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CHAPITRE DEUXIÈME

s'emparèrent des maisons et des terres des paysans grecs , et privèrent par là le sol de ses cullivaleurs et l'empire turc de ses sujets. Enfin , quand ils ne trouvèrent plus de rayas ^ à opprimer, ils dirigèrent leur violence contre les musulmans eux-mêmes, et traitèrent en vaincus ceux qu'ils étaient venus défendre.

Neuf années successives avaient vu venir onze gouverneurs, les uns après les autres , avec les ordres les plus positifs d'exterminer ces bandits , et tous étaient partis sans y avoir réussi : les QDs, parce qu'ils n'avaient pas une force suffisante pour les réprimer; les autres , dit-on , parce qu'ils ne savaient pas résister à leurs présents. Enfin la Porte envoya Hassan.

Persan de naissance, esclave par suite des chances de la guerre, placé par son propre choix au nombre des recrues qu'on lève tous les ans à Smyrne pour les puissances barbaresques, parvenu, par son seul mérite, au rang d'amiral-de-port à Alger, Hassan-Bey eut une querelle avec le dey. La jusiice était si évidemment de son côté que la prudence lui imposa la nécessité de fuir précipitamment. Après avoir erré longtemps, il trouva un protecteur, à Constantinople, dans le fameux Raghib , qui fut grand-vizir ^ sous deux sultans successifs, et qui pourtant mourut dans son lit. Dans la mémorable bataille que les Russes , après avoir abandonné la Morée , livrèrent aux Turcs dans le détroit de Chios , il commandait le vaisseau amiral des Turcs, qui fut attaqué par celui des Russes , tandis que les deux commandants, Khassim et Orloiï, se tenaient à l écart sans prendre part au combat. Ses instructions lui défendant de lever ses amarres , Hassan remorqua son navire sur ses ancres , aborda celui de ses ennemis , et ne se jeta à la mer , pour gagner le rivage à la nage, que lorsque les deux bâtiments en feu sautèrent en même temps et couvrirent la mer de leurs débris. Le sultan , voyant sa marine anéantie , se trouvant menacé d'être bombardé dans son sérail par une flotte partie de

1- Nom que les Turcs donnent indifFe'reinnienl à lous les sujets non ninnlia.iDsqui payent une capitaiiou, Grecs, Arméniens, Juifs el Zin{>nri ou Bohémiens.

1 Tdiis les pachas investis du droil de faire porter trois (pieues devant '"ï ont le nom de vizirs; mais le clief des pachas, le lieutenant du grand- ^%ncur, celui qui le représente dans les conseils et commande ses avii\ée%> '^'appilé par les Turcs shir-azem, et par Us Francs graml-viiir. I^.

la mer Baltique , nomma Hassan capllan-pacha , et ce choix fit son salut.

À la paix , Hassan employa tous ses soins à former une nouvelle marine , et introduisit la tactique européenne parmi les Turcs, autant que leurs préjugés pouvaient le permettre. Il n'eut pas d'occasion immédiate pour essayer, contre un ennemi étranger , l'effet de son nouveau système ; mais dans un empire aussi étendu que celui des Ottomans et affaibli par le temps, il se trouve toujours quelque province éloignée qui se refuse à l'obéissance , ei Hassan eut sans cesse des troubles à réprimer de côté et d'autre. En 1776, il fit payer de sa vie à l'Arabe Daher, usurpateur de la souveraineté d'Acre, la ligue qu'il avait formée avec le rebelle Egyptien Ali. L'année suivante , il réduisit les fils de Daher , qui persistaient dans la rébellion de leur père ; enfin , en 1779, il reçut l'ordre du sultan de chasser de la Morée les Arnautes rebelles. Son armée était déjà campée dans les plaines d'Argos, quand une des caravelles de sa flotte, stationnée, comme je l'ai dit, dans la baie de Nauplie, conduisit notre troupe de Vénitiens et de Maniotes dans ce port, où, ainsi que mes autres compagnons, je fus, sans trop de cérémonie, jeté dans une mauvaise grange pour y passer la nuit sous bonne garde , sans savoir ce qu'on ferait de nous le lendemain.

Le lieu de notre détention était depuis long-temps le domaine paisible d'essaims de moustiques qui , ne sachant pas que c'était bien involontairement que nous les troublions dans leur possession , semblaient déterminés à se venger des intrus. Le bourdoimement et les piqûres de ces insectes importuns auraient suffi pour nous priver de tout repos ; mais il faut y ajouter qu'étant attachés deux à deux, et étroitement unis l'un à l'autre par les nœuds les plus solides , les coups que chacun destinait à ses ennemis ailés tombaient pour la plupart sur son compagnon de souffrances. Des excuses s'ensuivaient, mais rien de tout cela n'était fait pour procurer le sommeil. Mon camarade , dans cette union forcée , souffrait sans doute autant que moi , mais il paraissait doué d'une résignation plus philosophique. Comme je me récriais sur les inconvénients d'une telle chambre à coucher, ce paiient personnage m'assura que j'étais bien difficile, et que

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