‹ Anatomie comparée du cerveau, dans les quatre classes des animaux vertébrés (volume 2)Chapitre 41 sur 109 · ANATOMIE COMPAREE DC CERVEAU · texte numérisé non relu

ANATOMIE COMPAREE DC CERVEAU

drijumeaiix ( lobes optiques ) ; circonstance que nous avons également observée dans la formation de l'encéphale du poulet. Nous aurons occasion de rappeler ce fait, ensuivant la formation du têtard.

Sur des têtards observés aux quatorzième et quinzième jours après la naissance , on aperçoit distinctement un troisième bulbe, qui vient s'interposer entre celui qui appartient aux lobes, et celui des tubercules quadrijameaux ; au quinzième jour , surtout , si on ouvre le crâne du têtard ayant séjourné dans l'alcohol , on aperçoit le feuillet roulé, qui correspond aux tubercules quadrijumeaux d'abord ( i ) ; ensuite on distingue un feuillet moins grand et plus interne , qui est celui qui cori'espond à ce nouveau bulbe qui vient de se montrer (2). Enfin on rencontre ensuite en avant le feuillet des lobes cérébraux (3) ayant peu augmenté, ainsi que celui des tubercules quadrijumeaux : la moelle épinière est un peu augmentée , mais également ; on ne distingue encore aucune trace des renflemens supérieur ni inférieur (4),

Les nerfs qui se rendent à la moelle épinière sont très - prononcés ; les ganglions inter-vertébraux , plus distincts que dans le précédent , offrent ceci de particulier , qu'ils sont plus gros à

(1) PI. I,fig. 10, n» 4.

(2) PL I, fig. 10, n" 5.

(3) PI. I, fig. 10, n">6. '

(4) PI. I, fig. 10, n' 1, 2 et 3.

la région cervicale , qui doit correspondre au membre antérieur, plus petits ensuite, et qu'ils se renflent de nouveau , vis-à-vis la partie qui doit correspondre au membre postérieur ; leur grosseur diminueensuiteinsensiblcment jusqu'à l'extrémité de la queue.

Il est à remarquer encore, que la moelle épinière n'offre de trace distincte de renflement, ni en haut ni en bas; sa largeur médiane est de deux tiers de millim. ; celle des ganglions est d'un millim. dans les points correspondant aux membres , et d'un tiers de millim. dans les autres parties. Les tubercules quadrijutneaux ont un millim. d'avant en arrière, les couches optiques ont un millim. dans la même direction, les lobes cérébraux ont un millim. et un sixième de millim. Quelques réflexions doivent suivre la dissection de ces nouveaux têtards ; nous demanderons d'abord à quelle partie de l'encéphale correspond le bulbe qui vient se placer entre les lobes et les tubercules quadrijumeaux ( i ) ; si la détermination que nous avons donnée précédemment, relativement aux tubercules quadrijumeaux et aux lobes , est exacte, nous pourrons , ce me semble , résoudre cette question ; car entre les tubercules et les lobes se trouve ordinairement le renflement correspondant à la couche optique ; or ce nouveau bulbe occupe cette place , tou< porte à croire que c'est

(i) PI, I, fig. lo, n'5.

cette couche elle-même. Mais |une objection S(; présente dans cette supposition : pourquoi cette couche n'existe-t-elle pas dans les têtards observés aux dixième et quinzième jours? Je pencherais à croire qu'elles étaient cachées par les lobes dont elles se sont dégagées , comme nous avons vu que cela était arrivé chez le poulet.

Nous avons ensuite porté notre attention sur les ganglions inter-vertébraux , dont le changement de grosseur est très-remarquable ; cm* observons que les ganglions correspondant au renflement supérieur acquièrent plus de grosseur avant que le renflement ne se dilate lui-même; la même remarque est applicable au renflement inférieur : déjà cette augmentation de volume me parut sensible aux treizième et quatorzième jours ; et au quinzième, où je l'ai représentée, elle était très-apparente. Avec ce changement coincïde nne augmentation très-sensib e des extrémités antérieures et postérieures ; il suit de là que chez le têtard l'augmentation de volume des ganglions intervertébraux , précède celle des renflemens de la moelle épinière.

