TS
« 24 heures après l’injection, l’aspect macroscopique de la région n’est pas modifié profondément. A la coupe, les plans profonds semblent épaissis, mais ne laissent transsuder aucune sérosité. L’examen microscopique déncte quelques altérations de l’épi-
Le
derme, La couche cornée reste adhérente au stra- {um lucidum ; quelques cellules de la couche de Malpighi sont augmentées de volume, mais On n’y voit ni vacuoles, ni modifications du réseau de Chromatine, Le derme est infiltré dass sa totalité par un exsudat contenant quelques rares polynucléaires. Les fibres conjonctives semblent doublées de volume. Le réseau des fibres élastiques est distendu par Fexsudat. Les glandes cutanées ont un cul de sac dilaté ou une lumière envahie par les leucocytes. Les vésicules adipeuses des couches profondes du derme sont augmentées de volume. Les vaisseaux restent perméalbles. Le tissu cellulaire sous-cutané subit les mêmes modifications que le derme.
« 48 heures après l’injection l’aspect macroscopique a changé : les tissus sont œdématiés : une plaque de sphacèle dont la couleur primitivement rougeàtre va disparaître peu à peu et devenir blanche, est bordée par une collerette violacée et sinueuse. Celleci s'étend concentriquement et atteint le troisième jour des limites définitives qui varient de l’étendue d’une pièce de 5 francs à celle de la paume de la main, Au microscope, on constate que l’infiltration profonde a gagné les couches superficielles. Il se forme entre les couches cornées et le stratum lucidum un plan de clivage occupé par un exsudat riche en globules blancs. Les cellules de l’assise génératrice sont augmentées de volume et quelques vacuoles se montrent à leur intérieur. Quelques globules blancs et de rares globules rouges se rencontrent dans les différents plans de lépiderme entre les
ed = cellules. Le derme est complètement envahi par un exsudat dont abondance tend à dissocier les tissus et à comprimer les vaisseaux. Ceux-ci sont totalement remplis de globules. Autour de certains d’entre
«eux on rencontre de vastes traînées d’hématies ré-
pandues entre les éléments du derme jusque dans sa couche la plus profonde. On ne distingue plus de vraies fibres conjonctives, mais des masses homogènes ayant mèmes réactions colorantes semblent en
présenter les produits de transformation. Les cel-
lules adipeuses ont éclaté, déversant leur graisse
sous forme de plaques diffluentes. L’ordonnance normale des tissus n’est plus reconnaissable. Les cellules des acini glandulaires sont en partie tombées dans la lumière de la glande. Cette extravasation sanguine dissocie jusqu'aux couches les plus profondes du derme et du tissu cellulaire sous-cutané et confine même au muscle. La limite entre le tissu sain et le tissu pathologique est très nette. Là où l’extravasation s'arrête brusquement, les tissus ré cupèrent leur aspect normal.
« Dans les 4 à 5 jours qui suivent, macroscopiquement le choses restent dans cet état, l’eschare tombée, soit au bout de 9 à 10 jours après l'injection, on a sous les yeux une vraie masse caséeuse qui occupe le fond de l’ulcération. Elle est molle, blanche, l'égèrement jaunâtre et au microscope on y décèle des cristaux d’acide gras perdus dans une masse amorphe où ressortent seulement quelques leucocytes polynucléaires déformés. pe
« À ce stade comme au précédent, aucun procédé
«d'examen n’a montré de forme microbienne. Il s’agit «donc d’une nécrose asceptique qui frappe d’abord les « éléments conjonctifs et vasculaires, puis l’épiderme. « Les bouillons de culture d’un usage courant en mi- « crobiologie, additionnés d'un fragment de la masse « caséeuse prélevé aseptiquement dans la profondeur, «sont d’ailleurs restés absoluments stériles. »
Reprenant nos observations concernant les lésions cutanées et sous-cutanées, nous dirons donc : un degré au-dessous de l’eschare sèche, on a l’eschare humide ; un degré au-dessous de lesdhare humide, on a la plaque violette. Celle-ci apparaît le deuxième ou le troisième jour, faisant suite à un œdème avec rougeur de la peau et persiste peu de temps, ne laissant plus, au bout de 8 jours, aucune trace visible extérieurement.
Quant aux autres lésions locales observées (nodules et abcès caséeux, infiltrations diverses), elles nous paraissent bien être un degré encore au-dessous de la piaque violette, à moins que leur formation dépende de la profondeur à laquelle a été faite l'injection qui peut être hypo-dermique ou intra-dermique. Cependant, nous avons observé aussi des nodules tout à fait superficiels.
