L IDEE SOCIALISTE
le peuple auquel on a fermé les immortels. Cette religion re d'ailleurs hautement la direction ( ciences et la conquête de rhuman vous trouvez en face de vous, s'éc Chambre des députés, dans la si 15 janvier 1901, M. René Viv prenant du socialisme que l'idée ressée, si vous trouvez en face de v religion divine qui poétise la soufï lui promettant les réparations opposez-lui la religion de l'humai elle aussi, poétise la souffrance offrant comme récompense le bon générations. Mais il peut se faire, ce que, au bord de la route, vous troi hommes qui, écrasés par l'atavisi gieux, ne se mêlent à votre action quelque tristesse, parce qu'ils se fond d'eux-mêmes, tourmentés problème de leur propre fin. Ditess'ils tiennent à se survivre, ils n'( donner le surplus et le meilleui mêmes à la seule puissance qui soil et immortelle, à la justice. »
LIDEE SOCIALISTE
, e'est-à-dire, comme nous l'avons té, tel est^ avec la solidarité, le mot de la Religion nouvelle, et ridée socialiste.
bitions sont grandioses. Mais pour iinon pour vaincre, il lui faudrait changer la nature humaine. Se de taille à essayer cette tâche ?
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publiant de nouveau ses Études^ il s'alarmait istance d'un mouvement que voulaient croire éteint ». On 5ait-il, des expressions qu'on ensevelies à jamais dans les égarements humains... On resêves que, sous Tinfluence du la réflexion, on croyait évaicluait que le socialisme, « sous 3s de mort, conservait une vie
jOuis Reybaud se faisait encore ocialisme ne faisait que comre.
ûsément le temps où il chermule. Après quelques écrits à nmunistes et révolutionnaires, 3 à Trêves d'une famille israéen 1867 son ouvrage le plus e Capital W Ce livre était des-
le donna jamais au public que le é : Développement de la production le fut qu'après la mort du maître, 3, que son disciple et ami, Friedrich après des notes, le livre II : Procès du capital (1885) et le livre III : His-
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tiné à exercer sur notre siècle une qui rappelle celle du Contrat Rousseau au siècle précédent. Noi beaucoup aient lu ce fatras ; n trouve trois ou quatre idées qui, j partenir peut-être pas en propi Marx (0, ont eu, de nos jours, ut étonnante. Et puis il affectait u scientifique qui en impose fort ai à la foule.
Marx rejetait avec dédain les rê^ ques de fraternité humaine. Il ] réformer la société sur les seules d la science. La question sociale sait à une question économique :
fonctionne la production écom et, en particulier, quelle est To] capital ?
Dans le passé, répond Marx, le ca
toire de la théorie. Procès d'ensemble de la capitaliste (1894).
(1) Sur Torigine du marxisme, voir produit intégral du travail. Étude histor Dr Anton Menger, professeur de droit à ] de Vienne ; traduit par Alfred Bonnet. F et Brière, 1900.
formé de la spoliation des paysans et du pillage des colonies. Dans Tère présente, il est né des profits réalisés par le non-paiement d'une certaine quantité de travail ouvrier, profits encaissés par le patron. Toute la valeur répondant à la quantité du travail devrait aller au travailleur. Il est arrivé un moment où Temployeur d'ouvriers a retenu pour lui une partie de cette valeur. Du travail non payé aux ouvriers, gardé, accumulé par le patron, est sorti le capital. Si les prolétaires se laissent ainsi spolier, c'est que la concurrence les oblige à accepter un salaire suffisant sans doute à leur existence, mais inférieur à ce que mériterait la quantité de travail fourni. Par exemple, le patron paie à l'ouvrier ce qui répond à huit heures de travail, et, pour réaliser un bénéfice, une plus-value, il le fait travailler dix, onze, douze heures. Ce « sur-travail »
constitue le profit capitaliste. C'est le mystère d'iniquité.
Cette doctrine de la valeur ou du « surtravail » est fortifiée et étayée par deux autres théories. La première est la conception maté-
byGoogk
Tialiste de V histoire, « Le mode de pro( de la vie matérielle domine en gér développement de la vie sociale, pc et intellectuelle. » On peut mêm qu'il l'absorbe. L'histoire de Thu ^st l'histoire des moyens employés uns pour gagner leur pain, par les pour s'enrichir. « La structure mique de la société, dit de son côté ] le disciple fidèle de Karl Marx, est te la base réelle, et donne l'explication d la superstructure des organisations po^ et juridiques, non moins que des idé gieuses, philosophiques et autres de période W. » La religion, aux yeux d xisme, a été inventée pour prêcher ai létaires la résignation dans leur misé respect de la propriété d'autrui. L'Ét que l'organisation de la classe expk pour protéger par la force les con extérieures de production, pour cont asservir la classe populaire. L'armée se à une gendarmerie au service du capi
(1) Voir Formes et essence du socialisme ^ pj rie Merlino. Paris, Giard et Brière, 1898, p.
isi la société est en lutte. Il y a lutte des taires pour gagner leur pain et amé- * les conditions de travail, lutte dee iteurs pour maintenir et accroître leur lège. La lutte des classes, constante et isaire, forme le second axiome histo-
du marxisme. Le dénouement de s les difficultés sera dans Texpropriade la classe capitaliste par la classe ieuse. Ainsi disparaîtra la concurrence.
d'ailleurs le terme fatal vers lequel révolution économique et sociale de lanité : esclavage, servage, salariat, 1 sera lui-même remplacé par la mise >mmun des moyens de production et réduits.
les sont les théories essentielles du lisme scientifique, proposées par Karl
et Friedrich Engels, défendues par
disciples ou continuateurs plus ou s officiels, Jules Guesde et Gabriel le en France, en Allemagne Schàffle et Kautsky, en Italie le criminaliste Eiirico , professeur à TUniversité de Rome.
Ce n'est pas le lieu d'entrepn détail la critique du marxisme, a été faite tant de fois. Notre uniquement d'esquisser les formes du socialisme contempoi apparaît manifestement que U méconnaît Torigine première du est répargne. Le travailleur en santpas tout le fruit de son tr; constituant de ce qu'il ne consor fonds de réserve, devient capit réserve, ce capital naît de Tab travailleur, non du sur-travail a doctrine socialiste conduirait 1 à la consommation immédiate, c nerait l'humanité aux conditioi sauvage.