Aux seizième, dix-septième et dix-huitième jours des changemens remarquables surviennent dan& le système nerveux du têtard ; les lames composant la mo^le épinière se sont réunies dans leur tiers inférieur, de manière à former un canal dans toute cette étendue (i). Le tiers supérieur de la

(i) PI. I, 6g. i5, n- I, 2 et 3.

EMBRYON DES BEPTILES. 65

moollo épiiiiire clant encore ouvert ( i ) , forme une véritable {^outlit''re, qui s'étend, en s'élargissant de plus en plus , jusqu'à la partie postérieure des tubercules quad ri jumeaux (2); la larj^eur de la moelle épinière, dans sa partie supérieure, était d'un millim. (3) ; la partie moyenne, d'un demimillim. ; le renflement inférieur , qui seul était distinct, avait deux tiers de millim. de large (4); les ganglions inter-vertébraux avaient un peu augmenté de volume , ceux surtout qui correspondaient au renflement inférieur.

L'encéphale a été le siège de plusieurs changemens notables ; le calamus scriptorius n'est pas formé ; les lames supérieures de la moelle é[)iiiière n'étaient pas réunies ; les tubercules quad ri jumeaux Ont pris de l'accroissement dans leur direction transversale; ils offrent à cette époque un sillon transversal dans leur partie moyenne , qui les divise en deux paires de tubercules; de telle manière qu'à cette époque il y a véritablement' quatre tubercules quadrijumeaux, au lieu de deux, qui existent avant et après cette époque (5). Ce mode de formation est analogue à celui que nous avons observé sur l'encéphale du poulet, entre \v, Inii-

(1) PI. I, fig. i5, n'>4et5.

(2) PI. I,fig. i5, n"5.

(3) FI. I, fig. i5,n°4.

(4) PI. I, fig. i5, no 5.

(5) PI. I, fig. i5, n°r>.

tième et le neuvième jour de l'incubation (i) ; la grandeur des tubercules quadrijumeaux est encore d'un millim. d'avant en arrière.

Les couches optiques sont plus prononcées , elles ont un demi-milliiti. d'avant en arrière (2) ; leur séparation sur la ligne médiane a lieu par un sillon prononcé ; elles semblent se continuer par leurs parties antérieures avec les lobes ; ceux-ci , mieux dessinés que sur le têtard précédent , ont d'avant en arrière un millim. et demi ; ils se touchent par leur partie interne sans se confondre (5) ; leur intérieur contient une matière pulpeuse d'un gris verdâtre , sans aucun renflement distinct.

Le système nerveux du têtard observé au vingtième jour, offre des formes 'mieux arrêtées; la moelle épinière n'est pas fermée dans le haut, îl n'y a encore à découvert que la gouttière qui fait suite au quatrième ventricule (4) ; sa largeur audessous de sa réunion , et dans la partie qui correspond au renflement supérieur, est d'un millim. de large; au-dessous est un rétrécissement où elle n'a qu'un demi-millim. ; plus inférieurement se trouve le renflement inférieur , d'un millim. de volume, comme lesupérieur : au-dessous de ce renflement , la portion caudale de la moelle épinière se rétrécit insensiblement jusqu'à sa terminaison.

(1) PI. I,fig. 6, n°7.

(a) PI. I;fig. i5, n"6.

(5) PI. I,fig. iS,.!";.

(4) PI. I,fig. i5, n°4.