Quoiqu'il en soit, les animaux font, à certains moments, soit avant l’eschare si les injections sont très rapprochées, soit après avoir eu plusieurs eschares si les injections sont espacées des œdèmes qui ne se résorbent plus et constituent des masses diffuses infil- ‘rant toute la paroi abdominale. Certaines de ces masses se délimitent et forment des nodulle d’abord mous
DR à Face
puis fluctuants, donnant tout à fait l'impression d’un abcès banal, puis enfin deviennent très durs ; à tel point qu’on serait tenté, à la palpation, de croire qu'il s’agit d'une tumeur, alors qu’en réalité il n’y a qu’une masse pseudo-purulente plus ou moins épaisse. Au niveau de ces abcès caséeux, la peau est toujours normale. On n’observe jamais ni rougeur, ni chaleur. A mesure que l’imprégnation sérique continue, ces abcès augmentent de volume. Quand le traitement cesse, leur evolution paraît arrêtée. Mais ils persistent indéfiniment. Si on les extirpe, ils ne se reproduisent pas à moins que les injections de sérum ne soient continuées. Ces nodules ont, au début, le volume d’une noisette ou d’une noix, mais ils grossissent rapidement, atteignent le volume d’une grosse orange. Certains pesaient plus de 100 grammes. Quand on procède à l’extirpation, on se trouve généralement en présence d’une mas se arrondie, bien limitée, très mobile, qui glisse parfaitement sur les plans superficiels. On a l’impression de procéder à l’énucléation d’un kyste sébacé. Au niveau de l’abdomen, nous avons trouvé ces kystes entre deux aponévroses reposant sur les grands droits. Mais les organes voisins sont toujours intacts ; il n’y a ni infiltration, ni inflammation. Quelquefois, à la palpation, avant incision de la peau, on a une sensation d'adhérences aux plans profonds, l’impression qu’un nédicule attache le nodule aux tissus profonds. En réalité, il s’agit de deux kystes reliés entre eux par un cordon et dont l’un est situé sur un plan différent de l’autre. Quelquefois, on a ainsi une chaîne, un véritable chapelet de petits nodules. À ouverture de ces
kystes, on voit qu'ils renferment une masse caséeuse irès homogène, sans grumeau, sans liquide, ayant la consistance d'un mastic épais, très liée, masse blanche très légèrement jaunâtre et inodore, analogue au caséum qui tapisse les ulcérations laissées par les eschares. Si on procède à l’incision du nodule à son stade de début, alors qu’il est fluctuant, on trouve à l’intérieur un pseudo-pus analogue, mais moins épais, moins solide, ayant l’aspect d’un liquide crémeux.
Il est arrivé que ces nodules étant fistulisés, se soient infectés ; le pus alors répand une odeur nauséabonde. Mais en général, il reste constamment stérile et nous avons même fait cette remarque que lorsqu'un animal est porteur d’une vaste ulcération à fond tapissé de caséum, même si celle-ci se trouve sous le ventre, au contact de la litière, il ne se produit pas d'infection ; le pseudo-pus reste inodore et stérile. Il faut, semiblet-il, d’autres conditions pour réaliser cette dernière. Nous lavons vue se produire dans des nodules situés sur le dos et des nodules fermés qui se sont alors ouverts, ulcérés, répandant une odeur sui-généris absolument infecte. En somme, il s’agit d’une sorte de putréfraction qui semble se produire indépendamment des agents extérieurs, et survenir à la suite d’une modification humorale intérieure de l’organisme considéré. Ainsi, les animaux chez lesquels nous l'avons constatée étaient très cachectiques (N° 0 et 43 et firent, par la suite, au niveau de ces nodules infectés, des formations volumineuses à multiples ulcérations et productions cornées concentriques qui présentaient teut à fait l'aspect extérieur d’une tumeur maligne.
Nous avons naturellement procédé très souvent à l'examen microscopique de ce pseudo-pus, sans jamais y déceler aucune forme microbienne. Nous avons ensemencé cette masse caséeuse ; les bouillons de culture sont toujours restés stériles. Un lapin inoculé avec ce pseudo pus ne fit aucun accident infectieux. Un autre, greffé avec un fragment de la capsule qui constitue l'enveloppe de ces nodules, ne fit pas non plus d’infection et la greffe fut éliminée au même titre qu’un corps étranger.
