‹ Anarchie morale et crise sociale (volume 2)Chapitre 8 sur 18 · FT T · texte numérisé non relu

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incapable de croire, il l'était également de douter complètement. (0 »

Il n'y a pas lieu de beaucoup s'étonner de ce vide religieux chez Tolstoï. Sa mère, qu'il avait perdue en bas âge, semble ne lui avoir donné l'exemple que d'une religion ardente etexpansive, mais tout extérieure et formaliste. Son père, nous l'avons dit, ne croyait ni à Dieu ni à la morale. Et, autour de lui, on ne rencontre personne à la religion forte et éclairée.

Avec la foi au christianisme, c'est la notion même de Dieu qui fut bientôt atteinte en lui. Il avait à peine douze ans quand un de ses camarades lui raconta que les élèves de son lycée avaient fait une grande découverte :

« Dieu n'existait pas ». — Cette nouvelle lui parut « très amusante, dit-il, et tout à fait possible ». Plus tard, quand son frère aîné, Dimitri, s'adonna tout à coup à la religion avec une passion ardente, cela n'éveilla chez

(1) Anna Karénine. Paris, t. II, pp. 78-79.

des grands événements, des grande €t des grandes douleurs, Timage s

Kitty, la femme de Lévine, est mal soudain. « Seigneur, ayez piti pardonnez-nous, aidez-nous, disait de son cœur ; et lui, Tincrédule, éc ne connaissant plus ni scepticisme invoque Celui qui tenait en son pc ame et son amour. »

C'est que Thomme se retrouve lement religieux quand le seni son impuissance Tétreint. Et cett pas aveugle ni vaine. L'âme, qui conscience de son néant la nécc être supérieur, voit juste, et le cri ( qu'elle jette vers lui est raisonne parce que l'homme ne se suffit même, c'est parce qu'il se sent i à régler les événements dont il time, qu'il se reconnaît contraint ner devant un être qu'il appelle D

Mais, alors qu'il écarte Dieu, il n plus à voir dans le jeu, souvent tei

[?nts que la force inflexible de la fatast ce qui arriva à Tolstoï. Fatalisme oux, puisé clans ces dictons de bonnes e, dans son enfance, il avait entendu autour de lui : « On n'évite pas sa î », — « A force d'aller mal, tout i. » Et ces sentences, assure-t-il, exercé sur lui, aux heures difficiles, luence calmante. Oui, mais c'est le ans Tapathie et Findifférence. Falaantôt écrasant, comme il apparaît grands drames delà guerre, ce mysa obsédé Tolstoï.

les récits militaires, vivants et its, de Guerre et Paix, tout, remarie Vogué, converge « vers cette idée, pée dans l'appendice philosophique an : Faction des chefs est vaine et tout dépend de Faction fortuite des unités ; le seul facteur décisif, c'est mprévu qui soulève, à certaines cette collection d'âmes en équilibre I, une armée. Les dispositifs de ? Qui en tient compte sur le terrain, les milliers de combinaisons pos-

sibles ? Le coup d'œil du génie ? Mais le génie lui-même ne voit que de la fumée, les informations lui arrivent et ses ordres partent toujours trop tard. Le cl entraîne ses troupes ? Il entraîne di quante , cent hommes sur cent mill( un rayon de quelques mètres, et le i lendemain, dans les bulletins ! Au des trois cent mille combattants qui gent dans la plaine de Borodino, il invoquer que le vent du hasard, s( la victoire ou la défaite. (Ô »

Napoléon déclare la guerre à la « Ces événements se sont accomplis pan devaient s'accomplir, et il arriva aii des millions d'hommes, répudiant te sens et tout sentiment humain, se en marche de TOuest vers l'Est pou massacrer leurs semblables, comme ques siècles auparavant, des hordes i brables s'étaient précipitées de l'Es l'Ouest, en tuant tout sur leur passag

« Les prétendus grands hommes i\ que les étiquettes de l'histoire : ils d<

(1) Le Roman russe. Paris, 1886, p. 300.

aux événements, sans même me les étiquettes, le moindre

fait lui-même. Aucun des actes >i-disant arbitre n'est un acte

il est lié a priori à la marche \ rhistoire et de Thumanité, et

est fixée à Tavance de toute

tants de Moscou désertent en

ville. « Ils partent parce qu'ils le cela devait être ainsi. » —

inconsciente est seule efficace. »

e produit quelque chose que s'il e laisser entraîner aveuglément nage des faits. S'il veut pénétrer

a dans l'histoire, il perd pied et pé d'impuissance (2).

oir vidé le ciel, le nihilisme de ouille de son auréole toute auto- "e. Ce que nous appelons autorité

re et la Paix, t. II, pp. 217, 219.

II, pp. 85, 197.

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est, à ses yeux, affaire de pure convention.

Les plus forts ont pris puissance sur les plus faibles, les ont fait servir à leur ambition ou à leur cupidité, et, la coutume «'^♦«^i'«sant, ils se sont attribué le droit mander. D'ailleurs, le prestige de est fait tout entier de vaines appan clinquant, de panache, de galons d( pose. Lorsqu'on fait descendre le d de son piédestal, qu'on lui arn masque et qu'on le dévisage, on i plus qu'un homme comme le demie nous. Et Tolstoï se plaît à montrer 1( souverains dans leurs menues actio petites manies, leurs défauts d'hon

Passant la revue de ses troupes, « reur Alexandre resta quelque tempî « Gomment peut-il être indécis ?

Rostow, mais cette indécision 1 aussi majestueuse et aussi pleine d( que tout ce que faisait l'Empereur

Dans Résurrection, il s'attache ( diter les institutions judiciaires, ei

(1) La Guerre et la Paix, t. I, p. 275.

turant les juges. Le président de la cour d'assises fait des haltères dans son cabinet en attendant ses collègues. Un autre juge, celui qui arrivait toujours en retard, avait commencé, ce matin-là même, un nouveau régime pour son catarrhe d'estomac. « Il •Bvait rhabitude de deviner, par toutes sortes de moyens de hasard, des réponses à des questions qu'il se posait intérieurement. II s'était dit cette fois que, si le nombre des pas qu'il aurait à faire pour aller de la porte de son cabinet jusqu'à son siège, se trouvait être divisible par trois, c'est que son nouveau régime le guérirait. Or il n'y avait en tout que vingt-six pas ; mais au dernier moment le juge tricha un peu, fit un petit pas de plus et arriva à son siège en comptant le vingt-septième. »

Jamais Tolstoï ne se demande s'il ne faudrait pas distinguer la fonction de la personne. La personne peut conserver les petitesses, les mesquineries, toutes les défaillances et les lacunes de l'humanité. Le principe et la raison de l'autorité sont ailleurs.