EMBRYON DES BEPTILES. 67

Les ganglions inter- vertébraux sont plus gros vis-à-vis des renfleniens, que dans toute autre partie de la moelle épinitNre ; les tubercules quadrijumeaux sont encore les premières parties que l'on rencontre au haut de la moelle épinière ; ils sont formés par un bulbe unique de chaque côte; le sillon transversal, que nous avons signalé les jours précédens , ayant totalement disparu, ils sont sim plement adosses l'un à l'autre sur la ligne médiane ( 1 ) ; leur étendue d'arrière en avant est d'un millim. un quart. Dans leur intérieur, on rencontre, immédiatement à leur entrée , un très-petit tubercule d'un gris bleuâtre; du reste, on n'y dislingue aucun faisceau de communication , que l'on puisse considérer comme la commissure.

Les couches optiques ont pris de l'accroissement ; elles ont deux tiers de millim. d'avant en arrière (2) ; elles sont encore séparées par un sillon sur la ligne médiane ; en avant de ce sillon , il existe un petit faisceau grisâtre qui les réunit sur ce point , et établit entre elles et les lobes antérieurs une ligne de démarcation.' Ces lobes , un peu mieux formés . ont d'avant en arrière un millim. et demi de longueur ; ils sont creux dans leur intérieur , et on distingue sur le coté un renflement très-léger , que l'on peut considérer comme

(i) PI. I, fig. 11 , n" 3.

(2) PI. I.fig. il, n-4.

l'analogue du corps strié ( i ) . Lorsque l'on a ainsi ouvert toutes les cavités , et qu'on a déjeté sur les côtés les lames qui les recouvraient , on aperçoit un raphé sur la ligne médiane , qui n'est interrompu que par la petite commissure qui se trouve au-devant des couches optiques : il résulte de là que sans cette commissure on pourrait séparer exactement tout l'encéphale sur la ligne médiane.

Nous devons remarquer ici que par l'accroissement qu'ont pris les couches optiques, les lobes se trouvent très-écartés des tubercules quadrijumeaux ; il résulte de là que les couches optiques sont tout-à-faità nu, sur la face supérieure de l'encéphale]; cette circonstance pourrait les faire méconnaître, si déjà nous n'avions vu dans l'incubation du poulet un rapport entièrement analogue ; il suit encore de là qu'à cette époque, le cerveau est formé par six mamelons , deux en arrière pour les tubercules quadri jumeaux, deux au milieu pour les couches optiques , et deux en avant pour les lobes cérébraux. Du vingtième au vingt-cinquième jour , toutes les parties que nous avons déjà énumérées, prennent de l'accroissement; mais ce que l'encéphale offre de plus remarquable à cette époque , est l'apparition de deux petites lames aplaties, en arrière des tubercules quadri-

(i) PI. I,fig. 11,11» 5.

jumeaux (lobes optiques); ces deux laines sont les preiuirrs rudiniens (lu cervelet; il y en a uiie (le chaque côlé' , et l(Hir n-uuion sur la ligne médiane n'est pas encore opérée (i). Leur direction est transversale; en insufllant le quatrième ventricule , on les déjette à droite et à gauche; au microscope , on aperçoit de petites dentelures vers leur extrémité interne.

La moelle épiaière est encore très-allongée à cette époque ; elle se prolonge beaucoup au-dessous du renflement inférieur , et diminue insensiblement jusqu'à l'extrémité de la queue : le renflement inférieur a un millim. de large ; au-dessous est un étranglement où elle n'a que deux tiers de millim. , et dans la partie qui correspond au membre supérieur , elle a trois quarts de millim. Les lames du cervelet peuvent avoir d'avant en arrière un cinquième de millim. , sur un demi-millim. dans la direction transversale (2). Les tubercules quadrijumeaux ont d'avant en arrière un millim. un tiers (5) ; les couches optiques, trois quarts de millim. (4) , et les lobes cérébraux, un millim. trois quarts de millim. (5)

Arrêtons-nous un instant sur l'état de l'encéphale , à cet âge du têtard. Nous venons de voir

(1) PI. I, lig. 12, Il 2.