Au surplus, le capital amasse pas seulement à son détenteur :
moyen de production, instrume grandes entreprises, avance et s les travailleurs. Sans compter qu sociétés modernes, comme la F jourd'hui, avec l'extrême divisioi rentes, coupons de grandes soci
'épargnes, titres de mutualités, es se chiffrent par millions, et toujours montant, onception du problème social, 3 scientifique a toute l'étroitesse me le plus borné. 11 réduit le une question d'estomac; et luiante, avec Schâffle W de cette n des choses. Toutes les aspiales, morales et religieuses de it niées ou dénaturées. L'idée de fardée, mais elle est restreinte économique, et tournée par un )phisme contre la légitimité du
5 aussi l'application à la société ition évolutionniste de Hegel et irrence vitale de Darwin. Ce )prement la lutte des classes qui er le servage à l'esclavage, puis u servage. Ces étapes ne sont ares gagnées par l'effort de la ère sur l'égoïsme de la classe
*ssence du socialisme, traduction de chap. I«r.
patronale, Le progrès moral, joint à une meilleure intelligence de Tintérêt de tous, a bien plutôt amené cette évolutior compris que rechange des service mutuelle est plus conforme à la dig la nature sociale de l'homme, er temps que plus apte à faire fructifier tal et le travail (').
Marx semble supposer que la li classes est Tétat naturel de Thumî que cette lutte doit amener un éta sans concurrence ni lutte. Darwin, veut copier, ne raisonnait pas ainî lui, la concurrence vitale est un éléi progrès par Télimination des fail survie des forts, et cette concurren agir incessamment, maintenant i Tespèce comme en haleine et la sans cesse en avant : conception dis mais logique. Karl Marx fait vivre nité de luttes. Puis il rêve d'un état et d'entente si parfaite, que mèm
(1 ) Le Socialisme et la Science sociale, pj Richard. Paris, 1897, p. 107-111. — Une tri iaisiste, par G. d'Azambuja, dans la Scient octobre 1902, p. 287-311.
î disparaîtra de la terre. Mais, entrée ^session de cette ère bienheureuse, inité, comprise selon l'idée marxiste, t que rétrograder, à moins qu'elle ne une autre nature.
ui est manifeste, c'est que révolution nique et sociale va, non pas propreà Taffranchissement d'une classe à l de l'autre, mais à une coopération rs plus intime et toujours plus étendue.
L est juste. L'idée même de société est lée de coopération. Gonséquemment> progrès social, qu'il s'agisse d'intérêts els ou d'éléments d'ordre moral, il doit ludre d'une façon ou d'une autre dans igrès de l'action coopérative.
> le socialisme scientifique ne se tient les considérations historiques ou purespéculatives. Il descend sur le terrain [le. Puisque le capital est le fruit de la ion, il s'agit de le faire rentrer dans se commune, de le socialiser. La colté seule possédera, comme seule elle
réglera et rémunérera le travail. De la, le nom de collectivisme donné au socialisme scientifique appliqué.
Pour les collectivistes actuels (0, le capital n est pas absolument tout ce qui sert à la production, y compris la charrue du laboureur, le pic du mineur, la pioche du terrassier. C'est uniquement ce qui peut être source de revenus pour son propriétaire, sans qu'il Texploite directement lui-même : argent»
terres cultivées par des fermiers, mines, chemins de fer, grandes entreprises gérées par des intermédiaires. Pour le présent du moins, la boutique restera au petit commerçant, Téchoppe au cordonnier, le lopin de terre au paysan. On compte, d'ailleurs, sur la concurrence des grandes sociétés et des grandes industries pour faire disparaître peu à peu ces établissements autonomes.
Quant à la socialisation des capitaux, au sens collectiviste, elle se réalisera par expropriation. Les modérés accordent une indemnité aux expropriés ; les intransigeants la refusent. La collectivité prélèvera, d'ailleurs»
(1) Voir, par exemple, Schaffle, ouvrage cité, chap. VIII. 9-
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sur la masse du travail fourni de quoi subvenir aux frais généraux : conservation et accroissement des grands instruments de production, moyens de communication, ports, mines, édifices publics, paiement de& fonctionnaires ; en outre, entretien des -enfants, des vieillards et des infirmes, soins à donner aux malades.
Jusqu'ici les collectivistes sont à peu près d'accord. L'accord cesse quand il s'agit de dire avec plus de précision quel sera le plan de l'organisation future. Les uns estiment, avec Marx et Engels, Liebknecht, Bebel, Guesde, Turati, que vouloir déterminer par avance cette organisation est une chimère.
Qui vivra, verra. Gomment prévoir, avec quelque approximation, ce que sera la société dans cinquante, dans cent ans ? Les données ne peuvent qu'être hypothétiques. Qui soupçonnait, il y a un siècle, la révolution économique amenée par la découverte de la vapeur et de l'électricité?
D'autres pensent que le collectivisme ne
peut se refuser à dire ce que sera, dans ses grandes lignes, Tétât social qu'il prépare. On ne saurait, en pareille question, exiger des hommes un saut dans l'inconnu. Le collectivisme ne bâtit pas pour l'autre vie ; il prétend offrir en ce monde, non seulement un abri, mais un Éden, et à moins d'en remettre la jouissance à un lointain si reculé qu'il énerve tout effort, il doit nous dire ce que sera à peu près ce paradis des ouvriers.
Et l'on a les constructions diverses de Schaffle, de Jaurès, de Gaston Stiegler, de Georges Renard, de Lucien Deslinières. Il faut avouer que ces tentatives sont assez propres à justifier la prudente réserve de Marx et de ses plus fidèles disciples.
