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40° __— Les accidents locaux observés à la suite des injections de sérum de cheval chez le lapin anaphylactisé sont-ils la conséauence de la production d’un précipité
dans l’organisme de l’animal injecté ?
Donc, quand le pouvoir précipitänt se manifeste, les accidents locaux apparaissent. LEMAIRE, en 1906, dit à propos des injections de sérum anti-diphtérique : « La précipitine °st toujours absente chez les enfants qui ne font yas d’accidents sérothérapiques et, inversement‘, les accidents que la clinique nous permet de rapporter exclusivement au sérum (urticaires, arthralgies) s’accompagnent, quand ils sont intenses, de production de précipitine dans le sang ». Il y a donc une relation évidente entre les accidents sérathérapiques et les modifications chimiques du sérum. »
Kxox, Moss et Brown, en 1910, font la même affirmation.
En outre, nous avons vu qu’un animal dont le sérum précipite peu ne fera que des accidents légers et peu persistants qui pourront même passer inapetçus, tandis qu’un animal dont le sérum précipite abondamment, fera des accidents marqués, plus ou moins graves suivant le degré du pouvoir précipitant : abcés caséeux, eschare, mort brusque, cachexie plus ou moins rapide, etc.
Il y a donc bien une étroite relation entre le degré de précipitation et les réactions plus ou moins intenses qu'on observe. De toute évidence, c’est bien le précipité qui est en cause,
Les auteurs qui ont cru réfuter ces arguments n’ont pas tenu compte du fait que, quand on met en contact lPanti-sérum et l’antigène, le précipité obtenu est soluble dans un excès d’antigène. De telle sorte que, si d'emblée on ajoute, par exemple, une faible quantité de sérum de lapin anti-cheval à un grand volume de sérum de cheval (même si le sérum de lapin est très précipitant), on ne verra à aucun moment le précipité se former.
Pour fixer les idées, nous avons, le 6 février, pris ie sérum très précipitant du lapin N° 99 et nous avons fait les deux essais suivants :
« Un centimètre cube de sérum de lapin anti-cheval plus 10 cc de sérum de cheval = pas de précipité.
Il ne se produit de précipité à aucun moment, méme après des heures.
« 10 cc. de sérum de lapin anti-cheval plus 1 ec. de sérum de cheval = précipité immédiat très abondant.
En une minute toute la masse est prise.
« Si, à ce précipité, on ajoute 9 cc. de sérum de cheval, on le voit immédiatement se désagréger rapidement. Cependant, dans ces conditions (un: volume de sérum de cheval plus un volume de sérum de lapin anti-cheval) le précipité n’est pas complètement dissous et le liquide reste encore trouble.
A un volume de sérum de lapin, nous avons ajouté successivement : 2, 3, 4 5 et 6 volume de sérum de cheval, cherchant le moment précis où le précipité est entièrement dissout. Avec un sérum précipitant fort, il suffit de 5 ou 6 volumes d’antigène pour un d’anti-sérum,
Or, ARrHUs, pour prouver que la formation du précipité n'intervient pas dans les faits d’anaphylaxie, injecte à des lapins neufs du sérum de cobaye antilapin. Il fait : soit 2 ce. sous la peau de l’oreille, soit 5 cc. sous la peau de la paroi abdominale, soit 10 cc. dans la veine marginale de l'oreille. Il n’a aucune réaction, ni immédiate, ni tardive, naturellement puisqu’il y a un très grand excès de sérum antigènique.
Dans une deuxième expérience, le mêmêé auteur prélève sur 4 lapins anaphylactisés, par saignée carotidienne, une certaine quantité de sang. Le sérum est injecté à la dose de 20 cc. dans la veine de l’oreil- Je d’un lapin neuf. Puis, 30 minutes plus tard, on injecte 2 cc. de sérum de cheval dans la veine et 2 cc. sous la peau. Le sérum séro-précipitant devrait précipiter in vivo, or il ne se produit rien.
