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Ainsi parlait Pierre Kropotkine dans sa défense devant la police correctionnelle de Lyon (procès de janvier 1883). Comme il arrive souvent à mon aimable compatriote, Kropotkine a avancé une chose inexacte
« Pour la première fois », Proudhon parle de l’anarchie dans son fameux livre : Qu'est-ce que la propriété ? ou Recherches sur le principe du droit el du gouvernement, dont la première édition parut en 1840. Mais il « expose » très peu ; 1l[ n'y consacre que quelques pages (1). Avant qu'il savisât d'exposer la théorie anarchiste en 1848, la besogne avait élé faite par l'Allemand Max Stirner (pseudonyme de Gaspard Schmidi), en 1845, dans le livre l'Unique el sa propriélé. Max Stirner a donc un droit assez bien fondé au litre de père de l'anarchie. « Immortelle» ou non, c'est par lui que cette théorie a été « exposée » pour la première fois.
Max Stirner.
On a appelé la théorie anarchiste de Max Stirner une caricature de la philosophie de la religion de Ludwig Feuerbach. (C'est ainsi que l'appelle, par exemple, Ueberweg dans sesGrundzüge der Geschichle der Philo-
sophie. — G. P.), On est même allé jusqu’à supposer
que le désir de tourner en ridicule cette philosophie a été l'unique mobile de Stirner en écrivant son livre.
C'est une supposition tout à fait gratuite. Stirner ne plaisante point en exposant sa théorie ; il tient à elle avec une conviction profonde, tout en laissant percer la tendance, assez naturelle pour son temps inquiet, de vouloir dépasser Feuerbach par le caractère radical de ses conclusions.
Pour Feuerbach, ce que les hommes appellent Divinilé n’est que le produit de leur fantaisie, d’une aberration psychologique. Ce n’est pas la Divinité qui a créé l'homme, cest l'homme qui a créé la divinité
d'après sa propre image. En Dieu, l’homme n'adore
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(1) Voir les pages 295-305 de l'édition de 1841.
que sa propre essence. Dieu n'est qu'une fiction, mais une ficlion très nuisible. Le Dieu chrétien est censé être tout amour, tout pitié pour la pauvre humanité souffrante. Mais malgré cela, ou plutôt à cause de cela, tout chrétien vraiment digne de ce nom délesle et doit détester les athées qui fui apparaissent comme une négation vivante de tout amour et de toute pitié. Ainsi le dieu d'amour devient le dieu de la haine, le dieu de La persécution ; le produit de la fantaisie de l’homme devient une cause réelle de ses souffrances. Il faut donc en finir avec cette fantasmagorie. Puisque dans la divinité, l’homme nadore que sa propre essence, il faut déchirer et écarter une boune fois pour toutes le voile mystique sous lequel a été enveloppée cette essence. L'amour de l'humanité ne doit
pas s'objectiver en dehors de l'humanité. « L'homme
est pour l’homme l'Elre suprème ».
Telle est la pensée de Feuerbach. Max Stirner est parfaitement d'accord avec lui, mais il veut tirer de sa théorie ce qu'il croit en être les dernières et les plus radicales conséquences ; il raisonne ainsi : Dieu n'est
qu'un produit de Ia fantaisie, ce n’est qu'un fantôme.
D'accord. Mais qu'est-ce que l'humanité dont vous me préconisez l'amour ? N'est-ce pas aussi un fantôme, un être abstrait, une entité métaphysique ? Où existe-t-elle votre humanité, si ce n’est dans la tête des hommes, dans la tête des individus ? 11 n’y à donc de réel que l'individu avec ses besoins, ses tendances, sa volonté. Mais s'il en est ainsi, comment voulez-vous que l'individu, un êlre réel, se sacrifie pour le bonheur de l'homme, un être abstrait ? Vous avez beau vous révolter contre le vieux bon Dieu, vous conservez toujours le point de
vue religieux, et l'émancipation que vous vous efforcez
de nous donner est purement théologique.
