CHAPITRE XLIV
Digression sur l*état de l*Égyptc en 1790. — H reneonlre son fils Alexis à Alf>»iiii4ri«. — Il rencontre dans l^s cptacembes fl'AleKaiifJne le yoèip Cirico, qu^ fait d»i niagnélisnie. — )l reçoit i'prdre de quitter l'Kgypte. — Il forme le plan d'ciilerer son fils.
Me vpici donc maintenant en chemin pour la troisième et dernière fois vers r£gypte , pays qui, après pvoir été spcçessivement ravagé par h famine, par la peste et par le capitan-pacha , avait enfin , popr comble d'infortune , été divjjié entre Ismaël , scheïck-el'beled au Caire , et Ibrahim et AJourad . maîtres du Saïd : arrangement qui avait augmeuié les dépenses du chef autant qu'il avait diminué ses revenus, attendu qu'il fixait sur ses frontières un ennemi contre lequel il fallait toujours être sur la défensive. Heurem^ement les talents d'Ismaël n'étaient pas au dessous de la lâche qu'il s'éiait imposée. Sa fermeté empêchait les'beys de la Haute-Kgypte d'oser en venir à cjes hostilités , et sa vigilance déjouait tout projet de trahison dans les provinces qui lui étaient soumises. S'il était forcé de lever (les con tri bu lions plus fortes , il savait les rendre plus légères en les faisant peser également sur toutes les classes, il jjunnait autant de soins à guérir les anciennes blessures du pays qu'à prévenir les maux qui le menaçah nt ; et, pour atteindre ce but, il avait tiré, depuis les monlagnes de la Libye jusqu'au Caire, une ligne de forti^qui pouvaient braver les troupes indJficipliuées du Said^
584 MÉMOIRES D*tJlf GREC.
Après tous ces travaux, ît semblait qu'lsmadl n'avait plus qu'à se reposer et à jouir du fruit de ses fatigqes; mais, en 1790, ce fléau de TOrient, la peste, qui n*ayait cessé d'exercer ses ravages qu'en partie , se remontra armée de plus de foreur que jamais. Dévorant victime sur victime sans pouvoir se rassasier , elle passa de la chaumière du pauvre dans les palais des grands , et répandit la consternation et le deuil parmi les fiers mamelucks comme parmi les humbles citoyens ; elle pénétra jusque dans le palais du scheîck-el-beled , et le frappa luimême de son dard empoisonné, tandis qu'il cherchait le moyen d'opposer une digue à ses dévastations. Au milieu de toute sa gloire, Ismaêl fut attaqué de la contagion, et quelques heures le virent tomber du faite de la gloire au bord de l'abime du tombeau.
Mais le mal qui triomphait d'un corps faible et périssable ne put vaincre la force et l'énergie de son âme. Jusqu'au dernier instant, il continua à s'occuper des intérêts de l'Egypte. Voyant sa fin prochaine, il chercha autour de lui, parmi ses partisans, un homme digne d'être son successeur et capable de marcher d'un pas assuré dans le sentier qu'il s'était tracé. Les ayant convoqués près de lui pour la dernière fois, il offrit successivement sa dignité à Hassan-bey-Djeddawi, à Aly-bey-Defterdar, et aux autres vétérans dont le pouvoir, le courage et les talents lui paraissaient capables de maintenir son ouvrage. Pas un d'eux n'osa l'accepter. Privés de leurs plus fidèles adhérents par le même fléau qui al< lait enlever leur chef, ces beys ambitieux qui, dans un antre temps, auraient versé des torrents de sang pour se disputer la succession d'Ismaêl , refusèrent tour à tour le poste éminent qiri leur était offert; il ne se trouva qu'un jeune homme, Osman , surnommé Toubal , récemment élevé par Ismaêl à la dignité de bey , et dont l'âme était digne du cx>rps contrefait qu'elle habitait, qui osa accepter le rang que ses collègues n'avaient refusé qu'à regret. Ismaêl ne voulut pas qu'on attendît son décès pour proclamer Toubal scheïck-el-beled , et k peine l'avait-il fait reconnaître on cette qualité qu'il expira.
Le nouveau chef de l'Egypte savait qu'il était hors d'état de se maintenir dans la dignité dont il venait d'être revéUi, et il ne l'avait acceptée que pour la vendre aux beys do Saïd; il