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CEINTURE PELVIENNE DES OISEAUX

Le bassin des Oiseaux, qui offre des formes si particulières et si caractéristiques, ne pouvait être étudié qu’après celui des Reptiles et celui des Mammifères. La suite de ce chapitre dira assez pourquoi.

Le bassin de l’Oiseau se compose de deux os iliaques très-allongés d’avant en arrière parallèlement à la colonne vertébrale, et d’un sacrum remarquable par le nombre considérable de vertèbres qui le composent. L’une et l’autre de ces parties ont été bien décrites, mais, me semble-t-il, mal interprétées. J’espère être plus heureux dans les réflexions qui vont suivre.

Une description complète et très-détaillée du bassin d’Oiseau n’est pas nécessaire ici , et il me suffira d’insister sur les particularités qui doivent être spécialement utiles à l’étude présente.

L’os iliaque de l’Oiseau a été généralement considéré comme composé d’un iléon, d’un ischion et d’un pubis, concourant à la formation d’une cavité cotyloïde dont le fond est occupé par une large fontanelle. Mais la forme spéciale de ces éléments est telle que leur détermination peut donner lieu à des doutes, et a provoqué en effet quelques opinions que je dois rapporter ici, ne serait-ce que pour montrer les diverses faces de la question, et pour mettre les solutions que je propose en regard de celles dont la date est antérieure.

L’iléon de l’Oiseau (PI. VII, fig. 1,2, 5, 4) se compose de deux ailes placées, l’une en avant, l’autre en arrière de l’acélabulum. Je les désigne sous le nom d 'iléon antérieur et d’iléon postérieur. L’iléon antérieur est assez large et se termine en avant par une crête arrondie. Il s’unit ordinairement en haut avec son congénère, pour former une sorte de double toit dont le faîte correspond au sommet des apophyses épineuses des vertèbres lombaires, et qui recouvre entièrement ces vertèbres (PL Vil, fig. 5). Le bord antérieur arrondi et le bord supérieur de cet iléon antérieur sont recouverts d’une sorte de bourrelet étroit ou crête qui représente l’épiiléon antérieur (PI. VII, fig. I, e. il. a.). L’iléon postérieur a ordinairement la forme d’un triangle allongé dont l’angle postérieur aigu se dessine assez nettement dans la plupart des cas (PI. VII, fig. 1, il.p.).\\ existe généralement entre les

iléons postérieurs une certaine distance, qui est occupée par les vertèbres sacrées, plus ou moins confondues en une masse osseuse (PI. VII , fig. ô). L’iléon postérieur est surmonté par un bourrelet d’une épaisseur variable, qui est l’épiiléon. Au niveau de l’angle terminal de l’iléon postérieur, l’épiiléon acquiert plus d’importance, et l’ossification de ce point est bien plus tardive que celle du reste de l’iléon.

Le bord inférieur de l’iléon postérieur se confond plus ou moins, chez tous les Carinates, avec le bord supérieur de l’ischion. Chez les Ratites, au contraire, ces deux os restent généralement indépendants. Au point d’union des , deux iléons, antérieur et postérieur, se trouve en bas racôlabulurn (PI. Yil, fig. \,cicel.). Celte cavité articulaire, de forme hémisphérique, est percée au fond d’une large fontanelle. En arrière et un peu en haut de l'acétabulum se trouve une face articulaire saillante, dite éminence ou surface antitrochantérienne (é. a. tro.), parce qu’elle s’articule avec la face supérieure du trochanter. Ces dispositions de l’acétabulum et de la surface antitrochantérienne sont très-caractéristiques du bassin de l’Oiseau. A ces dispositions correspond une conformation non moins caractéristique de l’extrémité supérieure du fémur de l’Oiseau. On y remarque en effet une tête articulaire sphérique portée par un col très-court (PL YI, fig. 6, 7, 8, 9), qui s’attache en dedans et en arrière d’un grand trochanter volumineux, dont la face supérieure est articulaire. La tète et le trochanter sont séparés par une gouttière peu profonde, ou gorge de poulie articulaire qui reçoit le bord cotyloïdien. Ce sont là, je le répète, des dispositions entièrement caractéristiques de l’Oiseau.

