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CHAPITRE TRENTE-NEUVIÈME

elles se jetèrent à mes pieds, me saisirent les mains, les baisèrent, les arosèrent de leurs pleurs, et s*écrièrent en sanglotant : « Rendez-nous, rendez-nous notre cher Omar, car nous savons que vous le pouvez. »

Cette supposition ne me flattait pas infiniment. Je commençai par déclarer que ma science n'était nullement infaillible ; mais je vis bien que cette déclaration ne persuadait pas mes auditeurs. M*approcbant du blessé , presque étouffé au milieu du cercle nombreux qui Teutourait, je cherchai à m'assurer de sa situation, et je crus que le premier moyen de guérison à employer était de lui procurer le repos du corps et de l'esprit.

Cl Je suis venu dans ce pays, » dis-je au père qui osait à peine respirer tandis que je lui parlais , mais dont les yeux dévoraient mes paroles, « comme envoyé de Scheîck-Mansour et non comme disciple d'Ibn-Senna. Je dois à la curiosité qui m'a ))orté à les acquérir, et non à l'envie de les faire servir pour m'enrichir, le peu de connaissances que j'ai en médecine; mais, comme je ne les exerce que gratuitement, j'ai droit d'exiger qu'on obéisse scrupuleusement à tous mes ordres. »

— « Ordonnez-nous d'arracher de la tombe d'Aly le turban orné de plumes qui la couvre, » s'écria le père ; « dites-nous d'aller sur nos genoux en pèlerinage à la Kaaba, » dit la mère; « commandez-nous de renoncer aux honneurs de l'état de mariage , » bégayèrent les filles.

— « Tout cela serait difficile à faire, » leur dis-je, « et ne serait pas fort efficace pour la guérison du blessé. Je vous demanderai une chose plus aisée et plus utile, c'est que chacun se retire, et que personne ne rentre dans cette chambre sans ma permission. »

Plus cette ordonnance était simple , plus il me fut difficile d'en obtenir l'exécution ; et je fus obligé de les menacer d'aban* donner Omar, pour les décider à lui laisser le repos qui lui était indispensable.

Resté seul avec mon malade , qui , malgré son état de faiblesse avait toute sa connaissance, je lui préparai un breuvage calmant, en ayant l'air, par des simagrées solennelles, de composer un charme dont je lui garantis l'efficacité ; mais j'eus soin en même temps qu'il avalât la potion jusqu'à la dernière goutte. La nature du /uédicament , la lTatic|;a\\\\X^ ^v V^!^^'^

dans la chambre , et la coDfiance qa*il avait dans ce prétendu talisman, lui procurèrent quelques heures de repos; et quand il se réveilla il n*éprouvait plus la même faiblesse , et la fièvre avait disparu. Je pansai sa blessure, je fis entrer ses parents, et il les asbura lui-même qu*il se trouvait mieux. Les bonnes gens firent de telles exclamations de joie el prodiguèrent des bénédictions si bruyantes à tous mes ancêtres jusqu'à la troisième général ion, que je fus obligé de les mettre de nouveau à la porte. Je jouai ainsi assez long-temps le rôle de cerbère « et je ne permis l'entrée de la chambre d'Omar que de loin en loin, jusqu'à ce que sa situation ne laissât plus craindre aucun danger. Lorsque, grâce à sa bonne constitution, il fut en pleine conva^ lescence , je reçus avec modestie Jes remercîments que me prodigua toute la fiimille pour loi avoir conservé sa plus chère espérance , remercîments qui n'étaient dus qu'à la nature.

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