‹ Anaphylaxie par voie sous-cutanée: Le phénomène d'ArthusChapitre 31 sur 40 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Pathogénie du Phénomène d’Arthus

Cette question, il faut le reconnaître est fort complexe puisqu'on met en présence des corps (les sérums) dont la composition chimique intime ne nous est que très imparfaitement connue.

Toutes les théories bâties jusqu’à ce jour sur l’anaphylaxie, reposent sur des hypothèses entièrement gratuites. Nous ne les rappellerons pas ici, car elles ne nous sont d’aucun secours pour la compréhension du phénomène qui nous occupe en particulier.

Pour ARrTHUS, la baisse de pression et le retard de coagulation du sang constatés toujours dans le choc anaphylactique paräissent être la cause de tous les désordres.

Nicolle, en 1920 dit que les accidents que présentent les sujets hypersensibilisés reconnaissent pour causes la paralysie des endothéliums capillaires, l’excitation des fibres lisses, l’incoagulabilité du sang et

de la lymphe et l'hyperproduction de la seconde ‘de ces humeurs. |

Or, il est bien entendu que ni la baisse de pression, pi le retard de coagulation ne peuvent expliquer la production des nécroses cutanées. Une simple extravasation sanguine ne peut avoir de telles conséquences.

En 1906, MarFrAx émit l’idée qu’il y a peut-être, in vivo comme in vitro, une précipitation et que c’est celle-ci qui, gênant la circulation cutanée provoquera l’éruption urticarienne. Les manuels classiques y font timidement allusion, disant que certains auteurs, entre autres MARrAN, supposent que les accidents sérotoxiques sont en relation avec le phénomène de la précipitation.

D’autres expérimentateurs constatèrent également cette relation, mais ils n’en tirérent aucune conclusion :

SCHMIDT et DoLp, après de nombreux et minutieux travaux, trouvèrent que la toxicité primitive des sérums normaux était liée à la précipitation de certains colloïdes humoraux chez les sujets sensibilisés pour ces sérums,

KOoPACzEWSKI, de 1914 à 1922, après avoir attribué. les chocs aux embolies par les floculats, bandonna cette idée pour relier les phénomènes anaphylactiques aux variations de tension superficielle du plasna, :

- Enfin, un certain nombre de physiologistes trouverent que tous les phénomènes dbservés étaient sous la dépendance d'actions vaso-motrices :

pe

Nous citerons les travaux récents de TiNEL et San- TENOISE (Jour. Méd. française, Mars 1922) ; GARRELON (Presse Méd., Octobre 1923) ; GAUTRELET (Soc. Biol. Avril 1922) ; Boucé et Husrn (Presse Méd., Octobre 1921) ; DrouEt (Journ. de Méd. de Paris, Décembre 1921) et ARLOING et LANGERON (Journ. de Méd. de Lyon, Juillet 1923) qui mettent en valeur l’importance du rôle du système nerveux de la vie végétative dans Ha pathogénie des chocs.

ZuUNZ apercevant un autre côté de la question, étudie les modifications sanguines consécutives aux injections déchaïnantes et présente des considérations physico-chimiques très intéressantes sur lanaphylaxie.

Mai depuis la découverte de RICHET et PORTIER, jusqu'aux acquisitions les plus récentes aucun biologiste, n'était parvenu à dégager une théorie cohérente englobant tous ces faits et capable d'expliquer le mécanisme des divers accidents aigus et chroniques de lanaphylaxie.

Cet honneur revient à Auguste LUMIÈRE dont mous croyons résumer brièvement les conceptions au sujet de l’anaphylaxie par ces mots :

« Les accidents anaphylactiques sont produits pri- « milivement par une irritalion des endothéliums vas- « culaires et capillaires intéressant les centres ner- « veux, trritations elles-mêmes déterminées par les « floculats sériques. »

Et ici, revenant au phénomène d’ARTHUS, au sujet des diverses lésions tissulaires observées dans l’anaphylaxie, LUMIÈRE nous dit :

(Voir À. LuMiÈRE : « La Vie, la Maladie, la Mort » :

« Les liquides cellulaires ou humoraux de l’organisme renferment des colloïdes mollécullaires susceptibles de précipiter proportionnellement aux doses de certains agents avec lesquels ils se combinent, pour donner des corps insolulbles, suivant les lois de la chimie des cristalloïdes. »

Et ailleurs :

« Ce qui caractérise l’état de sensibilité, c’est la faculté qu’acquièrent les liquides humoraux de précipiter par l’antigène préparant.

« Donc, la dose seconde injectée dans le muscle par exemple, ne pouvant circuler, va donner in situ les floculations, qui non seulement troubleront plus ou moins profondément la nutrition cellulaire, mais serviront de point d’appel aux macrophages qui se rassemblent en tous les points de l’organisme où des particules insolubles viennent à être introduites ou à se former.

« Si les perturbations dans le métabolisme local atteignent un degré suffisant, les cellules ne pouvant plus subsister, floculent à leur tour c’est-à-dire qu'’elles meurent en entraînant la destruction des tissus. »

Masson, 1928.)

D'autre part, à la lumière de la théorie colloïdale,

on comprend le phénomène de l’incubation et l’apparition brusque des troubles anaphylactiques, phénomênes qui correspondent en réalité au müûrissement des colloïdes et à la soudaineté de la floculation.

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