Nous avons répété cette expérience et nous avons abouti au même résultat. Maïs nous avions saïgné notre lapin 30 minutes après lui avoir fait les 20 cc. de sérum précipitant et nous avons pu vérifier ainsi que son sérum ne précipitait pas par l’antigène :
Le 25 février, à 15 h. 45, injection dans la veine marginale de loreille, d’un lapin neuf du poids de 1.865 grammes, de 20 cc. de sérum de lapin anti-cheval (sérum provenant des lapins N° 31, 99 et 43). A 16 h. 15, ponction cardiaque de 10 cc. de sang. À 16 h. 25, injection dans la veine marginale de l’oreille de 2 cc. de sérum de cheval et de 2 cc. sous la peau abdominale. On n’observe pas de choc et, par la suite, pas de réaction locale, Mais le sérum recueilli le 26 février et traité par le sérum de cheval ne préci=
pite pas. Donc l’anaphylaxie passive n’avait pas eu le temps de s’établir en 30 minutes. Le sérum de l’animal traité n’était pas précipitant, l’animal n’était donc pas sensibilisé.
Les jours suivants, cet animal présenta un excellent état de santé et une courbe de poids croissante jusqu'au 3 avril, date à laquelle il y eut un léger fléchissement et, le 19 avril, le lapin mourut brusquement, sans avoir présenté d’autres signes qu’une respiration stertoreuse dans les quelques heures qui précédèrent la mort.
À l’autopsie, on voit d’abord que, au niveau de l'œil droit, les paupières sont œdématiées, collées ensemble par un exsudat blanchâtre. L’œil paraît aplati au fond de l’orbite. Cependant, la dissection le montre normal.
Cet accident est apparu en 24 heures, puisque la veille, l'animal examiné ne présentait rien d’anormal.
À l'ouverture :
Poumons avec zônes d’œdème aigu et zônes hémorragiques.
Rate noirâtre (l’autopsie a été pratiquée immédiatement après la mort).
L’animal était une jeune femelle entrée en gestation depuis peu. Les deux ovaires sont recouverts de . petites tumeurs bourgeonniantes, surtout l'ovaire droit qui présente deux étranglements et qui paraît ainsi divisé en 3 segments.
Au niveau de la trompe droite, on trouve une masse ovoide du volume d’un pois, transparente, ayanf
un aspect gélatineux,
La sensibilisation s'est done bien produite à un certain moment et l’antigène introduit secondairement a donc donné une floculation qui a entrainé des désordres dont le résultat a été la mort brusque.
Enfin, ArTHUS dit avoir injecté à des lapins le mélange : sérum précipitant (provenant de lapins sensibilisés) et sérum antigénique et n’avoir constaté aucun trouble soit que l'injection ait été faite sous la peau ou dans les veines.
ARTHUS laisse le précipité se former et se réunir, puis il agite pour remettre en suspension.
Mais en laissant l’agglutination se produire, on n'injecte plus dans les vaisseaux où sous la peau que de gros floculaits inoffensifs. C’est peut-être bien la forme du floculat qui importe et la soudaineté de sa formation. Nous avons repris l'expérience en injectant le mélange immédiatement :
À un lapin neuf, nous faisons une injection intracardiaque de 3 cc. de sérum du lapin 99 très précipitant, plus une goutte de sérum de cheval (90 volumes danti-sérum pour 1 volume d’antigène). Le sérum précipite immédiatement. Aussi est-ce déjà un précipité qu’on injecte. L'animal est véritablement foudroyé bien que l'injection ait été poussée fort lentement. Aussitôt détaché le lapin présente de l’opistothonos, s’étend sur le flanc, a deux ou trois hoquets violents, une expulsion abondante de matières fécales, puis perte du réflexe cornéen et mort. Tout cela s'est passé en quelques secondes.
