L'ABBE COIGNARD
(La Rôtisserie de la Reine Pédauque) (Les Opinions de Jérôme Coignard)
La figure de l'Abbé Coignard est très compliquee.il est prêtre et a l'air de se moquer de sa propre religion quoiqu'il dise constamment <%\£e non. C'est pourquoi Je le trouve nécessaire dans cette petite étude d'omettre toute opinion religieuse de France; ainsi nous retrouverons facilement l'auteur dans le personnage de l'abbé. On y trouve sa bonhommie douce et bienveillante, son scepticisme qfiii est en voie de devenir de plus en plu^s destructif ; on y trouve surtout son ironie malicieuse. Examinons»
Nous voyons l' Abbé" Chaussant ses limettes, il examine l'étalage d'un brocanter avec le contentement d'une ame heureuse a oui tout est gracieux parce que tout se reflète en elle avec grâce" (Coig. 142). N' est-ce pas le Maître qui } se provenant avec son secrétaire Brousson et ne sachant oue faire J.1 dit: "On fou lera les boîtes, les bric-à-brac, les brocanteurs^Tœs bouquinistes. "( l)L' Abbé chez le libraire Blaisot et chez le chimiste d' Astarac n'est-ce pas France"qui renifle avec délices la poussière des vieux livres" ( l) . L' idéal p jDur France c'est encore la petite boutique sur la rive gauche, chez Deressey et Prouté,les collectionneurs. ( 1)
France comme l'Abbé est suave, doux, calme et sans gestes. Il est très tolérant. L'Abbé dit:"La philosophie m'induit à la clémence, J ' absous volontiers les fripons, les coquins et tous les misérables. "( Coig. 40) .Brousson dit de son maître sur la tolérance: "Il se montre indulgent envers tout mais surtout envers (l)En Pantoufles par J. Brousson.
les aberrations sexuelles où' il appelle des fautes d'orthographe
Comme à Bergeret le "banal et le commun déplaît à l' Abbé. Lais il aime Catherine la dentellière, une prostituée, me direz-vous. Oui, mais c'est parce qu'elle est belle dans sa laideur, c1 est un type dans sa classe. "Ce qui me fait souffrir"dit l'Abbé"c'est lq bassesse de l'âme, c'est l'hypocrisie, c1 est le mensonge et cette crasse ignorance" ( Coig. 53 ) . Et voyez comme il dites te le vilain frère Ange, le capucin crapuleux. Anatole France recevait toutes sortes de gens à la Villa-Saïd et plus tard à La Bechellerie.il fut toujours très poli, car pour lui les devoirs de l'Hospitalité furent sacres et impérieux; cependant avec une finesse propre à lui, il se moquait de 1' ignorance , de l'hypocrisie et des folies de ses visiteurs.
Ceux qui ont connu France attestent tous de lui que son humeur fut peu stable, peu égal, qu' il était sensible a* tout, impres sionné par la moindre chose. Surtout Mme. de Caillavet a beaucoup souffert de ces changes brusques. L' Abbén' a pas dans le ca^ractère ce changement visible, peut-être est-il moins ar-tfsXt-e que le maître; au contraire son esprit est capricieux comme tout , il né cesse de se contredire et il l'explique lui-même: "Je pens-e, aujourd'hui ce que je pensais hier. Seulement je viens de me laisser emporter par le coeur et de céder à la passion comme le vulgaire" ( Coig. 89). Ses contradictions sont bien le résultat de son instabilité de caractère, quoique France ait donné un extérieur merveilleux de constance et de bonhommie à son Abbé.
Un trait très francien dans le caractère de l'Abbé c'est le manque de haine: "Je n'ai point d'illusion sur les hommes, et pou/c ne point les ha'îr,je les méprise" ( Coig. 210) . 6e mépris accouplé à la pitié pour l'humanitésont au fond de la philosophie de France. Comme Bergeret il n'a Jamais su haïr comme il n'a jamais su aimer.
