrogène en combustion. Il pourrait se faire qu’il ait été le siège de quelque grande convulsion avec dégagement énorme de gaz mis en liberté. Une grande portion de ces gaz était de l’hydrogène qui brûlait à la surface de la planète, en se combinant avec quelque autre élément. Ce gaz enflammé émettait la lumière caractérisée par le spectre des raies brillantes. Le spectre de l’autre portion de la lumière stellaire pouvait indiquer que cette terrible déflagration gazeuse avait surchauffé et rendu plus vivement incandescente la matière solide de la photosphère. Lorsque l’hydrogène libre eut été épuisé, la flamme s’abattit graduellement, la photosphère devint moins lumineuse et l’étoile revint à son premier état.
Nous ne devons pas oublier que la lumière, messager cependant si rapide, exige un certain temps pour arriver de l’étoile à nous. Cette grande convulsion physique, nouvelle pour nous, était donc déjà un événement passé relativement à l’étoile ellemême. Elle est depuis des années déjà dans les conditions nouvelles que lui a faites cette violente catastrophe! (FojezNote H.)