‹ Anatole, Suivi de La compagne. Traductions de Maurice Rémon & Maurice VaucaireChapitre 8 sur 18 · V^ MAX · texte numérisé non relu

V^ MAX

Ah, bien I Et ceci : « Il est plus facile de

changer la direction d'une flamme que de l'allumer. » Qu'est-ce que cela signifie ?

ANATOLE

Eh bien, j'ai changé la direction de la flamme : c'est un autre qui l'avait allumée.

MAX

Soufflons la flamme... [Lisant.) « Elle a toujours sur elle son fer à friser. » {Il regarde Anatole d'un a,ir interrogateur.)

ANATOLE

Eh bien, oui : elle avait toujours sur elle son fer à friser, à tout hasard. Mais elle était très belle. D'ailleurs je n'ai d'elle qu'un morceau de voilette.

MAX

Oui, ça se sent... (Continuaiit à lire.) « Comment t'ai-je perdue? »... Eh bien, comment l'as-tu perdue ?

ANATOLE

Je n'en sais justement rien. Elle a disparu soudain de ma vie. Je t'assure que cela arrive souvent. C'est comme quand on oublie un parapluie quelque part et qu'on s'en aperçoit plusieurs jours après. On ne sait plus alors quand on l'a perdu.

94 ANATOLE

MAX

Adieu, objet perdu. [Même jeu.) « Tu fus douce et charmante. ..

ANATOLE, achevant, Vair rêveur.

« Jeune fille aux doigts piqués. »

MAX

Celle-là, c'était Cora... n'est-ce pas?

ANATOLE

Oui, tu Tas connue.

MAX

Sais-tu ce qu'elle est devenue?

ANATOLE

Je l'ai retrouvée plus tard, femme d'un ébéniste.

MAX

Vraiment ?

ANATOLE

Eh oui, c'est comme ça que finissent ces petites filles aux doigts piqués. On les aime en ville et on les épouse en banlieue... C'était un vrai trésor.

Bon voj^age ! Et qu'est-ce que c'est que ça?

« Épisode ». Il n'y a rien là-dedans... rien que de la poussière.

ANATOLE, prenant l'enveloppe dans sa main.

De la poussière?... Ce fut jadis une fleur.

MAX

Et que signifie cet « Épisode »?

ANATOLE

Oh! rien, une idée fortuite. Ce ne fut qu'un épisode, le roman de deux heures... rien!... Oui, de la poussière. Que de tant de douceur il ne reste que cela... triste, n'est-ce pas?

MAX

Oui, bien sûr, c'est triste... Mais qu'est-ce qui t'a fait choisir ce mot? Tu aurais aussi bien pu l'écrire partout?

ANATOLE

Sans doute, mais jamais je n'en ai eu conscience comme cette fois-là. Bien souvent, quand j'étais avec celle-ci ou celle-là, surtout dans les premiers temps, alors que j'avais encore une haute idée de moi-même, j'avais ces mots sur les lèvres : « Ma pauvre petite... ma pauvre petite ! »

MAX

Comment cela?

96 ANATOLE

ANATOLE

Eh bien, je me faisais l'effet d'être un esprit puissant. Ces jeunes filles, ces femmes... je les broyais sous mes pas. C'est la loi du monde, me disais-je... il faut que je passe sur vous.

MAX

Oui, tu étais le vent d'orage qui déchire et emporte les fleurs, n'est-ce pas?

ANATOLE

Oui, c'est comme cela que je me déchaînais. Et voilà pourquoi je pensais : « Ma pauvre enfant ». Mais je me trompais. Je sais aujourd'hui que je ne suis pas un grand homme et je m'y résigne. Mais dans ce temps-là!

MAX

Eh bien, et cet épisode?

ANATOLE

Oui, ce fut précisément comme ça... Ce fut un de ces êtres que j'ai trouvés sur mon chemin.

MAX

Et que tu as broyé.

ANATOLE

Écoute, quand j'y réfléchis, je me dis : celle-là, je l'ai vraiment broyée.

Ah!

ANATOLE

Oui, écoute : c'est vraiment la plus jolie aventure que j'aie vécue... Je ne peux pas te la raconter.

Pourquoi ?