L'Etre suprême est l'être de l’homme, mais du moment que nous envisageons son être et non lui-même,
il est absolument indifférent que nous l’étudiüions en: dehors de lui et le considérions en « Dieu » ou que nous
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l'étudiions en lui et l’appelions l «être de l'homme » ou simplement |’ « homme ». Moi, je ne suis ni Dieu, ni l'homme en général, ni « Etre suprême », ni mon «être » ; voilà pourquoi il revient au même que je place l’ « être » en moi ou en dehors de moi. D'ailleurs nous attribuons toujours à l « Elre » suprême une qualité, nous le voyons en nous et en dehors de nous : car «l'esprit de Dieu », d'après la conception chrétienne, est aussi « notre esprit » et réside en nous. Il réside dans le ciel et en nous ; nous, pauvres créalures, ne sommes que sa demeure, et quand Feuerbach détruit son séjour céleste et le réduit à se réfugier chez nous avec armes et bagages, sa demeure terrestre est bien vite encombrée (1).
Pour nous soustraire aux désagréments d’un pareil embarras, pour ne pas nous laisser dominer par un fantôme, pour mettre enfin le pied sur une terre ferme, i n'y a qu'un moyen: c'est de prendre pour point de départ la seule réalité, notre propre « moi ».
Laissez donc de côté toute chose qui n’est pas absolument ma propre chose. Croyez-vous que ma chose doive être au moins la chose bonne ? Qu'est-ce que le bon, questce que le mauvais ? Je ne suis que ma chose et je ne suis ni bon, ni mauvais. Cette qualité. n'a pour moi aucun sens. Ma chose n'est ni la chose divine, ni la chose, humaine, ce n’est pas la vérité, ni le bien, ni le droit, ni la liberté, mais seulement ma chose : et elle n’est pas générale, mais unique, unique comme mon « moi ». Il n'y a rien au-dessus du « Moi » ? (2).
Religion, Science, Morale, Droit, Loi, Famille, Etat sont autant de jougs qu’on m'impose au nom d'une abstraction, sont autant d’oppresseurs que « moi », l'individu conscient de ma propre « chose », je combats par tous les moyens qui se trouvent à ma disposition. Votre morale, non seulement la morale des philistins bour-
(1) L'Unique el sa propriélé, 2e éd., Leipzig, 1882, pp. 35-36. (2) Zbid., pp. 7-8.
geois, mais la morale la plus élevée, la plus humanitaire n'est que la religion ayant changé d'« Etre suprême ». Votre droit qui, d'après vous, naît avec l'homme nest qu'un fantôme, et, si vous le respectez, vous nêtes pas plus avancés que les héros d'Homère qui s'effrayaient dès qu'ils voyaient un dieu combattre dans les rangs de leurs ennemis. Le droit c’est la force.
Qui a la force, a le droit, Si vous n'avez pas celle-là, vous n'avez pas celui-ci. Est-il si difficile d’arniver à cette sages- SOA DEEE
On veut me persuader de sacrifier mes intérêts à ceux de l'Etat, même au plus démocratique...
Chaque Etat est une /yrannie, que les despotes soient un ou plusieurs, ou comme on se l’imagine d'une république, que ous Soient les maîtres, c’est-à-dire despotes les uns des autres. C’est justement le cas d'une loi élaborée dans une assemblée populaire, qui devient la loi de chaque individu, envers laquelle il a désormaise devoir d’obéissance. On a beau imaginer le cas où chacun aurait exprimé Ja même volonté et où une parfaite « volonté générale » aurait donné naissance à la loi, cela reviendrait au même. Est-ce que ma volonté d'hier ne lierait pas ma volonté d'aujourd'hui et de demain ? Ma volonté serait en ce cas paralysée. Siabililé fâcheuse ! Mon œuvre, expression de ma volonté, serait devenue ma souveraine, Et moi, le créateur. je serais entravé dans ma volonté et dans ma décision nouvelle ! Parce que: hier j'aurais été sot, je devrais le demeurer toute ma vie | Ainsi en vivant sous un Etat, je suis, dans la meilleure des hypothèses — je pourrais aussi bien l'appeler : la pire des hypothèses — l'esclave de moi-mème. Parce que hier j'avais une volonté, aujourd'hui je n’en ai plus : parce que, libre: hier, aujourd'hui me voilà esclave (2).
[ci un partisan de l'Etat démocratique pourrait faire observer à Stirner que son « Moi » va un peu trop loin dans dans le désir de pousser à l'absurde la liberté dé-
(1) Zbid., pp. 196-197. (2} Ibid, p. 200.