L’ischion est généralement assez développé. 11 est lamelleux, et souvent de forme triangulaire, à base postérieure et à sommet aigu situé en arrière de l’acetabulum. U est étroit et en forme de cylindre aplati chez les Struthionides (PI. VI, fig. 1). Son bord supérieur est uni à l’iléon postérieur dans sa partie postérieure, tandis qu’en avant il en est séparé par le trou sciatique (PI. Vil, fig. \, p. ech. sci.). Chez les Strulhionides, ce trou se prolonge jusqu’au voisinage de l’extrémité de l’iléon postérieur en une large et longue fente que ferment en arrière des ligaments iléo-ischialiques qui s’os* sifienl chez la Rhea americana.

Le pubis est toujours un os grêle (PL VII, fg. 1, 2,pw.), qui ne prend

qu’une irès-fnible part à la formation de l’acétabulum (PI. YII ,fig. 1, pu.). 11 se termine ordinairement en pointe pins on moins mousse. Chez l’Autruche seule, il y a une symphyse pubienne. Le pubis est dirigé en arrière parallèlement à l’ischion, et il y a entre les deux os une fente assez étroite interrompue non loin de la base des deux os par la rencontre de deux pointes, l’une pubienne et l’autre ischia tique, qui se soudent le plus souvent. L’ouverture placée en avant de cette étroite jetée osseuse est l’orifice sous-pubien. En arrière, la fente, assez variable et irrégulière, est fermée par une membrane obturatrice, c’est-à-dire par des portions membraneuses ou cartilagineuses qui s’ossifient le plus souvent.

L’ischion est terminé en arrière par un épiiscbion cartilagineux (e. isc .), qui reste tel pendant assez longtemps chez les Struthionides. J’en dis autant de l’épipubis ( e . pu.). La part prise par ces trois os à la formation de l’acétabulum est très-inégale (PL Yl, fuj. 1). L’iléon en fournit plus de la moitié. Les cinq sixièmes du reste appartiennent à l’ischion et le dernier sixième au pubis.

Les parties du bassin de l’Oiseaux ont reçu de É. Geoffroy Saint-Hilaire une détermination différente de celle que je viens d’exposer. 11 en résulterait que le pubis des Oiseaux serait, comme celui des Crocodiles, un os étranger au bassin : ce serait un os marsupial , tandis que le vrai pubis serait formé par ce que nous avons appelé ischion, et l’ischion serait représenté par l’iléon postérieur. Cette opinion a été soutenue par Gratiolet, qui l’appuyait avant tout sur des considérations musculaires.

Cuvier a objecté avec raison à cette opinion que l'os appelé pubis faisait partie de la cavité cotyloïde. M. Alix * ajoute que l’opinion d’É, Geoffroy Saint-Hilaire et de Gratiolet est inadmissible, vu la position du trou sciatique, et attendu aussi que l’aile postérieure de l’iléon des Oiseaux et l’aile antérieure ne forment jamais qu’une seule pièce osseuse. « On doit donc «admettre, dit M. Alix, l’ancienne détermination des os du bassin des «Oiseaux..., telle que les premiers observateurs l’ont conçue, mais c’est à la

1 Alix ; Essai sur L'appareil locomoteur des Oiseaux (Thèses de la Faculté des Sciences de Paris, 1874).

«condition d’accepter la transposition d’un certain nombre d’insertions mus oculaires. » Dans la partie de ce travail où je m’appliquerai à confirmer les déterminations des os des deux ceintures osseuses par l’étude des insertions musculaires, je démontrerai que celte transposition n’a rien de réel, et que les muscles conservent au fond, dans la série et dans les deux ceintures, des insertions réellement comparables et d’une constance digne de remarque.

Les os du bassin de l’Oiseau étant déterminés comme nous venons de le faire, il nous reste à examiner quelle est la signification de cet iléon si prolongé, et quelles sont ses relations avec les iléons des groupes que nous avons précédemment étudiés.

Comme, dans la discussion qui va suivre, il importe d’apporter une trèsgrande précision, je dois prendre des points de repère bien déterminés, afin d’enlever à la démonstration toute apparence d’arbitraire. Je le dois d’au tant plus que le caractère surprenant des résultats pourrait provoquer des doutes et des hésitations dans l’esprit du lecteur.

L’acétabulum étant le lieu de concentration des trois éléments de l’os iliaque, je le choisis comme premier point de repère, et, pour fixer entièrement notre orientation par une portion déterminée de son pourtour, je prends pour second point de repère le lieu d’union de l’iléon et de l’iscbion, c’està-dire la surface antitrochantérienne, qui est, chez les Oiseaux, en arrière et en haut de l’acétabulum proprement dit. Ces deux points fixes étant acquis, nous pouvons considérer les diverses parties du bassin dans leur orientation par rapport à eux.

