LUNE ET PLANÈTES
Je passe maintenant aux résultats des observations. J’énoncerai en peu de mots ce qui concerne la Lune et les planètes. Ces astres, différant en cela des étoiles et des nébuleuses, ne sont pas des sources de lumière propre. Puisqu’ils brillent par la lumière réfléchie du Soleil, leurs spectres doivent ressembler au spectre solaire, et les seules indications de ces spectres qui puissent devenir pour nous une source de connaissances se bornent à quelques modifications que la lumière solaire peut avoir subies, soit par son passage à travers les atmosphères des planètes, soit par la réflexion à leur surface.
Lune. — Sur la Lune les résultats de nos observations ont été purement négatifs. Les spectres §es diverses parties de sa surface, examinés sous différentes conditions d’illumination, n’ont donné aucune indication d’atmosphère lunaire. ( Voyez Note C. ) J’ai aussi surveillé le spectre d’une étoile au moment où le bord obscur de la Lune s’avancait vers elle et finissait par l’occulter, sans avoir pu saisir aucun signe d’atmosphère lunaire. ( Voyez Note D.)
Jupiter. — On voit dans le spectre de Jupiter des raies qui indiquent l’existence autour de cette planète d’une atmosphère absorbante. Dans le dessin, ces raies sont figurées telles qu’elles se montraient vues simultanément avec le spectre du firmament, qui, au moment de l’observation, réfléchissait la lumière du Soleil couchant. Une bande foncée correspond à quelques raies atmosphériques terrestres, et indique probablement la présence de vapeurs semblables à celle de l’atmosphère de la Terre. (Voyez
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Note E.) Une autre bande n’a pas sa correspondante parmi les raies d’absorption de notre atmosphère, et nous signale la présence de quelque gaz ou vapeur qui n’existe pas dans l’atmosphère de la Terre.
Saturne. — Le spectre de Saturne est faible ; on y découvre cependant quelques raies semblables à celles qui distinguent lo spectre de Jupiter. Ces raies sont moins fortement indiquées dans la lumière des anses des anneaux, et nous montrent ainsi que le pouvoir absorbant de l’atmosphère autour des anneaux est plus faible que celui de l’atmosphère qui entoure le globe de la planète. Un savant français, M. Janssen, a trouvé tout récemment que plusieurs des raies atmosphériques sont produites par la vapeur d’eau. [Voyez Note F.) Il est vraisemblable que cette vapeur aqueuse existe dans les atmosphères de Jupiter et de Saturne.
Mars. — Dans une occasion, on a vu quelques groupes remarquables de raies clans la partie la plus réfrangible du spectre de Mars. Elles peuvent être en rapport avec la couleur rouge qui distingue celte planète.
Vénus. — Quoique le spectre de Vénus soit brillant, et que l’on y voie très-bien les raies de Fraunhofer, on n’a pu y découvrir aucune raie additionnelle qui révèle la présence d’une atmosphère. L’absence de ces raies peut être due à cette circonstance que la lumière est probablement réfléchie non par la surface de la planète, mais par des nuages situés à une certaine hauteur au-dessus de cette surface. La lumière qui nous parviendrait ainsi par réflexion sur les nuages n’aurait pas été exposée à l’action absorbante des couches plus denses de l’atmosphère de la planète.