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mocralique ; puisque une mauvaise loi peut être abrogée aussilÔt que le voudra la majorité des citoyens, on n'est pas du moins forcé de la subirsa vie durant. Mais ce n est qu un délail insignifiant, et Slirner répondrait d'ailleurs que la nécessité même d'en appeler à une majorilé prouve que je ne suis plus le maître de ma propre conduite.
Les conclusions de notre auteur sont irréfutables pour celte Simple raison que dire : je ne reconnais rien au-dessus de moi, cest déjà dire : je me sens opprimé par toute inslitulion qui m'impose un devoir quelconque. C’est une simple Zaulologie.
Il est évident qu'aucun « Moi » ne peut exister tout seul. Slirner le sait bien, et voilà pourquoi il préconise les associations d'égoïsles, c'est-à-dire les libres associations dans lesquelles chaque «moi » entre et dans lesquelles il reste quand — et tant que -- cela est conforme à ses intérêts.
Arrêlons-nous ici. Nous voilà vis-à-vis d'un système « égoïste » par excellence. C’est peut-être le seul que l’histoire de la pensée humaine ait à enregistrer. On a accusé les matérialistes français du siècle dernier d'avoir prêché l'égoïsme. C’est bien à tort. Les matérialistes français ont toujours prêché la « veriu », et ils le faisaient avec tant de zèle que Grimm pouvait, non sans raison, se moquer de leurs « capucinades » sur ce sujet. La question de l’égoïsme avait pour eux la signification d’un double problème :
1° L'homme n'est que sensibilité. (C'était la base de toutes leurs considérations sur l’homme. ) Par sa nature même, 1l est forcé d'éviter la souffrance et de rechercher le plaisir ; comment se fait-il donc que nous voyons des hommes capables d’endurer les plus grandes souffrances pour le triomphe d’une idée quelconque, c'esta-dire, en dernière analyse, pour procurer des sensations agréables à leur prochain ? |
2° Puisque que l’homme n’est que sensibilité, il. nuira à son prochain s’il est placé dans un milieu social
Le ANARCHISMÉ ET SOCIALISME
où les intérêts d'un individu contredisent ceux des autres. Quelle est donc la législation capable de faire concorder le bien public et celui des individus ?
— La, dans ce double problème, est toute la signification de ce qu on appelle l'éthique matérialiste du xvrne siècle.
Max Stirner poursuit un but tout à fait opposé. Il se moque de la «vertu», et, loin de souhaiter son triomphe, il ne considère comme raisonnables que les égoïsles pour lesquels rien n'est au-dessus du « moi ». Encore une fois, c'est le théoricien par excellence de l’'égoïsme.
Les bons bourgeois dont les oreilles sont aussi pudiques et verlueuses que leurs cœurs sont durs, ceux qui, tout en buvant du vin, préchent officiellement l'eau, ont été scandalisés jusqu'aux dernières limites par | « immoralité » de Stirner. « C’est la ruine complète du monde moral ! » s’écrièrent-ils. Mais, comme il arrive toujours, la vertu des Philistins se montre très faible en argumentation. « Le vrai mérite de Stirner, c'est quil a dit le dernier mot de la jeune école athée » (c'est-à-dire de l'aile gauche de l’école hégélienne — G. P.), écrivait le Français Saint-René-Taillandier. Les Philistins des autrés pays n'avaient pas d’autre opinion sur le (€ mérite » du hardi publiciste. Du point de vue du socialisme moderne, ce mérile-là apparaît sous un jour bien différent.
Premièrement, le mérite incontestable de Stirner consiste en ce qu'il combattait ouvertement et énergiquement ce sentimentalisme aigre-doux des réformateurs bourgeois et de beaucoup de socialistes utopistes - d'après lequel l'émancipation du prolétariat devait ètre le résultat de l’activité vertueuse des gens de « dévouement » des diverses classes, surtout de celle des possédants. Stirner sait très bien ce qu’on peut
attendre du « dévouement » des exploiteurs. Les « ri-
ches » sont durs, mais les « pauvres » (c’est la terminologie de notre auteur) ont tort de s’en plaindre, puisque ce ne sont pas les riches qui créent la misère des
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pauvres, mais les pauvres qui créent la richesse des riches. C'est donc à eux-mêmes qu'ils doivent s'en prendre si leur siluation est difficile. Pour la modifier, ils n'ont qu à se révolter contre les riches ; dès qu'ils le voudront sérieusement, ils se trouveront les plus forts et le règne de la richesse aura vécu. Le salut est dans la lulte, el non daïris des appels infructueux à la généro- Stirner prêche donc la lulle des classes. Il est vrai qu'il se la représente sous la forme abstraite de la lutle d'une certaine quantité de « moi » égoïsies contre une autre quantité, moins considérable, de « moi » non moins égoïsles. Mais ici nous touchons à un autre mérite de Stirner.
