PRET QE
Le cobaye 1046, pesant 480 grammes, fit un premier nodule après la quatrième injection, et après chacune des injections suivantes jusqu’à la neuvième, qui donna une petite eschare rapidement éliminée. C’est le seul cobaye chez lequel nous avons constaté cet accident. Notons, en même temps, que dans cet essai, le poids de l’animal s’est toujours maintenu et à la fin du traitement qui dura 63 jours, il était de 700 grammes.
Le cobaye 2126, pesant 420 grammes, reçut 10 injections. Après la quatrième, il présenta des symptômes de choc subaigu analogues à ceux du cobaye 2134 (voir ci-dessus) mais plus intenses et plus prolongés. Après la huitième, il eut une première induration persistante, ainsi qu'après la neuvième et la dixième. À la fin de l’essai, qui dura 70 jours, Je poids était de 435 grammes.
Le cobaye 2124, pesant 430 grammes, présenta des ganglions dans les deux aines après la première injection. Il reçut en tout 10 injections et fit un petit nodule intradermique après la huitième injection. Le poids, à la fin de l'essai, qui dura 56 jours, était de 530 grammes.
Aux trois autres cobayes, nous fîimes tous les six jours 2 ce. de sérum de cheval sous-cutané :
Le cobaye 2125, pesant 350 grammes, mourut brusquement après la première injection.
Le cobaye 1648, pesant 215 grammes, mourut brusquement trois jours après la quatrième injection.
L’autopsie de ces deux animaux ne révéla toujours que des zônes de pseudo-hépatisation dans les deux poumons,
ALU Ÿ yat
Le cobaye 676, pesant 455 grammes, présenta des ganglions au niveau des aines et des aisselles après les premières injections. Un petit nodule induré de la grosseur d’un pois après la septième. Après la douzième injection, au 84 jour, le poids était de 555 grammes.
Sur 18 cobayes, nous n'avons donc obtenu qu’une seule fois une petite eschare après 9 injections souscutanées, La plupart du temps, les accidents observés dans ces conditions furent insignifiants, ne consistant qu’en de simples petits nodules où indurations vite résorbés.
Nous sommes cependant très intrigués par l’apparition d’une petite réaction locale chez certains de ces animaux après une première injection. Retenons, d'autre part, que nous avons observé à plusieurs reprises des accidents de chocs légers mais nets après des injections sous-cutanées. Donc le cobaye offre une résistance spéciale à faire des accidents d’anaphylaxie à manifestation locale. La réaction est très différente de celle du lapin et la question d’espèce nous apparaît, dès maintenant, comme une notion fondamentale,
À propos du cobaye, on sait qu’il représente presque une exception en anaphylaxie, puisque chez lui cet état est remarquable par son instabilité. De là viennent aussi, croyons-nous, les nombreux résultats fort différents trouvés par les auteurs. Il est regrettable que pour faire ces expériences toujours délicates, on s’obstine à employer un aninal qui fournit des résultats aussi peu constants.
Nous dirons donc que de cobaye peut également faire des réactions cutanées et dans les mêmes conditions que le lapin, mais elles sont inconstantes, beaucoup plus faïbles en général et peu persistantes.
EL est possible dans des cas rares d'obtenir de petites nécroses cutanées, mais après semble-t-il une bien plus forte imprégnation que chez le lapin.
BRior et AyxAUD disent également que le cobave peut faire des réactions cutanées, mais à condition qu’il soit fortement sensibilisé. Pourquoi est-ce le contraire quand il s’agit du phénomène de THÉOBALD SMIDTH ?
Notons encore que le sérum de ces animaux ne s'est jamais montré bien précipitant. Il n’y a aucune comparaison avec les précipités denses que fournissent les sérums de lapin.
Et ceci vient confirmer un point que nous énoncerons plus loin (voir paragraphe 10) : qu’il y a des degrés dans l’anaphylaxie et qu’à ces degrés paraissent également correspondre des degrés dans l’intensité des précipités fournis par les Ssérums mis en présence de lPantigène.
Maurice ArTaUs s'est demandé si le lapin était le seul animal présentant ces phénomènes locaux. La thèse de M" E. BoucHoviFrFF nous apprend que la - poule offre également des lésions locales aux points d'injection. Cependant, ARTHUS nous dit qu’on n’observe pas de lésions locales chez le chien, le rat blanc, le rat gris, le pigeon, le cobaye, ni le canard, le lapin serait une exception. É
Le même auteur nous dit ailleurs que chez les
LS
chevaux servant à la préparation du sérum anti-Cobraïque, au cours de la préparation, on constate qu'il se produit, au niveau des injections sous-cutanées de venin de cobra, des lésions cutanées et sous-cutanées graves, nécroses, gangrène, etc. D'autre part, les chevaux soumis aux injections successives de venin de cobra acquièrent progressivement une immunité active anti-cobraïque très grande et fournissent tardivement un sérum anti-cobraïque. Ils sont immunisés, mais alors même que l’immunisation anti-cobraïque du cheval est portée à son maximum et que, par exemple, le cheval supporte 80 doses mortelles (pour le cheval neuf) de venin, l’injection sous-cutanée de venin provoque des lésions locales d’une extrême gravilé.
