ÉTOILES FIXES
Les étoiles fixes, quoique immensément plus éloignées et moins remarquables par leur éclat que la Lune et les planètes, nous fournissent cependant, parce qu’elles sont des sources de lumière propre , des indications plus complètes de leur nature intime. Les étoiles ont été pour tous les âges antérieurs une beauté à la fois et un mystère. Les plus grands penseurs de l’humanité se sont plu à répéter avec les enfants le sentiment exprimé dans ces lignes populaires :
Twinkle, twinkle, pretty star,
How I woniler what you are!
« Scintillez, scintillez, charmantes étoiles! Combien je suis confondu d’admiration quand je me demande ce que vous êtes! »
On avait fait appel aux télescopes et aux lunettes; mais en vain, car, dans les plus grands instruments, les étoiles restent sans disque, à l’état de simples points brillants.
Les étoiles ont été considérées comme de vrais soleils, entourés chacun d’une famille de planètes qui en dépendent. Cette opinion n’avait pour fondement qu'une analogie possible; elle restait à l’état d’hypothèse. Nous n’avions acquis, par l’observation, aucune connaissance de la véritable nature de ces points lointains de lumière. Ces indications si longtemps et si ardemment désirées nous ont été enfin fournies par l’analyse spectrale. Nous sommes aujourd’hui en état de lire dans la lumière de chaque étoile quelques indices de sa vraie nature. Puisque nous n’avons pas le pouvoir magique de convertir ce théâtre en observatoire et de vous montrer ainsi les spectres eux-mêmes des étoiles, j’ai dû faire provision de dessins faits très-exactement et reproduits par la photographie sur des verres
DES COBPS CÉLESTES.
transparents. On va projeter ces photographies sur l’écran à l’aide de la lampe électrique. Je choisis d’abord les spectres de
deux étoiles brillantes que nous avons examinés avec le plus grand soin : l’image la plus élevée représente le spectre d’Aldé-
baran, a du Taureau; l’image inférieure, le spectre de Béteigeuze, a d'Orion.
Les positions de toutes ces raies sombres, environ quatrevingts dans chaque spectre, ont été déterminées par des mesures précises et plusieurs fois répétées. Les lignes mesurées ne sont qu’une petite fraction des innombrables raies fines que l’on découvre dans les spectres de ces étoiles.
Au-dessous du spectre de chaque étoile, on a représenté les raies brillantes des métaux avec lesquels on les a comparés. Ces spectres terrestres apparaissent dans l’instrument tels que vous les voyez sur l’écran, en juxtaposition avec les raies du spectre de l’étoile. Grâce à cet arrangement, il devient possible de reconnaître avec une grande exactitude si ces raies.brillantes coïncident ou ne coïncident pas exactement avec les raies sombres de l’étoile. Vous voyez, par exemple, que cette double raie serrée, caractéristique du sodium, coïncide trait pour trait avec une des raies sombres également doubles de l’étoile. La vapeur du sodium est présente dans l’atmosphère de l’étoile ; le sodium est, par conséquent, un des éléments composants de ce monde si brillant et si lointain.
Ces trois raies dans le vert ne sont produites, autant que nous le savons actuellement, que par la vapeur lumineuse du magnésium seul. Or, ces raies coïncident exactement en position, trait pour trait, avec trois raies sombres de l’étoile; on est donc autorisé à conclure que le magnésium est un autre principe constituant de l’étoile.
De même les deux raies intenses particulières à l’élément hydrogène , dont l’une a sa place dans la partie rouge du spectre, l’autre vers la limite entre le bleu et le vert, correspondent toutes deux aux raies sombres d’absorption du spectre de l’étoile. L’hydrogène, par conséquent, est présent dans l’étoile.
On reconnaît de la môme manière que d’autres éléments, et
parmi eux le bismuth, l’antimoine, le tellure et le mercure, font partie de l’étoile.