Lapin N° 36, poids 2.045 grammes. Nous employons çette fois un sérum précipitant faible, de façon à ce
qu'on ait le temps de faire l'injection avant que la réaction de précipitation ne se produise ; c’est le sérum du lapin N° 30, pris à la date du 8 février. À Q h. 40, on fait 2 cc. de ce sérum additionné de l’antigène. L’injection est poussée très lentement dans le cœur. Nous avons également préparé 2 cc. de ce méême sérum additionné de l’antigène dans un tube à essai. Et ainsi, nous réalisons presque simultanément, lexpérience in vivo et l’expérience in vitro. Voici ce que nous avons observé :
Aussitôt détaché, le lapin reste immobile, inquiet, sa respiration est rapide, superficielle. Après 3 m'inutes, la dyspnée augmente brusquement, en même temps qu’on à une abondante expulsion de matières fécales. À peu près au même moment, on voit appa- raître dans le tube renfermant le mélange sérum lapin plus antigène des nuages blancs légers. Puis le lapin inquiet relève brusquement la tête, humant Pair dans l'attitude du chien de chasse. 11 s’agite un peu, puis retombe dans une immobilité absolue, tandis que continue l’expulsion des matières fécales. De temps en temps, il présente quelques myoclonies des mruses thoraciques.
Un autre lapin neuf du même âge que nous avons pris à titre de contrôle, se promène tranquillement dans le laboratoire, cherchant à manger et offre un babïtus extérieur bien différent, n’ayant aucun des accidents présentés par le sujet en expérience.
A 10 h. 10, le lapin 36 présente des pertes alvines, puis il reste somnolenit. À 11 h. 30, in vitro, on a un
précipité léger formé de gros agglomérats et qui oc-
cupe la partie moyenne du liquide sur une hauteur ce un centimètre. Le lapin, à ce moment, est toujours immabile, présentant encore quelques myoclonies thoraciques. À 12 heures, il sera encore dans cet état ct, par la suite, ce lapin reprendra un aspect extérieur normal, maïs sa croissance sera lente. (Voir graphique du poids et comparer avec celui du n° 40 de l’essai précédent, page 168).
Le 18 février, l’animal a le poil bourru et il est encore: dyspnéique. Le 6 mars, il présentera un petit abcès au niveau de l'oreille au point de transfixion par la plaque où est indiqué le .muméro de l’animaïl, donc en un point anciennement traumatisé. Cet accident estil en rapport avec l’état anaphylatctique ? Nous n’osons l’affirmer, ceperdant nous croyons que les régions anciennement traumatisées constituent des points d'appel pour les réactions locales. Le 18 mars, après une (brusque perte de poids, lanimal est trouvé mort. L’autopsie ne révèle rien d’anormal, en particulier, il n’y a pas eu de phénomènes d’infection du myocarde.
Ce lapin a donc bien eu un choc léger, mais très net et, par la suite, il ne s’est plus comporté comme un lapin normal, mais bien comme un animal sensibilisé.
Nous faisons encore un essai sur deux cobayes pesant respectivement 400 et 420 gr.
L'un deux reçoit en injection intra-cardiaque 2 cc, de sérum de lapin précipitant faible (sérum de la lapine n° 43). Ë
I ne présente pas le plus petit Symptôme de choc,
Aussitôt détaché, il se comporte comme un animal normal.
L'autre reçoit en injection intra-cardiaque, 2 cc. du même sérum additionné de l’antigène. Il présente un choc aigu mortel. Aussitôt détaché, il est inquiet, après quelques secondes, il a des hoquets violents, des myoclonies répétées des muscles thoraciques, exécute des mouvements de manège et des sauts en hauteur sur place. Puis, il présente de lopistothonos, de l'emprostothonos ; enfin, il se couche sur le flanc dyspnéique, il a encore quelques hoquets faibles et après 7 minutes il meurt.
Avant d'effectuer ce dernier essai, nous nous étions assurés que
1° Le sérum de lapin anti-cheval très précipitant additionné de sérum de cobaye normal ne donne aucune réaction.
2° Le sérum de lapin anti-cheval très précipitant additionné de sérum de cobaye normal et de sérum de cheval normal donne un précipité qui se fait aussi rapidement que dans le sérum de lapin pur.
3° Le précipité obtenu dans l’anti-sérum ne se dissout pas dans un excès de sérum de cobaye.
Le résultat de ces expériences a donc bien été tel que nous lavions prévu
Choc chez l’animal qui a reçu le mélange séro-précipitant en injection intra-vasculaire.
