NOTICE
Aucun ouvrage historique, aucun livre de voyage, aucune description détaillée de Tempire ottoman, ne fait connaître aussi exactement et aussi minutieusement cette curieuse partie du monde que le fait le roman û^Anoêtase. C'est le portrait le plus fidèle de l'état politique et social de Tempire ottoman et des éléments si divers qui le composent, tels qu'ils se combinaient encore ou qu'ils tendaient k se réparer au commencement du dix-neuvième siècle. M. Thomas Hope, auteur d^Anasiase, avait parcouru les provinces européennes, asiatiques et africaines de cet empire pendant les dernières années du dixhuitième siècle -, et, pour donner à ses observations plus de réalité et plus de vie, il avait imaginé de les incorporer dans un cadre qui lui laissât pleine liberté de décrire, non-seulement toutes les provinces , mais aussi toutes les professions et toutes les habitudes. 11 était alors peu familier avec la langue anglaise, et il écrivit en français le roman û^Anastase afin de reproduire plus vivement ses souvenirs. Ce n'est dççc point un inté,rét romanesque , ce ne sont pas des«pâ§sio'n|^iîabîlëfp§Kt<d^veloppées dans leur cause et dans leiîrs effets , ca iie.sont pas des caractères bien conçus et èîîfn ':iioùienû§^,ce ne sont pas des événements dramatiques Joaéoagés^av^Q art, ce n'est pas enfin un véritable rbnàîl'jde,pûs^|Cij*pu d'intrigue qu'il faut chercher ici, mais seulement une fable ingénieuse à la faveur de laquelle on pût réunir et grouper les hommes de toute race, de tout costume, de tout rang de l'empire ottoman, de manière a ce qu'il résultât de cette vue générale une connaissance entière des institutions
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el des hommes; et c'est ce que M. Hope a fait avec un succès qui a étonné ceux même de ses amis accoutumés a évaluer le plus haut ses connaissances et son intelligence.
M. Thomas Hope, qui appartenait aux Hope d'Amsterdam, auxquels une longue familiarité avec l'opulence a permis d'apprécier et de réunir autour d'eux les chefsd'œuvre de l'art, avait lui-même profité de sa grande fortune pour se créer une belle collection. Ses voyages dans toute l'Europe* lui avaient donné beaucoup de facilités pour arriver k son but, et non-seulement il put en rapporter de fort belles choses, mais aussi, comme il avait une grande aptitude au dessin , il fit lui-même de foM bonnes esquisses de^^ monuments d'architecture les plus remarquables, ainsi que des chefs-d'œuvre de la sculpture.
11 rend compte ainsi lui-même quelque part de ses voyages et de ses études à la poursuite de son sujet favori, Tarchitecture :
« Je n'étais pas plutôt, dit-il en parlant de sa prédilection pour les études de l'architecture, devenu le seul maître 'de mes actions, ce qui m'arriva malheureusement quand je n'étais que dans ma dix-huitième année, que, dédaignant de nourrir mon goût favori dans la solitude du cabinet, je résolus de. lui donner un aliment plus actif en allant^.^âàîlef tous lès-'^pàys^oùje pouvais espérer quelque bon fruit pp,ur meaëtûdçç de prédilection. C'est sur les bords du JNUjquK;|Î3Blàî*èbserver 1 architecture égyptienne. C'est §Hjr*le§ rivages de l'Ionie, en Sicile, et dans le Péloponnq^cî^'gpVj'gflîïiî Contempler les merveilles de l'architecture grecque. Aquatre reprises je visitai l'Italie, afin de bien me familiariser avec toutes les nuances des variétés infinies du style architectonique propre à cet intéressant pays, depuis les plus grossiers essais de style étrusque juvsqu'aux dernières dégradations de l'art
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apportées par le style lombard. C'est sur la côte d^Afrique, et au milieu des ruines de Grenade et de Cordoue, que j'allai étudier Tart mauresque ; en Turquie et en Syrie, que je cherchai k bien me pénétrer des principes de Tarchitecture tartare et persane. Et enfin , pour me rendre bien maître de la plus jeune des branches de Tari, de celle connue à tort sous le nom de gothique , j'en ai examiné avec soin les restes les plus estimés dispersés à travers l'Angleterre et dans la plupart des provinces de France, d'Allemagne, d'Espagne et de Portugal. Pendant huit ans que dura cette investigation, avide que j'étais de me perfectionner dans un art que j'étudiais par pure affection artistique et sans autre but que de pouvoir bien le comprendre , je me suis soumis de gaieté de cœur k des fatigues, k des difficultés, k des dangers même qui auraient certainement découragé la plupart de ceux qui cherchent k s'en faire une profession lucrative et bâtissent sur cette base toutes leurs espérances de fortune et d'avenir. »
Le premier ouvrage que M. Hope publia fut une Lettre adressée à F. Annesley sur une série de dessins pour le collège de Downing k Cambridge. Les plans proposés par M. Wyatt furent attaqués avec vivacité par M. Hope, et en effet ils furent rejetés, et M. Wilkins fut choisi pour commencer les travaux (^u collège^ • . /
Son mariage aveq wîje fôri belle jëuu^ ïjB'ft, quinzième enfont de l'archevêque iJe^Tuam, l'obligea k s'occuper d'un établissement con^natdk> T^t^iôJL sur ses propres dessins, et tantôt d'après «lesde^ins^tapportés de ses voyages, il distribua et n^lilb^. sa 'maison avec un fort grand luxe. En même temps que les appartements de réception offraient toutes les recherches de l'élégance , les galeries de peinture , de sculpture , les collections de vases, de dessins, d'antiquités de toute sorte, offraient de véritables objets d'étude. M. Hope pu-
IV ' x\OTICE.
