CHAPITRE QUARANTE-HUITIÈME
accablaient tous deux d'innocentes caresses, ce spectacle versait quelques gouttes d'amertume dans la dernière coupe que me présentait le plaisir. aTei aurait été mon sort avec Ëuphrosyne ! » pensais-je; et j'étais forcé d'interrompre mon travail, que je ne pouvais reprendre que quand mon esprit affaissé avait recouvré un peu de tranquillité.
Ma faiblesse et mes souffrances toujours croissantes m*ont fait croire plus d'une fois que je n'achèverais pas cet ouvrage. Le voilà pourtant terminé. A trente-cinq ans j'en dicte la dernière page, à trente cinq ans je prends congé du monde , et je ferme, pour ne plus le rouvrir, le volume bien rempli d'ude vie agitée et laborieuse. Dans quelques semaines, dans quelques jours, peut-être dans quelques heures, le noir rideau de la mort couvrira pour jamais ma personne, mes actions et mes fautes; et il ue restera du fier, de l'orgueilleux Anastase^ qu'un vain nom et quelques cendres.
O vous qui devez me survivre ! avant d'accabler ce nom de votre exécration , souvenez-vous de mes souffrances et de mon repentir ; ne soyez pas sans merci pour ma mémoire, et puissiezvous éprouver vous-même toute la merci de la Providence!....
loi se termine Touvrage d'Anastage. Les lignes qui suivent ont été ajoutées par celui qu'on désigne sous le nom de Conrad,
Ce n'était qu'avec de granda efforts qu'Aiiastase avait dicté les derniers chapitres de ses Mémoires, et presque immédiatement après il tomba dans une langueur dont rien ne put le tirer. Chaque jour on craignait ou plutôt on espérait voir le terme de son existence; car cette existence était devenue si pénible qu'il était permis , sans crime , d'en désirer la fin. Mais, quelque aiguës que fussent ses souffrances, elles ne purent abattre son courage, et elles ne lui arrachèrent ni une plainte ni un seul mouvement d'impatience. Quand sa faiblesse lui permettait de parler, son fils chéri était le sujet de sa conversation, a Si l'on ouvrait mon cœur, » disait-il un jour , « on verrait que le nom d'Alexis y est gravé et en occupe le centre. J'ai çecdacftfi&t<iic<:«& et ma santé en le retrouvant; ma\s c'e^t ^y^cvV^^x'w^'^^'^'^'^'^^
01) MÉMOIRES D'DH grec.
da coup de h nMirt. Maiiiteoant que les liens qoi m'attachem à la tîe sont près de se rompre , j'espère que son esprit innoceiil, aujourd'hui ange de lumière , invoquera la clémence de son Père céleste en faveur du père qu'il a laissé sur la terre. «
Trois jours après, Conrad, entrant un m^tin dans sa chambre» ne trouva pas le malade au lit, quoiqu'U ne le quittât ploai Anastase avait fait un effort pour en sortir , et était à genoux devant son oratoire, la tête appuyée sur ses mains. Il reeoD&at son ami , souleva la tête avec peine ; et, lui tendant une main tremblante : « Le ciel a enfin pitié de mes maux , ■ lui dit^il, « je vous remercie de.... » A ces mots, il tomba sans connaissance. Conrad le remit au lit, et l'entendit quelques instants après prononcer d'une voix presqu'éteiote : « Je viens , mon Alexis, je viens I » Ce furent ses derniers mots» Quelques mi'^ nutes après, Anastase n'existait plus^ Ceux près desqneb il avait rappelé le bonheur et l'aisance lui firent rendre les der« niers honneurs avec plus de solennité qu'il ne l'avait désiré. Il leur avait légué la moitié de ses biens , et avait laissé l'autre aux pauvres du village , qui bénissent encore la méoMnre du jeune Grec