Examiner en détail ces essais serait fastidieux, autant qu'il serait facile de triompher de leur puérilité ou de leur complication. Au surplus, les socialistes auraient toujours la ressource d'abandonner le système qu'on aurait démoli. Mais il est un point dont tous les collectivistes, quelles que soient leurs idées particulières, doivent pouvoir rendre compte, en même temps qu'il leur faut en
lir les conséquences. C'est le principe, Lun à tous, de Véquivalence en travail, e Torganisation future.
s tout système collectiviste, la valeur ►bjet se mesure non à son utilité ou à été ; elle répond exactement et uni- Bnt au travail dépensé pour le produire, bjet qui demande, pour être produit, mps de travail double, triple, vaudrait fois, trois fois plus qu'un autre. Ou e, pour citer un exemple de Schaffle, ays a besoin de 20.000 hectolitres de int, et, pour leur production, il doit )yer 100.000 journées de travail ; chaque litre vaudra ^-^^ = 5 journées parères de travail .social. Karl Marx dère le principe du temps de travail, ince et mesure de la valeur, comme erre angulaire de tout son système, pplication du principe, les capitaux une lis en commun, chaque ouvrier touchera, hange de son travail, un bon de consom- ►n qui lui donnera droit de prendre les magasins généraux un objet réponà la valeur de son propre travail.
Mais comment mesurer le travail en s On le mesurera par sa durée, répondent collectivistes. Un litre de vin sera coté i heure de travail ; une chaise, douze heui — Mais dans une unité de temps, une hei] par exemple, il peut tenir des quanti très inégales de travail, suivant son intens Les ardents à la tâche seront dupes. Le s tème deviendra une prime à la nonchalan
On prendra, répliquent les collectivis \e temps moyen, estimé d'après un travaill moyen, travaillant dans des conditi normales. — Voilà déjà une atteinte principe sacré de l'équivalence. Si les ob, ont un prix moyen, un travailleur pou acheter avec son travail plus que la val représentée, en réalité, par son travail; autre, moins ; un troisième , autant, hasard. Et qui déterminera ce temps moy( Le temps nécessaire pour produire un ol varie sans cesse, suivant la rareté ou Tabi dance de la matière première, les saiso mille incidents imprévus. Il faudra modi cette fixation continuellement.
Aura-t-on en considération la qualité
Il arrive que la quantité d'un une à des circonstances indépendu producteur, à des causes 5s. Le Glos-Vougeot, exemple cher à es, familier d'ailleurs aux éconondividualistes, ne demande pas en
travail plus ardu que le vin de ). Si on ne tient pas compte de la ans Tévaluation du produit, tout le oudra de la meilleure qualité. Si on compte, le principe de Téquivatravail est à terre, itre, sur quelles bases établir le production, en particulier pour les îles ? Par exemple, comment déterquantité de blé, de toile, de fer, de qui est nécessaire à tel pays, à tel ? Et comment faire produire cette ? Dans la société actuelle, Tadapi travail à l'intérêt général se fait tion de l'intérêt privé. Ce mécaomme automatique est supprimé îociété collectiviste. On donnera les les des besoins, dit-on. Quelques istes comptent beaucoup sur les
stastistiquos. Mais conçoit-on Ténor plication de pareilles tables dres exemple pour toute la France, en a que les barrières économiques € divers pays soient renversées ? C'est problème effrayant que celui de tatioii d'une armée. Puis il nosuffir dresser les tables des besoins, il fau' gner les travailleurs et fixer le cl leur production. Et comment y a Ton écarte l'organisation militai citive?(J)
Ces objections, et beaucoup d'auti peut opposer au collectivisme scie n'arrêtent pas les socialistes intrép tirent jusqu'au bout les conséquei principes posés et demandent mêmi
(1) Voir Formes et essence du social S. Merlino, p. 142 à 150; M. Deschamps cours à la Faculté de droit de Paris, :
Histoire des doctrines économiques; la socialiste, par E. Maisonabe. Paris, Po 1900, III<> partie.
I d'intransigeance la solution de quelfficultés.
)llectivisme, au moins dans sa phase le, ne socialisait que les grands instrude production ; il respectait la petite té individuelle, celle de Toutil, de la ntreprise ou du petit domaine exploité ment par le travail de leur proprié- Le communisme socialise toute té, la grande comme la petite, les ix au sens collectiviste comme les lents quelconques de production, st commun, outils et produits, (i) nent, dans ce système, est réglé le et comment la rémunération ? « De
e communisme séduisit plusieurs philoels que Platon, les Gyrénaïques, les Stoïcompta aussi beaucoup de partisans dans 3, et plus d'un poète comique se donna la Dmme Aristophane, de le tourner en dérieuve que cette utopie avait de la vogue public. Mais, en général, les Grecs furent ageux. Jamais on ne saisit chez eux une pour maintenir les terres d'une cité dans ion et pour en attribuer la jouissance collecous les citoyens. » Paul Guiraud : UÉvou travail dans V ancienne Grèce, Revue des ndes 1er févr. 1S02, p. 645.
LES FORMES DU SOCIALISMl
chacun selon ses forces ». VoiL cipe de contribution. « A chacun besoins. » Voilà le principe de répî Il n'y a plus, comme dans le visme strict, équivalence entre fourni et le droit de consomm droit ainsi entendu était un rest priété privée. Chacun puisera à suivant ses besoins. Évidemment gine, les représentants de la c( dresseront des moyennes auxquelh sera obligé de se tenir. De môme personnel n'étant plus le moteur duction, les pouvoirs publics auror de réquisition. Mais Torganisatio tive ne sera nécessaire que d'u provisoire. Grâce aux progrès d nisme, tout se produira en aboii sans peine. Bien plus, le travail ( une distraction. On ne sera plus df gation de rationner les gens. Chi sera sans compter à un tas qui rép pertes par le concours spontané e ressé de tous. Car la nature humai elle-même une merveilleuse tranfc
Comme le dit M. Eugène Fourriière, il n'y aura plus de recherche d'intérêt personnel»
parce qu'il n'y aura plus de désirs non satisfaits. Chacun agira et travaillera pour 1 i^^g comme pour soi-même W.
st le communisme, terme inélucboutissant fatal de l'évolution sociastème qui est en germe dans toute cialiste, si bien qu'on a pu dire que cialisme est un communime d'in- Le peuple, dans sa logique simpliste, l ces trois termes : socialisme, colléecommunisme. Les docteurs et ; du parti les distinguent ; mais les îs qu'on élève dans la théorie aux de la logique, ne résistent pas à la ! des idées, non plus que des appétits déchaînés.
il aller plus loin et admettre dans le
éalisme social par Eugène Fournière. Paris, 18 à 34 et 114 à 140.
développement du socialisme une phase ultérieure, la phase anarchique?
