‹ Anarchie morale et crise sociale (volume 2)Chapitre 5 sur 18 · ES · texte numérisé non relu

ES

1er une morale, )lique un idéal à la pensée, en 1... Un homme fige n'essayera xpérience desance) un droit [ui les juge et

dans la même sant de Tobliivée, mais un e devoir est un it Kant, un fait ession de Seer une morale out, se rendre V la conscience, fait primitif it à la réflexion icune notion do Lgle ne suffît à vrai que, pour

pp. 95-96, 104.

LES MORALES IDEALES

faute même des parents que nous )ns, faute qui ne diffère pas essennt dans ses effets des péchés commis générations suivantes... G3 qui semîontre-coup fatal de Tun sur l'autre fond qu'une même action se contians le même sujet W. »

Lan est très fort contre M. Renouvier 1 lui reproche de restreindre la consie la liberté à la croyance en une ipparente. Dire que la liberté, dont ions conscience en employant nos selon leurs lois, peut n'être qu'une , c'est dire que peut-être « l'existence i des êtres moraux, et par consé- 1 nôtre, consiste en un effort vers dble et repose sur une erreur » ; c'est»

,e, nier « Tordre et l'harmonie W ».

tan a encore pleinement raison de ler qu' « un empirisme conséquent

Principe delà morale, pp. 137-144 ; 269-272.

LES MORALES IDEALES

ne se risquera jamais à formuler i car ridée (de la morale) impliqi qui s'impose universellement à la d'autres termes une obligation... ^ qui entend son propre langage jamais de tirer des faits (à Texpé; quels il réduit toute connaissanc" qui s'élève contre les faits, qui 1 qui prétend les régir ('). »

Mais pourquoi tombe-t-il dan

faute que M. Ronouvier en faisan

gation non un point d'arrivée

point de départ ? Sans doute, le de

fait de la raison, comme disait K

moral primitif, selon Texpressi •crétan; mais si l'on veut édifier i

scientifique, il faut, avant tout,

compte de ce devoir attesté par la(

D'autant qu'il n'est pas un fa

simple, et, par suite, il revient à

d'en démêler les éléments. Aucur

pur instinct ou de foi aveugle

fonder une doctrine. Il est vra

(1) Le Principe de la morale, pp.

1, « la philosophie ne se prouve pas, pose ». Mais cet axiome, entendu à , irait à la négation de la raison et agences essentielles. Secrétan parle roit d'ordre et d'harmonie. Or le

de Tordre universel, que nous avons îme pris pour guide dans cette étude aies contemporaines, demande préciju'on cherche les points d attache des mtre elles ; et, pour les trouver, il re la critique des faits moraux de tous les autres.

à la solidarité, à laquelle on e une matière pour la morale , c'est i scientifique, féconde quand elle est tendue; Ce n'est qu'un aspect de nie des êtres. Mais cette idée appaz Secrétan à la fois comme trop et trop restreinte, poussée : l'individu est sacrifié à

qui devient la principale réalité, réalité ; la personnalité humaine est 1 péril ; les devoirs individuels ent dans les devoirs collectifs ; le nt de la responsabilité personnelle

est atteint. Ce sont les bases mêmes de la morale qui se trouvent menacées.

Trop restreinte : il convenait crétendre au principe de la morale Tidée de solidarité. La vérité pleine n'est pas la vérité isolée, mais la vérité considérée dans ses diverses relations. La vérité morale est solidaire des vérités métaphysiques ; ce qui signifie non pas seulement qu'elle les réclame à titre de postulats, mais encore qu'elle en est ellemême comme pénétrée et imbibée. La philosophie forme un tout naturel, et la force de chaque partie réside dans sa cohésion avec le tout.

« La solidarité naturelle que Secrétan invoque, remarque de son côté M. Fouillée, et sur laquelle on insiste tant de nos jours dans certaines écoles, n'est nullement la solidarité volontaire, et elle aboutit aussi bien à une doctrine d'intérêt que de désintéressement. Puisque nous sommes solidaires, dit Secrétan, dévouons-nous pour le^ autres ; puisque nous sommes solidaires , lui répondront les égoïstes, servons-nous des autres. Deux forçats attachés à la même

124 LES MORALES IDZALES

chaîne ne sont pas pour cela deux amis. Ils irer chacun de leur côté, jusqu'à ce us fort remporte. Si le patron et >ont solidaires, ce pur fait entraîne . la lutte entre eux que l'union ('). »

ue d'un pur fait on ne tire rien sinon à la lumière de certains . On a beau faire, on ne peut se métaphysique.

