CHAPITRE TRENTE-CINQUIÈME
leur, je saisis le bras du messager avec la promptitude de l'éclair, et commençai à le presser de questions ; mais c'était la stupidité même. Tout ce que j'en pus tirer fut, que ce billet loi avait été remis dans le village par une femme voilée, qu'il ne connaissait pas et qui eu était repartie aussitôt. M'en pouvant apprendre davantage , je le laissai aller et me mis à lire cette lettre , qui contenait ce qui suit :
« Avez-vous jamais entendu parler d'un négociant grec nommé Sozimatos? Il fut un temps où sa richesse, sa puissance et son ambition le mettaient au-dessus de Chrysopoulos; mais la fortune ne les traita pas tous deux de la même manière. Chrysopoulos ajouta de nouvelles richesses à celles qu'il possédait déjà, et Sozimatos perdit toutes les siennes. Avant ce désastre, ils avaient projeté d'unir leurs familles par le marilige de leurs enfants ; mais le malheur arrivé à Sozimatos ût rompre ce dessein, car quel engagement est assez sacré pour tenir contre un revers de fortune? Ce n'était pas assez de cette insulte : on offrit à sa fille une place servile dans la maison qui avait dû êu-e la sienne : elle l'accepta ; elle se soumit sans murmurer à tontes les humiliations ; l'espoir de la vengeance la soutenait. Bientôt le fils de Chrysopoulos mourut d'une maladie inconnue, contre laquelle il n'existait point de remède ; il lui restait Eu- 'pbrosyne , sa fille adoptive; c*était la seconde victime qu'il fallait immoler. De jeunes débauchés avaient formé une société qui n'avait d'autre but que le renversement de l'ordre et la ruine des familles ; un d*entre eux était cité dans la ville com* me plus audacieux , plus dénué de principes que ses dignes confrères , et il fut choisi comme l'instrument le plus propre à semer la honte et le désespoir dans la maison de Chrysopoulos. Ce fut ainsi que , grâce à l'amour-propre , à la crédulité et à Tendurclssement du cœur d'un misérable aventurier, la plus vertueuse des filles de Smyrne , après avoir pris sans défiance un narcotique préparé par la main de la vengeance , devint enfin sa victime , et que l'orgueilleuse famille de Chrysopoulos fut couverte d'ignominie en voyant une de ses parentes devenue publiquement la maîtresse d'un homme perdu de réputation.
» Là pouvait se terminer l'œuvre de la vengeance; mais l'aventurier osa insulter la fille de Sozioialos. C»el\x\. ^\xt\vsGL
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punir qo'elle feignit de se joindre h lai pont chercher Suphro- «yne , qu'elle rendit toutes ses démarche inutiles , et qu'elfe prépara pour ce misérable des tourments qui ne ônironi qu'avec sa vie. Ce ne fut pas sans peine qu'elle empêcha le péchear repentant de retrouver sa victime innocente. Un jour il pénétra jusque dans le misérable grenier où elle souffrait l'agonie de toutes les douleurs morales et physiques. Un haillon servant de rideau la dérobait seul k sa vue. Un mot prononcé , un cri échap|)é, et il était dans ses bras. L'étoile de la fille de Soziffiatos l'emporta î l'aventurier sortit et ne revit plus son Euphrosyne ; elle mourut quelques joUrs après en donnant le jour h un fils, sans antre secours que celui de la pei^sonne qui l'avait servie , qui l'avait trahre et vendue, et qui lui procurait la couronne du martyre; elle expira en prononçant le nom de Sélim. Les mains plus compatissantes dans lesquelles elle »è trouvai^ alors étaient celles de son créateur ; la bagne rtsttvoyée avait été retirée de sa main glacée par le froid de la mort, et II fte rrâteit plus qu'à informer SéKm de tous ces détails pour complét«r1a vengeance de * «OPHiE SDztMATOS* »
Je ne sais comtnent je pus achever la lecture de éette letttTe, si ce n'est par suite d'une Sorte de stupeur qtii engourdil tous mefe Sens. Le premier mot qu'un de ines compagnons prononça rompit le charme, et déchaîna tous les esprits infernaux qui • s'éiaient rassemblés dans mon Sein. Je ne sais ni comment je quittai mes amb, ni ce que je leur dis, ni si je me^^ortai^è quelque acte de frénésie ; je ne vis ni n'entendis rien avant d'être arrivé à Smyrne, à la porte du logis que Sophie y occupait ; mais elle me connaissait trop bien pour m'avoir attendu ; dès là veille elle avait quitté ce logement pour toujours > et je ne pus découvrir sa retraite. Ce ne fut que quelque temps èprès, lorsque j'avais abandonné au ciel le soin de ta punir* que le hasard me fit rencontrer cette furie Incarnée dans le lieu oO je m'y attendais le moins. Elle essaya encore de m'échapper, mais pour cette fois elle ne put y réussir. Son critne était du nombre de ceux que le bras de la juîilice n'atteint pas. Je me chargeai donc moi-même de lui faire subir un châtiment trop long-temps différé, et cette circonstance n'en diminua pas la rigueur.
Cet événement inattendu sembla calmei* un instant mes wuf-