Il nous restait encore à voir si le floculat, cause selon nous des accidents, serait capable, inoculé directement sous la peau, de déterminer les réactions
locales classiques.
EAÈ be
Mais, d'avance, nous ne tenions pas cette expérience pour décisive, car localement, l'effet des précipités intersticiels qui se formeraient in vivo, quand on injecte le sérum de cheval à un lapin sensibilisé, wa rien de commun avec l'effet de gros fragments floculés introduits en un point et formant boule d’œdème momentanée. Les espaces intersticiels ne sont pas touchés. Les tissus ne sont pas intimément imprégnés par des précipitations.
En somme, ce qu’on inocule dans ces conditions, cé n’est plus, une albumine étrangère capable de modifer chimiquement le sang, qui précipitera et causera les désordres habituels, mais un véritable corps étranger qui représentera surtout un obstacle mécanique.
Nous avons cependant fait l’essai dont voici la relation
A un lap n neuf du poids de 2.200 gr., on injecte sous la peau du sanc droit 1 cc. de sérum de lapin précipitant faible additionné de l’antigène.
(Nous avons choisi un sérum peu précipitant, afin que la réact'on se fasse le plus possible dans l’intérieur des tissus en même temips que l'absorption du liquide injecté.)
Or, on observe 21 heures après, chez cet animal, une réaction locale au niveau de l'injection, caractérisée par une rougeur nette de la peau qui présente une sorte de piqueté hémorragique sur une surface de 2 73cm).
Cette réaction persistera 3 jours en s’atténuant.
Et, considérant les résultats qui viennent d'être obtenus dans ces divers essais, nous dirons : C’est la
formation et la présence des floculats sériques qui paraissent être la cause des accidents anaphylacti- - ques. |
Au moment de mettre sous presse, nous avons connaissance d’un article paru récemment dans le journal : « L’Immunité », du 15 mars 1930, et concernant la maladie du sérum et les acidents sériques: MACKENZIE et HAENGER (J. Am. Méd. Ass., 25 janvier 1930) nous apprennent que dans la maladie du s-rum, lincubation varie de 6 à 12 jours et que celle-ci paraît bien due à l'apparition puis à l'augmentation des précipitines dans le sérum.
Il y a de plus, disent les auteurs, proportion entre le taux des précipitines et l’intensité des symptômes observés.
Chez les malades qui, malgré ladministration de très grandes quantités de sérum ne prése:tent pas la maladie du sérum, il ne se forme pas de précipitines.
C’est la même remarque que faisaient Marrax et LEMAIRE en 1906, à propos du sérum anti-diph'érique et des accidents séro-toxiques.
Cette notion que la chimie des collcides ne diffère pas de celle des cristalloïdes, qu’il n’y ä& pas deux chimies, que les réactions biologiques obéissent aux mémes lois que toutes les autres réactions chimiques connues et sons soumises également aux lois de la physique, notion soutenue par A. LUMIÈRE depuis de nombreuses années commence à peine à pénétrer les esprits.
Nous citerons encore un fait qui, s’il est exact, vient
confirmer élégamment l'idée que nous soutenons
On ‘connait l’action des acides forts sur le sérum. SO‘HE et AzO'H, en présence d’un sérum, précipitent les albumiünes. Mais il n’en est plus de même avec HCI normal.
Un sérum additionné de cet acide ne précipite pas et, bien mieux, le précipité obtenu dans Pantisérum en présence de Pantigène est dissout par HCI normal. I suffit d’une très faible quantité d'HCI normal pour dissoudre ce précipité, si dense soit-il.
Or, en 1900, CarNoT et SLan trouvent que HCI normal empêche le choc anaphylactique : ils ont deux lots de cobayes sensibilisés au 1/400° de cc. de sérum. Au douzième jour, ils font à un premier lot, 1/20° de cc. de sérum intra-veineux. Tous les cobayes meurent.
Au deuxième lot de cobayes, ils font ia même dose intra-veineuse de sérum plus une cerlaine quantité d'HCI normal.