Charles Secrétan faisait à Lausanne, rion Tentreprenait en France. Seul laissait de côté toute spéculation ûque, négligeait la doctrine de la j de la contingence et se bornait idérations morales.

[1 1880 que M. Marion, alors simple ir de philosophie au lycée Henri IV, ;on livre De la Solidarité morale, Ln, >ir essayé d'établir que Kant n'a pas ute qualité morale aux actes pris en

e sur M. Charles Secrétan^ lue à TAcadémie ces morales et politiques (séance du 3re 1897).

€ux-mêmcs, il empruntait à M. Ronouvior l'idée de solidarité et bâtissait dessus tout un système de morale. D'ailleurs, il étendait aussi largement que possible la portée de ce concept, entendant par là toute connexion des phénomènes soit dans l'espace, soit dans le temps. « L'ensemble des conditions qui concourent, avec ce que nous avons de liberté, à nous faire moralement ce que nous sommes », telle est la « solidarité morale ». « En chacun de nous , tout se tient à chaque instant et tout s'enchaîiie d'un temps à l'autre : ce que nous sommes maintenant résulte en bonne partie de ce que nous étions hier, et décide plus ou moins de ce serons et ferons demain. » De n hommes groupés en sociétés sont entre eux dans chaque génératio générations qui se suivent sont soli unes des autres.

La moralité consiste à régler r duite suivant toutes ces condition compte de ce qui peut influer favor ou défavorablement, soit sur nos act soit sur les actes de nos contempor^ îvos descendants.

lors le devoir, dit H. Marion, loia ans objet, est aussi net qu'impérieux, onsiste plus, il est vrai, à agir, par te de miracle, dans Fabsolu, ou, pour dire, dans le vide, indépendamment :*e nature empirique... Gréer notre re, amender notre nature en nous : de ce qu'elle est pour la rapprocher u^elle doit être, voilà notre tâche, du L nous prenons conscience de notre spontanée et d'un idéal auquel elle conformer. Il m'est impossible de oir autrement la moralité et le de-

, chez H. Marion, un exemple typique ïiorale dégagée ou mieux appauvrie e métaphysique, question d'un objet de la morale :

iformer aux conditions qui peuvent v^orablement sur ma nature ou celle res hommes, me soustraire aux condili influeraient défavorablement ; objet

la Solidarité morale, pp. 2-3, 45-46, 289-299.

de la morale qui semble aussi être une forme : je dois agir en esprit de solidarité.

Mais pourquoi y suis-je tenu ? Pourquoi et comment ce qui est solidarité physiologique doit-il devenir solidarité morale ? Pourquoi ai-je le devoir d'amender ma nature et celle de mes semblables? Quels sont les actes qui rendent cette nature plus parfaite? Quel est cet idéal auquel mon activité doit se conformer ? Qu'est-ce que le bien ? Qu'est-ce que le mal ? L'honnête M. Marion aurait été, je crois, fort étonné qu'on lui posât ces questions. Je doute quil se les ait jamais posées à lui-même. Il a paraphrasé toute sa vie quelques considérations superficielles, sans jamais aller en chercher les raisons. Jamais il ne s'est mis en peine des racines des choses. Il s'en tenait aux surfaces. Ainsi sa doctrine n'est, en somme, que lieux communs et banalités.

De fait, brillante a été la fortune de la solidarité érigée en doctrine morale. Mais, d'ordinaire, elle a été restreinte à la solidarité

byGooc^c

morale ». Il se flatte que la coniiaissanee des lois naturelles de la solidarité entre les êtres conduira à formuler « une règle précise des droits et des devoirs de chacun dans l'action solidaire de tous »,'« une théorie d'ensemble des droits et des devoirs de rhomme dans la société ».

Toujours la même confusion ou la même étroitesse de conception. La dépendance réciproque qui régit tous les êtres, et particulièrement les hommes vivant en société, doit nécessairement réagir sur la détermination de plusieurs de leurs droits et leurs devoirs. Et on n'avait pas attendu les docteurs de la solidarité pour le dire. Mais cette mutuelle dépendance ne nous apprend pas s'il existe des droits et des devoirs.

A la doctrine de la solidarité se rattachent toutes les morales qu'on peut appeler collectives on sociales. Le domaine propre de la morale, disent quelques-uns avec M. G. Belot (0, est la vie sociale. La morale vise au bien de

(1) Morale sociale, pp. 106-108.

social ne saurait être qu'une extension du devoir individuel, quoique une extension nécessaire. La morale qui ne s appuie sur aucune affirmation préalable d'une obligation individuelle — c'est la juste remarque de M. P. Malapert — se réduit nécessairement à « une utilité, sociale qui pourrait paraître désirable en fait, exigible par la force, mais ne s'imposerait point comme moralement obligatoire. Gomment me sen- j tirais-je obligé envers autrui si je ne me sentais obligé envers moi-même ? Comment pourrais-je considérer un de mes semblables ou tel ou tel groupe d'individus, l'humanité tout entière comme fin de mon activité morale, comme objet de mon respect, si je ne voyais en moi qu'un moyen sans autre valeur qu'une utilité économique, sans dignité par soi, si je ne m'apparaissais pas à mes propres yeux comme objet de respect ?

