Anatole France, l'autobiographe
Sylvestre Bonnard est l'autobiographie la plus vivante et la plus flatteuse d'Anatole France. Dans d'autres personnages l'auteju^fait ressortir d'une manière plus frappante certains traits de son caractère, mais Bonnard c'est toute l'âme de France. On y entend le Maître qui se rapelle avec délices son enfance et sa jeunesse.On le voit au"Cité des Livres"; en un mot c'est le portrait le plus pur et le plus détaille de lui-même.
"Ma jeunesse, dont le souvenir , dusse- je vivre cent ans, rester exjusqu'à ma dernière heure aussi frais dans mon âme qu'au premier, jour, "C'est France qui sera hante jusqu'à ses derniers jours des souvenirs de son enfance et de 3a jeunesse. Pierre Calmettes atteste de lui: "Dans ses dernières années, il s'occupait presque exclusivement , mélancoliquement à évoquer et à revivre ses premiers souvenirs. "( l) Cette citation d'un ami intime pourrait être portée sur toute sa vie.
France aime à évoouer des personnes qu' il a connues dans la maison de ses parents. Dans ce livre-ci Mr.Douloir nous rappelle clairemnet cette Mlle. Laf ont, que le pejsit Anatole a eue comme institutrice privée. Comme Douloir elle lui souriait en présence de sa mère et en vantait(en vantait) les heureuses dispositions mais du moment qu'elle fut partie elle ne souriait plus, ne témoignait plus aucune tendresse et paraissait le considérer comme un petit être fort incommode.
(l)La Grande Passion de France par P. Calmettes.
L'oncle Victor, qui se promène dans le Jardin des Tuileries, une violette à la boutonnière avec une farouche élégance, c1 est bien le grand1 père de France, qui fut soldat sous l'empereur, frivole et volage, hâbleur et séduisant, mais bon calligraphe.
"Mon père fut aussi lent qu'elle(sa mère) fut vive". L' auteur ne parle-t-il pas directement de ses propres parents? "il lisait du matin au soir et annotait, et c'est de lui que je tiens l'amour des livres" .France a dit un jour à G-sell: "qu' 11 admirait chez son père une vie toute de labeur. Elle représentait un effort énorme" .( l)Au moment qu'il parla ainsi son père fut encore dans les affaires sur les quais, puisque ce n'est qu'en 1887 qu' il s'est retire à Neuilly et 11 y est mort en L890. Cependant ce père était lent et aimait mieux lire ses livres que ^de ' les vendre.
St sa mère, France a-t-il jamais pu l'oublier? Avec quel respect lie parle-t-11 constamment d'elle.A mon avis il n'a jamais aime sans fléchir dans ce monde qu'elle, sauf peut-être sa petite. Suzanne. Est- il étonnant alors que sur son lit de mort ses derniers cris d'agonie fus s ent "maman, maman" . "Elle fut vive" dit-il, "une créature bien heureusement douée. Elle se levait avec le soleil comme les oiseaux, aux quel s elle ressemblait par 1' industrie domestique, par 1' instinct maternel, par un perpétuel besoin de chanter et par une sorte de grâce brusque" .N' est pas identiquement la mère de France. A tous ceux qui furent liés à France 11 a souvent parlé de sa mère. Mme. Pouqaet a dit qu'elle ne désespéra jamais de son fils, quoique presque tous les régents de Stani<i las vinssent la décourager sur les qualités et les aptitudes de son cher Anatole. Brousson aussi rapporte de ses séjours avec le Maître? elle réalisait dans la cuisine le sublime dans la simplicité" et encore"dojce et dévouée elle ne cessa de se prodigueri (l)Prpos d'Anatole France par F.Gsell.
Pierre Calmettes dit d' elle: "Douée d'une imagination charmante qui donnait autour d' elle de la couleur et de la vie à toutes choses. "(1)
"Vieux pèlerin, blanchi dans l'occident barbare, Je suis un vieux solitaire , J ' ai passé mes Jours sur des livrer et n'ai qu'ère voyagé" rêve le vieux Bonnard. France en effet n' a guère voyagçavant 'Bonnard" , puisque ce n'est qu'avec les De Caillavet qu'il a commencé ses nombreux voyages, surtout après 1890. Alors les descriptions de Naples et de Sicile?Pour moi c'est une reconstitution après de longues lectures.
