‹ Anatole, Suivi de La compagne. Traductions de Maurice Rémon & Maurice VaucaireChapitre 11 sur 18 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

ROBERT e?itre à droite, reconduisant WEKERMANN e^BRAND.

ROBERT

Excusez-moi, Messieurs. Il fait si sombre ici. Je vais chercher de la lumière.

WEKERMANN

Mais, cher ami, nous trouverons bien le chemin.

ROBERT

Un instant... (Il sort. Wekerman7i et Brand restent seuls dans l'obscurité.)

WEKERMANN

Il est bien maître de lui.

BRAND

Comédie !

WEKERMANN

Quand on vient d'enterrer sa femme, on ne joue pas la comédie! Croyez-moi, j'ai passé par là. Dans quel but jouerait-il la comédie?

BRAND

Vous ne le connaissez pas I C'est formidable d'enterrer sa femme dans l'après-midi et de discuter le soir pendant deux heures sur des questions scientifiques. Voyez, vous aussi, vous vous y laissez prendre.

WEKERMANN

Non; mais quand j'aperçois ce cimetière làbas et quand je songe aux choses que notre cher collègue nous a dites ce soir, j'ai l'assurance qu'il nous donne l'exemple d'un homme supérieur.

BRAND

Ou d'un... {Robert entre, portcint un candélabre dans lequel brûlent deux bougies.)

ROBERT

Me voilà, Messieurs. (La chambre est suffisamment éclairée.)

WEKERMANN

Où sommes-nous donc ici?

ROBERT

C'était l'appartement de ma pauvre femme. Là, par ce petit escalier, nous arrivons directement à la porte du jardin. Dans cinq minutes vous serez à la gare.

BRAND

Pourrons-nous prendre le train de neuf heures ?

ROBERT

Certainement. (La porte de droite s'ouvre^ un domestique entre, tenant une couronne blanche.) Qu'y a-t-il?

LE DOMESTIQUE

On a apporté cette couronne.

ROBERT

Maintenant ?

WEKERMA.NN

Sans doute un de vos amis qui aura reçu la nouvelle trop tard. Vous verrez, il en viendra encore demain. Ah! oui, je connais cela... maU heureusement !

ROBERT, qui a lu un nom sur une ca,rte épinglée au ruban.

C'est de mon élève, le docteur Herman... (S' expliquant.) Il est toujours au bord de la mer.

BRAND

Le docteur Herman est au bord de la mer ?

LE DOMESTIQUE

Monsieur, où dois-je déposer la couronne ?

AVEKERMANN

Les fleurs senteat extraordinairement fort.

BRAND

Ce sont des tubéreuses.

ROBERT

Des tubéreuses etdeslilas. (Au domestique.) Sur le balcon. (Le domestique sort sur le balcon.)

WEKERMANN

Votre élève est encore en congé ?

ROBERT

Oui. En tout cas, il reviendra bientôt, peutêtre demain.

WEKERMANN

Vous vous ferez probablement remplacer par lui, à la rentrée?

ROBERT

Nullement. Je n'ai pas l'intention de suspendre mon travail.

WEKERMANN, lui Serrant la main.

Vous avez raison, cher ami, c'est la seule consolation.

ROBERT

Certes, même si cela ne devait pas être une consolation. La question est de savoir si nous avons le droit de négliger une parcelle de notre courte existence ; puisque nous sommes assez misérables pour survivre à tout... (Il sort avec eux en les précédant .)

WEKERMANN, à Brand.

Il n*a jamais aimé sa femme.

BRAND

Laissez donc. {Tous sortent à droite. La, scène reste vide quelques instants. Olga, entre à gauche, toilette sombre, sans chapeau. Elle a jeté sur ses épaules une légère mantille.)

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