L'Abbé résume en deux phrases la conception épicurienne de sa vie. "Il y a deux meubles que Je tiens en haute estime, c'est le lit et la table. La table tour a tou^r chargée de doctes livres et de mets succulents; le lit propice au doux repos et au ^ cruel amour" (Rot. 61) • Nous connaissons déjà France -V érudit par Sylvestre Bonnard.Dans abbénous voyons un France qui trouve un plaisir sensuel dans la lecture. Chez d'Astarac il dit: "Je jwr" vais monter une fois encore dans cette auguste bibliothèque, où je goûterai d'austères voluptés. " (Rot. 276) Dans"Les Opinions" il dit: "A traduire Zozime j'y trouve quelque sensualité*". France aime les bons plats comme j'ai déjà montré dans Bonnard. Il aime à dormir et fait souvent grasse matinée et le cruel amour. France n'a jamais cessé de faire l'éloge de l'amour animal qu1 il appelle cruel. Le seul amour qu'il connaît malheureusement est l'amour sensuel. Comme dit Cerf:"His "love is animal lust;his lovers désire to possess or to be possessed and nothing more;of this love he makes the end of existence" ( 1) • La nuance" cruel" chez France est peut-être due à ce qu'il a toujours voulu posséder en artiste. Il aé.it l^i-meme à un de ses amis: "Je n'ai jas* mais éprouvé les fureurs. J'ai senti des désirs, de grandes tendresses mais j ' ignore ces exaltations délirantes qui agissent comme l'ivresse ou l'opium sur les hommes" • Quoique l'Abbé ne co mette plus"des folies sexuelle^'à son âge il reste toujours sensible à la beauté physique des femmes. Il7 sort même de ses lèvres: "Je n'ai jamais trouvé fâcheux que les femmes aient un peu de ventre, pourvu que le reste y soit proportionne'". Parlant à la prostituée Catherine il dit: "Tout ce que je vois de vous m'est sensible et ce que je ne vois pas m'est plus sensible encore". C'est France qui se plaît dans ces observations érotiques.
L'Abbé Coignard est doué de l'intelligence subtile et analy-
( 1) Degeneration of a great artist by Cerf.
tique de France lui-même. Rien n'étonne l'audace de non esprit, Iltouche à tout, pénètre tout et voit tout sous tous les angles, sauf la religion, le seul terrain où l'intelligence de France est restée stérile, car il manquait la foi et ]r. gBace nécessaires pour comorendre les doctrines et les mystères de l'Eglise. Donc L'Abbé ne parlant pas de sa Sainte Eglise que très honorablement g-î est France qui reconnaît que religion est pour lue défendue. : ais hors de cela l'Abbé parle philosophie , astronomie et science, littérature ancienne, morale, amour, gouvernement, justice etc.. Jouer avec les fantoches augustes, telle fut son occupation. Analysons de plus près les opinions de l'Abbé et voyon j si elles correspondent avec celles de France.
Sur la société qu'est-ce qu'il a à dire. "La Justice est la fe[me et perpétuelle volonté d'attribuer a chacun ce qui lui appartient; le malheur est que les hommes n'ont rien en propre et qu'ainsi l'équité des lois ne va qu'à leur guarantir le fruit de leurs rapineskéréditaires ou nouvelles" ( Coig. 264) . Cette idé*n' est-elle pas la pierre angulaire du communisme pour lequel France sentira beaucoup de sympathie et après la grande guerre
ne sera-t-il pas appeléMun de 1' Internationale". ^appoport, le propagandiste russe en France ne fut-il pas son protégé et un de ses plus proches amis.
