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CHAPITRE DEUXIÈME

dans la nécessité de faire le tour de toute celte partie du monde avant de pouvoir effectuer une attaque contre les Turcs. Telle fui pourtant la mesure qu'on adopta , et la flotte russe avait iwssé l'hiver à Livourne avant que ceux qui la commandaient eussent déterminé sur quelle partie de la Turquie ils frapperaient le premier coup. Les Grecs se chargèrent de décider la question pour eux. Quelques turbulents kodja-bachis * de la Morée , craignant le fouet du commandant turc de la pror vince, envoyèrent aux générauv russes un plan supposé d'insurrection , comme si elle eût été parfaitement organisée ; et , au retour de leurs députés , ils firent valoir la promesse de secours des Russes qu'ils avaient ainsi frauduleusement obtenue, pour exciter la commotion qu'ils avaient représentée comme ayant déjà eu lieu. Les Turcs les aidèrent eux-mêmes dans cette ntacbination. Soupçonnant qu'il existait un complot contre eux , ces oppresseurs pusillanimes agirent comme des hommes qui , de peur de tomber dans un précipice, s'y jettent la tête la première. Dans leur frayeur panique ils massacrèrent une troupe de paysans tzacons ^ qui revenaient paisiblement de la foire de Patras, et qu'ils prirent pour une armée de rebelles marchant contre eux. I.e cri de vengeance se fit alors entendre de tous côtés; et lorsque, dans le printemps de 1770, la flotte russe jeta l'ancre dans la baie de VityloS ses commandants furent reçus par les évêques de Lacédémone * et de Chrîstianopolis , suivis d'une foule de Grecs de toutes con ditions, qui ne demandaient qu'à s'enrôler sous les bannières de ces prétendus libérateurs.

1. Cliefs des nmniripalités grecques, comptables, eiivers les gouverneurs ^rcs, des conlributioiis imposées sur leius districts.

2. Hâbiianis des montagnes de la Tzaconie, entre le mont Taygète et la mer. B.

3. han» le Magne; c'est de là que partit en 1675 la colonie grecque qui »lla x'ét;<b!ir en Corse. Les h;ibiianls de Viiylo prétendent que parmi eux ftiiii un Caiomeri, dont le nom fut italianisé en celui de Buonaparic, de même 'i'ie le nom italien de» Médicis avait été grécisé en celui d'Iatros et lairo» |x)iilos lorsque, son» les ducs Francs d'Athènes de la famille Acciaiuoli, les Médiris vinrent s'éiablir a Albènes, puis dans le Magne, où on les retrouve plntieurt siècles après. (Voy<i mes Nouvelles Recherches historiques sur lit prin/i liante française de Mutée.) B.

^- L'évècbé de Mistra , bâii par un ViJieliardouin , a continué kipotlev ^^' '">iii d'. véché de Làcédémon/a. B.

Quelque favorable que parût ce début , le bon accord entre les deux nations ne fut pas de longue durée. Les Grecs espéraient que les Russes accompliraient seuls Tœuvre de leur délivrance, et les Russes avaient compté sur une puissante coopération de la part des Grecs. Chacune des deux nations , également trompée dans son attente , rejetait donc sur Tautre la cause du défaut de succès de chaque entreprise. Leurs querelles donnèrent à de nombreuses troupes d'Arnauies le temps d'accourir dans !a péninsule de tous les points de l'Albanie , et les commandants russes , voyant s'évanouir tout espoir de réussir de ce côté , remontèrent plus haut dans l'Archipel, abandonnant à leur destin les habitants de la Morée, et n'ayant retiré d'autre avantage de la réunion momentanée des Grecs et des Russes que d'augmenter la haine qui les divisait auparavant.

Les féroces montagnards de l'Albanie, qui, sous le nom d'Arnautes, forment la principale partie des forces de l'empire ottoman en Europe et de la garde du corps de ses divers pachas, présentaient , dans leur physionomie dure et livide, le contraste le plus frappant avec les traits réguliers et le beau teint des Grecs. La différence de croyance entre ces deux peuples est beaucoup moins marquée. Flottant pour la plupart entre Jésus-Christ et Mahomet, les Arnautes n'ont en général d'autre religion que celle du maître qu'ils servent ; et plusieurs des héros guêtres* qui, sous la promesse d'une bonne paye et l'appât du pillage, étaient venus secourir, contre les chrétiens, les musulmans de la Morée , faisaient eux-mêmes profession de la foi chrétienne. Leur nombre total s'élevait à environ 20,000. Quand ils eurent fini leur besogne, ils demandèrent à être payés. L'argent manquait, ou du moins on ne leur en donna point. Ce manque de foi leur fournit un prétexte plausible pour se débander, et pour se payer par leurs mains en pillant le pays. Quelques-uns, après avoir dévasté les villages, en firent marcher les habitants devant eux comme des troupeaux de bestiaux, et, les ayant fait passer par lesdervends ou défilés qui ferment l'entrée de la péninsule de Morée, ils regagnèrent leurs montagnes avec les esclaves qu'ils avaient faits. D'autres restèrent dans la péninsule ,

/. Les Albanais portent de longues giiéirc& de di ap ou de velours ridu ment brodées en or et ornées d'agrafes d'ar^jent. B.

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