Le socialisme collectiviste ou communiste et l'anarchie s'opposent par quelques points. Le socialisme, malgré ses protestations contraires, tend à la concentration et à la centralisation ; il ne peut faire que la collectivité n'absorbe l'individu ; Kropotkine s'est posé en adversaire du marxisme, qu'il appelle un capitalisme d'État.
Au contraire, l'anarchie serait la réalisation de l'autonomie sous toutes ses formes. Le socialisme prêche la solidarité ; lanarchie donne libre champ à l'individualisme, entendu comme indépendance absolue des individus les uns au regard des autres.
L'anarchie est un communisme amorphe ou un socialisme libertaire. De part et d'autre, utopie. Mais ici utopie de la systématisation à outrance, utopie de la machine immense et infiniment compliquée où tout mouvement doit être exactement prévu, à peine de catastrophes colossales. Là utopie de l'action spontanée, absence de tout plan, rencontre fortuite de toutes les volontés et
byGoogk
de tous les intérêts ; miracle perpétuel d'une société qui se tient debout par un accord sans cesse renouvelé de ses membres W.
3 l'opposition est plutôt de surface.
ncipe égalitaire qui est — nous croyons ' montré — le fond même du sociava à la suppression de toute hié~ ie, de toute contrainte intérieure et 3ure, de toute règle et de toute loi. La 't des socialistes sont anarchistes en )n et en morale. En France, ils font igne contre les lois pour la répression enées anarchistes, dites lois scélérates, e part, MM. Fournière et Jaurès ne it pas autrement que Kropotkine et ï sur la bienheureuse transformation nature humaine qui amènera l'accord mé des volontés.
larchisme n'est donc pas autre chose socialisme de gauche, un socialisme 1, un socialisme arrivé.
vices du socialisme scientifique erlino : Ouvrage cité, p. 286-288.
étaient trop manifestes pour ne pas amener des retouches au système.
Tout d'abord en esprit de réaction contre le matérialisme étroit et déprimant du marxisme, s'est élevée Técole idéaliste. Celle-ci s'est recrutée surtout parmi les socialistes français, Benoît Malon, son fondateur, Rouanet, Fournière, Veber, Georges Renard, Jaurès. Elle entend rester fidèle à l'antique devise: liberté, fraternité, justice. Elle refuse, comme écrit M. Fournière 0), de considérer la doctrine socialiste « comme née uniquement d'une transformation de l'outillage industriel ». C'est une sorte de retour au socialisme d'instinct, au socialisme humanitaire de la première heure, dont on n'a répudié aucun des rêves chimériques.
D'autres laissent de côté les théories et les vastes constructions systématiques. Ils évitent de regarder dans le lointain ou d'en parler, crainte de s'y perdre, crainte aussi de passer pour des rêveurs. Ils se demandent
(1) Revue socialiste de septembre 1896.
mesures les <îirconstances actuelles tent en vue d'égaliser les conditions , d'atténuer les effets de la concurl'assurer à l'ouvrier le produit intéson travail au sens socialiste. Ils font ortunisme. Tels sont, en France, les istes dirigés par M. Brousse, tous ui, avec Jaurès, admettent contre lesde, Lafargue et Vaillant, la particil'un socialiste comme M. Millerand à istère bourgeois. Telle en Angleterre té des Fabiens ou temporisateurs. En jne, « les socialistes cessent de plus ) d'envisager les questions sous un simpliste, unilatéral. Les hommes les telligents et les plus influents (du les David, les Vollmar, les Auer, s politiques, aux idées ouvertes, fort lés par la doctrine et par les program- )portunistes à un haut degré et déjà \ des hommes de gouvernement W ».
'écemment, en Espagne, lors des s de Barcelone, M. Pablo Iglesias ,it Tardeur des siens.
évolution du socialisme, par J. Bourdeau,
Un curieux exemple de soupless niste, allant jusqu'au mouvemen face, vient de nous être donné par listes belges. Jadis ils réclamaient Yote pour les femmes. Depuis que catholiques ont mis cette revendi leur programme, avec Tespoir assurer l'enseignement religieux commune, ces mêmes socialiste battent : ils ne trouvent plus mai] femme assez mûre pour l'exerc droit.
Au cinquième congrès internat à Paris en septembre 1900, M. Gués « Les défaillances se produiseï partout. L'épine dorsale du par international fléchit. Notre actioi en étendue, mais elle a perdu e deur .» Et M. Dpméla Nieuwenhu que « Ton s'enfonce de plus en pi bourbier parlementaire W ».
Des congrès, comme celui de M d900, celui de Tours en mars 19C
il) Le socialisme en danger. Paris, î p. 23.
«/^«4 Qu même rendent obligatoires les allianélectorales entre les socialistes et les is bourgeois.
1 surplus, ce sont surtout les nécessités torales qui ont fait dévier le socialisme BS principes et Font engagé dans tous les [promis. Tantôt, il est devenu un syse de surenchère aux mains d'ambitieux conviction ; on n'a pas reculé devant iromesses les plus fantaisistes et les plus avagantes. Tantôt, pour attirer à soi la itèle des mécontents, petits patrons, :s boutiquiers, employés, prolétaires llectuels, bacheliers, professeurs, méde- , avocats, « on se borne à déclamer conla ploutoucratie. Tel orateur réduit le activisme à la communauté des rues, lel cas, nous sommes tous communistes.