Si nous examinons attentivement l’iléon antérieur (PI. VII, fig. 1,2, 4, il. ax. a), nous nous apercevrons qu’il envoie au-devant de l’acétabulum une tige horizontale massive et compacte qui s’épanouit en avant et en haut en une aile iliaque mince, concave extérieurement et formant une fosse iliaque externe, et un toit au-dessus des vertèbres lombaires. C’est sur cette lige qu’apparaît le premier point d’ossification de l’iléon. En arrière, au point où cet iléon s’unit avec le pubis, se trouve une éminence formée à la fois par deux safiies conjuguées et soudées des deux os. C’est une éminence iléo-pu bienne (sp. il. pu.). L’axe de la tige de l’iléon antérieur forme ainsi, audevant de l’acétabulum, une ligne horizontale qui se poursuit en arrière de

l’acétabulum dans l’axe de l’ischion d’une manière à peu près exacte. L’éminence antitrochantérienne située au-dessus de l’acétabulum se trouve placée au-dessus de cette ligne des axes.

L’iléon du bassin des Mammifères possède exactement les mômes relations et une forme parfois extrêmement semblable à cet iléon antérieur des Oiseaux. Comme lui, il est placé au-devant dt l’acétabulum (PL VI, fg. 5); comme lui, il est formé au-devant de cette cavité par une tige osseuse compacte et massive, sur laquelle apparaît le premier point d’ossification de l’iléon, lige qui s’épanouit en avant en une aile iliaque plus ou moins étendue, et qui reproduit parfois les formes de l’iléon antérieur de l’Oiseau. Ainsi, chez les Équidés et les Camélidés par exemple, l’iléon fournit une expansion supérieure remarquable qui s’unit presque à celle du côté opposé, pour former au-dessus des vertèbres lombaires un véritable toit à deux pentes, comme chez les Oiseaux. Au point d’union de l’iléon et du pubis se trouve aussi, chez les Mammifères, une éminence ou épine iléo-pubienne parfois assez prononcée. Nous verrons plus tard combien les relations de cet iléon avec les vertèbres sacrées proprement dites offrent de ressemblance frappante avec ce qui se voit chez les Oiseaux. L’axe de la tige de l’iléon de Mammifère se poursuit enfin en arrière de l’acétabulum avec l’axe de l’ischion en une ligne horizontale au-dessus de laquelle se trouve une éminence dite sus-cotyloïdienne (PI. VI, fig. \ . il.p .) ou iléo-hchiatiqiie, qui est exactement l’homologue de l'éminence antitrochantérienne, ainsi que le démontre le plus simple examen des bassins de Mammifères (PI. VI, fig. 4, 5 ; Pi. VII, fig. 5 et 6).

Si maintenant nous portons nos yeux sur l’iléon postérieur de l’Oiseau (PI. VI, fg. I, il. p., PI. VII, fg. 1, 3, il. p .), nous remarquerons que l’iléon postérieur naît pour ainsi dire de la moitié supérieure ou iliaque de l’éminence antitrochantérienne, par une portion assez épaisse et massive qui se dirige en haut et en arrière vers le bord supérieur de l’iléon (PI. Vil, fg. I, 3, il. ax.p.).

Cette portion massive et forte de l’iléon postérieur, qui en constitue la partie axiale, s’élargit chez le Poulet en une plaque horizontale assez forte; mais chez beaucoup d’Oiseaux, les Rapaces entre autres, cette portion axiale reste massive et prismatique.

Cet axe s’épanouit ordinairement en une aile triangulaire d’une faible largeur qui se termine postérieurement par un angle aigu. Cet iléon est situé en haut et surtout en arrière de l’acétabulum et de l’éminence antitrochantérienne. Sa partie antérieure se confond avec l’iléon antérieur, de telle sorte que leur délimitation n’est pas sans difficulté. L'axe de l’iléon postérieur fait avec l’axe de l’ischion un angle aigu ouvert en arrière.

A côté d’un bassin de Carinate (PI. VII, fig. I), et surtout à côté d’un bassin de Ratite (PI. VI, fig. I), plaçons un bassin de Crocodilien, et voyons quelles sont les conditions qui caractérisent ce dernier bassin.

