ROBERT, OLGA ROBERT
Ainsi, c'est de cela que vous avez voulu me garder... oui, maintenant, je vous comprends... Tant mieux pour elle, si elle est partie sans soupçonner ce qu'elle était pour lui !...
OLGA, se retournant vers lui.
Sans soupçonner?
ROBERT
Que voulez-vous dire?
OLGA, après une courte réflexion.
Elle le savait !
ROBERT
Quoi? Elle...
Elle a su ce qu'elle était pour lui. Ne saisissezvous pas encore ? Il ne l'a ni trompée, ni abaissée... elle était depuis longtemps préparée à son mariage comme à une chose qui va de soi; et lorsqu'il le lui écrivit {Elle lui montre le bureau.) elle a aussi peu pleuré sur lui que lui sur elle. Jamais ils ne seraient venus vous prier de leur donner la liberté... La liberté qu'ils voulaient... ils l'ont eue I
ROBERT
Elle le savait!... Et si vous vouliez me cacher ces lettres, à présent, vous me le dites...
OLGA
Ne vous ai-je pas ainsi rendu votre liberté!
Pendant des années vous avez souffert à cause d'elle, tombant d'une illusion dans l'autre, pour pouvoir l'aimer et la supporter davantage, et maintenant vous voulez continuer à vous tourmenter à cause d'une destinée que vous imaginiez et que cette femme ne pouvait subir, parce que la vie à ses yeux était légère...
ROBETRT
Et seulement aujourd'hui! seulement à présent... Pourquoi avez-vous regardé cela, sans me secouer de ma lâcheté? Pourquoi ne l'ai-je pas su, il y a un an, il y a trois jours?
OLGA
Parce que j'ai tremblé devant cela comme vousmême ! Vous ne deviez jamais le savoir, si ce n'est aujourd'hui...
Qu'y a-t-il donc de changé à présent?
OLGA
Rien de changé... mais c'est clair... comme cela n'aurait jamais été clair autrement. Tant qu'elle a vécu, cette aventure pitoyable aurait emprunté un semblant d'importance à sa présence et à son sourire... vous n'auriez pas pu sentir ce que vous devez sentir, aujourd'hui
qu'elle est au delà de votre colère, combien loin de vous... incroyablement loin... a vécu cette femme... qui est morte par hasard dans cette maison... {Elle sort. Robert reste silencieux un mo7nent. Puis il ferme le tiroir du bureau à clef, la. retire, se lève, va, a la porte et appelle.)
ROBERT
François !
LE DOMESTIQUE, BUtraUt.
Monsieur.
ROBERT
Je partirai demain matin. Préparez tout et occupez-vous d'une voiture pour sept heures.
LE DOMESTIQUE
Bien, monsieur.
ROBERT, après un silence.
Je vous donnerai d'autres ordres demain, maintenant allez vous coucher. [Sur unmoment d'hésitation du domestique.) Je fermerai moimême cette chambre, à clef; elle restera fermée, vous entendez, jusqu'à mon retour.
LE DOMESTIQUE
Bien, monsieur !
ROBERT
Bonsoir.
LE DOMESTIQUE
Bonsoir, monsieur. (// sort adroite.)