>. Sorel cite un candidat appuyé par le ipe parlementaire de la Chambre qui nettait aux marchands de vin, ces ►oisonneurs du peuple, de les souteîontre les coopératives ouvrières ! 0) L'u-
A rinauguration du monument de la Républi- Place de la Nation, dans le défilé des sociétés
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nion socialiste, à la dernière chambre, représentait non pas une doctrine, une classe sociale, mais un salmigondis d'idées, un monde bariolé. Dans cette Union, il y a des admirateurs du drapeau tricolore, du drapeau jaune avec Talliance russe, des partisans du drapeau rouge. Il y a des communistes, des collectivistes, des défenseurs de la propriété individuelle, des patriotes, des internationalistes, des protectionnistes, des libre-échangistes, des partisans de la grève générale, mais beaucoup plus de ses adversaires. Il y a beaucoup de médecins, de gros rentiers, de journalistes, et seulement une demi-douzaine d'anciens ouvriers. Et Ton retrouve la même bigarrure, la même opposition dévotes et doctrines, concernant larmée, la politique coloniale, le libre-échange, dans la fraction socialiste du Reichstag W, » L'atténuation des programmes aux élec-
ouvrièreSy plus ou moins sociaUstes et anarchistes, était porté un écriteau avec ces mots : A bas le Ripolin, Le Ripolîn est une couleur que chacun peut appliquer soi-même, une couleur essentiellement individualiste.
(1 L* Évolution du socialisme, p. 1004 Oî.
lions de 1902 a, de Taveu même des socialistes, dépassé toute mesure. Ce soht les socialistes, les moins socialistes, les plus embourgeoisés qui ont, obtenu, et de beaucoup, le plus grand nombre de suffrages, cialistes révolutionnaires intransîne peuvent revendiquer qu'environ voix. Le nationalisme, sous la forme cialisme patriote et mitigé, se recrute dans les masses profondes de la lourgeoisie commerçante.
►cialisme d'État n'est souvent qu'une e ou même une application du socia- )pportuniste. On garde l'État, à peu ec son organisation actuelle, au lieu :*emplacer par la collectivité comme î marxisme pur, et on lui demande r les réformes que la masse ouvrière ipable d'accomplir elle-même, faute ssance ou d'éducation économique, étendra de plus en plus les services ), nationalisera les chemins de fer, les les industries de l'alcool et du pétrole.
Et ces services sans cesse accrus, comme de petites vagues, finiront par submerger presque à son insu la société bourgeoise.
Quelques-uns poursuivent, au moins pour le moment, la réalisation du socialisme d'État surtout dans la commune. C'est le socialisme municipal. La commune présente un excellent laboratoire aux expériences socialistes. Quelques villes de France se sont prêtées à l'expérimentation. En général, les résultats ont été déplorables. Esprit d'ordre et d'honnêteté dans la gestion des deniers publics, sentiment de la justice et de l'impartialité, vrai souci du bien des humbles, tout cela a presque partout fait défaut. Au total, faillite quasi universelle, encore que les entreprises tentées n'eussent rien de bien hardi : bureaux de placement municipaux, pharmacies, cantines et soupes populaires, places dans les théâtres concédées gratuitementaux ouvriers.
Ici ou là, par exemple à Paris, on a réclamé la régie directe des grands travaux ou des grandes entreprises, gaz, tramways, métropolitain à établir ou à faire fonctionner, force électrique (l'eau et la voirie sont dans la
plupart de nos villes services municipaux) :
presque partout ces mesures ont été repoussées.
L'Angleterre, que Ton regarde comme la terre classique de l'individualisme, est lepays d'Europe où le champ d'action des municipalités est le plus étendu. A Glascow, à Birmingham, à Liverpool, à Leeds, à Bradford, à Manchester, nombreux sont les services municipaux. Au lieu de donner à ferme, les communes tendent à exploiter elles-mêmes.
Elles y étaient préparées par Thabitude de l'association, et par l'esprit anglais, plutôt commercial que bureaucratique (*).
Il est vrai qu'en pareille matière il faut éviter de voir partout du socialisme. Parce qu'une ville gère elle-même ses propres affaires et s'occupe directement de quelques entreprises qui intéressent le bien public^ elle ne fait pas nécessairement du socialisme. Est d'esprit socialiste toute mesure ou tendance qui va à l'étouffement des justes initiatives privées et d'une salutaire concurrence, ou encore à un nivellement contre
(1) L'Évolution du socialisée, p. 125-128.
nature des inégalités sociales. L'État et lautorité communale ont, particulièrement à regard de toute fonction qui met plus directement en jeu Tintérêt public, un rôle de stimulation et même de suppléance. Quand les circonstances font que TÉtat ou la commune peuvent remplir quelqu'une de ces fonctions avec plus de profit pour tous que les particuliers même associés, on ne voit pas pourquoi on leur refuserait le droit de la prendre à sa charge. Mais chacun sent combien ici les questions de frontières sont déli- €ates, quelle tentation il y a pour l'État à empiéter indûment sur le domaine des particuliers.
En tous cas, pour la France, le socialisme municipal, s'il gagne en étendue, perd en considération et en estime. Paris ne Ta pas accepté. Roubaix, la ville sainte du socialisme, n'en veut plus, Marseille vient de le rejeter, Lille s'en déprend.
Il est une autre forme du socialisme d'État qui fleurit surtout en Allemage. Celui-là ne
llement au nivellement des condil'est pas aux mains des classes popu- 'Allemagne est le pays le plus hiérari soit au monde. Là, l'État conser- ?nd à se substituer à l'action indivi- Test un effet et une extension du ;me prussien. On veut mener la 3omme un régiment et pour être ré que l'impulsion partie d'en haut îtement obéie partout, on veut agir ent sur chaque élément particulier.
e prince de Bismarck, le plus autoes chanceliers de l'Allemagne mo- 5ui a fait voter au Reichstag les lois d'assurance ouvrière, lois, andables par certains côtés, mais avis d'esprits judicieux, restreignent ) le rôle de la prévoyance indivi- )n ne peut guère supposer chez le e Bismarck une tendresse outrée à , de la classe ouvrière. Mais ea ) de revendications qui lui paraisinquiétantes pour la sécurité de , il a voulu faire lui-même, et par ministrative, ce qu'il jugeait les
particuliers inaptes à réaliser. Il f d'ailleurs invoquer comme initiateur cette voie, outre les princes de Brande" Rodbertus Jalgetzow et Ferdinand La sans omettre Hegel qui fait de TÉtat i en soi W.
L'Allemagne pratique ce qu'on p( appeler le socialisme conservateur.