(2) Hid.

(5) PI. I,fig. 13, n' 5.

70 ANATOMIE COilPARIiE DU CERVEAf ,

apparaître les premières lames qijii doivent for mer le cervelet ; avant leur manifestation , nous aurions pu croire que les bulbes , que nous rencontrions immédiatement au-dessus de la moelle allongée , étaient le cervelet , et non les tubercules quadrijumeaux , comme nous l'avons avancé ; cette méprise eût été d'autant plus facile , que les couches optiques n'étant pas recouvertes par la partie postérieure des lobes , on aurait pu penser qu'elles correspondaient aux tubercules quadrijumeaux (lobes optiques). L'apparition du cervelet me semble ne laisser aucun doute sur les déterminations que nous avons cherché à établir : une circonstance que nous devons remarquer , c'est que la moelle épinière est encore très -étendue audessous du renflement inférieur ; elle se continue jusqu'à l'extrémité caudale du têtard. Les ganglions vertébraux sont prononcés , et très-visibles surtout au microscope.

Du vingt -cinquième aux trentième et trentecinquième jour, des changemens très-importans se manifestent encore : d'abord la moelle épinière, qui jusque-là se prolongeait jusqu'au bout de la queue du têtard , disparaît presque brusquement ( 1 ) au-dessous du renflement inférieur : le canal coccigien , dans lequel elle était logée, est vide : ce fait est l'un des plus remarquables que nous aient encore présentés les différentes parties du

(i) PI. II,fig. 42,n"i.

EMBRYON DK>» Klil'TlLIiS. 'j \

système nerveux du lélard. La moelle épinière semble se contracter et rentrer dans rinlérieur du canal vertébral; son bulbe inférieur (») est d'un millim. un quart ; le supérieur {a) d'un millim. , et la partie qui les sépare, de deux tiers de millim. (5). L'encéphale prend en même temps un accroissement proportionnel ; le calamus scriptorius est très -ouvert , et descend encore trèsbas (4).

Les lames du cervelet , qui ont apparu vers le vingt-cinquième jour, sont resté séparées le vingtsixième et le vingt - septième ; le vingt -huitième , elles chevauchaient l'une sur l'autre de manière à se soutenir réciproquement; le trentième, la réunion était opérée sur la ligne médiane , le cervelet était un organe unique ; à cet âge , il avait d'avant en arrière un quart de millim. (3).

Les tubercules quadri jumeaux, les couches optiques et les lobes ont pris de l'accroissement et conservé les mêmes formes et les mêmes rapports : les tubercules avaient un millim. un tiers d'avant en arrière (6) ; les couches optiques étaient d'un millim. et un tiers de long (7) ; les lobes avaient dans le

(i) PI. II, flg. 42, n° 2.

(2) PI. II, fig. 42, n-S

(5) Ibid.

(4) PI. II, Jig. 42, n- 4.

{r^) IM. II, flg. 42, n^ 4 bis et 5.

(6) PI. ll.fig. 42, n*6.

(7) PI. II, fig. 42,11-7.

même sens deux millim. et demi : on apercevait dans létir intérieur un petit renflement que nous considérons comme l'analogue du corps strié, et qui , après l'action de l'alcohol sur le cerveau , avait un quart de millim. (i). On voit, d'après cela, que toutes les parties qui doivent composer le cerveau de la grenouille , sont formées aux trentième et quarantième jour de la naisssance : à partir de cette époque, ces mêmes parties ne font que prendre de l'accroissement. Nous allons donner quelques détails sur ces changemens de proportion.