Donc, le cheval ferait également, mais tardivement, lorsqu'on le traite par des injections répétées d'une ,albumine étrangère telle que celle du venin de cobra, des réactions locales, et nous notons ce fait qui nous apparaît comme très important : la possibilité de réagir localement a l’air de marquer en quelque sorte un état de défense puisque c’est à ce moment qu'existe l’immunité. Peut-être y a-t-il à un rapprochement à faire avec les réactions habituelles des organismes vis-à-vis des agents infectieux ? En effet, suivant, mettons le degré de résistance ou de défense d’un organisme, on aura soit une septicémie mortelle, soit une simple pyohémie localisée. Et cela vient encore confirmer ce que nous disons plus loin qu'il y a, semble-t-il, opposition entre accident locaux et généraux, rapport inverse,
sh | Es
A propos de l'influence de l'espèce, nous citerons encore ACHARD et FLANDIN qui ont observé que le cerveau toxique se montre toujours actif pour lespèce dont il provient, tandis que les résultats varient pour d’autres espèces. De même, l’anaphylaxie passive, homogène est constante, tandis que l’anaphylaxie passive hétérogène est inconstante suivant ces auteurs.
La question intéressante pour nous maintenant est de savoir comment réagit lPhonime. Se comporte-t-il comme le cobaye où comme le lapin ls . Interrogeons la clinique : MonaoM (Société de bio-
logte, 1912, page 474) dit qu'ayant soigné un certain sombre de tuberculeux par des injections répétées de sérum de Marmoreck, il observe chez tous ses malades des accidents, entre le septième et le onzième jour. Ces accident consistèrent en éruptions plus ou moins polymorphes, arthralgie, hypothermie. Il eut même des cas d'accidents syncopaux graves.
Les observations cliniques d’anaphylaxie par voie sous-cutanée faites jusqu’à ce jour sont fort nombreuses. Nous citerons celles classiques de :
OTrTo. — Après une deuxième injection de sérum antidiphtérique pratiquée deux ans après la première, apparition de boutons avec démangeaison, exanthème scarlatiniforme, puis battements de cœur, vertiges et évanouissement.
BABONNEIx. — Toujours avec le sérum antidiphtérique, observe de la tachycardie accompagnée d’albuminurie massive.
LESNE remarque que les accidents cutanés et généraux augmentent d'intensité et sont plus immédiats
à mesure de la répétition des injections.
gui
PuEFFEL cite une malade dont chaque ‘injection aggravait l’état.
Durour et DÉrRÉ observent des symptômes d’asphyxie pulmonaire au cours du traitement par un sérum anti-tuberculeux sans tuberculine.
FERNAND ARLOING et DUMAREST rapportent d’autres cas avec le sérum de MARMORECK.
Au sanatorium de Bligny, GUINARD traitant 65 malades a 16 fois des accidents et, enfin, retenons une très intéressante observation chez un malade traité par voie rachidienne : mort par accident sérique chez un sujet atteint de méningite cérébro-spinale à méningocoques et traité par le sérum de FLEXNER, observation rapportée par CourTois, SUFFIT et DuBosc (Soctété médicale des Hôpilaux, 1910) : Le malade était guéri de sa méningite, guérison constatée par ponction et, à l’autopsie : aucune lésion nerveuse, intégrité absolue des méninges cérébrales et rachidiennes. Les symptômes présentés par le malade furent une gêne respiratoire marquée à type spécial (à lautopsie le très léger œdème pulmonaire trouvé paraît insuffisant à l’expliquer), ‘des arthralgies, une température progressivement ascendante. Ce malade n’avait jamais reçu aucune injection de sérum antérieurement.
Personnellement, nous connaissons deux cas de cachexie mortelle après injections répétées abondantes de sérum anti-méningo-coccique polyvalent.