Sur l'Armée et sur la Guerre ses opinions n'ont jamais changé. L' Abbe 'dit: "Le métier de soldat m'a toujours inspiré du dégoût et de l'effroi, par les caractères de servitude, de fausse gloire et de cruauté qui y sont attachés." Et à la page suivante: "Le service militaire me paraît 1^4- plus effroyable peste des nations policé s". Ecoutons maintenant France lui-même sur ce sujet: "Le métier de soldat est le plus vil des métiers". L'Abbé parlant de la guerre dit: "La guerre dans nos sociétés
est un retour lascif à la vie sauvage, une puérilité criminelle." France aussi n'aime que la paix. "Quand donc comprendrons-nous l'abominable tristesse de la gloire militaire, ce qu'elle coûte et ce qu'elle vaut". Une opinion chère a l'Abbé comme à France c'est que la guerre civile est plus sanglante et plus affreuse mais plus raisonnable que la guerre étrangère. Dans ses "Pages Inédites" , M. Corday nous fait lire: "La guerre civile est un progrès immense sur la guerre étrangère; elle est moins détestable que la guerre avec 1' étranger. On sait du moins pour quoi on se bat" ( l) .L' Abbé dit: "La guerre civile est moins odieuse , lorsque les citoyens en viennent aux mains; ils ont plus de chances de savoir pourouoi ils se battent. Les séditions et querelles intestines naissent généralement de l'extrême misère des peuples, c' est l'epfet du désespoir , donc la seule issue qui reste aux misérables" .( Coig. 171) .Pour France les guerres avec l'étranger ne sont provoquées que pour l'intérêt du haut finance et commerce, et pour cela il les croit inhumaines. Pour l'Abbé, qui est très catégorique sur ce point "tant civile qu' étrangère, la guerre est exécrable et d'une malignité que je déteste" ( Coig. 171)
L' Académie. Quoique ce ne fût qu'après 1897 que France ne visita plus l' Académie, dont il fut un des plus honorables membres , Coignard se maque déjà de cette vieille institution française. "La médiocrité triomphe à 1' Académie"dit le vieux Coignard et plus loin encore nous entendons: "C' est une assemblée de soleils et de planètes, où tout brille d'un éclat propre ou emprunté . France lui-même en mainte occasion, surtout après l'Affaire, a attaquévigoureusement 1' xnstitut. "Sous cette Coupole fonctionne une sorte d'agence de corruption morale et littéraire. La question politique est très vitale pour les "40""Voilà France qui a des doutes sur l'intégrité des" Immortels" .Parlant de la (l)Pages Inédites par M. Corday.
distribution des prix il a dit: "Les Immortels ne lisent rien; ils sacrent leurs nouveaux confrères sans jamais avoir lu, sans avoir mis le nez dans leurs livres. Ils octroient des prix de littérature d'après les mêmes méth<fcdes"( 1) .
Sur le sujet de la Science l'Abbé Coignard est très sceptique, comme Bergeret et d'ailleurs France lui-même. "Je hais la science pour l'avoir trop aimée" ( Coig. 149 ) .Brousson nous a lais se cette citation-ci: "OÙ est le temps où Je disais "Maître" à Renan; J'ai encensé les vieilles idoles" ( 2) • France a fini par s' en moquer et par la renier. Il a dit: "Je me moque des cucurbites et des alambics, de la vapeur et de 1' électricité. J' en ai eu tro longtemps la superstition. Je suis revenu de ces vanités. Je ne crois plus à la science qui s'arroge le privilège d'être seule e xacte"( 2). Ecoutons encore l'Abbé: "Vous avez procédé par cette voie rationnelle et scientifique qui n'est qu'une étroite et sale impasse au fond de laquelle on se casse le nez inglorieuse ment" ( Coig. 102 ). "Ils voient l'Univers dans une topaze taillée à facettes au lieu de la voir avec l'oeil tout nu" ( Coig. 145). Et puis ce passage: "Que sont ces instruments dont les savants emplissent leurs galeries et leurs cabinets? Sinon des moyens d'aider les sens dans leurs illusions et de multiplier l'ignorance fatale où nous sommes de la Nature en multipliant nos rap ports avec elle."
La Chasteté. L' amour pour France c'est l'amour physique. Cerf dit de lui:"He seems to have had remarkable lack of that giving of one's self,whlch ls the proof of love" (3). Il ne nie pourtant pas l'existence de l'amour idéal, mais il y croit peu. Ce qu'il reconnaissait surtout dans l'amour ce fut le rôle capital du plaisir. Quand il en parlait c'était presque exclusivement d'un
(1) Propos d'Anatole France par F,Gsell.
(2) En Pantoufles par J. Brousson.