Gomment serais-je tenu à contribuer au perfectionnement des autres hommes, si je ne me sentais tenu à travailler à mon perfectionnement ? Pour qui ne pose pas dès le début l'idée d'un bien moral personnel , il

)ien y voir solidarité économique^ pour la défense, collaboration en vue érêt, resserrement du troupeau hu- 1 face du danger, il n'y a pas solida- 3rale, il n'y a pas de bien moral f, il n'y a pas de société humaine, au plus élevé du mot U). »

►ut quand il s'agit de personnes Les, la perfection de l'ensemble jaillit Brfection de chacun ; le tout n'atteint lent sa fm que si chaque individu la sienne, laquelle peut être une para fin du tout, mais ne s'absorbe pas 5-ci.

l besoin de dire que c'est . encore de solidarité qui inspire les morales itié et de la sympathie ? La seule chose tingue ces morales des précédentes, le le sentiment ou la sentimentalité a place de ce qui restait d un certain il didactique. Les littératures du Nord,

raie sociale, pp. 286-287.

surtout les romans philosophiques de Tolstoï, ont réveillé les traces laissées dans l'ame de nos contemporains par Técole de Rousseau.

Les néo-chrétiens se sont trouvés pour sefaire les apôtres de la religion de la pitié : On aimera les foules par besoin d'aimer; on déversera au dehors la bonté et la miséri-^ corde universelle d'une nature qui demande à se communiquer.

Ecoutons le grand prêtre de cette religion nouvelle. Ce que je puis savoir de ma destinée, nous dit M. Paul Desjardins dans Le Devoir présent y est peu de chose. « Je n'ai làdessus que des rêves d'un profond mais incommunicable amour. » Cet amour mer dit de fortifier en moi « la volonté du bien ». Il faut nous améliorer en nous employant au bien de Fensemble. « Les idées morales sont, avant tout, des forces, ou plutôt elles sont la seule force, la force organisatrice de Tâme. Qu'on appelle flamme, souffle, ou (ce qui veut dire la même chose) ame, cette énergie qui nous incite à nous façonner sur notre idéal » ; elle seule vaut quelque chose. Et elle nous fait une loi de-

LES MORALES IDEALES

nor. Cela, chacun le peut, par la ontô ; nous sommes les apôtres de volonté. A la bonne volonté nul considérations d'ordre métaphymorale , ce sont « des choses à t le programme d'une tache ». Les proposées jusqu'ici « n'atteignent . la volonté que par l'intermédiaire igence ou du rêve. Or il ne s'agit )ire d'abord (entendez connaître et lais d'abord d'aimer. » 11 suffit de commune, très sûre, à savoir « que ns pour quelque chose ». Les théoint et soulèvent les questions sans dre : que Faction bonne passe

gramme ou ce décalogue eut, à son 1, on s'en souvient, un grand reten- . On ne lui ménagea pas la symn se plut à y voir le germe d'une énovation morale. Ce qu'il avait et d'élevé était bien fait pour es âmes, lasses de l'égoïsme de

Nietzche et du pessimisme de Schopeiihauer^ Cependant des esprits éclairés, comme Léon Ollé-Laprune, en signalèrent aussitôt les lacunes : sans Taccord entre les intelligences, l'unanimité morale est une chimère.

Une union fondée sur la seule bonne volonté, sans souci de la vérité, se heurte à Timpossible. Il faut une doctrine sur la vie. Sans doute, « avec peu de vérité, on peut com-mencer, pourvu qu'on ne décide pas à lavance que ce peu suffit et que plus nuirait ». Il y a un abîme entre « la vérité incomplète et la vérité dimin^'^'' ^^ • r»«iir.r»; est par nature inféconde (0.

ment M. Paul Desjardins se f mum de vérité qu'il prête dépasser.

Ces craintes ne devaient justifiées. Un lamentable ave ces manifestations brillantes.

Vaction morale, où quelques voir un acheminement vers complète, glissa bientôt ver protestantisme libéral , un ;:

(1) Les sources de la paix tntellee

essentielles qui sont menacées en France.