Avec addition de ,/11° d'HCI normal, ils obtienà2ent une survie absoiue, sans acciden‘
Avec addition de 1/20°, une survie inconstante.
Et les auteurs conelient que Ja proportion minimum à admettr- est de 1/11° d'HCI normal, ©est-àdire 3,3 pour 1.006 pour-une dose d’antigène deux fois mortelle.
Nous avons essayé si, in vitro, le précipité formé par l’anti-sérum et Pantisène se dissoivait par addition d'HCI normal aux deses indiquées dans les expcriences de CARNOT. Nos essais ont été positifs. Nous
avons vu qu'il suffit d’une trace d'HÜI pour amener
la dissolution rapide du précipité dans ies conditions de nos expériences (1).
Les accidents sériques observés lies à la floculation illustrent donc, encore une fois, la théorie pro-
A « posée par À. LUMIÈRE.
Remarque. — On sait qu’on atténue la toxicité de certains poisons par les acides, en particulier par addition d'acide chlorhydrique.
11° — Infiluenc: des injections répétées de sérum Sur l’état général
Les réactions présentées par les lapinis préparés par la méthode des injections sous-cutanées répétées de sérum de cheval ne se bornent pas à des accidents cutanés et locaux. L’état général est plus ou moins influencé.
Et, d’abord, nous avons toujours vu une atteinte nette qui se traduit par une baisse de poids dès la première injection. Si l’animal est jeune, c’est un arrêt de croissance plus ou moins prolongé, suivant le traitement infligé. En général, après chacune des injections successives, on a des jours suivants une
baisse de poids. Dans l'intervalle, il remonte.
{) N'y a-t-il pas lieu de faire ici un rapprochement : impossibilité, en (gtnéral de réaliser lanaphylaxie par voie digestive et présence d’HCL dans les mêmes voies digestives. En clinique, les cas où nous voyons se constituer une anaphyilaxie alimentaire ne seraient-ils pas ceux justement de malades hypochlorhydriques ?
eee
£emame dit que la baisse de poids correspond à l'apparition des précipitines. Nous l'avons également observé. (Voir lapin N° 35, page 146.)
La courbe de poids des lapins traités est des plus instructives à ce sujet, surtout si on la compare avec celle d’un animal neuf.
Notons, d'autre part, qu’il semble y avoir jusqu'à un certain point, opposition ou rapport inverse entre la gravité des accidents locaux et l'atteinte générale.
C’est ainsi que le lapin n° 1699 a reçu 7 injections de sérum sans faire d'accident local grave mais le poids, pendant ce temps, est passé de 2.900 gr. à 2.000 gr. L'animal commence à présenter un état de maigreur impressionnant, quand brusquement la 8° injection donne une eschare et le poids aussitôt remonte et se maintient. dépassant même le poids initial, pendant qu’à chaque injection nouvelle, correspond un nouvel accident local grave.
Ce qui revient à dire, pourquoi, en présence du même agent infectieux, certains individus font-ils une septicémie rapidement mortelle, alors que d’autres ue font qu'une pyohémie localisée passagtre ?
En tous cas, la cachexie sérique chez le lapin peut toujours être obtenue après un certain nomibre d’injections, variable suivant les animaux et surtout, suivant l’intervalle de temps laissé entre les injections. (Voir paragraphe 5.)
L'expérience nous apprend, en effet, qu’il faut observer au moins un intervalle de temps de 48 heures environ entre deux injections : un animal traité par inoculations rapprochées toutes les 24 heures put re-
puis
cevoir un très grand nombre d’injections sans faire Jamais de cachexie et cependant, il présenta des manifestations évidentes de sensibilisation.
Ici, nous mentionnerons à nouveau les résultats obtenus par LEMAIRE qui ne constata jamais aucun accident local au point d'inoculation mais la mort de tous ses lapins cachectiques après 6 ou 8 injections seulement. È
Nous avons observé une seule fois un cas analogue avec le sérum de cheval normal, (Voir lapin C, pane 153.) -
Nous avons constaté le même arrêt de développement, la même défficience organique, chez les cobayes, sans cependant arriver aux états cachectiques que manifestent les lapins.
