CHAPITRE IV
UNE PETITE DIGRESSION. OU LE LECTEUR ASSISTERA A UNE PLUIE d'ÉPIGRAMMES sur LE DOS DE LA CENSURE.
De tous temps les écrivains se sont moqués de la Censure. Il y avait bien de quoi, et souvent la critique était au-dessous de la réalité. 11 suffit pour se convaincre du ridicule d'Anastasie de lire son histoire à travers le drame. Elle avait parfois des raisons à dérider les plus tristes et des bulletins de Censure du plus grand comique, quand cela ne tournait pas au burlesque.
C'est pourquoi nous croyons bon de donner ici quelques coups d'épingles à l'adresse de cette grave antiquité que nous ne pouvons plus regarder nous-mème sans rire.
Voici un extrait du Réveil d'Epiménide par Flins des Oliviers, la pièce date de 1790.
Epiménide a dormi cent ans, il se réveille en pleine révolution française et se trouve être encore habillé comme au siècle de Louis XIV. Il rencontre M'"e Brochure, qui représente la librairie ; il s'enquiert de tout ce changement et interroge tantôt Joséphine, fille d'un nommé Ariste et à marier, tantôt d'Harcourt, gentilhomme républicain et amant de Joséphine. Un nommé Gorgi, gratte-papier et journaliste de l'époque, le met au courant de ce qui s'est passé et de ce qui se passe surtout. Enfin, le donneur Epiménide fait la connaissance d'un certain M. Rature, censeur royal en disponibilité depuis que
l'Assemblée nationale a proclamé la liberté dramatique et le rejet de la Censure.
Ecoutez, voilà justement le passage que je voulais vous citer. Nous sommes à la fin de la scène IX, c'est M^'' Brochure qui va commencer le feu.
Mi"« BROCHURE (montrant Rature).
« Quel est donc ce Monsieur qui parait si chagrin ?
GORGI
Mon enfant, c'est Monsieur Rature, Dont tous les écrivains redoutaient la Censure.
Mni° imOCHURE
Qu'il a l'air de mauvaise humeur !
GORGI
Il s'était fait de nuire une ])rofonde étude : II ne fait plus de mal, mais il fait encore peur, Et de fuir les Censeurs j'ai gagné l'habitude. »
(ilfme Brochure sort avec Gorgi)
Vient ensuite la scène X, Epiménide s'éclaire sur la Censure et reçoit les confidences de M. Rature. Voici la scène entière ; vous pourrez juger à votre aise :
RATURE
« Cet auteur est bien insolent.
Mais aujourd'hui rien ne m'étonne.
Et que respecte-"t-on dans le siècle présent ?
On abolit effrontément
Une charge de la couronne.
On m'ôte mon Empire