MB-«

Le besoin de vivre , le droit de vivre qu'à la société impose à ceux qui en font partie le devoir de suivre , en vue et dans les limites du bien commun, la direction de celui qui est à sa tête , ejt par suite confère à celui-ci le droit de diriger, de commander. Qu'il y ait des usurpateurs, des tyrans, des chefs incapables, insouciants et prévaricateurs, ou des maniaques, il reste toujours qu'une autorité, ayant droit à Tobéissance, est de Tessence de toute société véritable , comme il reste que la société est la condition naturelle et meilleure de Fhomme. C'est par elle seulement qu'il peut développer pleinement ses aptitudes comme aussi donner satisfaction à son besoin de bienveillance et de dévouement.

Pour Tolstoï, Thomme qui obéit à la loi adore une « idole creuse ». Le citoyen soumis, c'est toujours plus ou moins le soldat qui suit aveuglément une consigne dont il ne connaît ni la portée ni l'origine.

« Dernièrement, je passais sous la porte

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vitsky, à Moscou. Sous la voûte était 1 vieux mendiant estropié, la tête e d'un bandeau. Je tirai ma bourse [ donner quelque monnaie. Au même je vis descendre du Kremlin et ers nous un grenadier jeune, gaillard )nne mine dans son uniforme. A la soldat, le mendiant se leva, épou- )t s'enfuit en boitillant dans le jardin Ire, au bas de la colline. Le grenapoursuivit un moment en lui criant ures, parce que cet homme avait enu à la défense de s'asseoir sous la

étendis le soldat, et, quand il me je lui demandai s'il savait lire. « Mais irquoi ? — As-tu lu l'Evangile ? — Je

— As-tu lu le passage : « Celui inera à manger à un affamé... » Et citai le texte. Il le connaissait et ;ait avec attention. Je vis qu'il était

Deux passants s'arrêtèrent, nous t. Évidemment, le grenadier était aise, il ne pouvait accorder ces conons: le sentiment .d'avoir mal agi,

tout en accomplissant strictement son devoir. Il était trouble et cherchait une réponse.

« Soudain, une lueur passa intelligents ; il se tourna ver « Et toi, as-tu lu le règlemen J'avouai que je ne Favais pas lu toi », reprit le grenadier. Et, s( rieusement la tête, il s'éloi^ délibéré (0. »

« C'est le seul homme que dans toute ma vie, ajoute T( résolu avec une logique seri question qui se dressait devant de notre état social et se dress homme qui se dit chrétien. > rencontre des préceptes éva société civile repose sur un esprit, sur une lettre morte.

Mais Tolstoï ne s'en prend ] au caractère supérieur de Ta veut à toute société qui fait aj pour se maintenir , c'est-à-din toute société humaine. Il conda:

(1) Ma Religion ; traduction par M

IIHILISME DE TOLSTOÏ

de tout délit. Le nihiliste list?.

t plutôt la tendance quiétiste e, nous en parlerons plus tard.

me de Tostoï se donne pleine , au sujet de Thomme luiu les psyeho- physiologistes psychologues positivistes, et, 'effet de son éducation pre-

livré à eux sans résistance.

une sorte de candeur enfanfoi aveugle du primitif à des jurées, qui parlent aux sens(i).

algré sa culture, est resté un

que le même Tolstoï écrira plus nces ignorent les questions de la ses de toutes les sciences ne sont is portée... On trouve dans la phyhologie, la biologie, la sociologie, esprit stupéfiante, une prétention résoudre des questions sur lesont pas compétentes. Elles n'aboure le penseur en contradiction per- ; autres penseurs et souvent avec Confession,]

primitif. Le Slave a été fasciné pi la prétendue science de TOccide

Anna Karénine, roman hau rai par d'autres côtés, est la mi:

des doctrines de Técole de Taine Nos sentiments sont commandé:

que nous pouvons poursuivre le par les dispositions de notre or passion se déroule fatale comix nos organes.

Parfois Tolstoï arrête le récit ter. Il le fait avec la gaucherie qui répète une leçon trop fidèlen Mais la leçon est toujours un s^ tiviste, lu dans un livre franco l'observateur si sagace et si dél d œil si sûr comme à Texpressio si vivante , le romancier si vrain logue devient théoricien nuageu pédant. En même temps, le sim^ explications fait sourire. On se présence d'un homme qui, vo] tableau noir le tracé graphique ments réflexes, s'imagine avoi] mystère de la vie.

Mais, ainsi qu'il arrive, la simplicité des solutions ne contente point son esprit, et, comme il n'en conçoit pas d autres , il gémit des ténèbres où il reste enseveli, et, tout ensemble il prend comme plaisir à les épaissir de ses mains. 11 proclame rimpuissance de Tintelligence à percer les raisons des choses, toutes transformées en mystères insolubles. L'esprit humain doit se borner à constater quelques faits, à les enchaîner en quelques courtes séries : tous les pourquoi, tous les dessous des phénomènes , même les premiers, lui sont à jamais voilés. Ignorabimus : c'est la seule vérité qu'il nous soit donné de formuler. Et « la vie ne serait-elle pas quelque stupide et méchante plaisanterie qui nous est jouée par quelquim W »?

D ailleurs, « personne n*a raison, personne n'a tort ». Si profond est le mystère des choses qu'elles se prêtent également aux affirmations opposées. « Tout ce que je pense,

(1) Ma Confession y p. 54.

tout ce que je crois, est-ce autre chose qu'une obscurité ? » se demandait le prince André.

Blessé grièvement à Austerlitz, le prince gît défaillant sur le champ de bataille, les yeux attachés au ciel.