Le caractère même du vieux bibliophile, n1 est-ce pas celui de France? "Je suis un vieillard déshabitué du monde, peu fait au langage des dames" , dit-il quelque part dens le livre. Lime. Pouquet dit dans son livre: "Mme. de Caillavet a mérité tout le cré dit d'avoir fait après 1886 de cet homme timide et gauche l'ornement d'étiquette et de bonne séance de son salon d'élite. "(2) Et BroussOn témoigne de son maître: "A la Villa-Saïd nous trouvons le plus accueillant des hôtes , toujours prêt avec un bon pe tit mot pour tous ses visiteurs, plein d'une douce affabilité, d' une aménité exquise. "( 3) Comme France a changé. Est-ce le succès qui lui a donné cet aplomb, cette confiance en lui-même? Où estce seulement et purement 1' influence de Ivladame?Une question intéressante. Après tout il n'est pas à nier que toute sa vie Fran ce a dû avoir une femme pour le guider dans le petit train quotidien. Ses servantes même font part de sa vie.
"Je m'abandonnais doucement au vague dejmes rêves( pensées) 2. Voici le rêveur. Il se plaît dans ses rêves. Cerf dit de lui:"He dreamed away childhood andjfouth. .he has no sensé of realitjr'.' ( 4
(1) La grande Passion de France par P. Calmettes.
(2) Le Salon de Mme Arman de Caillavet par Mme.Pouquet.
(3) France en Pantoufles par J.Brousson.
( 4) Degeneration of a great artist by Cerf.
Je trouve cette opinion de Cerf un peu dure. Qu'il a rêvé, c'est vrai; qu'il s'y plaisait , c ' est encore plus vrai;mais ne devonsnous pas toute cette littérature riche à ces rêveries . France a connu la réalité du monde, mais son âme fine et artistique lui défendit de résider sur cette terre vulgaire et laide, au contraire le poussa à^echercher toujours la Beauté. Faut-11 regretter que France ne se soit pas lèé à un Zola, ne soit pas descendu avec celui-ci dans le bas-fonds de la société d' alorsîJe crois que non. N' aurions-nous pas plus &jL&jh£ perdu que gagné? L'âme généreuse et l'esprit subtil ne se seraient-ils pas émoussés au contact de cette brutalité anima le? Sûrement. Je suis heureux qu'il se soit tenu à l'écart et qu'il ait révé.
"J'étais tout-à-fait étranger aux affaires de finance," dit Bonnard à I/Ille.Préf ère. "Etranger comme je suis à tout négoce et traf fie" , dit-il à Po llizzi. Aussi par ses nombreux amis nous avons appris que France ne fut jamais commerçant. Il ne marchandait Jamais dans un magasin. Il n'a jamais pris un billet de loterie et 11 n'a jamais souscrit à aucun emprunt. France ne savaitT jamais comment fut arrangé son compte-d'échecs chez ses éditeur J qui prirent soin de son argent. Il ne s'en faisait que trop peu.
"Plaignons- les et ne les blâmons rjas',1 dit Bonnard à sa servante , parlant de la famille Coccoz. Voilà le coeur compatissant de France. On a usé de tous les moyens les derniers années pour représenter France comme un être cruel, n' ayant pas de coeur. Si, France fut charitable et compatissant; la pitié a toujours été un des sentiments profonds et sincères dans cette nature mystérieuse. En comprenant la pièié qu'il a de l'humanité, on pourra expliquer plusieurs des phases de sa vie compliquée. "D'où qu'ils viennent ils sont malheureux et leur grenier est froid", dit Bonnard et de là la scè^ne de la bûche de Noël.
