‹ Anarchisme & socialismeChapitre 31 sur 41 · LICE · texte numérisé non relu

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R. — Parfaitement ! Et pour vous en convaincre, vous n'avez qu’à supposer que le lendemain est certain, que tous les besoins sont satisfaits et, qu'en un mot, la production va très bien grâce à la hbre entente.

Quels excellents logiciens que les compagnons, et quel bel idéal que celui qui n’a d'autre base qu'une supposilion illogique ! Et l'unique base de « l'idéal » des communistes anarchistes, c'est celte pétilion de principe, celle « supposition » de Ce qui, Justement, est à prouver. Le compagnon Grave, le « penseur profond », est surtout riche en suppositions. Dès qu'une difficulté se présente, 11 « suppose » quelle est déjà résolue, et alors tout va pour le mieux, dans le meilleur des idéals. OA

Le « profond » Grave est moins circonspect que le « savant » Kropotkine. AuSsin'est-ce que lui qui réussisse à pousser « l'idéal » jusqu'à l’absurde « absolu ». Il se demande ce qu'on fera si, dans la « société au lendemain de la révolution », 1l se trouve un papa qui refuse à son enfant foule instruction. Le papa est un individu aux droits illimités. Il suit la règle anarchiste : « fais ce que lu voudras ». On n'a donc aucun droit de le mettre à la raison. D'un autre côté, l’enfant peut aussi faire ce qu'il voudra, et il veut apprendre. Comment se tirer de cette collision ? Comment résoudre ce dilemme, sans Offenser les saintes lois de l'anarchie ? Par une « SUppoOsilion ».

Les rapports [entre les citoyens] seront autrement larges, autrement empreints de fraternité que dans la société actueile, basée qu'elle est sur l’antagonisme des intérêts ; il s'ensuit que l'enfant, par ce qu'il verra se passer sous ses yeux, par Ce qu'il entendra journellement, échappera à l’influence des parents et trouvera toutes les facilités requises pour acquérir les connaissances que ses parents lui refuseraient ; bien plus, si, se trouvant trop malheureux sous la domination qu'ils voudraient lui imposer, il les abandonnait pour aller se mettre sous la protection de personnes qui lui seraient plus sympathiques, les parents ne pourraient mettre à ses trousses les gendarmes pour ramener sous

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leur domination l'esclave que maintenant leur accorde la FOI. (4:

Ce nest pas l'enfant qui s’enfuit de chez ses parents,

cest l’utopiste qui se sauve de la difficulté logique insurmontable. Et cependant son jugement de Salomon parut si profond aux compagnons, qu'il a été cilé textuellement par Emile Darnaud dans sa brochure La SoCiélé fulure (2), spécialement destinée à populariser les élucubrations de Grave.

L'anarchie, le système de non-gouvernement du socialisme, a une double origine. Elle est un produit des deux grands mouvements de l'esprit sur le terrain politique et économique, qui caractérisent notre siècle, surtout la seconde moitié. D'accord avec tous les socialistes, les anarchistes prétendent que la propriété privée du sol, du capital et des machines a existé pendant longtemps, qu'elle est condamnée à disparaître, que tous les moyens de production doivent être et seront le bien commun de la société, géré par les producteurs de la richesse sociale. Et d'accord avec les représentants les plus avancés du radicalisme politique, ils prétendent que l'idéal de l’organisation politique de la société est dans un état des choses où les attributions du gouvernement seront réduites à leur minimum et où l'individu recouvrera sa complète liberté d'initiative et d'action pour satisfaire aux besoins illimités de l'existence humaine au moyen de groupes et de fédérations — librement constituées.

En ce qui concerne le socialisme, la plupart des anarchistes adhèrent à sa dernière conclusion, c'est-à-dire à une complète négation du salariat et au communisme. Quant à l’organisation politique, par un plus complet développeloppement de la partie déjà mentionnée du programme radical, ils aboutissent à cette conclusion que le dernier but de la société est la réduction à zéro ces attributions du gouvernement, c'est-à-dire une société sans gouvernement, en un mot l'anarchie.

Les anarchistes prétendent, en outre, que puisque tou]

Toi, :p:99.

: (2) Darnaud, La Société future, Foix, 1890, p. 26.

cela est l’idéal de l’organisation sociale et politique, ils ne doivent pas remettre sa réalisation aux siècles futurs, mais que les seules transformations vivifiantes et heureuses pour la communauté sont celles qui s'accordent avec le double idéal dont nous avons parlé ét qui s'en rapprochent (1).

Kropotkine nous révèle ici, d’une facon admirablement claire, l’origine et la nafure de son «idéal ». Cet idéal, comme celui de Bakounine, est vraiment double ; il est vraiment né du commerce du radicalisme bourgeois, ou plutôt du manchestérianisme et du communisme, comme Jésus est né du commerce du Saint-Esprit avec la vierge Marie. Les deux natures de l'idéal anarchiste sont aussi difficiles à concilier que les deux natures du fils de Dieu. Mais l’une de ces natures prend évidemment le dessus. Les anarchistes veulent commencer par réaliser immédiatement ce que Kropotkine appelle «le but ultime de la société » (the ultimate aim of Society), c'est-à-dire par détruire l'Etat. Leur point de départ est toujours /a liberté illimitée de l'individu. Le manchestérianisme avant tout;le communisme ne vient qu'après (2) Mais pour nous assurer sur le sort probable de cette seconde nature de leur idéal, les anarchistes chantent sans cesse la louange de la sagesse, de la bonté et de la prévoyance de l’homme « futur ». Il sera si parfait qu'il saura sans doute organiser la production communiste. Il sera si parfait, qu'on se demande, en l'admirant, pourquoi l'on ne pourrait pas lui confier un peu d’ « autorité » |

(1) Anarchist communism, p. 3.

(2) « L’anarchie est le fonctionnement harmonique de toutes les autonomies se résolvant dans l'égalité totale des conditions humaines. » (L’Anarchia nella seienza e nell’evoluzione). Traduit de l'Espagnol. Prato, 1892, p. 26.

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