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CHAPITRE QUARANTE^UATRIÈME

leur fit donner avis sur-le-champ de la mort d'Ismaël et de la faiblesse des autres beys du Caire.

A cette agréable nouvelle , Mourad et Ibrahim descendirent le long de la rive occidentale du ]Vil ; mais, arrêtés d'une ma« nière inattendue par les nouvelles fortifications qu'ils trouvèrent à Dgizé, ils revinrent sur leurs pas jusqu'à ce qu'ils eussent réuni assez de force pour traverser le fleuve, puis, passant sur les revers de la chaîne des montagnes d'Arabie, ils redescendirent avec une telle rapidité, que les beys du Caire avaient à peine reçu la nouvelle de leur retraite de devant Dgizé, lorsqu'après s'être précipités de derrière Mokhadem, ils sommèrent la capitale de se rendre.

A cette nouvelle terrible, les beys du Caire marchèrent à leur rencontre avec toutes les forces qu'ils purent réunir, com< mandées par le traître Toubal. Celui-ci saisit la première occasion favorable pour passer à l'ennemi, et le fit entrer en triomphe dans la capitale, pendant que les beys du Caire prenaient à leur tour la route du Saïd. Ce fut là que s'établirent, quoique bien à regret , tous ceux des beys créés par Aly qui existaient encore ; et Hassan-Djeddawr, le plus ancien d'entre eux, reprit sans obstacle son ancien gouvernement d'Essouan, où il eut tout le loisir de réfléchir sur sadestinée singulière, qui a rendu célèbre, à force de revers, l'homme le plus brave d'une race inaccessible à la crainte.

J'appris tous ces détails d'un Grec d'âge moyen que j'avais rencontré à Cos. Arrivé tout récemment du pays où je me rendais , il avait excité ma curiosité par ses airs d'importance. Trouvant un jour qu'on lui témoignait trop peu de respect, dans un des c^fés placée sous le platane gigantesque qui se trouve sur la place du marché : « Est-ce ainsi , » s'écria-t-il en tremblant de colère, « est-ce ainsi qu'on traite un capitan-pacha? » Ces mots me firent»lever les yeux sur lui et je ne pus m'einpêcher de lui dire : « Capitan-pacha! et de quel souverain? »

— « De Mourad -bey. »

— « Mais pour avoir un grand-amiral , il faudrait du moins qu'il eût l'ombre d'une flotte. »

— « Et qui en aurait une , si ce n'est Mourad ! Sa flotte est à l'ancre sous ksfenètKes de son pa\a\s^ V>%vi^» G^^\.\^.>!^^^

belle qu'on puisse noir à cent milles de la mer ; et , qu«ià te Nil est daos sa plus grande crue , elle peut remonter jusqu'à Boulak et descendre jusqu'à Fostat. Dans les autres temps, elle reste à l'ancre sous les murs du palais, de peur d'échouer dans le fleuve. »

•<- « £t TOUS avei sans doute acheté par de nombreux exploits l'honneur de commander cette escadre formidable? »

-^ • Gomme vous devez le croire. Quand Oaman-bey-Tambourdgi se lassa de vivre dans l'eiil à Stamboul , où Hassan l'avait emmené, ce fut moi, moi Nicolas Hadgi de Tohesmé, qui le conduisis à Dernéh, d'où il gagna facilement le Caire. Ce service signalé me fit connaître de Mourad, qui, rendant justice à mes talents supérieurs , me donna le commandement de ses forces navales. Malheureusement je tenais trop aux privilèges attachés à ma hante dignité , et je brisai un jour les croisées d'un kiaohef qui protégeait un marin déserteur. Cet acte d'é-i nergie me valut ma disgrâce ; et , semblable à plus d'un grand personnage , je voyage maintenant pour changer d'air. ^

« J'aime à voir, lui répliquai-je, que la rage des nouveautés n'eat pas bornée à CoifstantiQople. • Je m'apitoyai cependant avec l'exH^pitan-pacha spr son renvoi , et , après avoir rempli une caisse d'excellentes bergamotes de cette île , dont les Européens défigurent le nom en celui de Stanco S je me rembarquai

Sur la côte de Syrie notre reïs prit à bord , tout à fait en opposition avec nos avis, deux moines latins, l'un Italien , du couvent de Ji^rusalem; l'autre Espagnol, de rhosf«ce de Ramleh. Ils n'eussent pas querellé plus incessamment s'ils eussent été Grecs. Persuadés qu'ils étaient que personne parmi nous n'entendait leur langue , ils rappelaient sans fin à la mémoire l'un de l'autre toutes les menues peccadilles de leurs couvents respectifs. Le couvent de Jérusalem avait permis aux schismatiques d'envahir son sanctuaire ; l'hospice de Ramleh^vait payé des Arabes pour aller piller les pèlerins; les moines du premier couvent se mettaient le feu au sang en buvant des liqueurs fortes, ceux du dernier en prenant di| pimept et en se que-

l. Co$. Le mot de Sianco vient de ce qne les Européen», eoteodant les Grec* dire qu ils allaient 5-ém Co (dans l'île de CoO, pnt fait un seul mol t troit mots rétinis. B. . ^

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