Calmettes a dit de son ami France:" Je ne connais pas d'homme plus riche en pitié et en sensibilité cachée, "(1) En effet tout ce livre est enveloppé de cette sensibilité réelle et pure.Qu' on a pu se tromper sur lui et sur ses sentiments intimes France l'explique lui-même dans ces lignes: "Mais parce que mes passions ne sont point de celles qui éclatent , dévastent et tirent, le vulgaire ne les voit pas. "France avait le génie de cacher ses sentiments Intimes sous la lueur de 1' ironie que tout le monde recherche et aime, oubliant qu'il y a au fond de ses railleries un âme tendre et compatissante, souffrante même des douleurs des autres. Jeanne Alexandre, orpheline délaissée , est pauvre ;Bonnard ne veut qu'un autre que lui la pourvoie et la dote, et ne voit-on pas le vieux humaniste sacrifier ce qu'il a de plus cher au monde: sa bibliothèque. Parlant de l'éducation de la jeune fille il dit: "Afin de lui créer une joie de plus je voudrais qu'elle fut charitable avec allégresse" .A l'âge où il écrit le "Crime de Bo>i' nard','à l'âge où il fut plus candide qu'à l'âge avancé, France en passant par une boutique de pains-d' epices et voyant un petit misérable devant ces somptueuses douceurs qui ne sont pas pour lui, est entre dans la boutique et a acheté pour le petit pauvre un bonhomme en pain-d' épice. Oui, France fut véritablement charitable et plus tard il pourra le montrer à diverses occasions. On a accusé France de ne nas avoir aimé^La souffrance. Est-ce un déshonneur , comme on a osé le lui reprocher? Qui l'aime en réalité?D' après Mme.Pouquet"il n' aimait pas les malades et la souffrance le répugnait" (2). Oui, mais ce sont les signes extérieurs surtout qui le font souffrir même physiquement. Segur dit de lui "A cause de lui causer forte impression, 1' aspect de la maladie lui était insupportable; sachant qu'il ne pouvait résister il s'
(1) La grande Passion de France par P. Calmettes.
(2) Le Salon de -me. de Caillavet oar Lme.Pouquet.
en écartait" .( 1) Mais il hb détestait point l'homme qui souffrait. Ecoutans Bonnard *dans le livre: "Soyez douce et sache^ souffrir. Quand on souffre bien on souffre moins." le"Sage" comprend et enseigne à son tour"puisque la douleur est inévitable puisque la vie est pleine de misères, Je lui enseignerai cette sagesse chrétienne qui nous élève au-dessus de toutes les misères et donne une beauté à la misère même". C'est vrai que vingt" ans plus tard il sera devenu plus dur et"fuira toute souffrance parce qu'elle enlaidit" . Cependant on est permis de dire que durant sa longue vie la pitié fut une des plus grandes inspiratrices de l'oeuvre de France et que c'était une pitié immense et ^v ' vive de tout ce oue comporte de souffrance et de misères la durée de l'humanité. Ce qui remplit d'indignation ce grand coeur c'est surtout la souffrance des innocents. Je me rappelle avoir lu quelque part qu'étant un Jour chez un ami, dont le bébé se fi*" des dents, il se leva tremblant d'indignation en criant: nC' est une cruautê^odieuse et un supplice stupide et inutile de la nature".Et Mme.Bononi, son secrétaire ne nous raconte-t-elle pas • les scènes émouvantes à Florence où le ^aître" touché de pitié à la vue de toute souffrance et de toute peine humaine, propose de loger les inondés avec eux à 1' hôtel et d'aller mendier pour eux" . ( 2)Aussi a-t-on de France cette phrase: "Aider les pauvres c'est obéir àtan sentiment de Justice ennoblie".
Anatole France n'a j?.:nais aimé la critique et lui-même fut X toujours très indulgent pour les autres. Dans Bo nard nous trouvons déjà ce trait quand il dit à Thérèse: " Cette femme n'a fini ni en mal ni en bien, Attendez le terme de sa vie pour la Juger"
France fut très simple et aimait beaucoup la simplicité et Y la franchise dans ceux qui s'approchaient de lui. D'un extérieur
( 1) Conversations par N.Segur.
( 2) Promenade s de France par Bononl.
doux et affable lui-même plaisait à ceux qui firent sa connaissance.Prenons Calméttes comme témoin: "Du fin fond de luimême remontait et se répandait, en dépit d- tout, la simplicité comme un rayonnement de sa pensée et de sa sagesse. "( l)Ségur aussi dit: "Qu'il aime plus tard Saint François d'Assise ce sera oaur sa simplicitéjLmprégnée d'amour et de compassion. "( 2 ) Neanmoins>i gavait comme tous les hommes doux des colères rar jss et explosives et n'avons-nous pas la scène chez Pol izzl où le vieux Bonnard Nun de ces accès de colère et dont il dit luime^: "Qui m'aurait vu alors se fût fait une idée assez Juste d1 un mouton enragé".