La surface articulaire proprement dite du Crocodilien (PI. IV, fig. 13, coty .) est loin de correspondre à l’acétabulum des Oiseaux. Cette dernière cavité n’est point articulaire chez les Crocodiliens ; c’est une simple fosse osseuse percée d’une fontanelle. Elle correspond exactement à l’acétabulum articulaire de l’Oiseau. En arrière de l’acétabulum du Crocodile se trouve la surface articulaire proprement dite, formée par l’iléon et par l’ischion. Celte surface articulaire est divisée en deux parts à peu près égales par la ligne d’union cartilagineuse des deux os que je viens de nommer. En rapprochant la fig. 13, PL IV, de la fig. 1, PL VI, qui représente un bassin de Casoar encore jeune, et chez lequel les sutures de l’iléon avec les autres os du bassin ne sont pas encore effectuées, on verra clairement que la surface articulaire du Crocodile n’est bien exactement que la surface antitrochantérienne de l’oiseau. En continuant les rapprochements, on s’aperçoit que, comme l’iléon postérieur de l’Oiseau, l’iléon du Crocodilien naît de la portion iliaque de la surface antitrochantérienne par une partie assez massive, qui s’élargit en une plaque triangulaire dirigée en arrière, où elle se termine par un angle aigu dont la pointe est mousse. Sur le bord supérieur se trouve un épiiléon rugueux qui s’épaissit en arrière et y forme le tubercule terminal par une ossification tardive. L’axe de l’iléon du Crocodile fait avec l’axe de l’ischion un angle ouvert en arrière ; cet angle est, il est vrai, moins aigu que citez l’Oiseau, parce que l’ischion de ce dernier a été plus fortement rejeté en arrière; mais il y a entre les deux types une ressemblance remarquable dans les rapports des axes de l’iléon et de l’ischion. Il n'est donc pas douteux qu’il n’y ait, même au seul point de vue des conformations osseuses, des rapports étroits d’homologie entre l’iléon postérieur d’Oiseau et l’iléon de

Crocodilien. L’élude des muscles nous fournira plus lard, de ce rapprochement, une démonstration éclatante.

Mais, pour continuer la comparaison que j’ai entreprise, je dois faire remarquer que l'iléon du Crocodilien renferme non-seulement l’iléon postérieur de l’Oiseau, mais encore un rudiment de l’iléon antérieur. Remarquons en effet qu’au-devant de l’acélabulum s’avance une apophyse saillante, horizontale. que j’ai nommée apophyse antérieure de l’iléon (PL IV, fig.Yà, il. a.). Sa situation en avant de l’acélabulum, dont sa base contribue à former le rebord antérieur; la direction horizontale de son axe, qui se confond presque avec celui de l’ischion, et qui le ferait complètement si l’ischion des Crocodiliens était aussi fortement rejeté en arrière que celui des Oiseaux; toutes ses connexions enfin, telles qu’on peut s’en rendre comparativement compte sur la fig. 15, PL IV, et sur les fig. 1, PI. VI, et 1, PI. VIL démontrent que celle apophyse antérieure répond à la partie axiale de l’iléon antérieur des Oiseaux, et n’est qu’un iléon antérieur rudimentaire. C’est aussi ce que démontrera l’élude du sacrum, que je placerai immédiatement après ces considérations.

Il résulte de toutes les comparaisons que je viens de faire que l’iléon si singulier de l’Oiseau représente en réalité la fusion, d’une part, de l’iléon de Mammifère placé en avant de l’acétabulum et naissant des bords del’acétabulumsur un point antérieur à la surface antilrocbantérienne et à la fontanelle, et, d’autre part, de l’iléon de Crocodilien et de Reptile en général, dirigé en arrière et naissant de la portion iliaque de la surface antitrochantérienne, au-dessus et en arrière de la fontanellle. Ces deux iléons sont confondus et fusionnés dans les régions intermédiaires à leurs domaines respectifs, et leur délimitation rigoureuse est impossible.

Il ne faudrait pas en effet penser que cet iléon ornithique s’est formé par la création de deux iléons de types distincts qui ont été ensuite rapprochés et partiellement confondus. Ce serait là une conception grossière que ne comportent nullement les considérations qui précèdent. Il est au contraire rationnel de penser que chez l’Oiseau la tendance à la formation de tissus cartilagineux et osseux s’est trouvée distribuée dans l’étendue de deux