« Il ne vit plus rien que bien haut au-dessus de lui un ciel immense, profond, où voguaient mollement de légers nuages grisâtres. « Gomment ne Tavais-je pas remarquée plus tôt cette profondeur sans limites?... Oui, tout est vide, tout est déception, excepté cela!... Je serais si heureux, si calme, si je pouvais dire : « Seigneur, ayez pitié de moi ! Mais à qui le dirais-je ? Ou un "* mensurable , incompréhensib puis m'adresser, que je ne pu mer par des mots , le grand T Rien, — ou bien ce Dieu qu dans cette amulette que m'adi Rien, il n'y a rien de certa néant de tout ce que conçoi de quelque chose d auguste qi pas (0. »

(1) La Guerre et la Paix, t. I, pp

question plus angoissante, et Tolstoï s'est mis souvent en face de la mort. Il Ta peinte avec une émotion et upie grandeur saisissantes, et aussi une désespérance affreuse, que traversent seulement de vaines lueurs.

Dans Anna Karénine, Tagonie du misérable Nicolas dans une chambre d'auberge est, a dit M. de Vogué, « une des omvres d art les plus achevées dont une littérature puisse s'enorgueillir... Chaque parole tombe du lit deTagonisantavecje ne sais quel retentissement sourd dans Tinconnu : on nous montre le phénomène à la fois trù^s simple et infiniment mystérieux. » Mais c'est comme un écroulement dans le néant.

Ivan Iliitch, le vieux juge au tribunal de Saint-Pétersbourg, atteint d'un mal incurable, se sent mourir, s'écoute mourir. Il pleure sur sa situation désespérée, sur son affreuse solitude, sur la cruauté des hommes, « sur la cruauté de Dieu, sur l'absence de Dieu ». — « Pourquoi as-tu fait cola ?

Pourquoi m'as-tu créé ? Pourquoi me tortures-tu si atrocement ? » Il n'attendait pas de réponse, et pleurait de n'en pas obtenir, de n'en pouvoir obtenir.

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moins, les délivrer, et me délivre même de mes souffrances. Gomme c'€ et' comme c'est simple! pensa-t-il...

mal, où est-il ? Où es- tu mon mal ?... mort ! Elle n'existe plus. » Il fit un ment d'aspiration, qu'il n'acheva pa raidit. Il était mort.

Cest simple, oui, mais, vraimen trop simple. Gomment croire que avoir versé sur le monde cette petite de bonté, Ivan Iliitch a rempli sa de; Comment croire que toute notre d'être sur cette terre se borne à fa autres le don de sa bienveillance ? Gr à ce seul point que Tolstoï en est arr à peu à réduire toute la vie et mên vérité. En dehors de cette vague et selle sympathie, rien n'est vrai, rien la peine d'arrêter un instant l'atten le désir de l'homme. C'est la seule li éclaire notre vie, la seule qui éclair dernière démarche. Au-delà qu'y « Dans l'infinité du temps, de la mat

Tespace, une cellule organique se forme, se soutient un moment, et crève... Cette cellule, c'est moi (0 ! » Disparaît-elle tout entière ?

Tolstoï s'en prend amèrement à renseignement de rÉglise qui présente cette vie comme un temps d'épreuve et de mérite dont la sanction est au-delà. Et cependant comme cet enseignement, appuyé et coniBrmé par les invincibles aspirations de l'âme humaine, est autrement fortifiant que ce feu follet qu'il fait luire un instant devant no3 yeux ! Feu follet : car nulle part, Tolstoï ne prend un instant la peine de justifier cette bonté à laquelle il réduit toute notre fonction d'être humain. Pourquoi nous renoncer en faveur des autres. Pourquoi tendre au bien des autres ? Nulle raison n'en est donnée. Et cependant quelque raison ne serait pas de trop pour nous persuader de sacrifier notre intérêt pendant ce court trajet entre deux néants.

Oui, cette solution est vraiment trop simple. Et cependant Tolstoï va prendre à tache de la simplifier encore. Cette bienveil-

(1) Lévine dans Anna Karénine , t. II, p. 338.

îance est d autant plus parfaite qu'e plus inconsciente. Nous lavons e] dire plus haut : « L'activité inconscic seule efficace. » La mort par exce cest la mort inconsciente, par où vivant se retire silencieux d'un mon ne s'émeut pas de sa disparition.

Telle est la thèse mise en scène n fois par Tolstoï, en particulier da Trois morts. Là barinia de Schirkinsl va demander en vain la santé à un ci clément, cause bien de l'émoi autour pour mourir. Au lieu d'invoquer Diei ardeur et larmes, que ne se livre-t-el fatalité ? Combien plus sage est le r Fédor qui agonise sur son poêle, rc gémissant à peine ! Avant de moij lègue ses bottes neuves à un jeune gs seule condition qu'on lui achète une pour sa tombe. Un matin, le bras ma velu qui pendait le long du poêle étai et livide. On enterra le lendemain le ] moujik dans le nouveau cimetière rière le petit bois.

Celui-là meurt bien qui est satisfi

de rêtre s'abandonnant à Tinvinci] qui le confond avec le grand tout :

la mort enviable par excellence.

Et c'est précisément à cette imp de la nature que rhomme ne peui gner. Celui qui survit proteste, va contre elle. Le mourant ne peut passer en son âme. Naturelleme:

débat avec horreur contre la viol lui est faite. S'il n'espère rien rhorreur ira jusqu'à l'angoisse et î poir. Seules, les espérances éternel!

neront en son âme la sérénité. Dar l'autre cas, il se sent d'autre nal l'être sans raison qui vit sans cons^ se couche à terre inerte. Il porte e aspirations infinies qui ne sauraieni et aussi, il le sent, qui ne sauraieni

Au milieu de cette immense r qu'est le cimetière du Père-Lachais( le monument Aux Morts. Au centr< une porte dans l'obscurité. Un h( une femme viennent de franchir,

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sa main sur Tépaule de Tépoux, prême. Que trouveront-ils au delà?

! .côté de l'ouverture mystérieuse it deux théories d'êtres humains, ceux dont le temps est accompli»

clinés sous la destinée, une autre iur le sol, une autre se retournant adieu à la vie. A gauche, ceux qui core : ils se couvrent les yeux de is, ou se débattent contre la fataes pousse, ou implorent en vain ges de désespoir ou de terreur, itre-bas, dans un enfoncement is le seuil, un génie étend les bras Dupe de corps étendus, un enfant travers des cadavres de ses parents, laroi on lit ces paroles dlsaïe :

Sur ceux qui habitaient

Le pays De Tombre de la mort, Une lumière resplendit.

