‹ AnastaseChapitre 60 sur 407 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

quoi remplir son magasin, il n'eut Fesprit occupé, tant que la maladie dura , que de plans d'évasion. Il avait même trompé Dne fois la surveillance des gardiens, et était parvenu à se bisser jusqu'au haut du mur de clôture d'où il cherchait les moyens de descendre de l'autre côté, quand une sentinelle, l'ayant aperçu, le coucha en joue et le menaça de faire feu sur loi s'il ne rentrait dans la prison. La crainte d'une balle l'em^ porta sur celle de la peste et sur le désir de la liberté; et Yacoub, retombé entre les mains de nos satellites, fut condamné à recevoir cent coups de bâton sur la plante des pieds. 11 n'aurait probablement pas survécu à ce supplice: mais, heureusement pour lui , il avait déjà été soupçonné de folie, et il fut saisi en ce moment d'un tel paroxysme de désespoir qu'on fut confirmé dans celte opinion. L'aliénation d'esprit ayant un caractère sacré chez les musulmans, on n'osa mettre sa sentence à exécution ; et Achmet , qui , depuis que la peste lui ravissait tous les jours un grand nombre de victhnes, n'avait pas l'occasion de se repaître souvent les yeux du spectacle agréable des tortures, pria dévotement le prophète de ne jamais lui envoyer de fous dans le bagne.

Les efforts d'Yacoub pour se tirer de captivité ne se bornèrent pas là. Un matin, après avoir attiré sur lui les regards d'un Turc de distinction qui était venu visiter le bagne, il tomba tout à coup la face contre terre, et s'écria qu'il voyait le prophète ; que non-seulement il lui ordonnait d'embrasser Tislamisoie, mais qu'il lui apprenait encore à en pratiqueras rites; et il en remplit effectivement les formes extérieures avec autant de zèle que de ferveur. L'étranger mordit à l'hameçon ; mais AcbiQct ne fit que rire de celle farce, et dit à Yacoub qu'il pouvait aller à la mosquée, si bon lui semblait, puisqu'il y en avait Qoe dans le bagne. Cela refroidit son ardeur religieuse , et la vision s'évanouit. Cependant il répétait de temps en temps les mêmes grimaces, et surtout quand quelque personnage important venait voir le bagne, et qu'il avait l'espoir de pouvoir lui loocher le cœur. Il était curieux di; voir avec quelle sainte violence il récitait alors son namaz * jusqu'à ce que de grosses

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