régions voisines, dont chacune est exclusivement le lieu de formation de

tissus semblables chez les Reptiles et chez les Mammifères4. Il est, par suite, également rationnel de penser que les saillies antérieures de l’iléon desCrocodiliens et les saillies postérieures de l'iléon des Mammifères correspondent à des directions, à des lieus où le pouvoir ossificateur est plus actif et plus puissant que là où se sont formés des sinus et des échancrures. Si nous plaçons en regard l’iléon de Crocodile et l’iléon de Mammifère, nous remarquerons quel 'épine iliaque antérieure du Crocodile (PI. IV, fig. 15, sp. il.) et l 'épine iliaque postérieure du Mammifère, placées en regard et mises en contact, circonscrivent une ouverture circulaire dont la demicirconférence antérieure appartient à la grande échancrure ischiatique du Mammifère, et dont la demi-circonférence postérieure est formée par l’échancrure qui est au-dessus de l’iléon antérieur rudimentaire dans le bassin crocodilien. Cet ouverture circulaire repose sur l’iléon axial antérieur. Or s’il est vrai, comme je viens d’essayer de l’établir, que l’iléon de l’Oiseau soit le produit de la combinaison des pouvoirs formateurs qui ont présidé à la constitution de l’iléon du Mammifère et de l’iléon du Reptile, on est en droit de présumer que dans cet iléon d’Oiseau la répartition du pouvoir ossiflcateur s’est faite avec les degrés relatifs d’intensité qu’il a, à la fois, chez le Mammifère et chez le Reptile. Les saillies devront donc correspondre à une plus grande épaisseur de l’os, tandis que les bords concaves ou sinus pourront correspondre à des orifices ou tout au moins à des amincissements de la lame osseuse. Or, ce sont là des présomptions qui, dans certains cas, se traduisent par des faits dont la signification ne m’a pas paru douteuse.

Prenons un bassin d’Oiseau, de Gallinacé par exemple (,P1. VI, fig. 2 et 5), et délimitons sur la fig. 2, par un trait plus apparent, les parties qui semblent correspondre à l’iléon de Crocodile, c’est-à-dire à l’iléon postérieur avec son épine antérieure, son rudiment d’iléon antérieur, d , et le bord concave en avant, «, qui les sépare. Sur la fig. 5, entourons d’un trait plus apparent aussi l’iléon de Mammifère, d’un Ruminant par exemple , avec son aiie iliaque développée, avec sa grande échancrure sciatique, a, et son épine iliaque postérieure faisant en arrière une saillie plus ou moins

1 Nous verrous plus tard que cette tendance à la formation d’un iléon antérieur et posté rieur chez l’Oiseau est en harmonie avec la présence de muscles correspondants.

prononcée. Si ces deux iléons sont reportés sur la même figure, comme dans la fig. 2, il y aura, ainsi que je l’ai déjà dit, en a un espace de forme arrondie dans lequel le pouvoir ossificateur sera affaibli, tandis qu’il sera accru dans fout le pourtour et particulièrement en haut et en bas. C’est en effet ce qui a lieu, et sur la plupart des Oiseaux il y a, à ce niveau, un amincissement bien marqué de l’os, amincissement qui est assez souvent dans certains groupes, les Gallinacés par exemple, entouré d’une sorte d’anneau de renforcement tel que je l’ai représenté d’après nature (PL VU, fig. 1 , g. ech. sc.) sur un iléon de Paon, et tel qu’on peut l’observer plus ou moins accentué sur les iléons de Poule.

11 est aisé de se rendre compte que cette portion amincie de l’iléon de l’Oiseau correspond au sommet de la grande échancrure sciatique du Mammifère, et il en résulte que l’Oiseau est dépourvu du trou sacro-sciatique antérieur ou supérieur du Mammifère.

La grande échancrure sacro-sciatique du Mammifère est divisée en effeten deux trous par les ligaments sacro-sciatiques. Nous avons vu que la surface antilrochantérienne de l’Oiseau et du Reptile était représentée chez le Mammifèrepar une saillie constante en forme de crête (PL V\,fig. 5, il. p.), qui s’accentue fortement chez certains animaux, les Équidés en particulier, et qui est désignée par les Hippotomisles sous le nom de crête sus-cotyloïdienne. De cette crête naît le petit ligament sacro-sciatique, qui s’épanouit et se porte sur les bords latéraux et rugueux du sacrum. Ce ligament sacro-sciatique a des dimensions variables, selon les espèces. Chez le Cheval, il naît surtout de la partie iliaque de la crête sus-cotyloïdienne, s’épanouit largement vers le sacrum et atteint même les ligaments sacro-iliaques postérieurs, de manière à circonscrire avec le sommet de la grande échancrure sciatique un trou sacro-sciatique antérieur presque circulaire et de petites dimensions. Ces relations permettent de reconnaître dans le petit ligament sacrosciatique le représentant fibreux de l’iléon postérieur des Mammifères, dont la crête sus-cotyloïdienne est le rudiment osseux, au même litre que fapopliyse ou tubercule antérieur de l’iléon du Crocodilien est le rudiment de l’iléon antérieur.