MAX

ANATOLE

Parce que l'histoire est aussi banale que possible... C'est... ce n'est rien. Tu ne peux pas en sentir la beauté. Le secret de l'histoire, c'est que je l'ai vécue.

MAX

Et alors?

ANATOLE

Alors, voilà! Je suis assis devant mon piano... c'est dans la petite chambre que j 'habitais alors. , . le soir... Je la connais depuis deux heures... Ma lampe rouge et verte est allumée... Je parle de la lampe rouge et verte, parce qu'elle joue son rôle dans l'histoire.

MAX

Alors?

ANATOLE

Alors? Eh bien, moi au piano, elle... à mes pieds, si bien que je ne peux pas atteindre la pédale. Sa tête repose sur mes genoux, et ses cheveux en désordre sont éclairés par la lampe, de reflets rouges et verts. J'improvise sur le piano, mais de la main gauche seulement : elle appuie ma main droite sur ses lèvres...

MAX

Alors?

ANATOLE

Toujours ton « alors? » plein d'interrogations. 11 n'y a rien de plus... Je la connais donc depuis deux heures et je sais aussi que, cette soirée passée, je ne la reverrai vraisemblablement jamais — elle me l'a dit — et en même temps je sens qu'en ce moment je suis follement aimé... L'air était grisant et tout parfumé de cet amour... Tu me comprends? {Ma^ fait signe que oui.) Et j'avais encore cette pensée absurde et divine : Ma pauvre enfant ! Cette aventure m'apparaissait si clairement passagère! Tandis que je sentais sur ma main le souffle chaud de sa bouche, tout ce qui se passait là n'était déjà plus que du souvenir. Déjà c'était fixé. Elle avait été, une fois de plus, une de celles sur lesquelles je devais

marcher. Et le mot même me vint, ce mot si sec : épisode. Et en même temps, j'étais, moi, quelque chose d'éternel... Je savais aussi que la « pauvre enfant w ne pourrait jamais chasser cette heure de sa mémoire... pour celle-là entre toutes j'en étais sûr. Souvent on se dit : Demain matin, elle m'aura oublié. Mais cette fois, c'était bien différent. Pour la femme qui était là, étendue à mes pieds, j'étais tout un monde. Je sentais de quel amour sacré, impérissable, elle m'enveloppait en ce moment. Ce sont des choses qu'on sent, on ne m'ôtera pas cela de l'idée. Certainement en ce moment-là elle ne pouvait penser à autre chose qu'à moi... rien qu'à moi. Mais pour moi, elle était déjà le passé, quelque chose de fugitif, un « épisode ».

MAX

Qui était-elle donc au juste?

ANATOLE

Mais tu la connaissais. Nous l'avions rencontrée un soir, en joyeuse compagnie, et d'ailleurs tu l'avais déjà vue avant, je crois.

MAX

Enfin qui était-ce donc? J'en ai connu pas mal... avant. Tu me la décris, à la lueur de ta suspension, comme une figure de rêve.

100 ANATOLE

ANATOLE

Oh, dans la vie, ce n'était pas ça. Sais-tu ce qu'elle était? Mais je vais lui ôter son auréole.

MAX

Alors, c'était?...

ANATOLE, avec uu souHre.

C'était une femme... de...

MAX

De théâtre?

Non... de cirque.

MAX

Pas possible !

ANATOLE

Oui, c'était Bianca. Je ne t'avais pas dit que je l'avais revue une fois, après cette soirée.

MAX

Et tu crois vraiment que Bibi t'a aimé?

ANATOLE

Oui, précisément elle. Huit ou dix jours après cette petite fête, nous nous rencontrâmes dans la rue... Elle devait partir, le lendemain matin, avec toute la troupe, pour la Russie.

MAX

Alors, il n'était que temps.

ANATOLE

Je m'en doutais bien : pour toi, maintenant, l'aventure a perdu tout son charme. Tu n'as pas encore découvert le vrai secret de l'amour.

MAX

Et quel est pour toi le mot de cette énigme qu'est la femme?

L'ambiance.

MAX

Ah!... il te faut la demi-obscurité, ta suspension rouge et verte, ton piano ?

