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Nom qnc se donnent les Valaqu^s

CHAPITRL VINGT-NEUVIÈME. 359

une plaine, et pour la défense de laquelle la nature n'a rien fait et Tart n*a pu faire grand'chcsc, devint aussi bien fortifiée que sa situation le permettait. Chaque kbani fut converti en batterie ; tous les couvents furent changés eu forteresses ; le palais archiépiscopal et la cathédrale même, construits sur la seule hauteur qui pûl fournir un point de défense, se transformèrent en citadelle ; et, au scandale inexprimable des Vaiaques, des soldats furent logés là où on n'avait jusqu'alors entendu que les saints offices , des boulots de canon empilés là où était plantée la croix, des mousquets et des sabres amoncelés au lieu même où le prêtre présentait l'hostie à la vénération des fidèles.

Ce fut au milieu de ces préparatifs de guerre que j'entrai dans Bucharest. Â l'approche de cette cité , on ne rencontrait que des groupes de familles cpior J es <|ui en sortaient et des détachements de soldats turbulents qui y entraient. Partout où je m'arrêtai dans son ( ncetnte , je n'entendis parler que de bannissements, d'amendes, de coiifiscations , d'emprisonnements, de recrues, de fortifications et de plans d'attaque et de défense. « Fort bien ! » pensai -je, « tous ces sons discordants sont pour mes oreilles une harmonie délicieuse. Ils me promettent ce dont j'ai besoin, ce que j'aime par-dessus toutes choses, la confusion et le trouble qui semblent être devenus mon élément; je respire ici et j'y vais nager en pleine eau. » Ëntendais-je parler d'un des premiers officiers de l'état dont la faveur semblait sur son déclin, d'un grand dont on annonçait la ciiute prochaine : c Bon ! » disais-je encore ; « il faut bien que quelqu'un me fasse place. » Je ressemblais à ces oiseaux de proie expérimentés qui, dès l'instant que la bataille commence, battent déjà des ailes dans l'attente de la curée qu'on leur prépaie.

Cependant, quand le premier tumulte de mes sens se fut apaisé, quand je me trouvai livré à mes rédcxious dans la solitude de ma chambre , mes visions de grandeur ne furent plus si brillantes. « J'arrive, » pensai-je, « dans un pays où je n'ai pas un ami, pas même une connaissance, où chacun doit me considérer comme un intrus contre lequel il est de l'intérêt de tous de se réunir; à la merci d'un seul homme, et cet homme est Mavroyeni! Mavroyeni qui, même. dans son ancien état de dépendance , ne |)ouvait souQî ir une contradiction ; qui se

gouvernait au gré du caprice plutôt que par l'empire de la raison , et qui , après avoir élé , dans sa condition servilc , si longtenaps tourmenté de la soif des grandeurs qu*il a enfin obtenues, s'enivre aujourd'hui à chaque instant dans la coupe flatteuse du pouvoir ! Il est vrai que je porte dans mon sein des qualités qui, dans sa situation actuelle, doivent être précieuses à ses yeux , et dans ma poche des recommandations auxquelles son propre intérêt Toblige à faire quelque attention. Des lettres écrites en ma faveur par les deux personnages les plus puissants de Fempire ottoman , le grand-vizir et le capitan-pacha, ne devraient me laisser que la peine de décliner mon nom et de déclarer ce que je désire. Mais que sais-je si Mavroyeni, quoique peu scrupuleux en matière de religion , ne regardera pas mon apostasie comme un obstacle à mon avancement dans sa principauté grecque? Ne peut-il pas aussi avoir conservé un souvenir fâcheux de mes folies de jeunesse et de la manière un peu cavalière dont je Tai quitté? ]N*est-il pas encore pins probable qu'il se sera trouvé blessé de ce que je n'ai jamais cherché à le revoir, à implorer sa protection , à m'élever à l'ombre de ses ailes? » Dans le fait, j'avais reconnu plus d'une fois que son humeur était si indocile, que plus on le serrait de près, plus il opposait de résistance. J'avais donc à craindre que mes recommandations ne servissent qu'à lui fournir l'occasion de donner une preuve de son indépendance en n'y ayant aucun égard; aussi, malgré mes belles espérances, je tâchai de me préparer à supporter un accueil plein de froideur, et je résolus de m'avancer avec tant de précaution qu'un refus ne pourrait ni me compromettre ni m'humilier.

D'après ce plan, bien loin de faire une toilette complèie pour me rendre le lendemain à l'audience de Mavroyeni, comme je l'avais fait lors de ma première entrevue avec Suleïniao; bien loin d'informer tous les passants, chemin faisant, par mon air d'importance , que je me rendais à la cour ; bien loin d'annoncer d'un ton d'autorité, en arrivant au palais, que j'apportais des recommandations du grand-vizir, du grand-amiral el dn premier drogman de la marine , je donnai presque dans l'excès contraire ; el , ne voulant pas lever le ton de manière à être obligé de le baisser s\ yt \sst xk\x^\^\^ ^^i& ^ t'arrivai vêtu si

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