Nous ne voyons pas que V Union pour l action morale s'en montre fort émue W, — Dans les questions vitales, elle veut marcher et cependant ne pas avancer.

La petite église du néo- christianisme devait avorter par cela même qui enlève toute sève au néo-criticisme : le divorce entre la science et la morale , entre la spéculation et la pratique. Ici encore, le principe que nous avons établi au début de toute cette étude manifeste sa vérité : morale isolée, morale stérile, morale sans prise sur les âmes.

Notons en passant qu'il manquait peutêtre encore autre chose à cette morale de la sympathie humaine, au moins " "'^"" —' ^" prêchaient : la volonté. Oui semble sans ressort et sans fer apôtres de la bonne volonté. Ri

(1) Voir, par exemple, sur le Stag pour et le contre soutenus tour à collaborateurs dans les Bulletins 1er mars, 15 avril 1900.

LES xMORALES IDEALES

5 qui rappelle la rude énergie, le r d'un Tolstoï, énergie que donne ue d'un but précis à atteindre et lie il n'est pas de fécond prosélyd et d'autres écrivains de son montrent trop sensibles à ce qu'il i-même « la délectation des nuanntes ». On trouve dans leur style 3hes de délicats qui se complaisent ; phrases, les grâces mièvres des Quand on se croit la mission rer la société, on ne s'attarde pas

des effets de phrase. En combatn et d'autres ironistes, on ne se pas à les appeler « songeurs ( charmants incertains ». On fonce

sur eux comme sur les destruc- ►ute morale.

ons quelque peine aussi à nous r M. G. Séailles éducateur de molaire. Sans doute, dans le livre it sur Ernest Renan, il fait preuve ie ménagements pour cet homme . Il a rappelé à son sujet qu' « on.

des fautes de tous ceux dont on

affaiblit la conscience et la volonté », que la théorie du divertissement n^est pas une solution du problème moral. Il na pas craint de flétrir en lui « le polisson », que laissa voir la dernière phase de sa vie. Sans doute encore, il ne veut pas qu'on creuse un fossé entre la vérité pratique et la vérité spéculative. Mais enfin on ne peut s'empêcher de penser un peu à lui quand on lit au début de sa conférence sur les Affirmations de la conscience moderne : « Agir n'est pas s'agiter ; on ne veut pas à vide, pour vouloir ; les prédicateurs laïques qui dépensent leur éloquence à vanter les beautés de la foi, de 1 action , en négligeant de dire ce qu'il faut croire ou ce qu'il faut faire, ressemblent à ces choristes d'opéra qui brandissent des épées de fer-blanc, s'époumonnent à crier qu'ils courent au combat, à la gloire, et, rentrés dans la coulisse, s'essuient le front (0. »

Ces affirmations de la conscience moderne, à savoir : caractère tout intérieur de la vie niorale, sincérité avec soi-même, conquête

(1) Revue bleue, l^r mai, 8 mai 1897.

rté morale, culte de Tégalité huntiment de la solidarité et de la

mènent-elles bien loin ? Xe refuélévation morale à ces considéra- Dns qu'elles manquent de prise sur

faute d'une pensée sûre d'elle-

les anime. Morale ni totalement ni matérielle ; en somme, morale

Agissez, nous répète-t-on, créez 'homme, créez l'homme chez les faudrait savoir mieux quel est cet L créer. Le christianisme, qu'on ut attaqué chez M. Séailles autant entablement ignoré, savait, quoi étende, inspirer des vertus intéitrement solides.

t qu' « un des traits les plus carac- 3 de. la pensée morale contempost le retour vers l'action ». Et la orale a raison si elle entend simplele problème moral est le problème par excellence, le problème qui a t la direction de l'action, la recher-

che d'une règle de vie, si elle veut protester contre ces efforts constructifs qui séparent de la vie les créations morales, qui les vident de leur contenu propre, de leur rapport à Faction W. Mais il ne faut pas, pour cela, renoncer aux théories et s'en tenir au sentiment. La vraie morale unit l'idée à l'action. Soit, parlons de vie simple; évitons en morale l'abus de l'analyse et aussi de la complication. Mais n'oublions pas que l'homme est raison en même temps que sentiment et activité.