ANATOLE

Eh oui, c'est cela. Et cela fait pour moi la vie si multiple et si changeante qu'une nuance suffit à me transformer le monde. Pour toi, pour mille autres, cette femme aux cheveux étincelants, cette suspension que tu blagues, que seraientelles ? une écuyère de cirque et un verre rouge et vert, avec une lumière derrière. Alors, évidemment le charme est rompu ; alors sans doute on vit, mais on ne vivra jamais une belle

102 ANATOLE

heure. Vous vous jetez lourdement dans une aventure, brutalement, les yeux grands ouverts, mais le cœur fermé, et l'aventure reste pour vous incolore. Mais de mon âme à moi, jaillissent et se répandent mille lumières et mille couleurs, et je peux sentir, là où vous ne faites que... jouir.

MAX

C'est une véritable source magique que ton « ambiance ». Toutes les femmes que tu aimes y plongent et t'en rapportent un merveilleux parfum d'aventures et d'étrangeté, dont tu t'enivres.

ANATOLE

Si tu veux...

Mais pour ton écuyère de cirque, tu pourras difficilement m'expliquer qu'elle ait dû forcément, sous la lueur rouge et verte, éprouver la même chose que toi.

ANATOLE

Mais je sentais nécessairement ce qu'elle éprouvait entre mes bras.

MAX

Enfin, je l'ai connue moi aussi, ta Bianca, et mieux que toi.

Mieux que moi ?

ANATOLE

MAX

Oui, mieux, parce que nous ne nous aimions pas nous deux. Pour moi ce n'est pas une figure de rêve. Pour moi, elle n'est rien de plus que cent autres qui sautent à travers des cerceaux, ou figurent, en jupe courte, dans le dernier quadrille.

ANATOLE

Oui...

MAX

Et elle n'était rien de plus. Je l'ai vue comme elle était. C'est de la riche et belle vie de ton âme que tu as tiré la jeunesse et l'ardeur imaginaires que tu as découvertes en elle.

Non. Cela m'est arrivé quelquefois, oui, mais pas ce jour-là. Je ne veux pas la faire meilleure qu'elle n'était. Je n'étais pour elle ni le premier, ni le dernier... j'étais...

MAX

Eh bien ! qu'étais-tu? Un entre beaucoup. Elle était la même dans tes bras que dans ceux des autres : la femme à son moment suprême.

104 ANATOLE

ANATOLE

Tu ne m'as pas compris.

MAX

Oh non, c'est toi qui te méprends. Je voulais simplement dire que tu peux avoir éprouvé le charme le plus doux, tandis que cela ne signifiait rien de plus pour elle que bien d'autres fois déjà. Le monde, pour elle, était-il donc si merveilleux?

ANATOLE

Tu la connaissais très bien?

MAX

Oui, nous nous rencontrions souvent dans la joyeuse bande où tu étais venu une fois avec moi.

ANATOLE

Et c'était tout?

MAX

Tout. Mais nous étions bons amis. Elle avait de l'esprit, nous aimions bien bavarder tous les deux.

ANATOLE

Et c'était tout?

MAX

Tout.

ANATOLE

... Et pourtant... elle m*a aimé.

MAX

Si nous continuions à lire... {Il prend un des petits paquets.) « Si je pouvais savoir ce que signifie ton sourire, ô femme aux yeux verts... »

ANATOLE

Sais-tu d'ailleurs que toute la troupe vient de revenir ici?

MAX

Bien sûr, et elle aussi.

ANATOLE

Probablement.

MAX

C'est absolument certain. Je vais même la revoir ce soir.

ANATOLE

Comment? Toi ? Tu sais donc où elle demeure ?

Non, elle m'a écrit, elle va venir ici.

1€6 ANATOLE

ANATOLE, bondissant de son siège.

Comment? Et tu me le dis seulement maintenant ?

MAX

Qu'est-ce que ça peut te faire ? Tu veux être « libre et seul. »

ANATOLE

Je sais bien 1

MAX

Et puis rien n'est plus triste qu'un charme réchauffé.

ANATOLE

Tu veux dire?...

MAX

Je veux dire que tu dois bien te garder de la revoir.

ANATOLE

Parce qu'elle pourrait redevenir dangereuse pour moi ?