Chez le cobaye, c’est la mort brusque que lon observe le plus souvent, même après une seule injection, même si cette dernière est de l’ordre du 1/200° de cc.
Chaque fois que nous avons voulu sensibiliser des cobayes dans le but de provoquer plus tard un choc anaphylactique, nous avons toujours observé un grand nombre de morts brusques avant l’écoulement des 12 à 15 jours d’incubation nécessaires à la sensibilisation anaphylactique.
A tel point que, intéressés par ce fait, qui à notre connaissance n’a pas été signalé, nous avions dressé des statistiques précises. Et nous sommes arrivés à ce résultat :
Nos sensibilisations de cobayes mâles du poids de 300 à 500 grammes, sensibilisations faites avec
1/200° ou 1/400° de ce. entraînaient en moyenne 50 à 60 % de morts brusques dans les 8 jours qui Suivaient cette première inoculation.
Nous avions toujours à peu près un nombre égal de témoins chez lesquels aucun accident ne survenait. |
I! ne pouvait donc s’agir d’une épidémie quelconque. Du reste, les autopsies nous ont toujours révélé les mêmes lésions : des poumons avec léger œdème aigu et zônes hémorragiques assez analogues à des infarctus. Dans certains cas, plus rares, les poumons étaient pâles et'saillants à l'ouverture de la cage thoracique. (?)
Ces morts brusques paraissent dues directement à l’injure faite par l’albumine étrangère qui détermine des désordres capables de provoquer un arrêt respiratoire peut-être par spasme bronchique. C’est ce que démontrent ANDERSON et SCHULTZ, AUER et LEwIs, RiEpL et KRAUS, qui ont étudié la mort brusque du cobaye.
Peut-être y a-t-il simplement mobilisation humorale, déséquilibre, entraînant une moins grande résistance aux agents extérieurs.
En tous cas, ce fait nous paraît important à signalet. Un organisme dans lequel pénètre par des voies anormales, üne protéine hétérogène, n’est plus un organisme normal, au moins pour un certain temps. Les réactifs habituels de l'organisme en question (salive, sucs digestifs, sécrétions diverses, etc.) n’ont pu agir pour désagréger et réduire en substances inoffensives et assimilables cette albumine, qui à son
le
tour provoquera des réactions chimiques anormales dont la manifestation sera une précipitation des albumines des liquides humoraux.
Les morts brusques observées en clinique (nourrissons eczémateux }sont très probablement du même ordre.
Quant à la cachexie, nous gardons la certitude de Pavoir quelquefois observée à l'hôpital en particulier chez des enfants soumis au traitement par le sérum äe Flexner anti-méningoccocique, cachexie qui reste inexpliquée et qu’on met sur le compte de l’affection causale alors que toute trace de celle-ci a disparu depuis longtemps, cachexie qui poursuit d'autant mieux son évolution fatale, que croyant l’enrayer, on soumet le petit malade à un traitement continu et imtensif par le sérum.
Faut-il faire intervenir la qualité du sérum inoculé ?Le sérum de cheval est-il plus ou moïns toxique suivant la race du cheval, suivant son état de santé ? (Cas de fièvres infectieuses du cheval contractées par l’hommes, signalé par PANISSET.)
Cela est possible, maïs accidentel et d’un autre ordre à notre avis. Ce qu’il y a avant tout, c’est la protéine étrangère et le désordre architectural qu’elle provoque.
À ce propos, signalons qu’on dit souvent que la toxicité du sérum est détruite à 85°.
Or, nous avons traité un lapin au moyen de sérum de cheval chauffé à 100° pendant 3 minutes. (Le sérum a été additionné de 3 fois son volume d’eau dis-
tillée afin d'empêcher la coagulation). Les injections
de 8 oc. chaque fois, c'est-à-dire de 2 ce. de sérum pur, furent faites à 7 jours d'intervalle, au nombre de 8.