( 3 ) Degeneration of a great artist by Cerf.
avant tout voluptueux. Son érotisme dominait tout: c'était avant tout une affaire physique. Dans "La Rotisserie"surto;wt nous voy«*^ et entendons l'Abbé qui se plaît dans les amours de Catherine et le coutelier et de Jacques avec Jahel; lui-même ne court-il pas en chemise dans les allées du parc, chassant Jahel. C'est une folie, mais c'est humain. Ce que France aime a anéantir et à ridiculiser c'est la vertu qu'on appelle la chasteté. "Il ne s'indignait pas de la coquetterie des femmes ,puisqu' elles semblent avant jrout fait^et destinées à plaire. à se parer, à séduire, puisqu'elles sont un aimable piège tendu par la nature" (1) "La vertu chez le sexe"dit l' auteur"C' est une infirmitl.il n'y a que les créatures mal faites qui ont de la pudeur. La chasteté cela existe peut-être chez les engourdies, qui manquent de tempérament,cela doit se soigner comme l'anémie, la tuberculose. "( 2) L'Abbe' lui aussi se moque de cette précieuse vertu par ce pass* sage malicieux: "Le sexe est une chose indifférente en soi et qui n'est qu'un endroit a mortifier, loin d'être un joyau préci eux" (Rot. 45) L'Abbé condamne véhémentement les pudiques: " Il y a quelque sensualité à donner trop de prix à la chair et garder avec un soin excessif ce qu'on doit mépriser( 45 )• Comme L*Abbé France n'a jamais voulu comprendre la signification de la virginité. "Minerve voulait rester vierge, je me demande pourquoi(3) a-t-11 dit un jour à son ami LeG-off. Cette citation exprime clairement le scepticisme de France sur la virginité. L' Abbé répète les propos de l'auteur quand il dit à Jacques: "Vous êtes de ifiji chair et non pas un ange; comment pourrez-vous toujours demeurer à un même état de vertu".
Le Gouvernement. France s'est moqué de Napoléon, de la monarchie et de la république. Il a dit à Brousson: "Napoléon c'est un
(1) Anatole France par M.Corday.
(2) En Pantoufles par J. Brousson.
(3) A la Bêche lier le par M. LeG-off.
bouffon,un malade, il était impuissant" et encore "C'est le triomphe de la vulgarité "( 1(). D' après Cerf il a écrit contre Napoléon III"thinly disguised satyres ( Denys, Les Léglonsde Varus'jLa jeune fol républicaine lui soufflait de violentes diatribes contre Napoléon III. Pourtant France ne fut jamais républicain. "Ne me prenez pas pour un idiot, Je ne suis pas républicain" , a- t-il dit un jour. Parlant de Robespierre en qui il attsque avant tout la philosophie de Rousseau, France dit: "Les hommes d'Etat de ce tempérament font tout le mal poss ible" ( 2) . Comme France l'Abb^ne cesse d'attaquer toute forme de gouvernement. D' après l'Abbé"les ministres ne sont considérables que par leur habit et leur caro-tf— se". France a exprimé presque identiquem et la même chose en retournant de Suède: "Gustave V. est la simplicité même; il est plu>4 accessibleau' un Président de la République, qu! un Poincaré,qu' un Millerand,qui croient nécessaire^ de pompe extérieure , parce qu ils ne représentent rien par eux-mêmes". Et pourtant l'Abbé dit: 'Les monarchies représentent tous les caractères de 1' imbécilité et de la méchanceté humaines". En un mot pour France ni l'un ni l'autre vaut. Une opinion chère à France et à l'Abbé est, que ce sont après tout les moeurs du peuple qui déterminent la forme du gouvernement et font les lois et non 1' inverse comme le prêchent les politiciens modernes. L' Abbé dit? Il faut laisser au temps le soin de changer les empires et de refaire les lois." Dans le même livre il dit aussi: "il n'y a jamais dans un même âge, pour un même pays, qu'un seul gouvernement possible, comme une bête ne peut avoir à la fois qu'un même pelage" ( Coig. 117) . Suivant ces opinions l'Abbé ne croit pas aux révolutions et aux changements brusques. D' après lui rien ne change et il dit: "Le peuple est bien aise quand il pense qu'il n'y a rien à gagner yC
(1) En Pantoufles par J.Brousson.
(2) Pages Inédites par M.Corday.
ni à perdre à changer de maître" ( Coig. 202) •
Et ainsi l'Abbé se délecte à discourir sur tous les sujets et il le fait d'une façon aussi " ntéressante qu'instructive, son intelligence subtile montrant aux lecteurs les divers cotés des problèmes.