Au quarantième jour , le renflement supérieur de la moelle épinière est encore d'un millim. de large (2) ; l'inférieur est d'un millim. un quart (3) ; dans le rétrécissement qui les sépare, la moelle épinière a deux tiers de millim. Le cervelet n'a qu'un tiers de millim. d'avant en arrière ; la lame qui le constitue est très-mince. Les tubercules quadrijumeaux ont un millim. et demi dans le sens longitudinal ; leur intérieur offre le bulbe léger dont nous avons déjà parlé. La couche optique a d'avant en arrière un millim. et un sixième de millim. Les lobes cérébraux, un peu plus larges en arrière que les jours précédens , ont deux millim. trois quarts de long. Au cinquantième jour , le cervelet a acquis un demi-millim. , et son feuillet

(1) PI. n,fig. 43, n°8.

(2) PI. II,f.g.44,n"4.

(5) PI. ll,fig. /',4,ir3.

offre une petite pointe dans la partie moyenne (i). Les luhereules <(nadrijuineau\. un peu plus d(';v(;loppés, ont un miliiin. d'avant en arrière (2). Les couches optiques semblent avoir écarté en arrière les tubercules quadrijumcaux ; leur longueur est un peu accrue dans ce sens ; elles ont un millim. un quart de long (5). Les lobes ont déjà trois millim. (4)

Les deuxième et troisième mois , quelques changcmens surviennent encore dans ces proportions ; je les ai consignés dans le tableau destiné à cet effet , et j'ai cru inutile de les rapporter ici , afin d'éviter des détails minutieux.

La base de l'encéphale du têtard éprouve peu de changemens, à cause de la position permanente des lobes optiques sur la face supérieure de cet organe. On y rencontre, aux diverses époques de sa formation jusqu'à sa métamorphose complète : A. Deux bulbes en avant, qui sont les petits rcnflemens des nerfs olfalctifs (5). B. Deux lobes roulés sur eux-mêmes, très-longs en comparaison de leur largeur , et qui correspondent à la face inférieure des lobes cérébraux (6). C. En arrière de la face inférieure de ces lobes est un renfle-

(i) PI. II, 05.45,0° 4.

(2) PI. II,fig. 43, a" 5.

(3) PI. II, Gg. 43, n°6.

(4) PI. II,fig. 43,n"7.

(.->) PI. II, ûg. 44, n 8.

(0) PI. Il.fig. 4.^,,n"9.

nient grisâtre , légèrement conique , et que je crois être la face inférieure des couches optiques auxquelles elles correspondent immédiatement ( i ).

D. En arrière encore de ce renflement , on rencontre les nerfs optiques, d'un blanc mat , tran^ chant sur le gris-bleuâtre du reste du cerveau (2) ; l'entrecroisement de ces nerfs est très-visible ; on voit distinctement le nerf de l'œil droit travers ser la partie médiane de la base du cerveau , et passer , en se contournant, au tubercule quadri>jumeau gauche , et vice versa l'œil gauche dont le nerf va puiser ses racines dans le lobe optique droit.

Cet entrecroisement est plus distinct à mesure qu'on s'élève davantage dans le jeune âge du têtard : j'ai vu plusieurs fois, sur des têtards du douzième et du quinzième jour , le très-petit filet qui constitue alors le nerf optique, passer de droite à gauche , et de gauche à droite , sans contracter aucune liaison , aucune adhérence avec son congénère : mais cet isolement cesse vers le vingtième jour ; alors j comme les figures le représentent , les nerfs s'adossent l'un à l'autre en s'entrecroisant , et , dans ce point de leur jonction, ils contractent une adhérence légère ; les parties qui se trouvent à la base du cerveau , sont arrêtées très-promptement ; seulement, sur le têtard du douzième jour , on ne

(1) PI. II,fig. 44,n°7.

(2) PI. II,fig. 44,n»6.

dislingue pas les traces du renfl<iinent qui correspond à la hase des couches optiques. J'ai fait représenter phisieurs hases de l'encéphale à des âges différens , et , comme on peut le voir en jetant un coup- d'œil sur les figures , elles ne présentent aucune différence sensihle.