Chez l’Homme, le petit ligament sacro-sciatique prend son origine, non point seulement, comme le disent à tort bien des Traités d’anatomie, de

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l’épine sciatique qui appartient à l’ischion, mais aussi et très-largement de la portion iliaque de la crête sus-colylo'idienne dont, l’épine sciatique n’est qu’une partie. Cette origine iliaque du petit ligament sacro-sciatique s’étend même, chez certains sujets, jusqu’au voisinage du sommet de l’échancrure sciatique, ce qui réduit de beaucoup les dimensionsdu trou sciatiqueantérieur.

11 semble seulement y avoir cette différence entre l’iléon postérieur fibreux des Mammifères et l’iléon postérieur osseux des Oiseaux, que ce dernier n’a pour origine que la portion iliaque de l’éminence antilrochanlérienne, tandis que l’iléon postérieur des Mammifères semble émaner à la fois de la partie iliaque et de la partie ischiatique. Il faut d’ailleurs faire remarquer que chez l’Oiseau, le trou sciatique, qui n’est que la petite échancrure sciatique, c’est-à-dire le trou sciatique postérieur ou inférieur de Mammifère, est en partie fermé sur le frais par une lame fibreuse qui, allant de l’ischion à l’iléon, représente exactement la portion du petit ligament sacro-sciatique du Mammifère qui naît de l’ischion et de l’épine sciatique. Dans les deux cas, cette lame fibreuse est continue en arrière avec l’iléon postérieur. 11 peut même arriver que la portion du petit ligament sacro-sciatique qui naît directement de l’iléon et représente l’iléon postérieur soit transformée en un simple tissu conjonctif à peine fibreux, de telle sorte que la portion ischiatique semble seule subsister. Mais on comprend que de pareils faits ne portent aucune atteinte à la valeur des homologies précédemment établies, puisqu’on peut observer chez les Mammifères tous les intermédiaires entre cette origine exclusivement ischiatique en apparence du petit ligament sacro-sciatique, et son origine à la fois iléo-ischialique et même surtout iliaque.

En réalité, l’iléon postérieur des Mammifères, comme celui des Oiseaux, émane de la portion iliaque de l’éminence ou crête sus-cotyloïdienne ; mais il est, comme chez les Oiseaux, continué en arrière par une bande fibreuse naissant de la portion ischiatique de celte crête et obturant une partie du trou sciatique postérieur. Toute la différence consiste en ce que, chez les Oiseaux, l’iléon postérieur étant osseux se distingue nettement de cette bande fibreuse ischiatique, tandis que, chez les Mammifères, l’iléon postérieur fibreux se continue sans ligne de démarcation avec la bande fibreuse ischiatique.

Il est à propos de faire remarquer ici que chez beaucoup d’Édentés

( Orycteropus , Bradypus , Mylodon, etc.), chez qnelques Marsupiaux ( Wom foi/), le bassin présente une disposition qui pourrait le faire comparer à un bassin d’Oiseau, en ce sens que le trou sciatique est fermé en arrière par une rencontre et même une soudure de l’ischion avec les bords du sacrum. Mais il faut observer que la ressemblance n’est guère qu’apparente. Il n’y a pas en effet d’iléon postérieur osseux développé, mais c’est seulement la bande fibreuse ischiatique qui s’ossifie et qui relie le sacrum à l’ischion et non à l’iléon postérieur.

Ainsi donc, l’iléon postérieur, qui existe, chez les Oiseaux comme chez les Reptiles, à l’état d’os primordial ou d’os de cartilage, n’est conservé, chez les Mammifères, qu’a l’état toutà fait rudimentaire de crête sus-cotyloïdienne, et est remplacé dans le reste de son étendue par un ligament fibreux qui circonscrit en arrière le trou sacro-sciatique antérieur ou supérieur. Ce trou, situé entre l’iléon antérieur et l’iléon postérieur, correspond à la portion amincie de l’iléon des Oiseaux (PI. VI, fig. 2, 3, a) et n’existe pas chez ces derniers comme ouverture. Chez le Crocodile, il n’y a pas d’ouverture entièrement circonscrite correspondant à ce trou sciatique. Il n’existe en effet que son bord postérieur constitué par le bord concave antérieur de l’iléon du Crocodilien. Le bord antérieur fait défaut, et, au lieu d’un trou, il n’y a qu’une échancrure à concavité antérieure (PI. Vf, fig. 2, a).