« Renoncer à la yérité objective » pour « s'en tenir à la vérité mo7'ale », travailler à écarter tous les appuis extérieurs, dogmes religieux ou systèmes philosophiques pour « développer l'âme » elle-même, l'habituer à « se tenir debout toute seule », est une entreprise contre nature. C'est condamner sa vie à se traîner à travers les hésitations et les incertitudes, les tristesses et les déceptions. Naît, un jour, le besoin de donner à sa marche un but par l'amour. Alors on rêve

(1) Voir, dans Morale sociale, V Unité morale, par M. Bernés, pp. 45-48.

nor des âmes plus nombreuses à Tin- }e et au désir des objets d'amour les ches ». Et précisément parce qu'on a j écarter toute conception philoso-

on en est réduit avec M. Maurice présenter à leur amour des objets [*e de ceux-ci : « Lois politiques et

harmonisant mieux les faits, renvie moins artificielle, plus réelle ; — concrètes d'art qui émouveraient ; — 3 courage qui entraîneraient ; —

chose de plus simple encore, qui rait seulement sa vraie valeur, la chanson du pâtre dans la plaine,

vent dans les feuillages, un rayon [ sur un toit O... » — Maigre nourrir l'âme humaine.

encore une nourriture trop creuse, le trop peu sûre, trop dénuée d'autor la seneibilité et l'activité que la

Crise morale, par Maurice Pujo. 1898,

règle demandée par certains moralistes au seul sentiment du beau. Car il y a une morale esthétique, fondée sur Tadmiration. Les Grecs avaient jadis professé le culte de la beauté ; ils avaient cru à la verti santé du beau, expression aclievéi dre et de rharmonie. De nos jours, esthétique aime assez l'allure mysti procède par une méthode d'intuil synthèse, qui fournit des vues d'e des échappées sur la profondeur d( plutôt qu'une analyse rigoureuse e A la s\iite de Biran et de Schell M. Ravaisson, elle cherche Torig beauté dans un principe supéri ensemble à la raison et à la natur quemment « surnaturel » suivant un sion familière à celui-ci. Si le bon s par le beau, la beauté, du moins ] suprême se ramène à ce qui est c fond du divin, la bonté. L'amour i est la vraie vie morale. L'esthéti nous apprend à aimer le beau idéal naturel », fait « de grâce et de ten

LES MORALES IDEALES

sonne ne le niera. Mais cet instrumei se suffire à lui-même ? Il existe ui élève et un art qui déprime ; lart (1 une règle , qu'il trouvera précisénc la morale. Pour être interprêtés, 1 nature demandent une âme déjà pn c'est la morale qui la préparera. La m comme un milieu favorable à Tidéc mais ne la suggère pas directement beau pays peut être habité indifféi par des populations abruties et des tions à haute culture morale. « Pi vie par la puissance souveraine d disent les esthètes. L'art peut affine et le sentiment, parachever dans 1 lévation et la délicatesse naturelles < ses. Il ne lui apprendra pas la jusi devoir : Fltalie de la Renaissance b tous les raffinements de l'art et proie aux passions brutales.

Faisons appel à la nature et à 1 moraliser le peuple, mais seulemen à une force accessoire. Ceux-là qui, i pie de M. Ravaisson, comptent le p force du beau, le riamènent, nouî

T^rr^-

réunis dans la chapelle. Sa pan vibrait doucement dans les arce enfants Técoutaient avec une piei tion... Un grand mystère de bonté nité planait sur les choses. Sou voix enfantines entonnèrent un cai monta dans la haute voûte cou musique céleste. Je me sentis grand trouble, mon cœur se fondit sensation de bonheur puéril et d( coulèrent sur mes joues. Je compri là combien la morale de l'Eglise rieure... et pourquoi elle seule pe de la poésie et de la beauté dans no Morale, en efTet, supérieure aux naturalistes ou idéales, morale qui lement sème notre vie de poésie et d mais encore lui donne consistance lité, morale qui éveille en nos a qu'un bonheur puéril, qui les péi sentiment de la paix dans la vérité Cette efficacité, la morale chrétienne pour les croyants, surtout de ce qu sède de révélé. Mais il y a dans c raie une part considérable établie s

Dans le spiritualisme traditionnel, Tacte humain qui tend à Tobjet convenable, tendance d'intei d'exécution. La convenance a sa raison dernière conformité à V ordre, à Tensemble des relati unissent les êtres. Conformité consciente et li distingue Tactivitc morale de la fonction org conformité à l'ordre général qui rattache la r l'universalité des êtres. — Cette conformité c gatoire parce que l'ordre est la propriété du s ordonnateur. Bien de la faculté et bien de 1' Tout bien n'est pas obligatoire. Devoir est hétéro transcendant. — Toute action conformée lanatun tionne la nature : mérite. Le mérite croît avec tude et Tampleur de la conformité à l'ordre. D( péché mortel naturel." — Application à Tordre sur