Anatole France avait déjà commencé ses collections d'objets d'art et ce sont déjà des collections de pur artiste. Parlant de Trépoff Bonnard exprime bien les opinions de France sur ce sujet: "J'eusse préféré voir recueillir en Sicile des marbres antiques, des vases peints ou des médailles" . Quoique son goût se fût déjà déclaré pour ces objets antiques, ce ne sera que beau^^coup plus tard qu'il pourra se procurer les précieuses collections qui font du Villa-Saïd et de La B&chellerie de vrais petits musées.
Nous découvrons encore dans Bonnard un autre coté de 1' artiste France: c'est l'érudit.Il aime la lecture et encore quelle lecture: "Je ne sais pas de lecture plus facile efTplus attra^ - .vantent plus douce que celle d'un catalogue", Et le voilà le sueur au front parce qu'il a fait la découverte d'un vieux manuscrit et ses yeux se couvrent d' un -voile, 11 tremble et rougit et ne peut plus parler. "J* éprouvais le besoin de pousser un grand cri. "Quel trésor précieux. Et le bouquiniste dit: "J'irais le chercher au coeur brûlant de l'Afrique ou dans les glaces du pôle."
(1) La Grande Passion de France par Calméttes.
( 2) Conversations par H.oégur.
keme les plus grands ant if ranciens sont un pour nommer France érudit. Avant d1 écrire"Le Crime" le Jeune France travaillait chez Lemerre à "L' Amateur"et au "Larousse" • Il composa même un jêf dictionnaire de cuisine avec Leconte De Lisle.De bonne heurell avait maîtrise une connaissance approfondie des deux antiquités Sa curiosité intellectuelle le poussa al1 astronomie» à la géolog gie,à la botanique, à la médecine, Plus tard il aura a son service une prodigieuse érudition théologique, car comme tous les athées 11 s'occupait beaucoup de religion, France est une autorité sur Rabelais et Racine, ses auteurs préférés de la littéral ture française. Un de ses premiers livres fut une étude sur De Vigny. France a toujours cru à la nécessité de l'wrudition oour 1' écrivain. Il me fait penser au grand érudit allemand, Goethe, qui lui aussi voulait scruter tout; lui aussi étudiait physique et chimie, astronomie et géologie, Le France réel parle ici dans ce Bonnard assis dans le"Cité des Livres", Ecoutons: "Voici la ruche humaine où J'ai ma cellule pour y distiller le miel un peu acre de 1' érudition; "et encore"Chacun fait â sa manière le réve de sa vie, J'ai fait ce rêve dans ma bibliothèque, Mes bouquins,^ est moi. "Il adore littéralement ses livres: "Ces maroquins sont si plaisants à l'oeil et ces vélins si doux au toucher".
Brousson a dit de son maître: "la nature, l1 amour de la nature le culte de la nature, toutes ces j eannotteries de J.J.Rousseau lui font lever le coeur". Cette remarque n'est pas juste,Que France n'aime pas la philosophie de Rousseau nous le savons, mais France comme Bonnard aime la nature, Aucun de ses vrais amis n'a manqué de noter ci ou là quelques-unes de ses impressions la-dessus, Corday par exemple dit: "Il adore le solei^qui dispense à toutes choses la force païenne et la joie épicurienne" (1) Les violettes sont les fleurs favorites de l'auteur
Ne sont-ce pas aussi des violettes qui ornent la bûche de Bon»*, nard: "Je tourne les crochets et me voilà inonde de violettes. J'en suis parfume. Et le marronnier au milieu de la salle. ^t la petite abeille au corsage brun qui vient se noser sur une fleur de mauve d'une 3ombre richesse et comme plus tard il reconnut qu' il y avait entre 1' insecte et la fleur toutes sortes de sympathies et mille rapports ingénieux qu'il n'avait soupçonnés jusque là. Il est hanté par ces petites scènes de la nature: "Et ce petit pied de mauve visité par une abeille m'occupe plus que tous les vieux abbés mltrés et crosses". Bonnard regrette infiniment de n'avoir pas consacré ses humbles facultés à l'étude des insectes et des plantes. Quelle plainte sincère de France, car en vérité "il s'intéressait beaucoup à la botanique". ( l)Peut-être le Maître n' a-^il jamais eu l'occasion, à l'âge qu'il a, d'habit ter la campagne. Il est pourtant sûr qu'il l'a souvent désiré. Ecoutons le vieux bouquiniste qui dit: "Puissé- je devenir aussi paysan, puisse- j e respirer d'agrestes senteurs sous un toit perdu sous le feuillage". Hélas ce ne fut qu'un rêve jusqu'à ce qu1 en 19 14, forcé par la guerre de quitter Paris, il est allé vivre à la campagne, à la Bechellerie, où il est mort.