MAX

Non, parce que ce fut si beau naguère. Rentre ehez toi, avec ton souvenir délicieux. Il ne faut pas toucher au passé.

ANATOLE

Je ne vais pourtant pas renoncer à une rencontre qui s'offre à moi si facilement.

MAX

Elle est plus sage que toi. Elle ne t'a pas écrit... peut-être d'ailleurs tout simplement parce qu'elle t'a oublié.

ANATOLE

Quelle absurdité !

MAX

Cela te paraît impossible?

ANATOLE

Gela me fait rire.

MAX

Tout le monde n'a pas des souvenirs comme les tiens.

ANATOLE

Oh... cette heure... autrefois...

MAX

Eh bien?

ANATOLE

Ce fut une de ces heures inoubliables...

J'entends quelqu'un dans l'antichambre .

1 08 ANATOLE

ANATOLE

C'est elle !

MAX

Va-t'en, passe par ma chambre à coucher.

ANATOLE

Ce serait trop bête.

Va donc... pourquoi veux-tu détruire le charme ?

ANATOLE

Je reste. (On frappe.)

MAX

Va-t'en vite. {Anatole secoue la tête.) Alors, mets-toi là, qu'au moins elle ne te voie pas tout de suite... là. {Il le pousse vers la cheminée de telle sorte qu'il est en partie caché par l'écran.)

ANATOLE, s'appuyant au dessus de la cheminée.

Comme tu voudras. (On frappe.)

MAX

Entrez.

BiANCA, entrant^ vivement. Bonsoir, cher ami. Me voici revenue.

MAX, lui tenda,nt les mains.

Bonsoir, ma chère Bianca. C'est gentil à vous, vraiment gentil.

BIANCA

Mais vous avez bien reçu ma lettre? Vous êtes le premier... c'est-à-dire, le seul...

MAX

Vous pensez si j'en suis fier.

BIANCA

Et que deviennent les autres? Notre bande de chez Sacher? Existe-t-elle toujours? Est-ce qu'on se retrouvera encore, tous les soirs, après la représentation ?

MAX, tout en Vdiidsint à se débarrasser.

Mais il y avait des soirs où on ne pouvait pas vous trouver.

BIANCA

Après la représentation ?

MAX

Oui, où vous disparaissiez immédiatement après.

BIANCA, souriant.

Ah oui... naturellement... Gomme c'est gentil

Je s'entendre dire ça, sans la moindre nuance de jalousie. Il faut avoir aussi des amis comme vous...

MAX

Oui, oui, c'est nécessaire.

BIANGA

Qui vous aiment, sans vous tourmenter.

MAX

Ça ne vous est pas arrivé souvent?

BIANGA, apercevant l'ombre d'Anatole.

Mais vous n'êtes pas seul. ..? {Anatole s' avance et s'incline.)

MAX

Une ancienne connaissance.

BIANGA, prenant son face-a-main.

Ah!...

ANATOLE, se rapprochant.

Mademoiselle...

MAX

Que dites-vous de cette surprise, Bibi?

BIANGA, un peu gênée, cherche visiblement clans ses souvenirs.

Ah, vraiment, nous nous connaissons...

Mais certainement, Bianca.

BIANGA

Bien entendu, nous nous connaissons très bien...

ANATOLE, émUy prenant la. main de Bisinca dans les sierines.

Bianca...

BIANCA

Mais où nous sommes-nous donc vus... où donc... Ah oui !

MAX

Rappelez-vous...

BIANCA

Sans doute... c'était... à Saint-Pétersbourg... n'est-ce pas?...

ANATOLE, laissant brusquement retomber la main.

Ce n'était... pas à Saint-Pétersbourg, mademoiselle. (Il se détourne pour s'en aller.)

BIANCA, à Max, avec inquiétude.

Qu'a-t-il donc ? Est-ce que je l'ai froissé ?

112 ANATOLE

MAX

Voilà qu'il disparaît... {Anatole s'est éclipsé par la porte du fond.)

BIANCA

Oui, qu'est-ce que cela veut dire ?

MAX

Voyons, vous ne l'avez donc pas reconnu ?

BIANCA

Reconnu... si, si. Mais je ne me rappelle plus très bien...

MAX

Mais, Bibi, c'est Anatole !