Convient-il de considérer, à Texenc certains économistes, le socialisme i comme une forme spéciale de socia Il semble qu'il s'agisse là plutôt d'uni culte particulière dans l'applicatio doctrines 'collectivistes. Marx ne reci devant la disparition du petit propi paysan. M. Guesde y répugne. M.
hésite. Dans les derniers congrès listes tenus en France et en Allemai souci manifeste est d'éviter toute s^ trop nette ; on prend des atermoie
(1) Les Origines du socialisme d'État en AU par Charles Andler. Paris, 1897. — Le Socia la Science sociale, par Gaston Richard. Pai p. 36-41.
JH^J
334 LES FORxMES DU SOCIALISME
on tâche de gagner du temps. Les chefs du
parti socialiste comprennent quel intérêt ils
ont à conquérir Taide et les voix des paysans,
et ils savent que ceux-ci recevraient à coups
rche les gens qui leur proposeraient
dépouiller de leur lopin de terre au
de la collectivité. Il est rare d'en-
comme au dernier congrès de
le, tenu en novembre 1901, auquel
ent part les représentants de cent
nte mille paysans italiens, les habi-
des campagnes acclamer la sociali-
de la terre. Encore faudrait-il savoir
ruraux représentés à Bologne ne se
saient pas, en grande partie, de petits
leurs chargés de dettes ou de journa-
lit, les socialistes se donnent souvent 3s campagnes comme les défenseurs )etite propriété contre la grande. Ils ttent aux petits paysans ou aux proléruraux les terres du gros fermier, du lin ou du bourgeois enrichi. Si bien yeux du paysan, le socialiste est un ?w^-. Hérésie collectiviste au premier
chef, mais dont les collectivistes sont sables. Le but final du système n*es partage, c'est la nationalisation comme de tous les capitaux, qu'on r que provisoirement à l'état de divi de propriété privée.
Il y a surtout du socialisme expéri appliqué par l'État, en matière agrai] un ensemble de mesures dont TAus plus encore la Nouvelle-Zélande récemment le théâtre. Le point de n'est pas à demander à des système truits par des théoriciens. Mais en i où la population urbaine surabonde, que les campagnes sont désertes, il s de donner un gagne-pain aux sans jetés par milliers dans la rue à la suil série de crises économiques, et en temps de mettre en valeur des ri inexploitées. Or la plupart des terre vables ou situées près des centres i appartenaient à des SquatterSy rich
i faisaient paître leurs innomipeaux de moutons sur d'imdues. Gomment faire passer ces uvriers des villes et aussi aux
é devant une solution radicale :
irement et simplement le prinlationalisation du sol. On s'est
limiter l'étendue du terrain •ail ou en toute propriété. Dans ; seulement, les propriétaires re obligés de vendre leurs rÉtat. Pour faciliter la possesà ceux qui n'ont pas le capital our Tacheter, on a eu recours perpétuels ou de 999 ans. Ces j^téotiques, avec ou sans droit it très usités, surtout en Noue. L'impôt foncier progressif ads propriétaires, avec aggra-
les propriétaires ne résidant
colonie, n'a été adopté qu'en lande. Si un grand proprié-
qu'il est surimposé, il a le droit erau gouvernement son domaine
pour le prix auquel radministration Tavait évalué.
Mais dans tous ces États, oïl s'applique à favoriser la moyenne et la petite propriété.
D'ailleurs, le mot socialiste garde là-bas un sens défavorable. Les socialistes sont des extrémistes, et Ton tient avant tout à être gens pratiques. Les ouvriers des villes sont protectionnistes farouches, allant jusqu'aux tarifs prohibitifs. Ils ne se préoccupent pas de la suppression du salariat et du patronat. Autant la législation ouvrière est avancée, autant le parti ouvrier est peu organisé.
Les fonctions d'État sont très nombreuses en Australie. Dans le gouvernement de Sud- Australie, il y a un service officiel de congé- , lation et d'exportation pour les viandes, d'emmagasinage et d'exportation pour lesvins. Jusqu'ici, l'exportation par l'État a coûté plus d'argent qu'elle ne lui en a rapporté. Quelques villages, comme celui de Murtho, se sont organisés d'après le système coopératif.
En plusieurs villes, les ouvriers sont arrivés à maintenir les courtes journées et les
hauts salaires. Mais on a dû avoir recours à des mesures draconiennes. Dans la Nouvelle- Zélande, on a, en quelque sorte, noté d'infamie les marchandises fabriquées en tout ou en partie à domicile. Ces articles, lorsqu'ils sont mis en vente, doivent porter une marque très apparente qui empêche de les confondre avec les marchandises provenant de manufactures régulièrement inspectées.
Le Paradis des ouvriers n'offre pas à ses élus le régime de la liberté W.
En somme, comme le dit M. Métin qui a étudié sur place cette organisation, de loin tout cela est du socialisme; de près, c'est plutôt un expédient colonial. C'est aussi, quoique moins accusé, le sentiment de M.
Pierre Leroy-Baulieu. Cependant les doctrines vraiment socialistes commencent à se faire jour ici ou là en Australie, par exemple dans l'établissement de pensions pour tous les travailleurs.
(1) Le Socialisme sans doctrines ; La question agraire et la question ouvrière en Australie et Nouvelle-Zélande, par Albert Métin. Paris, Âlcan, 1901. — Les Nouvelles sociétés Anglo-SaxonneSy par Pierre Leroy-BeauUeu. Paris, Colin, 1901. Chap. xiii-xv.
Le socialisme opportuniste vit d'expédients ; le socialisme expérimental est tourné tout entier vers les faits et dédaigne les théories. Ce souci des réalités, mais érigé en doctrine, le dessein formé d accommoder les réformes rêvées à la société actuelle, a donné naissance à une forme mitigée du socialisme ou, si Ton veut, à un néo-socialisme. Le néosocialisme s'est formé chez d'anciens disciples de Karl Marx, comme Bernstein, de la critique et de la révision des théories marxistes. Pour lui, le marxisme n'est qu'un fil conducteur. Il répudie les thèses du socialisme scientifique telles qu'elles ont été enseignées par les grands apôtres marxistes : conception matérialiste de l'histoire, théorie de la plus-value, loi de concentration des richesses et lutte des classes. Georges Sorel en France, Saverio Merlino en Italie, de Vollmar en Allemagne, Vandervelde en Belgique ont adopté le mot de Bernstein : « Le but n'est rien, le mouvement est tout W ».