Quant à l’orifice sciatique du bassin de l’Oiseau (PI. VII, fig. \, p. ech. sc.), il représente évidemment le trou sciatique postérieur ou inférieur des Mammifères qui est compris entre l’iléon postérieur et le grand ligament sacro-sciatique. Ce grand ligament s’ossifie d’assez bonne heure chez les Oiseaux, et finit par se confondre avec les bords latéraux de l’iléon postérieur pour ta plupart d’entre eux. Mais on peut saisir la période fibreuse de son existence, et le trouver plus tard formant des traînées osseuses ou rubans osseux, qui relient la partie postérieure de l’ischion avec l’iléon postérieur et le sacrum, et circonscrivent la partie postérieure du trou sacro-sciatique postérieur. Je recommande pour cela l’examen du bassin des Ratites et du Rbéa en particulier, et celui des Palmipèdes en général. Chez le Crocodilien, le trou sacrosciatique postérieur, n’étant circonscrit en arrière ni par l’os ni par du tissu fibreux, est remplacé par une large échancrure comprise entre l’iléon et l’ischion.

J’ai montré les relations de l’iléon d’Oiseau avec celui de Crocodilien. Pour élargir le sujet, il me reste à rechercher la relation qu’il y a entre l’iléon de Crocodilien et celui des principaux groupes de Reptiles. Chez tous les Reptiles ordinaires, comme chez les Crocodiliens, l’iléon est un iléon postérieur. L'iléon du Lacertilien (PI. IV, fig. 9 et 10) est dirigé presque horizontalement en arriére; il représente un iléon de Crocodilien très-rétréci, très-allongé et réduit à une portion axiale presque cylindrique. Il est terminé en arrière par un épiiléon tuberculeux qui en forme le sommet et qui représente la portion terminale postérieure et épaisse de l’épiiléon des Crocodiliens. Le rudiment de l’iléon antérieur est si faible qu’on peut le considérer comme nul. L’acélabulum est articulaire dans toute son étendue. L’angle ilio-ischiatique, assez ouvert chez les Lézards (PI. IV, fig. 9), ne dépasse pas chez les Iguanes (PL IV, fig. 10) la valeur d’un angle droit. L’iléon des Caméléons (PL IV, fig. 7) rappelle celui des Lézards, et a les mêmes relations que ce dernier avec l’iléon des Crocodiliens.

L’iléon du Chélonien représente une modification Toute différente de l’iléon du Crocodilien. Tandis que l’iléon du Lézard est un iléon de Crocodile comprimé de haut en bas et allongé dans le sens horizontal, l’iléon de Chélonien est un iléon de Crocodile comprimé d’avant en arrière et allongé dans le sens vertical (PI, IV, fig. 11 et 12). Aussi, loin de présenter la direction presque horizontale de l’iléon de Lacertilien, il a une direction presque verticale et légèrement oblique en bas et en avant. Son axe ne se confond pas avec celui du pubis, comme chez les Sauriens ; mais il a une direction intermédiaire entre l’axe du pubis et celui de l’ischion. Prenez un iléon de Crocodile, donnez-lui une grande longueur dans le sens de l’axe vertical, aux dépens de l’étendue dans le sens antéro-postérieur, et vous aurez obtenu un iléon de Chélonien.

Cela est si vrai, que cet iléon, loin de se terminer, comme chez les Lézards, par un angle aigu, se termine par un bord supérieur élargi qui se prolonge un peu en arrière, rappelant assez bien le bord supérieur de l’iléon de Crocodilien, et sur lequel repose, comme sur ce dernier, un épiiléon cartilagineux. Le rudiment de l’iléon antérieur a entièrement disparu comme partie distincte et s’est confondu dans l’iléon général, mais il peut être rationnellement considéré comme siluésur le bord antérieur de l’iléon.

Je ne saurais abandonner celte étude comparative sans faire remarquer combien l’étude du bassin de ces Reptiles éteints, auxquels Huxley a donné le nom d ’Ornithoscelida, et dont le pelviset les membres inférieurs se rapprochaient tant de ceux de l’Oiseau, combien, dis-je, l'étude de leur bassin vient apporter d’appui à l’analyse homologique que je viens de faire du bassin de l’Oiseau. L’examen du bassin des Ornilhoscelida confirme en effet l’assimilation de l’iléon de Crocodilien, et par suite de l’iléon de Reptile, avec l’iléon postérieur d’Oiseau. 11 montre de plus l’iléon antérieur provenant progressivement de l’épanouissement en avant de ce que j’ai appelé chez le Crocodile apophyse antérieure de l’iléon, ou apophyse préacétabulaire d’Huxley.