D'après Taillandier, 11 à dit le dernier mot de la. jeune école athée des philosophes allemands. En réalité, 1 n'a dit que le dernier mot de la spéculation idéaliste, mais ce mot-là, 1l a incontestablement le mérite de l'avoir dit.
Dans sa critique de la religion, Feuerbach n'est malérialiste qu à demi. En adorant Dieu, l'homme n'adore que son propre « être » idéalisé. C'est Juste. Mais les religions naissent et périssent comme toute autre chose ici-bas. Cela ne prouve-t-1l pas que l’ « être » humain ne reste pas immuable, qu'il se transforme au cours de l’évolution historique des sociétés ? Il est clair que out. Mais alors, qu'elle est la cause de la transformaion historique de !’ « être » humain ? Feuerbach n'en sait rien. L'étre humain n'est chez lui qu'une notion abstraite, comme la nature humaine des matérialistes français. C'est 1à le défaut fondamental de sa critique de la religion. Stirner s'aperçoit bien qu'elle n'a pas une constitution parfaitement robuste. Il veut la fortifier en lui faisant respirer l'air frais de Ia réalité. Il tourne le dos à tout fantôme, à tout étre de raison. En réalité 1l n'y a que des individus, se dit-il ; prenons l'individu pour point de départ. Mais, quel individu prend-il pour point de départ ? Est-ce Jean, Pierre, Jacques ou Isidore ? Non; c'est l'individu en general, c'est
silté des oppr'esseurs.
une nouvelle abstraction, et la plus maigre, celle-ci : c'est le « moi ».
Stirner $ imagine naïvement qu'il apporte une solution définitive à une vieille question philosophique : celle qui divisait déjà les nominalistes et les réalistes du moyen-âge. « Aucune idée n’a de réalité, dit-il, car aucune na dindividualité propre. C'est cette même question qui engendra les controverses scolastiques du réalisme el du nominalisme. » Hélas ! le premier nominaliste enu eût démontré à notre auteur, jusqu'à complèle évidence, que son « moi» est une idée comme toute autre, quil est aussi peu réel que l’ « Un » (Unus) mathématique.
Jean, Pierre, Jacques, Isidore ont entre eux des ‘apports qui ne dépendent pas de la volonté de leurs « moi », leur étant imposés par la structure de la société où ils vivent. Critiquer les institutions sociales au nom du « moi », c'est donc quitter le seul point de vue fécond dans te cas : celui de la société, des lois de sa vie et de son évolution, et se perdre dans le brouillard de l’abstraction. Le « nominaliste » Stirner se complaît justement dans ce brouillard.
Mot est moi (ich bin ich), — tel est son point de départ.
Non-mot est non-moi (nichl-ich ist nicht-ich), — tel
est son résultat.
Moi + moi + moi + elc. {ich + ich + ich + etc.) voilà son utopie sociale. C’est de l’idéalisme subjectif pur el simple au service de la critique politique et sociale. C’est le suicide de la spéculation idéaliste.
Mais déjà, au cours de la même année (1845) où paraissait l'Unique, de Stirner, parut aussi à Francfortsur-le-Mein le livre de Marx et Engels : Die heilige Familie oder Kritik der kritischen Kritik, gegen Bruno Bauer & consorten (1). La spéculation idéaliste y fut
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(1) La Sainle Famille ou Critique de la Critique critique, conire Bruno Bauer el consorts.
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attaquée el battue par le malérialisme: dialectique, base théorique du socialisme moderne. L’Uniqgue arrivait trop tard.