Enfin, les éruptions sériques sont devenues maintenant un phénomène banal. Il doit y avoir cependant de très grandes variations individuelles : puisqu'il y
a au moins 10 % des sujets qui ne présentent pas d’accidents, du moins apparemment. Peut-être ces exceptions ne sont-elles dues qu'à l’existence d’un certain état de déficience physiologique. En effet, les cancéreux, les cachectiques, les déficients quelconques ne feraient pas, dit-on, de réactions anaphylactiques. Cependant, en 1896, ARLOING et COURMONT faisant chez des malades cancéreux des injections répétées de sérum d’ânes inoculés avec des sucs d’epithéliomes, déterminent des réactions extrêmement vives, surtout locales (rougeurs, œdèmes plus ou moins étendus, éruptions diverses) tous symptômes apparaissant au. dixième jour des injections.
Et voici l’observation curieuse de STANCULÉANU et NirA qui tendrait bien à prouver que les réactions de l’homme sont analogues à celles du lapin : il s’agit de 9 malades traités par inoculations sous-conjonctivales de 1/3 à 1/2 cc. de sérum de cheval à intervalle de 3 à 5'jours.
A la première et à la deuxième inoculation, il ne se produisit aucun accident, mais après la troisième, quatre malades eurent des accidents consistant en une rougeur de la conjonctive et des paupières, avec larmoiement, œdème conjonctivo-bulbaire des deux paupières et limité à l’œil infecté. Après la quatrième, l’accident fut plus grave encore et il y eut chez ces quatre malades un grand chémosis conjonctival, avec œdème occupant la moitié de la face et adénite pré-auriculaire sous-maxillaire.
Ces accidents débutaient quelques heures après les inoculations et persistaient plusieurs jours. Les au-
RTL Ne
teurs purent immunisér Ja conjonctive de leurs malades par le vaccin de BesrEDka (solution de sérum en proportion de 1 à 4 chauffée à 83°).
Enfin, nous relevons ici lobservation récente de GarewooD et BALDRIGE qui ont vu, après une deuxième injection de sérum, celle-ci ayant été faite pendant la période de maladie du sérum, un foyer de nécrose au niveau du point où le sérum avait été injecté.
On a cité de très nombreux cas de phénomènes d'Arraus chez l’homme, sans parler de tous ceux qui ont pas été diagnostiqués et dont les symptômes ont été mis sur le compte d'une faute de technique de l'opérateur ou d’un accident infectieux ou d’autres causes encore d’origine organique.
On peut conclure qu’une albumine hétérogène déterminée, toxique pour un animal d’une espèce donnée peut être inoffensive ou, du moins, considérablement moins toxique pour un animal d’une autre espèce. Mais il ne faut pas oublier que si les réactions pour une même albumine sont différentes, suivant les espèces, elles sont aussi différentes pour la même espèce suivant la protéine étrangère introduite,
Nous appuyant sur ce fait que le sérum d’un anima/ donné, par exemple, le lapin, préparé avec le sérum d'homme, acquiert la propriété de précipiter in vitro le sérum humain et à un degré moindre le sérum d'une espèce voisine : les singes antropomorphes (BORDET, WASSERMAX, SCHUTZE). Nous pensons que l’intensité et le degré, le caractère des réactions doivent être conditionnés par le plus ou moins grand éloignement dans l'échelle zoologique, de l’albumine étran-
SEE TNA
gère inoculée pour un organisme d’une espèce donnée. C’est une question de distance entre les espèces, croyons-nous. Ceci n’est, bien entendu, qu’une idée qu’il s'agirait de vérifier.
Nous avons expérimenté presque exclusivement avec le sérum de cheval. Cependant le blanc d’œuf de poule employé au cours de quelques expériences nous a paru moins toxique pour le lapin que le sérum de cheval, du moins dans les conditions des expériences, l'ovalbumine étant diluée au tiers.
En réalité, il faudrait pour élucider ce point une série d’expériences où on essaierait le même sérum dans toute l'échelle zoologique, et ici nous citerons ARMAND et DELILLE (Société de biologie, 1910). « Le la- « pin ne supporte pas les injections répétées de cer- & veau de chien. tandis que le cobaye les supporte « fort bien, ce qui lui permet de fabriquer un sérum « névro-toxique. Mais ïl y a là surtout un fait dont « la portée est plus haute au point de vue de la doc- « trine de l’anaphylaxie : en employant comme anti- « gène le cerveau de chien, on obtient «chez le lapin « Je phénomène de THÉOBALD SMITH (anaphylaxie par « üne seule injection préparatoire à dose faible) qu’on « ne peut obtenir avec le sérum. (On n'obtient avec cet « antigène que le phénomène d’ARTHUS). Au contraire, « chez le cobaye, qui est si sensible au sérum, on n’ob- « tient pas le phénomène de Théobald Smirx avec la « substance cérébrale. »
IL a donc suffit de changer la nature de l’antigène introduit pour voir l’espèce « cobaye » et lespèce « lapin » présenter des réactions inverses de celles
que nous leur connaissions pour le sérum de cheval.