Nourrice
4. L'usage ilcs insulaires grecs est de conservir toute l'année les vases de lonte espèce qui viennent à se casser, et de les jeter tous ensemble le jour de Kquei.
Ce fui ainsi qu*une chaîne non interrompue desouTenirsme conduisit jusqu'au seuil de la maison de mon père. Tout y annonçait la solitude et la désolation. La seule connaissance que j'y retrouvai, le seul être qui me remit avec plaisir, fut le vieux Xénos : c'était un chien de bonne race que le consul m'avait donné encore tout jeune, et que j'avais élevé moi-même. Bien des fois il avait fait sentinelle pendant mes rendez-vous avec la fille de son ancien maître ; et, quand j'avais fui la maison paternelle, j'avais été obligé de le lier à un poteau sur le quai pour l'empêcher de me suivre. Il semblait s'en souvenir encore, et il rae regardait comme s'il eût voulu me demander ce qu'il avait fait pour être abandonné ainsi. Ses aboiemenls joyeux attirèrent une femme que je ne connaissais points et qui me demanda ce que je désirais. Lui ayant dit que je voulais parler au seigneur Sotiri, elle me répondit qu'il habitait depuis long-temps sa maison des champs.
Les objets que je rencontrai en m'y rendant ne m'offrirent pas moins d'intérêt que ceux que j'avais vus dans la ville. Mais, dans les uns comme dans les autres, je trouvais un changement qui confondait tous mes calculs. Chaque chose était à la même place et conservait la même forme, mais les dimensions n'en étaient plus les mêmes : ce que je croyais avoir laissé grand, majestueux, élevé comme la tour de Babel, me paraissait, à ma grande surprise , petit, mesquin, réduit à la taille d'un jouet d'enfant. Maisons , jardins , montagnes, vallées, tout, depuis mon enfance , me semblait avt)ir diminué de moitié. Quelques pas suffisaient pour me conduire au bout de ce que je regardais autrefois comme un terrain d'une étendue infinie, et tel édifice qui , dans mon souvenir, devait s'élever jusqu'aux cieux, me paraissait à peine sortir de terre. J'avais quitté ma patrie la tête pleine de la grandeur des objets que j'y laissais; j'avais assimilé ceux d'un ordre bien supérieur que j'avais vus depuis ce temps aux premières images imprimées dans mon souvenir; ce n'était qu'alors que j'en apercevais la différence, et cette comparaison les rabaissait même au-dessous de leur véritable niveau.
Marchant h grands pas, j'eus bientôt rejoint un petit homme déjà avancé en âge qui faisait route vers le même endroit. Quel-