A étudier quelques-unes des solutio problème moral proposées par nos coi porains, on a pu remarquer une d attitude en sens opposé. Les uns ram les idées morales à des notions phy giques ou mécaniques : le bien se coi avec Tutile, le devoir avec l'intérêt de 1 vîdu ou de Tespèce, la morale n'est chapitre de l'histoire naturelle. Poi autres, le monde moral est ainsi con

a réalité propre qu'il forme un monde , sans communication avec le reste, ces derniers, ou bien, les concepts X, vertu, devoir, mérite, sont des transcendants, qui planent dans une )e indépendance ; la critique n'y , pas ; c'est le royaume de Tautorité aine qui s'impose pour elle-même à ^n. Ou bien, ces concepts naissent au le la conscience, produit et exprese la seule' liberté ; trop impalpables donner prise à la raison, ils ne se tt saisir que par le sentiment, qui les 3, sans les analyser, de peur de les irer ou de les faire évanouir, ble attitude qui nous semble égalehausse. D une part, la raison affirme uve la distinction du monde moral le monde organique. D'autre part, refuse à admettre Tisolement des morales. Quand tout se tient dans le des êtres, quand toute réalité est ée dans le tissu de relations multiples, tout ébranlement en une partie du Le se fait sentir en chaque point de

MORALE DE l'ORDRE 153

tire de tout ce qui établit un être dans son espèce. Un objet quelconque est spécifié par ses éléments formels » ; par exem par ce qui lui donne la faculté « Mais Faction tire sa spécification, fication de son objet, comme tou ment l'emprunte de son terme » :

est ainsi dénommée de la lumière couleur perçue par Tœil. Par suite humain emprunte sa bonté fondai la convenance de Tobjet auquel il t Tamour est bon ou mauvais selon qi ainié convient ou non à la nature qui aime.

Quand on parcourt superficielle passages de saint Thomas — et chose pourrait se dire de beaucoup — on est tenté de n'y voir que des Cela est évident, pense-t-on, et C( prend rien de nouveau. Observî reproche qui s'adresse également doctrine de bon sens. Et cepend

(1) Som, théoL, MI, art. 2.

luite, du riche qui fait raumôiK ootenir la réputation d'homme géi On réserve le nom strict à^objet ai auquel aboutit l'élément extérieur :

lui que l'acte tend comme de sor naturel. De lui-même, le vol enri voleur ; d'elle-même, l'aumône sou pauvre. On appellera plutôt fin le te Vêlement interne, de Tintention, ce l'action est rapportée par la volo:

l'agent. En fait, ce terme remplit a rôle d'objet. Ainsi un acte humain que ces deux éléments coïncident ( distincts, est susceptible soit d'une soit d'une double convenance ou dis nance, soit tout ensemble de conven de disconvenance, de bonté et de i selon l'aspect sous lequel on l'envisag Par cette doctrine, saint Thomas vi les morales purement matérielles aux aboutiraient logiquement les théories vistes : cela est moral qui est utile soit à l'individu soit à l'espèce. Il re

(1) Som. théoL, MI, q. XVIII, art. 6.

MORALE DE l'ORDRE 157

rationis W ». Il a en Dieu sa réalité suprême, dans le domaine de rintelligibilité. E a créé et qui gouverne le monde, son essence comment doivent être d les choses pour réaliser la fin totale ( vers. Cette connaissance, en tani est appliquée efficacement à procurer est dite providence de Dieu, forme su de sa prudence ou de sa sagesse, incl volonté à agir ; en tant qu'elle est servir de mesure à l'activité des être elle constitue la loi éternelle W,

Gomment connaître cette loi pour ver? L'ordre idéal, Dieu Ta réalii l'univers. Il a disposé les êtres d'ui hiérarchique, il a établi entre eux i dation naturelle selon leur perfecti valeur, en somme leur plus ou grande participation à la réalité. L forment entre eux un système, un i Se conformer à cette gradation n des choses créées, à cette hiérarc

(1) Som. ihéoL, I-II, q. XVIII, art. 8 ; art. I, ad3'".

(2) Ibid., q. XIX, art. 4 ; - q. XGI, a I, q. XXII, art. 1 ; — Questions disputées, Di q. V, art. 1, c, et ad 6'».

MORALE DE l'ORDRE 161

universel, nous fait en même temps que cet ordre ne nous appartient est la propriété du suprême ord Celui qui Ta conçu par sa sagesse, e efficacement, avons-nous dit, la i par sa providence. La constance irraisonnables à se conformer à lei par suite à cet ordre universel, ne déjà, d'une certaine manière, la v suprême auteur. Chez les êtres irrais cette constance est nécessité. Vobi faire le bien n'est que la néc( incombe à tout être d'agir suivant tiens naturelles, ou de tendre convenable, nécessité transporte sujet intelligent et libre. Par Tinl Thomme a conscience de cette lo liberté, il s'y soumet spontanémen même temps sa conscience lui di tenu de s'y soumettre (0.