ée est belle. Pour qu'elle fût comt c'était, paraît-il, un peu Tidée de M. Bartholomé contrariée par 3 d'une administration sectaire —

le génie devrait lui-même ouvri suprême, et faire lire au seuil les vie ; et sur le sommet du mon dresserait la croix, confirmation rances de la raison humaine et assurée de la résurrection future l'on comprendrait l'attitude de qui, seule dans le groupe des d calme, prie à genoux. Et Fimpn fatalité et de néant qui se dégage ( nument serait dissipée par le raye de notre immortalité.

L'homme n'est point fait pour contre lequel sa nature proteste, et lisme est une doctrine anti-humain

Retour au pur évangile avec Soulaïev ; moins qu'évolution naturelle. — Mettre notre boi bien des autres, sans s'inquiéter de notre di sens de la vie. — La maxime : ne pas réj chant/ résumerait la doctrine du Christ. L'a sel devient notre vie, l'être de notre âme, 1 — La guerre n*est qu'une boucherie : elle même chez Tolstoï, ses héros. — Bondarefi la loi du travail manuel : pétris ton pain ion front, solution de toutes les difficulté! La civilisation est coupable de tous les mai dans l'école. La vie de famille. Divers nihil

« Pendant trente-cinq années d écrit Tolstoï en tête de son livre : A (1884), j'ai été nihiliste, au sens mot : non pas socialiste et révolu mais un homme qui ne croit à rî cinq ans, la foi me vint ; je crus à 1 de Jésus, et toute ma vie chang ment. Ce qui, auparavant, me para me parut mauvais , et ce qui me mauvais, me parut bon. Il m'arr

mour ; d'autre part, c'était la for violence ou érigées en principe ou ai par de coupables complaisances. (0

C'est au milieu de ces recherch ces perplexités qu'il rencontra le Soutaïev. Vassili Soutaïev, de Ch était un des hommes les plus pieu:

village. Il avait plus de cinquar quand il se mit en révolte contre le j lui reproche de former une secte :

forme pas de secte, réplique-t-il ; je que devenir un vrai chrétien et y les autres. — Et en quoi consiste christianisme ? — Dans l'amour et vérité. — Qu'est-ce que la vérité ?

lamour dans la vie commune. »

Tolstoï se met à l'école de Sou s'aperçoit bientôt que Thomme du voit plus clair que l'homme de sciei le mystère de la vie. L'Évangile n^ pas dit : « Il a été caché aux sages été révélé aux enfants et aux simple lors, toute la philosophie et toute la de Tolstoï sera la doctrine du me

(1) Ma Confession,

fession ne se fit pas subitement, mais que les mêmes idées, plus clairement exprimées dans mes derniers écrits, se trouvaient en germe dans les premiers ; le changement ne me parut subit que parce que j'en eus subitement conciences. W »

Là est la vérité. Depuis son premier roman jusqu'à ses derniers ouvrages, Tolstoï a vécu sur un même fonds de doctrines. Les contours de sa pensée ne se sont arrêtés que peu à peu. Mais sa philosophie réfléchie est sortie tout entière de la philosophie plus ou moins consciente de ses premières œuvres.

Ce n'est qu'en 1882 que des fragments de Ma Confession commencent à circuler en manuscrit parmi la société instruite de Saint-Pétersbourg et de Moscou. Or nous avons précédemment signalé dans les Souvenirs (1852 à 1857) l'épisode caractéristique de Gricha le simple, que l'on peut rapprocher du récit de la mort de Nathalie Savichna, la vieille et fidèle domestique, dans le même ouvrage.

Le roman Guerre et Paix a été terminé en

(1) Tolstoï et la Philosophie de V Amour, par G. Dumas. Paris, 1893, p. xi.

de ses personnages principaux, le rre, trouve, sur la route de Pétersioux franc-maçon Basdeiowqui lui bonheur et le prix de la vie dans [nent au prochain. Prisonnier des L Moscou, il rencontre son Soutaïev Tsonne de Karataïew, le paysan à )hie résignée, à Tâme douce et ai-

e d'Anna Karénine est qu' « il faut r Dieu », c'est-à-dire pour Famour é. C'est le moujik Fédor qui jette 3 de Lévine cette parole qui- germe

attendrie et ardente, tion qui se pose à propos de la con- I Tolstoï est donc plutôt celle-ci :

sn faut-il avancer les relations de îc Soutaïev, relations que les bioe font généralement commencer

? ou bien : Tolstoï n'aurait-il pas

en l'attribuant à Soutaïev, une léjà ancienne en son âme ? Cette ^pothèse nous semble la plus vrai-

En tout cas, il n'y a pas solution ité dans la pensée de Tolstoï.

[ Mais il est temps de pénétrer plus avant

f dans cette pensée.

Il existe des raisonneurs, dit-il, qui se mettent en quête de l'origine de la vie. Question insoluble, vaine d'ailleurs. Ce qui importe, c'est de bien user de la vie ; et, à cet effet, il suffit d'en connaître le but. Pour faire mouvoir son moulin, le meunier n'a qu'à en ajuster les rouages : le grain se moudra de lui-même. Qu'a-t-il besoin d'étudier la rivière ? Pour tout homme, vivre, c'est poursuivre le bonheur ; la vie, c'est le désir du bien-être.

Mais ce que je désire, chacun le désire aussi. Ainsi mon activité, mon individualité se trouvent sans cesse menacées par toutes les autres activités et individualités conjurées contre elles. Comment sauver d'un semblable assaut les jouissances que je convoite ? D'autre part, mon existence, par sa nature même, n'est qu'un acheminement vers la mort, vers cet état où disparaît toute vie individuelle avec la possibilité même d'une jouissance personnelle. A entendre les

QUIETISME DE TOLSTOÏ

cette perfection, c'est comme ou par choc en retour, mais à le condition de n'y pas viser, formellement cet avantage qui ^ous sommes dans la pure doejtistes W , doctrine qui contredit it notre nature, mais les condit être possible : elle voudrait ne à se traiter lui-même comme , pas, à se vider tellement de t lui qu'il deviendrait étranger

nent nous interdire de rechernous sommes et d'où nous itoï veut que nous soyons tout s en avant : pas de regards sur , pas de regards sur notre orit une course les yeux fermés ndamne. Il imagine, s'il était nouvement qui aurait un point pas de point de départ. Au il ramener à ce mouvement

mes et Problèmes, Paris, Retaux, 1900, 'tu kantienne et Vertu chrétienne^

aveugle notre activité dans Tore notre perfection. Mais c'est de h sance de sa nature et de son or l'être intelligent déduit la conna sa destinée. Le sens de la vie tel q çoît Tolstoï est un non-sens.