blia en 1805, en 1 volume in-folio, sous le titre de Ameublements et décorations intérieures, la collection de ses propres dessins. Cet ouvrage fut vivement critiqué par les revues anglaises, mais il opéra cependant une réforme véritable dans les distributions intérieures et dans Tameublement.
En 1809 il publia les Costumes des Anciens , en 2 voL in-8**, et il sacrifia une somme assez considérable pour que Touvrage pût être mis k un prix qui le rendît plus accessible.
En 1812 il publia en 1 vol. in-folio des Dessins de costumes modernes.
Ces divers ouvrages avaient fait connaître M. Hope plutôt comme amateur des arts et homme de goût que comme écrivain^ aussi, lorsque, quelques années plus tard, parut le roman A^Anastase sans nom d'auteur, et que ses amis, on voyant le grand succès qu'il obtenait, ne se furent pas fait scrupule de trahir l'incognito , le public et les littérateurs refusèrent-ils d'y reconnaître la plume de M. Hope et se montrèrent-ils disposés a l'attribuer a lord Byron. On ne pouvait croire qu'en si peu d'espace de temps qu'avait duré son voyage en Orient, M. Hope eût pu se familiariser aussi intimement avec la vie domestique de toutes les classes, avec les usages, les croyances, Içs si>pei:$titions , les^njots vulgaires. Un rédacteur du JE^}in:ood^'Ma^tdn&'th^d[\^ k prouver que M. Hope n'était qufiJe parrain éiAnastasey dont le véritable père ne pouyâÇt^êtrje-^ue 'lî>rd Byron. M. Hope se vit donc obligé de'èéclarea» Ifâutement sa paternité par la lettre suivante acdresséè aî| rS^acCeur :
Londres, Duchess-Street, 9 octobre 1821 .
Monsieur ,
Un article de votre dernier numéro du Magazine, intitulé : Sur Anastase,par lord Byron, contient quelques assertions qui ne doivent sans doute être prises que comme un jeu d*esprit, mais qu'un /eelear Jnattent'jf pourrait prendre au sérieux. Je me dois donc à
NOTICK. ▼
moi-même de déclarer que , pendant le cours de longs et divers voyages, j'ai résidé près d'une année entière à Constantinoçle ; que fréquemment j'ai visité l'arsenal et le bagne; que j'ai assisté aux
fêtes de la Saint-Georges; que j'ai vu Bhodos; que j'ai parcouru
rÉgypte , la Syrie et tous les autres lieux que j'ai essayé de faire coQnaître par des descriptions minutieuses; que c'est sur les lieux mêmes, quoi qu'en puisse penser mon aristarque, que j'ai recueilli mon vocabulaire d'expressions orientales; et que, pendant que j'étais occupé de la rédaction de mon ouvrage, j'avais, comme le célèbre poète avec lequel, par un haut compliment littéraire, on a bien voulu me confondre, un Albanais à mon service; que, si j'ai adopté la forme d'une fiction romanesque, c'est pour donner à mes observations sur l'Orient un corps plus saisissable que si je les eusse écrites sous la forme d'un journal de voyage; que, si j^ai évité toutes les. discussions d'antiquités, c'est à dessein, comme ne s'alliant pas avec la forme que j'avais choisie ; que si je n'ai pas mis mon nom sur le titre de l'ouvrage, c'était pour être plus conséquent avec le titre de Mémoires d'un Grec adopté par moi ; que j'avais écrit complètement mon roman, ou l'ouvrage auquel je laisse à mon critique donner le titre que bon lui semblera, bien long-temps avant qu'eussent paru les admirables productions de lord Byron ; et qu'enfin je suis bien réellement, quoiqu'il me semble peu nécessaire de l'ajouter, le seul et unique auieur d*Anastase, et votre très-humble serviteur.
Thomas Uope.
Une telle discussion n'avait fait que prouver toute Timportance que le public attachait au roman i^Anastase^ et cette estime qu'on lui accordaitdès sa naissance n'a fait que croître de jour en jour. Un nouvel intérêt est même venu s'y joindre depuis. Une partie considérable de l'empire ottoman, l'Egypte, était alors placée sous la domination des musulmans ; (es temps ne Sont plîis aujourd'hui que des souvenirs historiques. Une autre partie de l'empire non moins importante^, la Grèce, s'ep. est détachée complètement et elle a son existence ^k- par*. Il est curieux d'observer ce que leô Tiircs avalent Tait de la Grèce et du caractère grec pendant les dernières années de leur grossière domination, et ce qu'elle est devenue depuis le peu d'années qu'elle est rentrée dans son indépendance et dans sa liberté. Le roman à^Aimstase est ici un véritable tableau historique. Ce roman avait été dès sa première