Les premiers accidents apparurent encore à la troisième injection, mais ils furent légers, ne consistant qu’en une petite induration avec coloration rouge vif de la peau, rougeur qui persista pendant 3 jours. Après les 5°, 6° et 7° injections, il y eut des accidents analogues mais plus intenses et plus persistants. Il y eut même au niveau de la 6°, un tout petit abcès caséeux. La croissance de l’animal fut beaucoup moins rapide que celle d’un sujet normal. Le poids fut même à certains moments très instable. L’animal commençait à être un peu somnolent, en même temps que le poil se détachait, quand brusquement, après la 8° injection, il fit une petite eschare humide ayant la dimension d’une pièce de 1 franc et le poids monta rapidement.
Donc, le sérum chauffé à 100° n’a pas perdu sa toxicité pour le lapin. Cette toxicité est peut-être diminuée, mais elle existe et il est possible d’obtenir le phénomène d’Arthus dans ces conditions.
De plus, le sérum de ce lapin s’est montré précipitant faible pour le sérum de cheval normal et a donné une précipitation légèrement plus dense pour le sérum de cheval chauffé à 100°. l
Or, faisant à cet animal une 9° injection, avec du sérum de cheval normal non chauffé, nous avons la surprise de constater qu’il ne présente qu’une induration avec coloration de la peau, accident qui ne laissera plus aucune trace 5 jours après,
Ni le pouvoir sensibilisant, ni le pouvoir précipitant ne disparaissent quand on chauffe le sérum, nous dirons donc que la toxicité du sérum antigénique n’est pas détruite même à 100° mais qu’elle n’est simplement qu’atténuée.
Et ici nous rappellerons que c’est la propriété précipitante acquise par l’anti-sérum qui est détruite par le chauffage à 85° et même à 55° seulement. (Voir paragraphe 9.)
Le lapin présente donc, quand il est soumis à des injections de sérum répétées, trois ordres d’accidents : des accidents locaux, généraux et cachectiques.
On a l'habitude de réunir les deux derniers, quand on les constate chez l’homme, sous le nom de maladie du sérum, laquelle a d’abord été signalée chez les bovidés par CHAMBON, BECLÈRE et MÉNARD, puis bien décrite chez l’homme par Von PIRKET et SCHICK.
On distingue des accidents tardifs qui surviendraïent chez des sujets ayant reçu du sérum depuis une dizaine de jours (ce qui correspond à l’établissement de la propriété précipitante), On observe alors de la fièvre, des éruptions cutanées de type urticarien qui ressemblent à celles de la rougeole et de La scarlatine, mais qui ne disparaissent que très lentement en général, Elles s'accompagnent de prurit, Les sujets peuvent présenter des douleurs articulaires multiples, des adénites plus ou moins étendues. Ces accidents peuvent apparaître après une seule injection de sérum donc chez des sujets qui, théoriquement, n'étaient pas sensibilisés, mais cette sensibilisation a pu passer inapérçue et se faire par des
moyens autres que l'injection sous-cutanée (ingestion, inhalation, etc...).
Quelquefois, on observe des accidents immédiats ou dans des quelques heures qui suivent l’injection. On peut alors avoir en plus de ceux mentionnés cidessus, du collapsus cardiaque avec état syncopal, prostration, tachycardie, dyspnée. Ces accidents là sont rarement mortels.
On dit que ces accidents sont plus graves et plus fréquents après des injections intra-veineuses, de même après des injections intra-rachidiennes, où ils constituent ce qu’on appelle la méningite sérique. Ce dernier accident, en particulier, nous paraît tout à fait analogue à la cachexie observée chez les lapins. Est-ce à dire que l’homme réagit toujours comme le lapin. Peut-il faire comme lui des dégénérescences caséeuses, ou des cachexies tardives ?
Nous suggérons simplement que ce fait est possible et qu’il convient peut-être d'observer attentivement quel est l'avenir des malades qui ont été soumis à des traitements prolongés par un sérum normal ou antitoxique.
12° — Peut-on sensibiliser le lapin par la gélatine,
le glycocolle et les substances protéiques ?