Ce meunier qu'est l'homme ne se jamais à faire fonctionner son c'est-à-dire sa nature, sans cherc naître le secret de ses rouages , et Teau qui les met en mouvement, e1 elle les met en mouvement. Lui cette recherche, c'est le décapil meilleures et de ses plus nobles fr ces facultés, c'est l'homme lui-m

La doctrine de la bonté univerî désintéressement absolu , Tolstoï l'emprunter à TÉvangile. « De enfance, écrit-il dans Ma Religic que je commençais à lire TÉvang:

me touchait et m'attirait le plu partie de la doctrine de Jésus où i

: QDIETISME DE TOLSTOÏ

jinilité, rabnégation et le devoir e bien pour le mal... Dans les 5 Sermon sur la Montagne se dégairs pour moi de tout le reste que chose d'exceptionnel. Aussi

je lisais le plus souvent. Nulle lc parle avec autant de solennité ; il ne donne des règles morales , plus accessibles, qui trouvent dans le cœur de chacun ; nulle adresse à une foule plus grande

peuple... Je cherchais donc la mes doutes dans les trois chaatthieu v, vi et vn, au Sermon gtgne. » Et là, entre toutes, ces

frappé Tolstoï : « Il a été dit :

il et dent pour dent; et moi je ne point résister au mal que Ton ire. »

sister au méchant, telle est la

la doctrine de Jésus , le pivot de geignement. Il nous ordonne de e joue , de céder notre manteau, sans plainte persécutions, sup- )as. Après cela, est-il possible de

LE QUIETISME DE TOLSTO

se dire chrétien « et de travailler c ditation à rorganisation de la pn tribunaux, de TÉtat, des armé cela , c'est la contrainte et la vioL dit encore : « Ne jugez pas » ; réprouve de nouveau tout notre sy ciaire. Il dit « Ne tuez pas » ; cela N'ayez pas d'armée, ne faites pas « Ne jurez pas » ; c'est-à-dire :

serment ni aux tribunaux ni au ti Le grand commandement du Cl Tolstoï, n'est donc pas d'aimer prochain comme soi-même. Le p lequel il prétend innover sur tout gions précédentes, c'est la non au méchant. « Je ne pus de m accoutumer à cette étrange idé dix-huit siècles pendant lesqueli Jésus avait été professée par de d'êtres humains, après dix-huit s dant lesquels des milliers d'homn consacré leur existence à l'étude c je me trouvais la découvrir comi chose de nouveau. Quelque étrauj pût être, il en était ainsi. »

Oui, certes la doctrine du Cl doctrine de miséricorde et de bonté s'est épanchée sans mes les hommes, plus tendre enc souffrants et les humbles. Mais c Christ qui a revendiqué hautem de la vérité et de la justice coi risiens , les intrigants et les hy] a maudit la richesse mal acqu a montré dans les supplices le a sible aux misères de Lazare ; c' Christ qui a formulé à tant de r( rible doctrine de Tenfer, et qi redoutable appareil des suprême genre humain paraîtra devant Ti juge.

Toutes ces pages et celles qu vendeurs chassés du temple o

faite par Tolstoï des choses absoluti tantes. Le premier verset de FÉvang Jean est ainsi traduit : « Le fondera mencement de toutes choses est la c de la vie. » — Le verset 49 du chap. i « Où donc m'avez-vous cherché? ] pas qu'il faut chercher le Fils dan son Père ? »

stérile frappé de malédiction, ont été omises par Tolstoï , « parce qu'elles ne contiennent , e partie de la doctrine chré- )ornent à noter des événements }assés avant , pendant et après mseignement de Jésus. Elles ne dnsi aucun élément à la déterla doctrine du Christ; et on ne dire plutôt qu'elles la renbarrassée et plus difficile ». — vie et dans les paroles de Jésus, ;re enseignement. Jésus a vécu îomme il a mis en doctrine ce Tolstoï ne pouvait avouer avec mr qu'il établit un partage arbies préceptes évangéliques, qu'il s et néglige les autres, tte mutilation, tout ce qui reice tombe de l'enseignement de y a une doctrine de la justice gile. Les passages que nous ignaler entre bien d'autres le l'évidence. Il y a une doctrine ms laquelle l'amour serait faim s'unissant au sentiment de la

justice que Tamour garde tout s et sa mâle vigueur, qu'il se défe toute déchéance. En Dieu, Tamo tice, et la justice est amour.

Quant aux théories anarchiqi attribue à l'Évangile, il serait trop blir que Jésus a toujours professé envers Fautorité civile et l'oblige soumettre aux lois légitimes. Il ^ rende à César ce qui est à Gésa défend d'avoir rêvé de boule\ sociaux et de transformations po îie conteste pas la validité des <iui le jugent. Il dit même à Pil n'aurais aucun pouvoir sur moi , s' donné d'en haut. 0) »

Cependant c'est à la doctrine tilée de Tamour que Tolstoï rai

0) Il est vrai que Tolstoï traduit ains *< Tu n'as aucun pouvoir. Le pouvoir i qu'à Dieu. » (Saint Jean, xix, 11.)

0. Bien plus, cette doctrine te vérité et toute morale. La st la connaître ; le bien , c'est Notre vie , cette vie par laquelle es vraiment hommes, que disté même de notre âme consiste à :» pénétrer, absorber par cette a pas d'immortalité individuelle rès la tombe. A la vie personj, dit Tolstoï, n'a cessé d'opvie commune qui se fond avec fite , passée et future de Thumal'humanité qu'il entend quand la résurrection du « Fils de et c'est dans Thumanité que la et la vie se perpétuent. Mon luel, ma « conscience tempo- ^ent s'éteindre. Ce qui ne saurait mon rapport avec le monde ; et moi essentiel. En vivant dès pour l'humanité, nous vivons

u'il proclame ceUe doctrine divine, il reconnaître pour Dieu celui qui non 1 dit le prophète, mais Fauteur, qui la ne sienne.

dès maintenant d'une vie qui immortelle, nous assurons notre talité. Celui qui vit en soi et peut-il se flatter de survivre à lution du corps (*) ? Dans la \ rhumanité consiste le « royaume ( que notre destinée est d'avancer en plus. Et il ne tient qu'à nous d cer par nos efforts désintéressés, salut est en nous W ».