(1) Parmi les chefs de la nouvelle doctrine, « aucun nom n'est plus souvent cité que celui
Pour ces apôtres de la nouvelle doctrine, le socialisme n'est ni le collectivisme, ni le communisme, ni le mutualisme, ni Fanarchisme. Dans leur plan d'organisation de la société future, ils ne rejettent pas toute propriété privée ni toute production privée.
On ne soumettra à la collectivité que les grands instruments et moyens de travail ;
d'Edouard Bernstein. D'origine sémitique, comme Marx et Lassale, Bernstein se montra d'abord marxiste orthodoxe des plus ardents. Chassé d'AUemagne par la loi contre les socialistes, il rédigeait à Zurich le Social-Demokrat, devenu l'unique organe du parti. On l'expulsa de Suisse et, en 1888, il allait rejoindre à Londres Marx et Engels. Mais le spectacle de la prospérité et de la puissance toujours croissante des classes ouvrières et de l'esprit de réforme des classes dirigeantes, modifia insensiblement les idées de Bernstein et l'amena à entreprendre une révision consciencieuse des théories officielles de son parti. » Sa première brochure, les Hypothèses du socialisme et la tâche de la démocratie sociale fît un tapage et un scandale énorme dans toute l'Allemagne. Son ami Auer trouva le mot de la situation. « Mon cher Edouard, lui écrivait-il, tu es un âne ; on n'écrit pas ces choses-là : on les fait. » Depuis, Bernstein a retrouvé droit de cité, parmi les socialistes allemands. (Voir VHérésie d'Edouard Bernstein^ par J. Bourdeau. Journal des Débats du 2 novembre 1901.)
on gardera les associations privées auxquelles la collectivité pourra faire appel pour certaines tâches à accomplir. Au surplus, il ne faut pas s'attarder à ces combinaisons d'une réalisation plus ou moins lointaine. Ce qui importe c'est de développer dans la classe ouvrière l'esprit de justice et de solidarité, o'est de travailler à son éducation économique. Tout ce qui tend à affirmer le droit à l'existence et au travail, à remplacer le droit du plus fort par une concurrence modérée telle qu'elle existera entre des hommes placés à peu près dans les mêmes conditions économiques : tout cela, dit-on, est d'esprit néo-socialiste, et cet esprit, il faut s'efforcer <ie le faire entrer de plus en plus dans les lois, dans les institutions, dans les mœurs et les consciences.
La plupart des socialistes ne voient dans les lois qui améliorent le sort du peuple, que des palliatifs "ou une condamnable transaction avec les principes. Les néo-socialistes sont d'un sentiment tout opposé. Ainsi ils favoriseront les coopératives de production ou de consommation, l'établissement des caisses
de crédit populaire. En un mot, ils s'attachent avant tout au mouvement de transformation sociale dans le sens d'une plus grande solidarité et d'une plus grande égalité {»).
Faut-il voir dans le néo-socialisme la fin d'une doctrine, la négation du socialisme, comme le veulent certains économistes libératix, et à l'opposé, les marxistes intransigeants à l'exemple de Kautsky et Singer.
Est-ce un simple réformisme qu'on peut adopter et favoriser sans arrière-pensée ? Il semble qu'il faut en dire ce que nous avons dit de ridée socialiste. Le néo-socialisme a ses parties acceptables et même louables.
L'état social actuel est loin d'être parfait. Plus d'une réforme s'impose. C'est ce que reconnaît le néo-socialisme et il a le bon sens de se défier des réformes trop brusques^
(1) Voir Georges Sorel dans le' Devenit* social; Saverio Merlino dans Formes et essence du socialisme, Paris, Giard et Brière, 1898. — On peut encore consulter Jean Bourdeau dans VÉvolutioit du socialisme, en particulier p. 83 à 120, et M. Deschamps dans son cours à la Faculté de droit de Paris, 1900-1901 ; Histoire des doctrines économiques.
de répudier toute révolution violente. Mais sa doctrine est essentiellement incomplète.
Sur quels principes s'appuie son idée d'égalité et de solidarité sociales ? Cette solidarité et cette égalité seront maintenues entre certaines limites. Mais où ira-t-on chercher les règles de ce tempérament ? Là-dessus on se tait. Et faute d'une métaphysique ou d'une philosophie, on retombe dans la pratique des expédients et de l'opportunisme, pratique au-dessus de laquelle on avait tenté de s'élever. Et puis, en somme, la mise en œuvre du collectivisme est plutôt diflérée que répudiée. Lorsque le moment inévitable sera venu où certaines questions capitales se poseront, on prévoit trop dans quel esprit elles seront résolues.
De plus, malgré quelques velléités contraires, on reste Adèle à l'esprit positiviste, trop exclusivement soucieux des intérêts matériels ; on réduit l'humanité à une coopérative de production et de consommation; on lui ferme tout horizon supra-terrestre.
On est défiant, sinon hostile à l'égard de toute idée religieuse. Par suite, on se con-
damne à Timpuissance dans la réforme que Ton rêve de l'individu et de la société. Les instincts égoïstes et les instincts dominateurs que Ton se flattait de vaincre, reprendront bientôt le dessus. Ils n'auront fait que changer de forme et profiter à d'autres affamés.
Les sages du socialisme, d'un socialisme timide et inconséquent, seront débordés par les logiques et les violents.
C'est assez faire entendre que le néo-socialisme, suivant Texpression de M. Faguet, a besoin d'être mis en observation. D'autant qu'on peut dire, avec plusieurs, que sous cette forme, le socialisme commence à vivre ou à être viable. Sous la forme ancienne, intégrale, radicale, c'était une chimère dont Tavènement ne se serait pas accompli sans terribles bouleversements, et le premier peuple qui en aurait fait Tessai total aurait sans doute payé de son existence cette tentative insensée. Mais le socialisme se serait détruit lui-même. Le néo-socialisme est moins éloigné de nos conditions sociales".
« Si ron entend par la réalisation du socialisme, écrivait naguère M. Bernstein, l'institution d'une société complètement communiste en tous points, je n'hésite pas à répondre qu'elle me paraît être encore dans un ' lointain suffisamment éloigné.