En arrière de l'entrecroisement des deux nerfs optiques , on 'rouve un hulhe aplati , divisé en deux très-pelils lohides en arrière (i) ; c'est cette partie qu'on a considérée comme l'analogue de l'éminence mammillaire chez l^s reptiles , parce qu'en effet elle occupe la mèmci place et conserve les mêmes rapports. Nous exposerons ailleurs les raisons qui nous portent àrejetercettedétermination;nousétahlirons en même temps à quelle partie de l'encéphale des mammifères et des oiseaux elle peut être comparée.

Ainsi , chez les têtards du deuxième jour, la moellp épinière est d'abord formée de deux feuillets réunis antérieurement , et non postérieurement , de telle sorte que tout le système nerveux central représente une longue gouttière , étroite inférieurcment , et s 'élargissant à mesure qu'on se rapproche de la tête (2) ; les bords des lames qui forment cette gouttière, sont flottans latéralement. Dans le crâne, où la gouttière s'élargit beaucoup de nouveau , ces bords forment primitivement,d eux contours (5) qui circonscrivent l'espace que doivent occuper la vé-

(i)Pl. II,fig. 44,n-5.

(2) ri. I, fig. 9, n* I, 2, 5ct 4.

(5) PI. i, fig. 9,n"5 et 8.

sicule des lobes optiques ( tubercules quadrijumeaûx) et celle des lobes cérébraux. Plus tard , vers le quatorzième et le quinzième jour , un troisième contour formant une troisième vésicule ( i ) , vient se placer entre ces deux premiers ; il est beaucoup moins étendu que les deux autres : cette nouvelle vésicule est la première apparition des couches optiques chez le têtard ; son effet est , comme chez l'embryon du poulet, d'écarter les lobes optiques des lobes cérébraux , qui paraissaient d'abord adossés l'un contre l'autre.

Du seizième au dix-huitième jour , on observe que ces feuillets latéraux de la moelle épinière se dirigent l'un vers l'autre , s'adossent et s'engrènent vers les régions dorsales et caudales ; l'ejffet de cette réunion est de convertir en canal la gouttière précédente, dans toute l'étendue où elle s'opère (2). Dans le haut de la moelle épinière, les cordons sont encore écartés ; postérieurement ils forment un repli mince en dedans de la moelle épinière, repli qui correspond aux parties latérales du calamus scriptorius (3). A cette même époque, la vésicule des lobes optiques se subdivise d'abord par un sillon longitudinal qui la double , puis par un sillon transversal qui la quadruple (4) ; de telle sorte qu'on pourrait dire à la rigueur qu'il

(2) PI. I,fig. i5, n"23.

(3) PI. I, fig. i5, entre n" 4 et 5.

(4) PI. I, fig. 15, n-5.

y a quatre hulbos quadrijumeaux , commo nous l'avons observé pour le poulet au huitiènii; jour de l'incubation (i). Au vingtième jour , le sillon transversal disparaît , les lobes optiques deviennent jumeaux comme ils l'étaient primitivement, Icscouches optiques prennentdel'accroissement, un sillon médian , assez profond , les sépare ; ce sillon peut être regardé comme les vestiges du troisième ventricule ; ces couches sont réunies en avant par une petite commissure grise. La gouttière qui correspond au quatrième ventricule est très-grande , le» replis latéraux sont très-épais (2) ; ils forment une espèce de bourrelet sur les parties latérales du catamus scriptorius. J'ai fixé particulièrement mon attention sur ces lobes , parce que, n'ayant pas encore aperçu les rudimens du cervelet , je croyais le voir naître de cette partie; mais je fus détrompé par l'examen des têtards du vingtième au vingt-cinquième jour de formation; sur un grand nombre d'entre eux , je vis , en arrière des lobes optiques (tubercules quadrijumeaux) , deux lames horizontales , une droite , l'autre gauche (5) , se dirigeant transversalement en haut du quatrième ventricule.' identiques dans leur position et dans leurs formes aux premiers rudimens de cet organe que gavais constaté au sixième jour de l'incubation du pou-

(1) PI. I, fig. 6, n" 7 et 8.