Nous avons répété deux expériences citées par ARrHus et elles n’ont pas confirmé les résultats de l’auteur ; ‘
pts
1° Essai de sensibilisation d’un lapin par la gélatine. — Nous avôns employé la gélatine qu’on trouve dans le commerce sous forme de feuilles et nous avons procédé ainsi que le dit Maurice ARTHUS : On prépare une solution à 10 %, dans de l’eau salée à 1 %, et on stérilise par trois chauffages au bain-marie à l’ébullition pendant trois jours consécutifs. Au moment de Femploi, on chauffe à 40° pour liquéfier la gélatine.
Les injections étaient de 10 cc. Elles furent faites au nombre de 7 tous les 7 jours, chez un lapin du poids de 2.245 gr., sans que jamais on ne vit apparaître aucune réaction locale,
De plus, 7 jours après la 7° injection, on fit à ce lapin 2 ec. de sérum de cheval ; il n’y eut non plus aucun accident. Donc on ne peut obtenir les accidents anaphylactiques locaux avec la gélatine chez le lapin et la gélatine ne sensibilise pas le lapin pour le sérum
de cheval,
2° Essai de sensibilisation avec: le glycocolle. — Nous avons employé du glycocolle très pur (provenant des usines Poulenc) et dont nous avons fait une solution de 5 % dans de l’eau salée à 1 %.
Les injectiors furent de 5 ce. et au nomibre de 7 faites tous les 7 jours. On ne put déterminer pour quelle raison, il y eut 24 heures après la première, une rougeur de la peau qui disparut rapidement. Puis, on ne constata jamais plus rien. Et une injection de sérum normal de cheval faite 7 jours après la 7° injection de glycocolle fut également négative,
Donc, on ne peut obtenir les accidents anaphylactiques locaux chez le lapin avec le glycocolle et le elycocolle ne sensibilise pas le lapin pour le sérum de cheval.
Notons que dans ces deux essais, pendant tout le cours du traitement au glycocolle ou à la gélatine, le poids ne cessa de croître, il n’y eut aucune influence apparente sur l’état général de ces animaux.
A aucun moment non plus le sérum ne fut trouvé précipitant ni pour la gélatine, ni pour le glycocolle, ni pour le sérum de cheval. (Cette dernière épreuve étant faite, bien entendu, avant l’injection sensibilisante).
Est-ce à dire que les phénomènes anaphylactiques re peuvent sûrement pas être obtenus en dehors des substances albumineuses ?
Ce n’est pas absolument certain : on connaît les éruptions urticariennes après l’administration de certains médicaments.
NicorLE signale « les poisons capillaires de HEuB- NER », Les sels de divers métaux lourds, l’émétine, produiraient les mêmes effets que la réinjection de sérum chez un animal sensibilisé. (?)
Cependant, le mécanisme doit être bien différent, puisque les sels des métaux lourds coagulent les albuminoïdes et que les coagulas formés, se dissolvent, paraît-il, quand on ajoute un excés d’albumine. La réaction se fait en quelque sorte en sens inverse avec le sérum puisque pour dissoudre le précipité, il faut ajouter un excès d’antigène.
Nous rappellerons ici, sans en rien discuter, ni dé-
duire, la curieuse observation de Léon BERNARD (Bul.. el Mém., Soc. des Hôp. Paris) :
H s'agit d’un typhique convalescent auquel on fait une injection de 100 cc. de sérum physiologique à 9 %. Deux heures après la fin de linjection, on observe un phénomène local d’ARTHUS avec rougeur diffuse, pseudo-phlegmoneuse, phénomènes douloureux intenses et phénomènes généraux : Température élevée, signes graves.
Dans le passé du malade, on relève qu’il avait eu des injections de sel marin à 2 ou 3 jours d’intervalle au nombre de 200. Commencées à 30 cc., on avait dû s'arrêter après une injection de 100 cc., pour apparition immédiate d’accidents analogues.
Remarquons qu’on a observé que quelquefois l’eau salée seule précipite avec un sérum animal, aussi MARFAN recommande-t-il de ne pas diluer lPantigène dans du sérum physiologique pour faire l'épreuve de la réaction de précipitation.