Mais je suis fortement convaincu que la génération actuelle verra la réalisation de beaucoup de socialisme, sinon dans la forme, du moins dans le fond. L'extension constante du cercle des devoirs et des droits correspondants des individus à Tégard de la société et des obligations de la société à l'égard de l'individu, l'extension du droit de contrôle de la société (État ou nation) sur la vie économique, l'administration autonome démocratique dans la commune et la province, et l'extension des attributions de ces groupes, — tout cela c'est, pour moi, un développement vers le socialisme, ou, si Ton veut, une réalisation partielle du socialisme. » W
Bref, le néo-socialisme nous menace d'un développement toujours croissant desmono-
(1) Cité par S. Merlino, Formes et essence du socialisme, p. 210.
pôles d'État, des réglementations d'État, du contrôle d'État. Et c'est précisément sous cette forme que le socialisme a le plus de chances d'aboutir.
Le néo-socialisme qui maintient, quoique enfermée dans d'étroites limites, la propriété privée et la production privée, ne prêche pas l'abolition du salariat. Nous ne voyons pas, d'ailleurs, comment le socialisme intégral peut inscrire cette suppression dans son programme. Le régime de la grande industrie tel qu'il est organisé met en face l'une de Tautre, disent les socialistes, deux classes : la classe des capitalistes en possession des moyens de production,argent, machines, matières premières ; la classe des salariés ne disposant que de sa force de travail. Il faut faire cesser la lutte en remettant à la collectivité tous les instruments de production. Mais quel sera l'effet de cette socialisation ? D'une part, attribuer tous les capitatix en principe à la collectivité, en fait à la majorité ou mieux à une
minorité audacieuse, impersonnelle, représentée par des fonctionnaires ; d^autre part, faire du reste des salariés forcés. Pour le plus grand nombre, tout le bénéfice du socialisme serait la substitution au salariat libre du salariat esclave.
L'avenir du socialisme n'est donc pas la suppression du salariat. Le salariat ne semble pas destiné à jamais disparaître. Mais ses abus et ses rigueurs peuvent être atténués en même temps que les abus et les rigueurs de la concurrence. Et cette réforme, on peut la demander au développement deTesprit de libre association et de libre coopération. La libre association met en commun, et, en quelque sorte, dans les mêmes mains, le capital et le travail. Par le système de la participation aux bénéfices, par la coopération proprement dite et d'autres procédés analogues, elle substitue au salaire strict et fixe,l attribution d'une part des gains de Tentreprise, salaire encore, mais salaire ennobli, si Ton veut, salaire à allure capitaliste. Seulement, la condition de cette élévation c'est la liberté. Toute rémunération, tout gain ou profit
réglé et attribué par voie d*autorité — ainsi qu'il arriverait fatalement sous le régime socialiste — fait rétrograder le salariat vers la forme du servage. (^1
(1) La Fédération nationale des <t Jaunes » de France, fondée pour s'opposer aux tendances révolutionnaires des syndicats rouges, publiait, au mois de juin 1902, le manifeste suivant :
Considérant que le prolétariat, dupé par les politiciens qui en vivent, s'achemine peu à peu dans des voies sans issue d'où il ne sortira, si Ton n'y porte remède, que par une révolution ;
Que cette révolution, préparée sur le terrain économique, ne peut qu'accumuler ruines et misères sur les citoyens et sur la nation ;
Considérant que les moyens révolutionnaires et les violences n'ont jamais fait aboutir les questions sociales, et que les améliorations acquises jusqu'ici par la classe ouvrière sont les résultats non des grèves, ni des émeutes, mais des revendications pacifiques, vigoureusement poursuivies;
Considérant, d'autre part, qu'il importe, pour la classe ouvrière, de provoquer toutes les réformes et les améliorations nécessaires ;
Que les travailleurs ne peuvent attendre, les bras croisés, le bouleversement social d'où sortirait le bien-être universel tant de fois promis ;
Qu'en réalité, l'amélioration du sort des travailleurs ne peut résulter que de leur organisation «t de leur éducation ;
Considérant, enfin, que le contrat de travail entre l'ouvrier et le patron n'est pas un contrat de louage
L'esprit de libre association, qui n'a rien de commun avec Tesprit socialiste, en même temps qu'il atténuera les excès de la concurrence, défendra les initiatives indi« viduelles contre la main-mise de l'État.
Dans la crise sociale qui nous agite, on peut dire que le développement de l'esprit de
ordinaire, donnant pour donnant, auquel les deux parties sont soumises d'après les lois établies ; qu'on ne saurait trop s'élever contre cette interprétation antisociale du travail, qui ravale Tœuvre de l'homme à une marchandise ; mais qu'au contraire le contrat de travail est avant tout, un acte humain;.
Que ce pacle doit solidariser les hommes, au lieu de les partager en deux groupes perpétuellement hostiles, patrons d'un côté, ouvriers de l'autre :
La Fédération nationale des « Jaunes » de France se constitue sur ces bases :
lo Revendication ferme et continue des améliorations qui sont indispensables au développement physique et moral de la classe ouvrière ;
2<> Participation de la main-d'œuvre aux bénéfices du capital ;
3o Opposition à toutes les grèves ayant un caracïère politique, et dont la nécessité n'est pas démon-trée par l'intransigeance patronale;
4* Fixation des heures de travail par corporations, régions et métiers, d un commun accord entre Syndicats patronaux et Syndicats ouvriers ;
5* I>évcloppement parmi la classe ouvrière de& grands moyens sociaux de relèvement et d'iridé-
libre association a la valeur d'une solution. Mais pour que cet esprit soit fécond, il importe souverainement, comme n'a cessé de le rappeler « le Pape des Ouvriers » par son encyclique Rei^um Novarum et tant d'autres enseignements, qu'il soit vivifié par l'idée chrétienne. C'est à l'Évangile qu'il faut demander la vraie notion de l'égalité ^sociale et de la solidarité sociale.
pendance, et garanties pour la vieillesse des travailleurs pauvres : mutualités, assistance et retraites -ouvrières ;
60 Education civique des Travailleurs en vue de tous les droits et de toutes les libertés nécessaires à un grand peuple : liberté d'association, liberté <l'enseignement, liberté absolue de conscience, ■droit de propriété.