CHAPITRE PREMIER
l'acceptai. Il devenait dès lors indispensable de me donner une teiolare d'instruction ; on me mit donc entre les mains d'un maître de langue grecque qui prenait le titre de logiotatos*, et qai, par pure modestie, se reconnaissait inférieur à Démosthène en éloquence. Ma paresse l'emporta sur la science et les soins de mon didascalos^ Tout l'or qui découlait des lèvres de saint Jean-Chrysostome *, son auteur favori, n'aurait pu suffire, k mon atis, pour dorer la pilule amère de ses leçons ; et Homère même, cpioique j'aimasse assez ses descriptions de combats , ne réussissait qu'à me faire bâiller dans les heures de travail. Le fait est que j'avais un dégoût insurmontable pour toute e^ce d'étude ; mais quand il n'en était plus question , j'affectais une grande admiration pour Achille , l'appelant mon compatriote , paice que mes ancêtres avaient habité l'Épire ^ , et regrettant de n'être pas né deux mille ans plus tôt, uniquement afin d'être son Patrocle. Dans mes accès d*héro!sme, je jurais de traiter les Turcs comme il avait traité les Troyens, et pendant quelque temps je ne rêvais qu'à passer an fil de l'épée eunuques , nains , et tout ce qui se trouvait dans le sérail. Mes rêves jetaient mes paurentsdans l'enchantement, mais ils me conseillaient de ne pas rêTer tout haut. « L'esprit d'une juste vengeance, » me disaient-ils, « doit se renfermer dans une bouteille bien bouchée , pour lui donner plus de force. » £t c'était d'après ce principe qu'ils se courbaient jusqu'à terre devant chaque musulman qu'ils rencontraient.
Les inclinations du petit futur papas ^ pour l'église militante commençaient cependant à se montrer d'une manière frappante. J'avais rassemblé une troupe de vagabonds de mon âge , dont je m'étais constitué le capitaine ; et , ayant volé à mon