BIANCA

Anatole? Quel Anatole?

MAX

Anatole... le piano... la suspension... verte et rouge... à Vienne même... il y a trois ans...

BIANCA, se prenant le front.

Que je suis sotte ! Anatole ! {Elle va à la po?^fe.) Il faut que je le rappelle... {Elle ouvre la porte.) Anatole ! {Elle court, derrière la scène, dans la cage de Vescalier.) Anatole! Anatole !

MAX reste Ik, soui^iant; il Va, suivie jusque sur le seuil.

Eh bien ?

BiANCA, rentrant.

Il doit être déjà dans la rue. Vous permettez? (Elle ouvre vivement la fenêtre.) Le voilà qui passe.

MAX, derrière elle.

Oui, c'est bien lui.

BIANCA, appelant.

Anatole !

MAX

Il ne vous entend pas.

BIANCA, frappant légèrement du pied.

Quel dommage ! 11 faudra m'excuser auprès de lui. Je l'ai vexé, ce cher et brave garçon.

MAX

Alors, vous vous souvenez tout de même de lui?

BIANCA

Bien sûr. Seulement... il ressemble à s'y tromper à quelqu'un que j'ai connu à Pétersbourg.

114 ANATOLE

MAXj Isi rassurant.

Je le lui dirai.

BIANCA

Et puis, quand on a été trois ans sans penser à quelqu'un et qu'il se dresse tout à coup devant vous. . . On ne peut pourtant pas tout se rappeler.

MAX

Je vais refermer la fenêtre. Il fait froid. {Il ferme la fenêtre.)

BIANCA

Mais je le reverrai bien pendant mon séjour ici ?

MAX

Peut-être. Mais il faut que je vous montre quelque chose. {Il prend Venveloppe sur la table et la lui tend.)

BIANCA

Qu'est-ce que c'est que ça ?

MAX

C'est la fleur que vous portiez ce soir-là... ce fameux soir.

BIANCA

Il l'a gardée...

MAX

Comme vous voyez,

BIANCA

Il m'a donc aimée ?

MAX

D'un amour ardent, infini, éternel... comme toutes celles-ci. (Il montre les petits paquets.)

BIANCA

Comme... toutes celles-ci! Qu'est-ce que cela signifie ? Est-ce que ce ne sont que des fleurs?

MAX

Des fleurs, des lettres, des boucles de cheveux, des photographies. Nous étions justement en train de les mettre en ordre.

BIANCA, avec irritation.

Sous différentes rubriques...

MAX

Oui, évidemment.

BIANCA

Et dans laquelle me classez-vous ?

MAX

Dans celle-ci... je crois. (Il jette l'enveloppe dans la cheminée.)

11 G ANATOLE

BIANCA

Oh!

MAX, à part.

Je te venge, ami Anatole... de mon mieux... {Haut.) Là... et maintenant ne soyez pas fâchée. Asseyez-vous là, près de moi, et racontez-moi quelques détails sur ces trois dernières années.

BIANCA

Ah oui, je suis bien en train ! Après une pareille réception !

Je suis pourtant votre ami... Allons, venez, Bianca... Racontez-moi un peu.

BIANCA se laisse attirer sur le fauteuil qui est près de la cheminée.

Mais quoi ?

MAX, se laissant tomber sur un siège en face d'elle.

Parlez-moi, par exemple, de « celui qui lui ressemblait tant », à Saint-Pétersbourg.

BIANCA

Vous êtes insupportable.

MAX

Allons...

BiANCA, ciigre-douce.

Mais que voulez-vous que je raconte?

MAX

Commencez toujours : Il y avait une fois... Voyons : Il y avait une fois une grande, grande ville...

BIANCA, avec mauvaise humeur.

... Où se trouvait un grand, grand cirque.

MAX

Et il y avait aussi une petite, petite artiste...

BIANCA

... Qui sautait à travers un grand, grand cerceau... (Elle rit doucement.)

MAX

Voyez-vous, ça va. (Le rideau commence a descendre tout doucement.) Dans une loge... eh bien... dans une loge venait tous les soirs...

BIANCA

... Dans une loge venait tous les soirs un beau, beau jeune homme... Ah Dieu!

MAX

Eh bien... et puis?

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