Une autre qualité que France n' a jamais pu ni voulji cacher c'est son amour immense pour sa patrie et surtout pour Paris. "J'aime Paris d'un immense amour et ces rues/de Paris dont j' aime avec pieté les pavés et toutes les pierres", dit Bonnard; et plus loin nous avons ce passage: "J' ai contemplé le ciel d1 azur de Naples,qui répand sur cette ville sa sérénité lumineuse
Lais notre ciel de Paris est plus animé ,plus bienveillant et plus spirituel"Encore"Le vieux Paris avec ses tours et ses flê-
vécu qu'à Paris, sur les quais des bouquinistes. Comme pour Bon-
(l)Anatole France par M.Corday.
ches, c'est ma vie, c'est mol-même. "Jusqu' a ces jours France n'a
lo.
nard iparis est sa vie.Corday a écrit: "Nul ne iijkfaL/ fut plus que lui attache à la terre natale, vers qui l'inclinaient les forces invincibles et douces du sentiment et de la raison. "(1) C'est surtout^que parle ici son ami Corday.31 la France était pour le maître l'édifice d'indépendance et de sincérité, de verve ironique et de raillerie vengeresse, édifice de raison, de sociabilité de piti|,l' édifice de fraternité humaine , Paris en yé^était le coeur, la fleur , 1' ornement.
France 1' épicurien. "<J' ai un talent de dégustation qui va peutêtre au-dessus du médiocre. Je bus ce vin, dont on ne peut assez louer le bouquet et le feu, avec respect. Cette ardente rosée se répandit dans mes veines et m'anima d'un zèle juvénile" . C' est Bonnard qui trahit France lui-même. Brousson dit de som maître: "il a des sens aiguisés , fins, gourmands d' angevin. Plus loin il dit: "Il aime bien mander; dans un restaurant, en s1 essuyant les moustaches on l'entend dire:voilàce qui me rajeunit de quarante ans" (2) Bonnard envie ces gens ordinaires à Naple£nqui vivent pour tous les sens, ils sont sages sans le savoir."
Quoique France n'ait jamais eu la grâce de la foi, ses opinions religieuses au moment de la création de Bonnard furent celles d'un homme plus ou moins indifférent. Il arrive à faire dire ^ar Bonnard: "Mon Dieu, vous qui fîtes le ciel et la rosée, jugez-moi dans votre équité; je remets en vos mains l'enfant que j'ai volée; gardez-la de tous ses ennemis et que votre Nom soit béni . "Aussi: "A l'aube je sens une paix, une paix immense m' envelopper tout enta.tr. Est- ce votre sein que vous m' offrez, seigneur, mon Dieu."
Les opinions de Bonnard sur la Science sont bien celles de France. En ce moment le trio , Darwin ,Taine et Renan avait une (l)Anatole France par M.Corday.
(2) En Pantoufles.
énorme Influence sur lul.Bonnard dit 44 Xiïf.'La. seule et vraie hi<j toire est l'histoire naturelle de l'homme"*
L'autorité est une chose que France n'a .jamais pu reconnaître.Toute contrainte lui parut toujours insupportable. Dans"Le Crlme"il dit à Jeanne: "L1 autorité des Maîtres est sacrée" et 11 ajoute immédiatement: "à peine avals-je dit cette solennelle bêtise que je m'en repentis cruellement; comment avais-je pu dire cette chose à Jeanne. "C est tout à fait Anatole France. Il n'a jamais reconnu de maître .( excepté quelques femm s dans la vie ordinaire, jamais tant qu'homme et artiste).
Le dernier trait du caractère de France que je reconnais dans Bonnard,c' est le moqueur, Mais sa raillerie est encore d'une innocence^' une bonhommie douce. Il se moque légèrement des membres de 1' Institut, de l'Instruction Publique, de Mlle.Pref ère, de sa servante Thérèse, du tuteur de Jeanne, mais sans malice, sans la haine qu'il montrera dans Bergeret et dans l'Abbé Coignard.