Le pseudo pus crémeux constituant ces masses casécuses peut, au iieu de se limiter en des nodules bien ücfinis, s’infiltrer dans les tissus et former ainsi des nappes très étendues. C’est par exemple ce qui fut observé chez le lapin B dont toute la paroi abdominale et thoracique baïgnaït véritablement dans ce caséum épais. ’
Les nodules décrits ci-dessus apparaissent au point dinoculation, après certaines injections ; mais nous en avons vu qui se manifestaient en des points éloignés et quelquefois fort longtemips après la cessation d'un traitement au sérum. Chez le lapin N° 99, deux de ces nodules ayant le volume d’une petite orange apparurent spontanément au niveau de l’hémithorax supérieur gauche et s’ulcérèrent, donnant, par la suite, de curieuses productions cornées concentriques. Ce lapin présenta aussi, spontanément en des points où n'avaient pas été faites d’inoculations sériques au niveau des deux crêtes iliaques) deux autres nodules beaucoup plus petits (volume d’une noix environ) et
qui restèrent fermés. Ces formations apparurent 45
jours après la cessation du traitement au sérum qui avait donné le phénomène d’ARTHUS classique. L’aninial avait reçu 4 injections seulement. s
Les inoculations antigéniques étant reprises, on vit alors ces abcès augmenter beaucoup de volume.
Ce même animal présenta encore une curieuse lésion constituée par deux eschares ovalaires symétriques au niveau des deux tarses. Ces nécroses ont été signalées par LEMAIRE, dans sa thèse, chez des lapins traités par le sérum antidiphtérique et rapprochées par les auteurs des lésions constatées par PFEIFFER (Wien. Klin. woch 1905, n° 18) qui les obtient en injectant de l’alcoo! dans le nerf sciatique, ce qui fait penser à d’expérimentateur qu'il s’agit peut-être d’une névrite de ce nerf (?).
Chez notre lapin N° 99, elles apparurent spontanément, en même temps que des abcès déjà mentionnés et laissérent deux ulcérations tapissées de caséum. L'une d'elles se cicatrisa lentement, l’autre forma, après fermeture de la plaie cutanée, un petit nodule qui grossit et gèna la marche, puis bientôt ce nodule prit des proportions importantes et envahit la patte postérieure correspondante, donnant une tuméfaction péri-articudaire, entraînant l’impotence complète du membre postérieur droit.
Cette nécrose des deux tarses a été observée chez d'autres animaux soumis aux injections répètées de sérum et nous pensons qu’il s’agit d’un trouble trophique qui s’est manifesté au niveau d’un point d'appui. En effet, ayant un lapin anaphylactisé qui présentait une contracture d’un membre postérieur, il se forma
une nécrose cutanée semblable au niveau des nouveaux points d'appui déterminés par l’attitude vicieu: se du membre.
Quant aux abcès spontanés, ils nous ont paru se montrer en des points anciennement traumatisés (?)
Des expériences sont en cours pour vérifier cette assertion.
Nous eûmes également l’occasion d'assister à l’évo- Iution d’une formation encore bien curieuse : il s’agit ici d’un abcès caséeux, spontané, qui se mianifesta de telle façon que pendant longtemps nous fûmes très inirigués, croyant avoir affaire à une tumeur du maxillaire supérieur :
Chez un lapin sensibilisé par 4 injections et à sérum très précipitant, nous vimes apparaître, au niveau de l’angle interne de l'œil, une petite grosseur, en même temps qu’il s’'écoulait de cet œil un liquide blanchâtre; puis dans les jours suivants, cette formation augmenta beaucoup, ayant successivement le volume d’une noix, d'un œuf de poule, puis d’une petite orange de forme un peu allongée. La sécrétion de l'œil s'était rapidement tarie et nous avions pu nous rendre Compte que les voies lacrymales n'étaient pas intéressées. D’autre part, cette tumeur au niveau de laquelle la peau était restée de couleur normale, et mobile sur les plans profonds, paraïssait adhérente au maxillaire supérieur et sa consistance était telle que nous étions persuadés qu’il s'agissait d’une tumeur de nature osseuse. L’animal porteur de cette néo-formation atteignit un degré de cachexie incroyable.
A la fin, la sécrétion au niveau de l’œil reparut (les
Ne
paupières restèrent collées) puis elle envahit les cornets, rendant la respiration nasale extrêmement pénible. L'animal pouvant à peine respirer, dans un état de misère physiologique considérable, essaie quand même de manger. Il ne présente pas d’anorexie à aucun moment et 23 jours après le début de cette affection, la mort étant imminente, il est sacrifié par saignée carotidienne.
L’autopsie nous révèle que cette tumeur n’est simplement qu’un nodule caséeux analogue à tous ceux déjà observés, mais sous périostique. En effet, en! s’étendant l’abcès avait soulevé le périoste du maxillaire supérieur et faisait ainsi croire à une tumeur d’origine osseuse, Quant à l'œil, il baignait dans le pus mastic de l’abcès (?) et présentait une lésion bizarre coupant Ic globe oculaire en deux, longitudinalement et ressemblant à une kératite intersticielle, mais les voies lacrymales ne présentaient aucune lésion.
