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CHAPITRE OÛAttANTÉ-KUmÈME. 68d

Prèâ de fliôi Vivait un jeuâé couple dont tom mes autres voisins s'accordaient à faire Téloge; et letir.^ loaangês étaient bien désintéressées , car le mari , en portant les armes pour sa patrie, n'y avait gagné que des blessures; et la femme, en préférant un jeune militaire sans fortune à un vieut et riche fermier, avait perdu les bonnes grâces de tous ses parents. En revanche , elle jouissait du plaisir de voir s'élever sous ses yeux nne petite famille assez nombreuse, et elle n'avait d'autre embarras que de procurer du pain à ses enfants. Quant à l'amour, c'était la plus grande richesse de ce ménage; mais comme il en résultait que cbacun des deux époux était l'objet de la sollicitude de l'autre , il aurait été difficile de dire si ce bonheur adoucissait leurs souffrances ou les leur faisait sentir plus vivement.

Faire Connaissance avec ces braves gens n'était pas si facile qu'on pouvait le croire. Comme ils étaient fiers , ils n'aimaient pas qu'un étranger fût témoin de leur indigence , et l'offre de son superflu les aurait humiliés. Quand , à force de persévé* rances , j'eus obtenu la permission de leur faire des visites, ils montrèrent la plus grande adresse à me cacher leur pauvreté ^ car ils étaient à cet égard de vrais hypocrites ; on aurait cru qu'ils ne manquaient de rien. Le destin voulut pourtant que j'apprisse de leur propre bouche le moyen de leur être utile sans blesser leur amour-propre.

Un dimanche soir que le mari, Se reposant des travaux de la semaine, et n'ayant à supporter que le poids de sa petite femme appuyée sur son bras, écoutait, à travers la baie qui séparait nos jardins, le récit que je leur faisais de quelques-unes de mes aventures « Thérèse, quand j'eus fini de parler, poussa un profond soupir ; et son mari, la regardant d'unlàir de surprise, elle dit que « c'était bien dommage qu'une histoire si étrange , si fertile en événements, restât ensevelie dans l'oubli ; Conrad écrivait si bien! »

D'abord je rejetai cette idée. J'avais bien fait autrefois quelques notes sur les événements de ma vie, mais sans le moindre projet de leur donner de la publicité. Si j'avais appris à mes dépens à connaître le monde ^ je serais resté très-étran%et a». métier d'auteaté Cependant , m^ UV\j^eâ«^ y^\^t% ^wsv^ms^^^

ne me permettant plus le moindre exercice, j*avais besoin de trouver une occupation qui m'intéressât assez pour empêcher l'activité de mon esprit toujours ardent d'user les faibles restes de mon corps languissant D'ailleurs, je l'avouerai , j'avais un secret désir que l'oubli ne rayât pas tout à fait le nom d'Anastase de la mémoire des hommes. Enfin, Conrad avait reçu une bonne éducation, et il était fort en état de manier la plume et de remplir les fonctions de secrétaire.

Si donc je ne me rendis pas sur-le-champ aux désirs de ces bonnes gens , si j'opposai encore une apparence de résistance, môme après avoir pris intérieurement ma résolution définitive, ce ne fut que pour me réserver le droit d'imposer les conditions auxquelles j'accepterais le secours qui m'avait été offert indirectement, et d'attacher un prix aux services que me rendrait mon secrétaire , comme les négociants en attachent un à ceux qu'ils reçoivent de leurs correspondants. Mes propositions furent d'abord rejetées avec tant de fierté que je doute que j'eusse réussi, si la pitié n'eût parlé pour moi au cœur de mes nouveaux amis. Ils vo^'aient mes forces décroître si rapidement, mon besoin de distraction augmenter à un tel point, qu'ils jugèrent qu'ils ne devaient pas, par ibe délicatesse déplacée, par un scrupule hors de saison, priver le peu de jours qui me restaient de la seule consolation que je fusse encore en état de goûter. Ils finirent donc par accepter mes offres, et de ce moment nous ne fîmes plus qu'une seule famille. Thérèse me prodiguait tous les soins qu'exigeait ma situation , elle était pour moi une sœur tendre et attentive; Conrad écrivait sous ma dictée plus ou moins long-temps, suivant que mes forces me le permettaient, et le lecteur a sous les yeux le fruit de nos travaux réunis. Si ce fruit paraît joindre l'amertume à la douceur, qu'on se souvienne que la douleur a son sourire, comme la joie a ses larmes.

Au total, cette tâche fit une diversion salutaire à l'uniformité de ma situation. Seulement, quand il m'arrivait de jeter les yeux sur mon digne secrétaire, attendant, la plume à la main, que je le misse à même de la faire courir sur le papier, et que je surprenais les regards d'affection que lui adressait une tendre 'H>use tricotant à son côté, tandis que d'aimables enfants les

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