Les observations qui précèdent peuvent donner lieu à quelques considérations intéressantes.

La première, c’est qu’il y a plus de parenté entre les Crocodiliens et les Oiseaux qn’enlre ceux-ci et les autres groupes de Reptiles vivants. Nous avons vu en effet que, soit dans la constitution de la ceinture scapulaire, soit dans la constitution de la ceinture pelvienne, les affinités étaient fortement prononcées.

Au thorax, même forme allongée et rétrécie du scapulum, même conformation du coracoïde, mêmes rapports de cet os avec les bords antéro-latéraux du sternum, même atrophie du précoracoïde, même situation et même conformation de la cavité glénoïde, même disposition en angle ouvert en arrière du coracoïde et du scapulum ; en un mot, similitude remarquable pour toutes les parties essentielles de la ceinture thoracique primordiale. Au bassin, même conformation de l’iléon postérieur, et, chez le Crocodilien, rudiment de l’iléon antérieur de l’Oiseau. Dans les deux cas, même situation et même conformation de l’acélabulum, même fontanelle au fond de cette cavité; dans les deux cas aussi, surface antitrochantérienne exactement comparable et également articulaire. A ces preuves d’affinités, qui ne sauraient passer inaperçues, viendront s’en ajouter d’autres, tirées de l’élude du sacrum et de l'étude des muscles; mais avant d’aborder ces sujets, je dois faire, à propos de l’articulation coxo-fémorale des Crocodiliens, une remarque qui me paraît avoir tout au moins le mérite de la nouveauté, et qui semble fournir un caractère de plus à ce groupe déjà si remarquable de Reptiles.

Nous avons vu que la surface concave de l’acétabulum n’étail point articulaire, el que la surface antitrochantérienne était seule recouverte d’un cartilage d’encroûtement et en rapport de frottements avec l'extrémité supérieure du fémur (PI. IV, fig. 13). Chez l’Oiseau, l’acétabulum est articulaire, aussi bien que la surface antitrochanlérienne (PL VI, fig. i. PI. VII, fig. 1). Or il est remarquable que, tandis que l’extrémité supérieure du fémur de l’Oiseau est divisée en une tête articulaire qui correspond à l’acétabulum, et en un trochanter qui répond à la surface antitrochantérienne, l’extrémité supérieure du fémur du Crocodilien, au contraire, ne s’est pas divisée en deux éléments, mais reste recouverte par une surface articulaire assez uniforn e qui correspond à la surface antitrochantérienne seule. Dans le fémur du Crocodile, la tête ne s’est pas différenciée, et le bassin s’appuie seulement sur la surface uniforme de l’extrémité osseuse. C’est ce qui ressort clairement des fig. 10 et 11 de la PL VI, qui représentent des extrémités fémorales gauches de Y Alligator lucius et du Crocodilus biporcatus vues par la surface articulaire supérieure. Ces extrémités et leurs surfaces articulaires reproduisent bien exactement les trochanters des Ratites (Autruche, Casoar) el leurs surfaces articulaires arrondies représentés fig. 6 et 7 de la môme Planche, trochanters sur la face interne et postérieure desquels s’est différenciée et développée une tête plus ou moins volumineuse, séparée du trochanter par un col plus ou moins accentué. Je crois devoir faire remarquer en outre que le volume de la tête, relativement à celui du trochanter, est bien plus faible chez les Ratites que chez les Carinates, ainsi qu’on peut en juger en comparant les fig. fi et 7 avec les fig. 8 et 9, qui appartiennent au Pélican et à la Poule.

Il résulterait donc de ces observations que, tandis que les Crocodiliens s’appuient sur le sommet uniforme de l’extrémité fémorale et n’ont pas de tête du fémur distincte, les Ratites, qui sont de tous les Oiseaux les moins éloignés du type reptilien, acquièrent une tête du fémur de petit volume, et la dimension de celle-ci s’accroît chez les Oiseaux les plus caractérisés comme type spécial, les plus ornithiques ’ pour ainsi dire.

1 J’aurai l'occasion de développer et d'expliquer ces particularités dans un chapitre spécial consacré à l’étude des têtes articulaires et des trochanters.

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