‹ Anarchisme & socialismeChapitre 6 sur 41 · FEES · texte numérisé non relu

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affligé, fut touché par les appréhensions de Guesde. La

XXXII GEORGES PLÉKHANOFF

daigna pas se rendre à la Conférence et envoya à sa place quelques jeunes camarades inexpérimentés. L'union se fit entre les deux premières fractions, et la Conférence se termina sur un discours ému de Vandervelde.

Plékhanoff et sa femme se rendirent alors à Londres.

L'optimisme avec lequel on envisageait l'avenir à Bruxelles avait mis quelques e<poirs dans l'Âme de Plékhanoff. La séance fraternelle qui réunit les représentants de l'Allemagne et de la France et où fralernisèrent Jaurès et Müller (c'était quelques jours avant l'assassinat de Jaurès) enchanta Plékhanof.

Le 30 juillet, en sortant du British M useum, Où il travaillait depuis dix jours, Plékhanoft ayant parcouru un

journal anglais dit à sa femme qu'il n'y avait plus d'espoir

POUT un arrangement. Son abattement était tel que sa femme essaya de le rassurer par quelques remarques optimistes sur la durée et les effets de la guerre. [l répondit : « Ju n'imagines pas ce que sera cette guerre : une extermination des peuples ou tout s'effondrera. le socialisme et l'Internationale »,

Dans la matinée du 1* août, Plékhanoff apprit la mort de Jaurès et il partit le même jour pour Paris. On était en pleine mobilisation.

Le premier souci de Plékhanoff fut d'aller voir Guesde pour se Concerler avec lui, afin de tenter une: intervention de l’Internationale. Les paroles de Müller à l'enterrement de Jaurès donnaient quelque espoir que l'Internationale pouvait encore écarter le désastre. Guesde, que l'entrée de l'armée allemande en Belgique rendait pessimiste. ne partageail pas cette faible confiance. La moindre hésitation du peuple français sur la question de læ nécessité de la délense nationale pouvait perdre la France : la conduite de la social-démocratie allemande n'élait pas du tout en rapport avec les paroles et les promesses de Müller ; la France était en danger de mort et il n'y avail pas de temps à perdre. Plékhanoff, bien, que profondément

France écrasée, c'était la civilisation européenne détruite.

GEORGES PLEKHANOFF XXXIII

Ja fin du socialisme et de l'Internationale ; c'etait aussi le triomphe du militarisme pressien, qui, après en avoir fini avec la France, pouvait prêter main-forte au tsarisme pour l'aider à repousser les revendications politiques et sociales du peuple russe.

Après quelques jours de réflexions et de lutte intérieure, convaincu de la trahison des social-démocrates allemands, Plékhanoff prit nettement parti pour les démocraties européennes contre l'impérialisme. Le sort de la France et de la petite Belgique héroïque l'intéressait avant tout, et il ne se lassait pas, dans la suite, d'éveiller les sympathies des peuples suisse et italien pour ces deux pays.

Arrivé en septembre en Suisse, il créa avec les socialistes-révolutionnaires Bounakoff, Avxentieff, Argounofi ‘et quelques social-démocrates, le groupe « Prizyv » (L’Appel). Leur premier devoir fut de lancer un manifeste au peuple russe, en l’'exhortant à la défense nationale et à la lutte contre l'impérialisme allemand. Sauf quelques changements demandés par les socialistes-révolutionnaires, le texte de cet appel est de la main de G. Plékhanoff.

Le groupe « Prizyv » créa un journal du même nom et où Plékhanoff fit paraître une longue série d'articles passionnés dans lesquels il montrait que la victoire allemande amènerait l'asservissement économique du peuple russe au capitalisme allemand, ce qui retarderait encore son développement, déjà très arriéré, et éloignerait pour un temps indélerminé son affranchissement politique et économique. Il ne craignait pas la victoire du tsarisme, car il était persuadé que, dans le processus de la guerre, les plaies de l’absolutisme se verraient mieux, et que la guerre. même victorieuse, amènerait la chute du tsarisme.

L'influence de Prizyv, qui paraissait à Paris, était grande sur la masse ouvrière russe et aida puissamment à la défense nationale. Malheureusement les crimes du gouvernement et de ses acolytes rendirent inutiles le courage du peuple et de l'armée. Ils exaspérèrent à tel point l'opinion que Plékhanoff craignait un déclanchement révo:u- 4ionnaire prématuré qui eût haté l'invasion allemande.

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