Nous venons de dire : Moi + moi + moi + etc..— voila l'utopie sociale de Stirner. Son association d'égoïstes n’est, en effet, autre chose qu'une somme de quantités abstraites. Quelles sont, quelles peuvent être les bases de leur union ? Leurs intérêts, répond Stirner. Mais quelle sera, quelle pourra être la base réelle de telle ou telle combinaison de leurs intérêts ? Slirner n’en dit rien, et 1] ne peut en due quoi que ce soit de déterminé puisque, des hauteurs de l'abstraction où il se place, l'on n'aperçoit plus rien de précis dans la réalilé économique, mère et nourrice des « Moi » égoïstes et altruistes. Quoi d'étonnant, sil ne peut éclaircir même cette notion de la lutte des classes dontil approche pourtant assez heureusement ? Les « pauvres » doivent combattre les « riches ». ETC puis, lorsqu'ils les auront vaincus ? Alors chacun des anciens pauvres comme chacun des anciens riches luttera contre chacun des anciens riches et contre chacun des anciens pauvres. {1 y aura la guerre de tous conire tous (Stirner se sert justement de cette expression). Et les statuts des associations d’égoïsles seront aulant d'armistices partiels dans cette guerre colossale, dans cette lutte universeile. Il y a de l'humeur belliqueuse là-dedans, mais du réalisme dont rêvait Max Stirner, point !
Laissons là les associalions d'égoïstes. Un utopiste a beau fermer les yeux à la réalité économique, elle s 1mpose à lui, malgré lui, elle le poursuit partout avec la brutalité d'une force naturelle non dominée par la science. La région élevée du « Moi » abstrait ne préserve pas Stirner des obsessions de la réalité économique. Il ne nous parle pas seulement de l « Unique » ; son thème, c'est l’« Unique » et «sa propriété ». Or, quel aspect a-t-elle, la propriété de l'Unique ?
Il va sans dire que Stirner est très peu disposé à respecter la proprielté comme un droit acquis. ©«Il ny
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26 | ANARCHISMÉ ET SOCIALISME
a de légitime propriété, pour autrui, que celle que fu trouves légitime qu'il possède. Cesse-t-elle pour loi d'être légitime, aussitôt sa légitimité disparaît à ton égard et tu dois sourire du droit absolu du propriétaire. » C'est toujours la même chanson : « Il n y à rien au-dessus du Moi ». Mais ce peu de respect pour la propriété d'autrui n'empêche pas le « Moi » de Stirner d’avoir les tendances d'un propriétaire. L'argument le plus fort contre le communisme est, pour lui, cette considération que le communisme, en abolissant la propriété individuelle, fait de tous les membres de lÎa Société de simples mendiants. Stirner est indigné d'une pareille iniquilé. |
« De l'avis des communistes, [a communauté doit « être propriétaire. C'est le contraire qui est la vérité. & C'est « Moi » qui suis propriétaire et je m'entends « seulement avec les autres à propos de ma propriété. « La communauté ne me fait-elle pas droit, je me ré- « volte contre elle et défends ma propriété. Je suis « propriétaire, mais la propriété n'est pas sacrée. « Serais-je simple détenteur ? (Allusion à Proudhon. « — G.P.). Non, jusqu ici l’on n'était que détenteur; on « h'avalt la possession assurée d’une parcelle que « parce que l’on assurait à autrui la possession d’au- « tres parcelles. Mais maintenant «tout » m'appar- « tient, je suis propriétaire de « tout » ce dont j'ai be- « soin et Je puis men emparer. Le socialiste dit : La « Société me donne ce dont J'ai besoin, — l’égoïste dit, «au contraire : Je prends ce dont j'ai besoin. Les « communistes se comportent en mendiants ; l'égoisle « agil en propriétaire (1) ».
La propriété de l'égoïsme à l’air d'une chose très peu assurée. Un « égoïste » ne reste propriétaire que tant que les autres égoïstes ne se décident pas à le dépouiller, le métamorphosant ainsi en gueux. Le diable n'est pourtant pas si noir qu'il semble à première vue.
(1) L'Unique el sa propriélé.
n , L FAIT Ep de { Éu re : S'ibx ERA “ LC dE ES +: 2e L f Le ES, Are ue à y : { Creer LE PIRE Ter" CARRÉS A TN AN EE HE L'ET ee LOL es LU LEE) v8 1 PS es Des LE AU aa RP TE PO LR L'EAU LOL 2 22 2 LA à Re a DRE DU I Tee VIN
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