Et qu’on le remarque bien : pour ces divers élémenls, la certitude de leur présence ne repose pas seulement sur la coïncidence d 'une raie, ce serait un trop faible argument, mais sur la coïncidence d'un groupe de deux, trois ou quatre raies, situées dans diverses régions du spectre. On trouverait sans doute que d’autres raies brillantes et sombres se correspondent également, mais la faiblesse de la lumière de l’étoile force à n’établir la comparaison que pour les raies les plus fortes de chaque corps simple ou élément.
Quels éléments représentent les nombreuses autres raies de l’étoile? Quelques-unes sont probablement dues aux vapeurs d’autres éléments terrestres que nous n’avons pas encore comparés avec l’étoile. Mais pourquoi quelques-unes de ces raies ne seraient-elles pas l’indice de formes primitives, de matières inconnues à la Terre ? Des éléments nouveaux pour nous peuvent avoir formé là-bas des séries importantes de composés, qui placeraient ces systèmes si reculés dans des conditions spéciales d’existence physique.
Les spectres des substances terrestres ont été comparés de la mémo manière avec plusieurs autres étoiles. Les résultats de ces comparaisons sont donnés dans les tableaux mis sous vos yeux. [Voyez Note G.)
Sur quinze éléments terrestres, cim} ou six existent dans Béteigeuze, les neuf ou dix autres semblent en être exclus.
6 de Pégase contient du sodium, du magnésium et probablement du baryum.
* de la Lyre, Véga, contient du sodium, du magnésium et du fer.
a du Petit Chien, Sirius, contient du sodium, du magnésium, du fer et de l’hydrogène.
6 des Gémeaux, Pollua:, contient, du sodium, du magnésium et du fer. • *** i
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Nous avons examiné plus de soixante autres étoiles : toutes semblent posséder quelques-uns des éléments communs au Soleil et à la Terre ; mais probablement que dans chaque étoile le groupement des éléments caractéristiques est spécial et unique.
Un petit nombre d’étoiles, cependant, se séparent du reste, et semblent caractérisées par des particularités très-significatives. Les types de ces étoiles sont Béteigeuze et 6 de Pégase. Le mode général de groupement des raies d’absorption de ces étoiles est tout particulier. Ce qu’il y a remarquable et d’exceptionnel dans ces deux spectres est l’absence des deux lignes caractéristiques de l’hydrogène, une dans le rouge, l’autre dans le vert. Ces raies correspondent aux raies C et F de Fraunhofer. L’absence de ces raies C et F dans plusieurs étoiles prouve qu’elles ne sont pas dues à la vapeur aqueuse de l’atmosphère.
Je me hasarde à peine à émettre l’idée que les planètes qui peuvent circuler autour de ces soleils leur ressemblent trèsprobablement et ne possèdent pas comme elles un élément important, l’hydrogène. A quelles formes de la vie de semblables planètes peuvent-elles convenir? Mondes sans eau! il faudrait la puissante imagination du Dante pour arriver à peupler de semblables planètes de créatures vivantes.
Il est digne de considération que, à part ces quelques exceptions, Ceux des éléments terrestres qui sont le plus largement répandus dans la vaste armée des étoiles sont précisément ceux qui sont essentiels à la vie telle qu’elle existe sur la Terre, à savoir: l’hydrogène, le sodium, le magnésium et le fer. L’hydrogène, le sodium et le magnésium représentent en outrel’Océan, qui est une partie essentielle d’un monde constitué comme l’est la Terre.
Ces observations nous apprennent que les étoiles, au moins les plus brillantes parmi elles, ressemblent au Soleil, quant au plan général de leur constitution ; leur lumière, comme celle du Soleil, émane d’une matière chauffée au blanc intense, et tra-
verse une atmosphère de vapeurs absorbantes. Mais avec cette unité de plan général de structure, il existe entre les étoiles individuelles une très-grande diversité de composition. Chaque étoile diffère des autres étoiles par sa constitution chimique. Ne devons-nous pas croire que les particularités individuelles de chaque astre sont en relation nécessaire avec le but spécial auquel il est destiné et avec les êtres vivants qui peuvent peupler les mondes planétaires dont il est très-probablement entouré ?
Une fois en possession de ces données sur la véritable nature des étoiles, nous avons dirigé notre attention sur les phénomènes spécialement propres à quelques-unes d’entre elles.