Et qu'est-ce que Dieu ? Est-il personnel, distinct du monde, sup ïnonde ? L'idéal, la conscience, et Dieu se confondent pour T Autant qu'il est possible de fixer & fuyante. Dieu, c'est cette vie même universel pleinement réalisée et ayî cience d'elle-même. Dieu est dans nité et chacun de nous doit travai pleine éclosion de Dieu.

(1) MaReligion, pp. 135-162 ; De la Vie, p

(2) Le Salut est en vous. Paris, 1893.

(^)Voir Revue Encyclopédique du 3 sep ter

Conversation de Tolstoï avec Ossip-Loi l'été de 1897.

►ute cette doctrine, Tolstoï se montre ître ou au moins un grand prêtre de i a appelé la religion des néo-chré- XX aussi prêchent Tamour universel, ^eillance et la bienfaisance univer- Pembrassement universel. « Soyez Dyons bons », répètent-ils sans cesse.

, pourquoi ? — Qu'importe ? Soyez là est toute morale, toute religion, érité. » On leur a fait gracieux Des croyants on dit : « Voyez, ils i nôtres, ou bien près de le devenir :

hent comme nous la grande loi de . » Cependant comme ils répétaient > la même chose, et s'obstinaient à toute justification de leurs doctrines, is croyants se sont lassés de les î et le public s'est tourné ailleurs, me , leur tentative a lamentablement

on pour l'action morale de MM. Paul ins et Gabriel Séailles a fini par à un protestantisme édulcoré, ou à un naturalisme panthéistique,

renouvelé de Renan. Et cet échec produire. Leur doctrine est une vé nuée, et, selon la remarque de I Laprune, que nous rappelions p autre chose est la vérité incompl chose la vérité diminuée. « Mise âme de bonne volonté, la vérité ir est comparable à un germe : elle à peu ; elle se développe, elle s'ép la vérité diminuée est semblable à nisme dont on aurait retranché la est stérile ; elle est condamnée i soudre.

Mais le quiétisme des néo-chrétiei celui de Tolstoï, comme tout quiél une doctrine de diminution.

L'horreur de Tolstoï pour la vi( traduit naturellement chez lui par pour la guerre. « Tendre sa poii coups des autres, — oui ; fusiller blables, — jamais ! Ce n'est défense, c'est une tuerie ! (») »

0) Le Non-agir,

« Jésus a dit : « Prends ta croix et suismoi, c'est-à-dire supporte avec soumission le sort qui t'est tombé en partage et obéismoi, moi qui suis ton Dieu. » Personne ne bouge. Mais que le dernier des hommes ^galonnés, dont la spécialité est de tuer ses semblables, ait la fantaisie de dire : « Prends, non pas ta croix, mais ton havresac et ta -carabine, et marche à une mort certaine, assaisonnée de toutes sortes de souffrances. » Et tout le monde accourt. Abandonnant famille, parents, femmes, enfants, affublés de costumes grotesques et se plaçant sous les ordres du premier venu d'un rang plus -élevé, affamés, transis, éreintés par des marches forcées, ils vont sans savoir où, comme un troupeau de bœufs, à la boucherie ; mais ce ne sont pas des bœufs , ce sont des hommes. Ils se demandent pour- <juoiils font cela et, sans recevoir de réponse, avec le désespoir au cœur, ils marchent et meurent de froid , de faim , de maladies contagieuses, jusqu'au moment où on les placée A la portée des balles et des boulets en leur -commandant de tuer de leur côté des

li^.

hommes qu'ils ne connaissent p et on les tue... Et il leur paraîl non seulement cela doit être ai ne peut faire autrement, mais c'est admirable et moral U). »

On pourrait demander à Tolsl lui, pour qui la vie individuel!

lui qui nous fait une loi de perd rets et notre vie elle-même di commun, n'a pas vu ce qu'il y dans la conduite de ces hommi fient leur avantage particulier, le faut, à ce qu'ils regardent bien supérieur et plus général ?

en somme, le sentiment du marche au feu , sentiment vagu peut-être incapable de formuler qui touchera parfois presque cience, mais sentiment . vériti réveillera et se précisera à certa Il faut admettre cela à moins de une armée qu'un ramassis de br cientes, ou d'étendre à nos an

(1) En quoi consiste ma foi 7

nés ce qui a pu être vrai jadis de telle ou de de soudards.

ons même que ces soldats, en se à leur pays, sont victimes d'une d'une erreur. N'importe, ils se . ?]st-ce à Tolstoï , qui nous prêche le aveugle en faveur de l'humanité, re les institutions militaires et la Li rhomme trouve l'occasion de se plus fréquente et plus pleine que illeurs? Ce qu'il y a de mystérieux phénomène de la guerre contribue ent à épurer ce dévouement, à faire l'homme que, sur le champ de il est l'agent ou l'instrument d'un li dépasse infiniment le sien.

, toujours en primitif, en simpliste, sté au spectacle extérieur de carde ruines. Il n'a pas remarqué qu'il lénomène de la guerre un sens proqu'on n'a pas tout dit en prononlot de boucherie.

Quloir tenter ici une apologie de la

guerre, qui n'est pas de notre sujet, on peut dire qu'il serait facile de trouver dans Tœuvre de Tolstoï lui-même toute une série de scènes ou d'épisodes bien faits pour en atténuer Thorreur. Qu'on lise seulement Guerre et Paix^ et il apparaîtra Tolstoï, rtiomme se montre homme sur les champs de bat la vie des cités.

Sur le pont du Danube, près se dépense en une heure plus c de courage, de désintéressen sincère du prochain, même de franche gaieté, que pendar année dans le salon d'Ar Schérer, demoiselle d'hon Majesté l'impératrice Marie Fe

La guerre la plus sauvage ] un spectacle plus répugnant, p pour la nature humaine que du vieux comte Besoukhov tandis que ses héritiers se disp dépouille ?