C'est là précisément le sens

(1) Saint Thomas, Somme théoloi q. XCIII; q. XCIV, art. 2. - Voir Conférences de Notre-Dame, Carême de 18 déments de la moralité, Paris, 1891, et 399-405.

nations naturelles, il en est cer rhomme doit réprimer et con qu'ainsi il ne saurait trouver là V de sa règle de conduite. SainI répond à cette difficulté : « Quan< éléments entrent en composition il arrive qu'une chose convient à selon sa nature particulière^ et qu lui convient, selon la nature du toi cette considération, il est naturel concupiscible de tendre à la ( sensible ; mais si Ton prend ce mê comme appétit humain, il lui est tendre à son objet sous la cond raison. Ainsi le mouvement sans f porterait vers son objet, ne lu naturel en tant qu'il est faculté h faut dire plutôt qu'à ce point de contre sa nature(i). »

Que la sensibilité de l'homme beaux sons et les belles couleurs bon et convenable, puisque ce naturel. Mais la sensibilité, qui (

(1) In Ub, Sent,, II, dist. 30, q. I, art. 1

164 MORALE DE l'ORDRE

maîtresse chez lanimal, dans rhomme, être nable, doit rester sous Tempire de la . Par suite, tout mouvement de la sensique la raison ne conduit pas, ne e pas, est vraiment contraire à la î humaine, est désordonné, déréglé, ement mauvais. Nous sommes tenus )ordonner les facultés inférieures aux îs supérieures.

s avons donc le devoir de tendre à , qui nous convient en vertu de nos >ns naturelles. Est-ce à dire que la 3 du devoir s'étend aux limites mêmes sphère du bien ; en d'autres termes, •ut bien est obligatoire ? Nullement, renoncé de notre devoir, le spiritua- Iraditionnel a coutume d'unir ensem- ) deux formules : « Il faut faire le bien, éviter le mal (0. » Gomme s'il disait :

sommes tenus à faire le bien en tant (?st opposé au mal. Nous ne sommes

'oir en particulier saint Thomas, I-II, , art. 2.

MORALE DE l'ORDRE 165

pas obligés à faire tout bien, par suite le mieux. Ce qui nous est imposé, c'est le bien dont labsence apporterait à notre nature une disconvenance positive.

Et saint Thomas, cherchant à préciser Tétendue de nos obligations, ensei, s'étendent aux inclinations 7;;'^/??

mentales, essentielles de la nat quee natura .. primo inclinât. » ] quelques exemples : tendance à nécessaire à la conservation de tendance à ce qui est néceî conservation de Fespèce, tenc qui est nécessaire à Texercice tés proprement humaines ; p?

défendu ce qui va directer destruction de l'individu, à* tion de Tespèce, à la corruption c tés ; tel le suicide, les vices de k bli des enfants à élever, tout p traire à la vie sociale, l'ignoranc à regard des vérités premières.

Ainsi subsiste la ligne de ci

( I ) Somme théologique, MI, q. XCI

MORALE DE l'oRDRE

melle entre les choses de précepte et jes de conseil. Et cette ligne de ition, les philosophies qui s'inspirent moins de Kant ont peine à la mainmême l'effacent simplement. La rai- 5st facile à saisir. Toutes ces philoso- Lous l'avons vu, partent du devoir de la notion toute première en moles superposent le bien au devoir, d'établir le devoir sur le bien. Le a ce qu'il faut faire. En conséquence, sn sera obligatoire, et nous serons tout ce qui nous apparaît bien, fûtîux. Confusion contre laquelle la raii conscience protestent. Elles n apsent pas à ce point le caractère impéla loi naturelle. Aller positivement ctte loi est toujours mal : ici la proest absolue. Agir conformément à est toujours bien : mais la loi natucommande pas de façon impérative actes qui se trouvent être conformes î. Ce serait obliger l'homme en tout ut au plus parfait, à l'impossible.

1, comme dit saint Thomas, est pro-

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prement et nécessairement obligatoire, sans quoi les tendances essentielles de la nature ne sauraient subsister.

Mais la différence capitale qui sépare la morale spirilualiste traditionnelle de toutes les morales dérivées du kantisme, porte sur la question de Vautonomie de la volonté et de l'obligation. Dans ces morales, c'est la volonté qui se dicte à elle-même sa loi. La dignité de la personne humaine, qui est fin en soi, ne souffre pas, dit-on, qu'elle reçoive sa règle du dehors. Bien plus, toute règle imposée du dehors serait incapable d'engendrer une véritable obligation ; elle ne pourrait faire l'objet d'une soumission spontanée et libre, partant morale.

