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CONCLUSIONS I)E L’ÉTUDE DU SYSTÈME MUSCULAIRE DES DEUX CEINTURES

Je viens de consacrer de longues pages à une discussion sérieuse des muscles des deux ceintures. Cette étude, qui pourra sembler trop étendue au gré de quelques-uns, ne le sera pourtant pas si elle a pu, comme je l’espère, nous conduire à des résultats de quelque valeur. Le système musculaire est certainement, à cause de la multiplicité de ses parties, à cause de leurs variations de forme, de leurs connexions réciproques, un des systèmes dont l’étude prête le plus aux confusions et exige le plus un examen attentif et circonspect. On a beaucoup trop souvent pris les muscles pour des appareils essentiellement plastiques, malléables, prêts à se porter indifféremment d’un os à l’autre. Or, il se trouve que ce prétendu protée est un appareil à insertions définies et extrêmement fidèle dans ses connexions avec le système osseux. 11 en résulte que l’étude des muscles, qui était le plus souvent privée d’un fondement solide, trouvedans la détermination des insertions musculaires une base précise qui est de nature à transformer l'étude des homologies et à supprimer les rapprochements bizarres et les comparaisons singulières et parfois ridicules.

L’étude présente aura peut-être contribué à établir ce résultat, qui me paraît digne d’intérêt. 11 me semble en effet que, des considérations et des faits nombreux qu’elle renferme, il résulte que c’est le muscle qui provoque la formation de l’os; que par conséquent le muscle détermine l’os, et réciproquement que l’os, c’est-à-dire l’insertion du muscle sur l’os, détermine le muscle. La conséquence de ces propositions, c’est que deux muscles ne sauraient être considérés comme homologues ou comme homotypes que s’ils s’insèrent sur des os homologues ou homotypes. L 'insertion musculaire sur l’os est donc le critérium par excellence de la valeur et de la signification des muscles, et c’est sur cette base fixe et solide qu’il faut asseoir l’étude de l’anatomie comparée du système musculaire.

Mais si l’os détermine le muscle, le muscle, avons-nous dit aussi, détermine l’os ; et ceci nous conduit à l’examen d’une question que j’ai posée dès le début de ce travail, question à laquelle j’ai donné une solution puisée dans l’étude seule des os, et pour laquelle j’ai annoncé une confirmation

résultant de l’examen des muscles. Quels sont, me suis-je demandé, les éléments osseux homotypes dans les deux ceintures chez les Mammifères? Quels sont les éléments qui subsistent? Quels sont ceux qui font défaut ou sont atrophiés et condensés? C’est ce que l’examen comparatif des muscles peut clairement nous indiquer.

Si nous cherchons à l’épaule les représentants des muscles ischiatiques, nous verrons que les adducteurs ischiatiques (grand adducteur et carré) font défaut, que les chefs ischiatiques des obturateurs font également défaut, que les demi-tendineux et demi-membraneux sont absents ou confondus dans le long biceps brachial avec le droit antérieur et le couturier ; si, en outre, nous cherchons à l’épaule les représentants des muscles pubiens, nous voyons que les adducteurs pubiens sont représentés par le coraco-brachial , que le grêle interne est représenté par la courte portion ou portion coraco'idienne du biceps, que les chefs pubiens des obturateurs font défaut.

De ces données, plusieurs conséquences peuvent être légitimement tirées.

1° A l’épaule des Mammifères, le représentant de l’ischion, c’esbà-dire le coracoïde, doit être atrophié et réduit à un tubercule placé au-devant de la cavité glénoïde, tubercule sur lequel ne s’insèrent que les muscles les plus voisins de la base de l’ischion et les plus voisins de la cavité cotyloïde (demitendineux et demi-membraneux), muscles réduits, atrophiés et confondus avec le droit antérieur et le couturier pour former le biceps brachial, comme le tubercule ischiatique (coracoïdien) se confond avec l’insertion iliaque (scapulaire) de ce même droit antérieur (long biceps brachial). L’ischion est donc représenté par le point osseux supérieur de la cavité glénoïde, qui est conséquemment le vrai coracoïde.

2° L’apophyse dite coracoïde de l’arc thoracique est le représentant du pubis et non de l’ischion, et est donc un précoracoïde.

3° L’étude des muscles peut démontrer également que l’iléon manque d’une véritable épine comparable à l’épine de l’omoplate, puisque le deltoïde scapulaire n’est représenté que par un tenseur du fascia lata qui n’est que la portion du deltoïde naissant de la base de l’épine de l’omoplate ou éminence scapulaire au niveau du bord spinal de cet os.

4° L’étude des muscles permet encore d’établir qu’à la ceinture pelvienne la clavicule fait entièrement défaut et qu’elle n’est pas représentée par le

ligament de Poupart (ainsi que le pense Huxley), puisque le psoas représente le mastoïdo-huméral, muscle des Mammifères non claviculés.

II serait facile de multiplier de telles applications des principes que nous avons posés, et des études consciencieuses qui leur ont servi de base ; mais ces applications ont trouvé leur place dans le cours de ce travail, et je crois ne pas devoir les reproduire ici. Je mets fin aux considérations ayant trait au système musculaire. Il me reste, pour terminer cette longue élude, à discuter une question pleine d'intérêt, c’est-à-dire la théorie de la torsion de l’humérus et la détermination de la valeur des trochanters. J’ai déjà, en passant, touché à ces questions, mais elles sont d’un si haut intérêt qu’il convient de les examiner très-sérieusement.

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