INTRODUCTION
Nous avons pris comme sujet de notre travail (1) une étude de myologie comparée.
Depuis longtemps déjà, les anatomistes et les zoologistes portent leurs efforts sur l'anatomie comparée, mais, dans cet ordre d'idée, la myologie a toujours été, jusqu'ici, plus ou moins délaissée. Frappé des résultats importants que fournit l'étude comparée de certains organes, nous avons pensé qu'il pouvait être intéressant de suivre pas à pas les diverses modifications que peut présenter un même muscle chez les différentes classes des Vertébrés et d’en tirer, si possible, un enseignement sur son développement phylogénique. Nous n'avons pas été trompé dans notre attente et les résultats
(i) Ce travail a été fait à la Faculté des Sciences de Bordeaux, dans le laboratoire d'Anatomie comparée et d'Embryogénie. Avant d'exposer les résultats que m'a fournis ce travail, je tiens à adresser mes remerciements à mon Maître, M. KUNSTLER, qui n’a cessé de s'intéresser à mes études et qui m'a toujours prodigué ses conseils et ses
encouragements.
que nous à fournis notre travail montre tout l'intérêt que peut présenter une étude de ce genre.
Il n’est point cependant à dire que la myologie ait été négligée. Dans la littérature scientifique, il existe un très grand nombre de monographies sur la myologie de certains êtres ; mais ce ne sont là que des travaux isolés, sans aucun lien entre eux. Les anatomistes ont donc accumulé des matériaux sans en tirer aucune idée générale. Cependant certains efforts ont été faits dans ce sens et nous ne pourrions passer sous silence les travaux de GEGENBAUR, de TESTUT, de LE DOUBLE, etc.
Tesrur et Le DougLe cherchent, le plus souvent, à expliquer les anomalies musculaires de l'Homme qu'ils décrivent, par des dispositions musculaires existant normalement chez d’autres Mammifères ; dans son « Traité des anomalies musculaires de l'Homme >, TESTUT insiste beaucoup sur ces faits. Ce n’est pas là de la myologie comparée comme nous l’entendons.
GEGENBAUR dans son remarquable ouvrage « Vergleichende Anatomie der Wirbelthiere > consacre tout un chapitre à la myologie : il y décrit les dispositions différentes que peuvent présenter certaines régions musculaires suivant les êtres considérés. Mais cet auteur ne. suit pas un même muscle dans toute la série des Vertébrés, comme nous l’avons fait ici, en montrant comment ce muscle se modifie et se transforme progressivement.
En somme, nous n’avons fait qu’étendre aux muscles ce que l’on a fait jusqu'ici pour les autres organes ; on étudiait l’anatomie comparée du cœur, du corps thyroïde ou de tout autre organe, nous avons porté notre attention sur l'anatomie comparée de certains muscles (ledigastrique, le mylo-hyoïdien le génio-hyoïdien, et le génio-glosse). Nous avons borné nos recherches à ces muscles parce que, comme le montrera ce travail, ils forment un groupe musculaire distinet dérivant tous par clivage successif d’une même masse musculaire qui ne donne naissance qu’à ces muscles. À cette étude, nous avons dû joindre celles du transverse, du maxillo-laryngien et du buecopeaucier, ces muscles n’élant que des démembrements des précédents. Enfin, nous avons étudié aussi le transverse jugulaire bien qu'il ne fasse pas partie du groupe précédent, parce que tous les auteurs ont considéré ce muscle comme une dépendance du mylohyoïdien ; nous avons cru nécessaire de porter en partie nos efforts
de ce côté pour bien montrer que ce sont là deux formations absolument différentes. Dans ce travail, nous nous sommes borné à l'étude statique de ces muscles, laissant complèlement de côté toute question pouvant se rapporter à l'étude physiologique de ces mêmes organes.
Grâce à une étude toute particulière des aponévroses, nous avons pu non seulement relier entre eux des faits anatomiquement très différents au premier abord, mais même expliquer des dispositions assez particulières que nous avons parfois rencontrées chez les êtres adultes.
Certains auteurs, principalement GEGENBAUR, ont particulièrement insisté, avec raison, sur l’innervation semblable des muscles homologues. Dans notre travail, nous avons étudié avec soin l’innervaton des différents muscles qui faisaient le sujet de nos recherches, nous avons pu ainsi, dans des cas douteux, homologuer des muscles qui, primitivement, étaient considérés comme absolument différents.
Nous n'avons pas borné nos recherches aux animaux adultes, nous avons étudié le développement embryonnaire des muscles dont nous nous sommes occupés ici. Nous avons pris un type dans chaque classe des Vertébrés, sauf chez ies Reptiles où, malgré notre désir, il nous a été impossible, malheureusement, de nous procurer, en nombre suffisant, les matériaux nécessaires. Cette étude nous a permis d’élucider certains points de notre travail sur lesquels nous étions plus ou moins indécis, en même temps qu’elle nous servait, le plus souvent, de contrôle pour les résultats que nous avait donnés l'anatomie comparée elle-même.
Telle était la tâche que nous nous étions proposée; nous avons essayé de relier entre eux les faits qui nous ont été donnés par nos dissections et par nos études embryogéniques et d'en tirer, autant que possible, des données générales. Nous espérons que les recherches que nous nous proposons de continuer dans cette voie pourront compléter les résultats qui nous ont été fournis par ce travail.
Bordeaux, le 23 mars 1900.