D'autre part, on nota que les dents, au niveau du maxillaire supérieur, dans la moitié correspondant au côté de la tumeur, étaient très cariées.
Nous n’avons pas disséqué la pièce en question, vouiant la conserver intacte pour l’envoyer au laboratoire d'histologie. (Voir photo, page 79).
Des coupes pratiquées au niveau de cette masse et examinées par M. Norz, ont montré qu'il s'agissait d’une « nappe fibro-conjonctive contenant quelques «débris osseux en voie de disparition. Cette nappe € est plus où moins dense suivant les points, infiltrée «assez discrètement d'éléments réactionnels parmi
« lesquels prédominent les polynucléaires éosinophi-
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« les. IL existe aussi des lymphocytes, quelques poly- « nucléaires neutrophiles rares et des cellules con- « jJonctives mobilisées assez abondantes. Cette nappe « conjonctive est creusée d'énormes cavités remplies « par des cellules à noyau picnotique pour la plupart « et paraissant en voie de dégénérescence autolytique.
« Ces éléments sont diffiailes à identifier. On y re- « connait cependant quelques cellules à granulations « éosinophiles éparses au sein de la masse. On voit « aussi des noyaux incurvés ayant pu appartenir à « des polynucléaires neutrophiles. On voit encore de « très nombreux noyaux de forme arrondie, de taille « variable, entourés d’un corps cellulaire fusionné « avec les corps cellulaires des éléments voisins et « qu'il est impossible d'identifier.
« Il s’agit en somme d’un magma cellulaire en voie « d’autolyse. En bordure de ces cavités, le tissu con- « jonctif $’oriente en lamelles concentriques qui ap- « paraissent littéralement bourrés de polynucléaires e à granulations éosinophiles.
L'examen de cette même tumeur à la polarisation a montré des cristaux d’éther de la cholestérine.
Quand on pratique des inoculations intra-musculaires, on obtient également l’eschare cutanée, mais la récrose paraît atteindre les plans profonds et l’ulcération persistante après l'élimination de l’eschare est très anfractueuse tapissée de matière caséeuse, comnic d'habitude. Chez un de nos lapins, cette ulcération a paru détruire tout le muscle jusqu’à l’os et s’est montrée rebelle à toute cicatrisation pendant plusieurs mois. La guérison enfin obtenue, il persista une cicatrice déprimée avec importante perte de substance,
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Les cicatrices laissées par les eschares habituelles forment une surface de peau blanche, décolorée et qui reste glabre pendant fort longtemps.
Chez un lapin traité par injections quotidiennes, nous avons pu observer toute une série de modificalions de la peau légères, mais cependant nettes et qui semblaient témoigner d’une mauvaise nutrition des tissus, de troubles trophiques. C’est aïnsi qu'après une injection qui laissait un petit placard induré, la pean à ce niveau, tout en restant de coloration normale. perdait un peu de sa souplesse, puis devenait écailleuse et desquamait. Cette observation a été faite plusieurs fois.
Chez un autre lapin, nous avons eu, au niveau de l'extrémité de l’oreille, des lésions analogues à celles d’un eczéma suintant et en deux points apparurent deux petites formations verruqueuses.
Enfin chez le lapin N° 20 traité par injections toutes les 48 heures, alors qu'il présentait un début de cachexie, notre attention fut attirée par une lésion située au niveau du menton et qui débuta par la chute des poils ; ceux-c' se détachaient par petits groupes et laissaient en dessous une peau qui paraissait normale. Bientôt apparut une sialorrhée continue ; le liquide bavé était légèrement sirupeux ressemblant à du sérum et, coulant sous le menton, il agglutinait les poils entre eux et irritait l’épiderme. Cette lésion s’étendit bientôt jusqu’au sternum et la peau sur laquelle s’écoulait la bave de l'animal se recouvrit de croûtes et s’irrita. Mais l’évolution de cette lésion fut vite interrompue par la mort äu lapin qui était très cachectique,
Nous avons cru intéressant de publier ici quelques documents iconographiques concernant les lésions que nous venons de décrire. On trouvera également deux nuücrophotlographies se rapportant au magma qui cons-
tue les nodules el tumeurs du phénomène d'ARTHUS :
Importante eschare obtenue chez un jeune lapin après trois injections intra-musculaires de sérum de cheval normal.
Lapin n° 1.757. — Importante eschare en forme d'étoile s'étendant sur la nuque, la peau de la base du crâne et les deux oreilles.
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Lapin n° 27-82. — Large perte de substance laissée par une injection escharifiante faite au niveau de l’oreille,
Lapin n° 23. — Nécrose étendue de l’oreille, :
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