Le spiritualisme traditionnel entend les choses de façon tout opposée. L'homme, en sa qualité de créature, est un être essentiellement dépendant. Il peut en coûter à son orgueil de l'avouer, mais la vérité est là qui le lui crie, et, en somme, l'homme n'est grand qu'en se conformant à la vérité. Si l'homme

tre son origine, son point de [it aussi d'un autre sa fin, son e, par suite la règle à laquelle tre sa conduite pour aller d un re. Il est contradictoire qu un nt ne relève que de lui-même sition de ses actes, qu'un être .r le fond de sa nature soit le lorale indépendante. L'homme 3, astreint à un devoir : toutes non purement et simplement le reconnaissent. Mais obligadisent précisément relation de L regard d'un être extérieur et

raison de ce qu'on appelle Yhéla transcendance de la morale oui, c'est envers l'Être suprêieu, que l'homme est obligé, et nière de Tobligation qui le lie e universel, dont il fait partie à iture libre, est non pas son 'œuvre de cet Être suprême qui alisation. Et il faut ne pas comberté pour dire que la soumis-

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sion à une règle extérieure ne p volontaire, spontanée, morale*

Une troisième notion fonda morale, après celles de bien et d( la notion de mérite.

Le mérite peut se prendre de d Ou bien il s'entend de la rétribi acte demande à titre de retour pour l'avantage procuré à autr cette manière que jadis on sen envisagé principalement, par ex( Thomas qui, en ce sens, fait du droit à la récompense, au salaire merces (0. Ou bien il signifie la C( même qui suit naturellement moral. Si Thomme excerce sa gir conformément à Tordre, il tienne, et cela d'une nécessité puisqu'il agit en conformité nature. Chaque faculté se pe

(1) Somme théologique , I-II, q, GX art. 3.

îice convenable. Plus particula volonté acquiert par une actinie à la règle un accroissement ►n, de perfection morale. On peut t accroissement de perfection par 'te. Par contre, Thomme veut-il B à Tordre : il perd de sa perfecdégrade, il démérite, et cela ennécessité inéluctable puisqu'il activité contrairement à sa na-

'était pas inconnu aux anciens, icrit saint Thomas, où existe un e d'une fin, il est nécessaire que m de Tordre conduise à la fin, llance à Tégard de Tordre exclue Or Dieu a ordonné les actes vue d'une fin bonne à atteindre, de nécessité que, si qet ordre est jx qui s'avancent par lui, atteibonne, en quoi consiste la récomceux qui s'en éloignent par queln soient exclus, en quoi consiste (1). »

ontre les Gentils, liv. III, cap. cxl.

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Mais la fin de rhomme n'est paî chose d'ajouté artificiellement à s C'est le plein développement, leçon nouissement de sa nature même ainsi un lien de nature entre la réglée de Thomme et sa perfection, aussi entre la vertu et le bonheur ; qu'on peut appeler mérite natureL

Notons que cette ascension ou cel dation naturelle, considérée au poi moral, atteint directement la facult ment humaine et morale, celle qu sèment le pouvoir de se conformer soustraire librement à Tordre uni\ lui manifeste la raison, à savoir la La volonté est le sujet propre du du démérite. D'autant que cet ordr sel est immuable, imprescriptible nos atteintes physiques ; nous ne p transgresser que par l'intention, coi aussi par l'intention que nous nous lui : or Tintention est du ressort ( lonté.

Mais voici un homme qui mange pour le plaisir de manger, qui travaille précisément pour amasser de Tor, qui s attache tellement à ce plaisir ou à ce gain qu'il y constitue pour le moment sa fin suprême, c'est-à-dire qu'il tend par sa volonté à soustraire un ordre partiel à la relation naturelle qui le rattache à Tordre universel. L'acte devient, du fait de la volonté, désordonné , déréglé, par suite moralement mauvais. L'acte matériel pourra obtenir ce à quoi ses éléments naturels sont proportionnés : contenter le sens du goût, accumuler entre mes mains de l'or. La volonté, par son défaut de rectitude, éprouvera une déchéance morale, subira une diminution de valeur morale : ce sera le démérite naturel.

Par un procédé contraire, Tacte de manducation ou de travail , soit manuel , soit intellectuel, peut monter en valeur morale.

Il est dans l'ordre que le moins parfait soit rapporté au plus parfait, l'inférieur au supérieur. Je puis manger ou travailler non seulement pour éviter la faim et la misère, mais pour permettre à mes facultés intellec-

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