‹ AnastaseChapitre 193 sur 407 · CHAPITRE VINGT-TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-TROISIÈME

et je ne croyais plus avoir besoin de sa protection. Ce fut sans doute pour cette raison qu*en arrivant à Constantinople , je n'hésitai pas un instant à me décider à aller lui rendre visite. Cependant, ne sachant pas quelles révolutions pouvaient être arrivées dans un lieu si fécond en orages que le Fanar, je jugeai prudent, avant de hasarder cette démarche, de prendre quelques informations sur mon ancien patron , de peur que , si je demandais trop promptement qu*on me conduisit à sa demeure, on ne me menât à un cimetière ou dans une prison.

oEh bien! » dis-je à la première connaissance que je rencontrai, « Mavroyeni est-il toujours logé à Tarsenal?»

« Oh! non vraiment, » me répondit Notara.

« Je vous entends, » repris-je ; et en même temps je passai la main sur mon cou , de manière à faire voir que je pensais qu'il y avait eu solution de continuité entre sa tête et son tronc.

« Pas encore, » me dit Notara, « mais il en est sur le grand chemin. Il est maintenant hospodar de Valachie. »

« Hospodar de Valachie ! » répétai-je en reculant au moins de trois pas. « Quoi! Nicolas Mavroyeni, insulaire grec, vrai taoucban S a eu l'adresse de réussir à se faire nommer chef de la plus belle des deux provinces grecques, h la barbe des Ipsllanti, des Morousi, des Callimacki et des Soutzo, que le Fanar pouvait mettre en avant pour s'opposer à cette invasion ! »

« Oui, ») répondit Notara, « après avoir été, pendant quinze ans et plus, menacé régulièrement. tous les jours, par le grandamiral, de la perte de sa place, il n'a quitté les fonctions de drogman de la marine que pour s'élever au poste le plus haut qoe puisse atteindre un sujet grec dans l'empire turc; et cela, sans stipulation pour l'achat de sa principauté, sons compromis pour le temps pendant lequel il en resterait en possession, sans aucun engagement pour la disposition des places subalternes, en un mot sans aucune condition ni restriction. »

Je le priai de m'expliquer comment ce miracle s'était opéré.

« Il faut vous rappeler, »> me dit-il, « que la Russie n'a janiais agi plus hostilement envers la Turquie qu'après la conclusion de la paix. Mais les Moscovites étaient gouvernés parun homme portant des jupons, et nous l'étions çav A^nwWV^^

I. r.ièvre, épiihcte de mépris donnée par les Turcs aux \n%w\A\re% ç,rcc%.

294 MÉMOIRES DtJN GREC.

femmes en turban, les vizirs Halil-Hamid et Schahin-Àly, qui se sont successivement montrés résolus à souiïirir toutes les insQUos de la virago du Nord. Enfin, l'entrevue qui eut lieu entre Joseph et Catherine ouvrit les yeux du sultan. Abdoul-Hamid sentit que tous ses sacrifices ne pourraient maintenir la paix et qu'ils diminueraient les moyens qui lui restaient pour faire la guerre. Il destitua le pacifique Schahin, et chercha un vizir plus entreprenant et plus belliqueux. Il n'existait, dans tout l'empire, qu'un seul homme capable de répondre à ses vues : c'était Youssouf, qui avait été successivement porteur d'eau à Smyrne, caliondgi sur la flotte, le conseiller et la main droite du capitan -pacha, le défenseur du fioghaz contre les Russes , le mouhassil de la Morée, et il fut nommé premier vizir de l'empire ottoman.

» Youssouf, 'à son tour, sentit la nécessité de ne confier le gouvernement d'une province aussi importante et aussi exposée que la Valachie, qu'à un homme doué de courage et de r^olution. Il ne pouvait le chercher parmi les princes marchands du Fanar, mais il savait que son ancien camarade de service auprès du capilan-pacha , Mavroyeui , possédait ces deux qualités. Il \o proposa donc au sultan. En vain tous les Fanarioies s'uni* rent sincèrement pour la première fois afin d'empêcher cette nomination ; en vain mirent-ils en avant leur instrument ordinaire, Petracki, séraiï^ de l'empire, qui dépensa plus d'argent pour empêcher la promotion de Mavroyeni à cette place qu'il n'en avait jamais coûté à personne pour l'obtenir; tout fut inutile : le sultan confirma le choix de son vizir. Mavroyeni, en recevant les marques d'investiture de sa nouvelle dignité, ne demanda qu'une seule faveur , la tête du séraff. On ne pouvait lui refuser 'cette bagatelle ; et, par un procédé délicat, à l'instant même où il sortait de la salle d'audiouce, on fit rouler à ses pieds la tête de Petracki.

» Jl partit dans toute la plénitude de sa gloire pour aller prendre possehsion de sa principauté. 11 est |)ourtant possiibic i[ue la faveur qu'il regarda coinmc la plus grande preuve de son crédit soit le premier pas vers sa chute. On dit tout has que feu le sultan iMuslapha avait coi. fié à Petracki plusieurs millions de piastres destinées à son fils Sélim, pendant le règne

l. Tréitoi'ier.

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