‹ AnatoleChapitre 14 sur 15 · ROBERT, OLGA ROBERT · texte numérisé non relu

ROBERT, OLGA ROBERT

Ainsi, c'est de cela que vous avez voulu me garder... oui, maintenant, je vous comprends... Tant mieux pour elle, si elle est partie sans soupçonner ce qu'elle était pour lui !...

OLGA, se retournant vers lui.

Sans soupçonner?

ROBERT

Que voulez-vous dire?

OLGA, après une courte réflexion.

Elle le savait !

ROBERT

Quoi? Elle...

Elle a su ce qu'elle était pour lui. Ne saisissezvous pas encore ? Il ne l'a ni trompée, ni abaissée... elle était depuis longtemps préparée à son mariage comme à une chose qui va de soi; et lorsqu'il le lui écrivit {Elle lui montre le bureau.) elle a aussi peu pleuré sur lui que lui sur elle. Jamais ils ne seraient venus vous prier de leur donner la liberté... La liberté qu'ils voulaient... ils l'ont eue I

ROBERT

Elle le savait!... Et si vous vouliez me cacher ces lettres, à présent, vous me le dites...

OLGA

Ne vous ai-je pas ainsi rendu votre liberté!

Pendant des années vous avez souffert à cause d'elle, tombant d'une illusion dans l'autre, pour pouvoir l'aimer et la supporter davantage, et maintenant vous voulez continuer à vous tourmenter à cause d'une destinée que vous imaginiez et que cette femme ne pouvait subir, parce que la vie à ses yeux était légère...

ROBETRT

Et seulement aujourd'hui! seulement à présent... Pourquoi avez-vous regardé cela, sans me secouer de ma lâcheté? Pourquoi ne l'ai-je pas su, il y a un an, il y a trois jours?

OLGA

Parce que j'ai tremblé devant cela comme vousmême ! Vous ne deviez jamais le savoir, si ce n'est aujourd'hui...

Qu'y a-t-il donc de changé à présent?

OLGA

Rien de changé... mais c'est clair... comme cela n'aurait jamais été clair autrement. Tant qu'elle a vécu, cette aventure pitoyable aurait emprunté un semblant d'importance à sa présence et à son sourire... vous n'auriez pas pu sentir ce que vous devez sentir, aujourd'hui

qu'elle est au delà de votre colère, combien loin de vous... incroyablement loin... a vécu cette femme... qui est morte par hasard dans cette maison... {Elle sort. Robert reste silencieux un mo7nent. Puis il ferme le tiroir du bureau à clef, la. retire, se lève, va, a la porte et appelle.)

ROBERT

François !

LE DOMESTIQUE, BUtraUt.

Monsieur.

ROBERT

Je partirai demain matin. Préparez tout et occupez-vous d'une voiture pour sept heures.

LE DOMESTIQUE

Bien, monsieur.

ROBERT, après un silence.

Je vous donnerai d'autres ordres demain, maintenant allez vous coucher. [Sur unmoment d'hésitation du domestique.) Je fermerai moimême cette chambre, à clef; elle restera fermée, vous entendez, jusqu'à mon retour.

LE DOMESTIQUE

Bien, monsieur !

ROBERT

Bonsoir.

LE DOMESTIQUE

Bonsoir, monsieur. (// sort adroite.)

Page 1