Sans doute, Tolstoï est loin c de notre civilisation moderne

LE QUIETISxME DE TOLSTOÏ

travers ses peintures, la guerre, »ment opposée au grand, à Tunipte, pour ainsi dire, de sa morale la non-résistance à la violence , est primante pour l'humanité que la tat social auquel la paix se trouve s jours. Les types les plus élevés > méreux tracés par Tolstoï sont des Dldats. Ses vauriens et ses coquins iont des produits de la paix, lans Tolstoï peu de scènes d'une

morale comparable à celle où le dré, qui va mourir, reconnaît, dans ignon d'amputation, Anatole Kou- 3 malheureux qui a tenté jadis de lie qu'il aimait. « Il se souvint du existait entre lui et cet homme»

j^eux, rougis et troublés par les îtaient tournés vers lui... Il ne put ?r et pleura des larmes de tendresse 9 sur l'humanité, sur lui-même^ )lesse3, sur celles de cet infortuné, it-il, voilà l'amour pour ceux qui ent comme pour ceux qui nous

cet amour que Dieu prêchait sur

la terre, que Marie m'enseignai' ne comprenais pas alors... Voil restait encore à apprendre danî tence, et ce qui fait que je regre Mais maintenant, je le sais, tard(i). »

C'est que la guerre exalte les in comme les instincts mauvais d( Si elle fait les bandits, elle fa héros.

Mais le quiétisme de Tolstoï proscrire toute violence. Logiq doctrine, il prêche le refus du s( taire. Les journauxont raconté qu' à envoyer des secours en argent a hors, une secte dont les membre comme un crime de porter les ar:

ne peuvent se soustraire à la dép Sibérie qu'en abandonnant le pays.

Ce que Soutaïev avait été poui l'égard des théories religieuses, Bi (1) Guerre et Paix, t. III, p. 68.

la terre, est la véritable réc rhomme, aussi bien que le rem maux. Gomme il passe les jours il consacre les nuits à écrire. ] est envoyé au tsar sous forme d est repoussé. La censure n'en Timpression. Vers 1885, Bond sente à Tolstoï. De ces relations ouvrages : Quelle est ma vie ? donc faire ? — Ce qu'il faut fai) expose, en les élargissant, 1 Bondareff. En 1888, il éditait lui- <îule du vieux moujik, puis en < commentaire. C'est le livre inti çais : le Travail.

Pour Tolstoï aussi, la condit de l'homme est le travail de travail n'est pas une malédictioi convient de regarder comme l'arrêt porté par Dieu dans TÉdi que toute la vie d'Adam. Le sens est que la première obligation homme et de « pétrir son pai

UIETISME DE TOLSTOÏ

comme traduit Tolstoï. C'estime doit, par son travail mar, se vêtir, s'abriter, sansavoir le des autres. Si chacun agis-^ tôt disparaîtraient de la terre»

aim, les privations, le découlégalité des conditions, de lesse et la paresse, mères du voitises.

du Christ conduit à la mémo le nous enseigne de faire du prochain. Mais comment [1 puisse faire du bien aux îaparant le travail d'autrui, en it notre nourriture au lieu de los propres mains? Celui qui le prochain évite de le faire lui-même. Il s'efforce de lui vail du pain. Et ce sera là sa )ne. Il ne se mêlera pas de 3 le rendre meilleur, tant qu'il ^vu à ses besoins matériels, empiète de la vérité se ramène ble précepte. Précepte négaportant : « Ne résiste pas au

méchant ! » — Précepte positif : « pain à la sueur de ton front. »

Tolstoï s'est mis d ailleurs vailla Tœuvre. On peut le voir dans son dlasnaïa-Poliana labourer la terre pagnie de ses moujiks, ensemence faucher le blé, rentrer les moissons, dans son atelier, il manie Talène, coud des bottes comme le plus hui cordonniers.

En conséquence de sa doctrine prêche la fermeture des usines, 1 des cités, le retour universel à la champs. C'est là qu'est la seule vie morale. C'est par cette vie que di blir enfin le règne de la fraternité.

De nos jours, les Fouriéristes ont de ces effusions vers la vie champêtr refait après bien d'autres, avec Te rêve d'une sorte de règne millénair simplicité des mœurs amènera la dans un embrassement universel.

QUIETISME DE TOLSTOÏ

et les autres réformateurs se de prêcher le retour à des simples, de protester contre le oujours grandissant qui dérans pour les jeter dans les villes, r applaudir. Il a peint en traits ; vrais la laideur des cités où ntaines de milliers d'hommes,

un petit espace, s'efforcent de re sur laquelle ils vivent, écrais des pierres, afin que rien n'y r, empestent Tair de pétrole et >). Il a fait ressortir ce qu'avait Tesclavage des usines sous des es. Mais il en vient à dire que

dehors de la vie rurale est 3. La division du travail est cieuse et diabolique W ». De [ré, c'est à la civilisation sous mes qu'il s'attaque. Il professe il, qu'il a beaucoup lu dans sa 3 rhomme est naturellement

Résurrection, p. 37; — Ce qu* il faut faire, pp. 104

bon, qu'il reste bon en s'isolant, que c'est la société qui le pervertit. Il prendra ainsi un accident de la civilisatioii pour son fruit naturel, le revers pour la vraie face. Il dira ^que la civilisation est la grande, sinon Tunique coupable dans tous les maux qui affligent rhunianité.

En la refonte sociale qu'il médite, le premier acte sera le partage du sol. Tous les héros de Tolstoï ont un jour la pensée de distribuer leurs terres, pour une part au moins, à leurs paysans. Nous ne savons si lui-même a mis en pratique ce point de sa théorie : de fait, il n'est moujik qu'à ses

heures; Tolstoï reste gentilhomme c

gnard. Le gentilhomme n'en est pas me doctrine, socialiste et socialiste outre le bon socialiste, a-t-on dit. Sans Tolstoï répudie tout bouleversement \ Le quiétisme a pénétré ses théories chiques. La société doit être refaite coups de dynamite, mais par l'effort j nel des individus, et ceux-ci ne peu^ réformer et se perfectionner qu'en s'i qu'en s'affranchissant de la con

urne en trois mots le programme de lisme dit pacifique : « Amour, tradarité W. »

'histoire nous apprend que les théoallure la plus pacifique déchaînent les passions les plus violentes.