Si l'esprit de France nous amuse et nous enseigne, pour luimême cette intelligence lucide a été une malédiction, Il a dit: "L'intelligence est une calamité. Elle ne sert qu'à nous rendre malheureux" et"0n continue à porter le poids des curiosités intellectuelles" et"Comprendre cela n'aide pas au bonheur , c' est justement l'intelligence qui empêche d'être heureux". "A cause /C de cette intelligence je n'ai Jamais pu en vérité communiquer que superficiellement avec mes semblables"et enfin"La tragédie d'être clairvoyant, d' être intelligent et sensible, c' est précisément d' apercevoir qu'il a goûté à cet elixir et de constater tout ce qui se passe en lui-même: je vous assure que c'est af# freux". La plunart de ces citations nous sont connues par le livre de Ségur.(l) L'Abbé aussi a exprimé cette opinion que c'est une grande infirmité de penser: "Mon intelligence me rend malpropre à toute entreprise; la réflexion m' embarasse dès les pre» miers pas et je découvre à chacun de mes mouvements des raisons pour m' arrêter" ( Coig. 208 ). Et encore: "Les vérités découvertes par l'intelligence demeurent stériles^Si l'on raisonne on ne s' envolera jamais» il faut 1' enthousiasme" ( Coig. 288 ) .
L'Abbé Coignard est aussi, fin moqueur qui annonce Bergeret, narlant de toutes choseset se moquant de toutes choses. Dans les pages précédentes il serait facile de relever beaucoup de traita de moquerie sur les différents sujets traités. Cerf dit de France "He was incapable of real seriousness"(2).A ceci je veux encore
( 1) Conversations par Nféségur.
( 2) Degeneration of a great artist.
ajouter quelques phrases par lesquelles nous pourrons encore mieux découvrir le France réel sous l'habit de l'Abbé.
Raillant l'Eglise Catholique pour qui l'expiation est la doctrine centrale il dit: "La matière première de la sainteté est ¥ la concupiscence, 1' incontenance, toutes les impuretés de la chai t. et de l'esprit; il importe seulement de la travailler selon 1' art théologique et de la modeler en figjire de pénitence, ce qui est l'affaire de quelques jours et parfois d'un seul instant". Parlant de Saint Pierre, le roE sur lequel est bâtie l'Eglise, c'est à dire le principe de 1' autorité, que d'ailleurs France n'a Jamais voulu supporter en quoi que ce fut, l'Abbé dit: "Si Pierre n'avait pas commis la dernière des infamies, il ne serait pas aujourd'hui le plus grand saint du Paradis et la lierre angulaire de toute notre sainte Eglèse,pour la confusion des honnêtes gens qui voient les clefs de leur félicité tenues par un lâche coquin".
Parlant de l'amour il raille les princes de cette Eglise: "Je ne puis plus prétendre à l'amour des Jeunes pucelles.Hélas,a moins de devenir évéque, c'est un plat dont J e ne goûterai plus Jamais; jSy ai regret1'.
Discourant sur la femme l'Abbé dit a Jacques: "Vous trouverez une autre maîtresse qui ne sera pas différente de celle- la, au moins essentiellement. Et il me semble bien que ce que vous cherchez dans une f^mme est commun à toutes".
De la Justice. "Allez trouver le Juge avec un gros sac d'écus il vous rendra votre gars blanc comme la neige".
Des Lois. "Les lois sont de l' homme, c' es t une obscure et misérable origine. L' ignorance, la superstition, 1' orgueil du prince, l'intérêt du lég' slateur , le caprice, la fantaisie, voilà la sourcede ces grands corps de droit.
Je ne crois pas, après tous ces passages tires de ses livres, qu'on puisse encore douter que ce n'est France qui vous parle , IJ. oublie même l'habit que porte son Abbé.
Cerf dit: "He dérides reason,he mocks at rellglous and humanistic efforts to control the passions"( 1) .Anatole France se plaît dans cette atmosphère railleuse et en même temps cette moquerie est son meilleur sinon son seul moyen de rendre service, quoique indirectement et lentement à 1' humanité. Il dit luimême: "On n e peut pas Juger les folies des hommes, mais on peut les railler; c' est la seule façon de se tenir hors de prison en écrivant des vérités" (2). "L'ironie est la joie de la sagesse", dit France. Le sage c'est ici l'Abbé et à ses moqueries il éprouve de la joie.
(1) Degeneration of a great Artist.
(2) A la Bechellerie par LeGoff.