1 n'avait à la bouche que les mots rnité, de vie selon la nature. Sa italité allait jusqu'à la fadaise. Et ce ies doctrines que se réclamaient les de 93. Une doctrine négative, suris Tordre social, contient le germe s les violences ; et c'est tout l'ordre e nie Tolstoï.

imme qui rêve de refaire la société >lan nouveau, doit avoir son système ion. Tolstoï a le sien, hardi, moins Dunaire peut-être que ses principes ridaient. Malgré sa doctrine sur la itive de l'homme, il n'ose professer Faut doit se former tout seul. La evue socialiste^ avril 1899.

seule véritable école de l'enfant, dit-il, c'est la famille : elle seule apprend à l'enfant la \îe. Seulement, la contrainte qu'il refuse à VÉtat en matière d'éducation, il la refuse aussi à la famille. L'enfant recevra les connaissances nécessaires à la vie en vivant parmi les siens, mais personne n'a le droit de lui imposer un mode spécial de formation.

« L'éducation, en tant que formation préméditée des esprits sur de certains modèles, n'est point féconde, n'est point légitime, n'est point possible. Le droit d'éducation n'existe pas. » Il doit y avoir liberté dans l'école, selon le titre d'un de ses livres, et liberté pour l'école. On doit laisser « à qui s'instruit l'absolue liberté de recevoir à sa guise tel enseignement qui répond à ses besoins et à ses désirs, dans la mesure de ses besoins et de ses désirs, et de refuser tel enseignement dont il n'a pas besoin et ne ^eut pas ».

Dans la première école qu'il avait fondée à lasnaïa-Poliana, Tolstoï laissait aux enfants la faculté d'apprendre ou de ne pas apprendre, de venir aux classes ou de ne pas y

venir. L'école fut bientôt vide. Il paraît qu'aujourd'hui Tœuvre est prospère. C'est apparemment qu'il a convaincu les parents du bienfait de la formation qu'on y donne.

Nous avons peine à nous imaginer les enfants laissés là-dessus à leur libre choix.

Quoi qu'il en soit, le système de la liberté

absolue suppose que l'enfant a conscience de

ses besoins, peut connaître ses besoins. Or,

la première œuvre de l'éducation est préci-

clairer l'enfant sur ses besoins

Tolstoï n'entend cette liberté que

intellectuels et moraux. Pourquoi

>oins physiques ? En vertu de quel

re donnera-t-elle telle nourriture,

it à son enfant ? — Mais l'enfant

faculté de discerner ce qui est

:, ce qui est nuisible à sa vie.— Ceci

ïnt vrai de la vie de l'âme. — Mais,

3ï, et c'est le fondement dernier

sa doctrine, pour former un

livant tel procédé intellectuel,

ordre de vérités et de préceptes

l faut être assuré de ces vérités

préceptes. Or, cette assurance,

personne ne la possède, sauf ceux qui la puisent dans la religion dite révélée.

Peut-être, de fait, en est-il ainsi, en que sur bien des points essentiels, la ra humaine, aidée de la tradition, arrive à t ver un terrain ferme et résistant : tout r pas terre meuble pour la raison huma Mais enfin, la conclusion que Tolstoï tirer, s'il est logique, n'est pas pour r nous déplaire : seule une église, qui se infaillible, peut avoir un enseignement ir lectuel et moral vraiment ferme et ass Il faudrait cependant ajouter que le catl cisme donne les titres rationnels de infaillibilité et des vérités qu'il propose.

Nous n'avons rien dit des théories Tolstoï sur la vie domestique. Relèvent-e du nihilisme ou du quiétisme ?

Elles semblent tenir de l'un et de Tau D'ailleurs, il serait malaisé de mettre la pensée de l'écrivain d'accord avec e même. On a pu voir dans Tolstoï un ( tructeur de la famille et du maria

L'auteur de la Sonate à Kreutzer a jugé la femme avec tout le pessimisme de Schopenhauer. C'est une des rares circonstances, peut-être la seule, où il s'inspire directement d'un penseur auquel, d'ailleurs, il a voué une admiration profonde, tout en substituant une sorte d'optimisme à sa théorie de désespérance sur la nature humaine. Il a dépeint la vie conjugale comme une sorte d'enfer anticipé. Mais par quelques endroits, on a pu dire que le livre dénonçait uniquement les vices de la famille moderne, ces unions contractées au nom du seul intérêt, laissant chacun des conjoints poursuivre ce qu'il estime son avantage.

Au reste, il y rêve, conception quiétiste, d'une union de pure amitié. Quand on aura réprimé toutes les passions, surtout celles qui demandent quelque chose aux sens, « Tunioa des âmes existera alors, et l'humaiiité, ayant accompli son but, n'aura plus de raison d'exister (0 ».

D'autre part, la conclusion de Katiay

(1) Et il applique aux époux ce qui est dit en saint Matthieu, v, 28.

à' Anna Karéniney de Guerre et Paix est que le véritable bonheur ne se rencontre qu'au foyer de la famille. Et Tolstoï lui-même semble l'avoir compris dans sa vie patriarcale.

A qui étudie Tolstoï, la difficulté n'est pas de découvrir ces deux tendances, nihilisme et quiétisme, mais plutôt de dire à laquelle rapporter tel moment de sa pensée. Quoi qu'il en soit, les deux courants sont manifestes. Nihilisme doux, bien éloigné, dans la forme, des violences de Bakounineet deKropotkine, en fait destructif et anarchique autant que pas un. Quiétisme qui tantôt endort l'être humain dans l'ataraxie en l'invitant à se fondre dans la nature inanimée, tantôt absorbe toutes ses facultés, toutes ses aspirations dans une aveugle et universelle pitié.

Cette sympathie humaine qu'on laisse debout dans la ruine de tout le reste , ne traduit pas seulement l'âme bonne et aimante de Tolstoï. Elle s'explique par le besoin

; QUIETISME DE TOLSTOÏ

tre nature, où Ton ne peut faire s les négations positivistes d'Au- ) avaient abouti à des effusions î, à la religion de THumanité, lomène semblable se produit. Il isme violent qui mène à la doc- [nbes explosives. Il y a un nihiéré qui se traduit par le suicide, xister un autre qui s'assoupit en t déverse en une bienveillance e, l'indestructible activité de la line : c'est le nihilisme quiétiste

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