(2) PI. I, fig. 1 1 . n" î.

(3) PI. I, fig. 12, n' 2.

'jS ANATOMIE COMPARÉE DU CERVEAU,

let (i). Comme chez le poulet, ces lames étaient isolées , non réunies sur la ligne médiane ; l'insufflation les séparait assez facilement. Tout l'encéphale du têtard rappelle à cette époque celui du poulet au sixième jour de sa formation , de telle sorte que , si dans ces deux classes l'encéphale s'arrêtait à cette période de son développement , il y aurait une identité parfaite dans la composition de cet organe. Ontrouveraitchezles reptiles (2), comme chez les oiseaux (3) , deux petites lames cérébelleuses en arrière , deux lobes en avant (4) , correspondant aux tubercules quadri jumeaux ; deux petits renflemens précédant ces tubercules, et qui sont les analogues de la couche optique (5) ; enfin en avant de ceux-ci , deux lobes antérieurs qui sont évidemment les hémisphères cérébraux (6). Cette analogie est importante à constater , car elle va disparaître par les métamorphoses dont cet organe doit être le siège dans les deux classes. Les lames du cervelet restent séparées les vingt- cinquième, vingt-sixième jours; elles chevauchent l'une sur l'autre vers le vingt-huitième, et en général, vers la fin du premier mois , on les trouve réunies ; le cervelet forme alors un jorgane unique. C'est

(1) Pl.I,fig. 5,n»5.

(2) PI. I, fig. 12, n' 2.

(5) PI. I, fig. 5,n° 5.

(4) PI. I, fig. 5,n"6;ng. ia,n"'5.

(5) PI. I,fig5, n'7;fig. 1.2, n° 4.

(6) PI. I, fig. 5, n°8; fig. 12, n' 5.

F.MBRYON DES REPTILES. 79

quelque choses de Ircs-rcmarquabic que cette"apparilion tardive du cervelet , et la lenteur avec laquelle il procède à son développement ; car tel on le remarque au trentième jour , tel on le trouve jusqu'au cinquantième, époque à laquelle il se manifeste un prolongement postérieur qui se termine en. pointe; ni à la loupe ni au microscope , on ne peut apercevoir aucun sillon sur sa face externe et supérieure ; les autres parties de l'encéphale prennent un accroissement beaucoup plus rapide , et l'effet produit par cet accroissement se fait sentir principalement sur la partie antérieure des lobes optiques , qui s'écartent antérieurement pour loger la couche optique (i). Vers cette même époque, une des métamorphoses les plus singulières est celle dont la queue du têtard est le siège ; la queue disparaît comme l'ont constaté Spallanzaui , Swammerdam et Rœsel; mais ce qu'on n'avait pas observé , c'est que la moelle épinière , qui se prolongeait dans le canal coccigien , disparaît aussi (2) ; tous les nerfs qui se rendaient à cette partie cessent d'exister. Il serait très-curieux d'étudier sous quelle influence s'opère cette disparition de tous les organes caudaux : je donnerai dans le chapitre suivant, les résultats de mes observations microscopiques à ce sujet. Telles sont les variations qu'éprouve l'encéphale des reptiles pendant sa formation ; on a pu

(1) PI. II, fig. 45, n"5.

(a) PI. II,flg. 43. nM.

8o ANATOMIE COMPAREE DU CERVEAU,

remarquer qu'elles sont beaucoup moins nombreuses que celles que nous avons observées chez les oiseaux , ce qui dépend du degré de simplicité de cet organe , ainsi que dans cette dernière classe. Je les ai constatées sur un grand nombre d'embryons des différentes espèces de grenouilles et de crapauds , sur les têtards de la salamandre aquatique , et sur des embryons de la couleuvre lisse , de la couleuvre à collier et de quelques lézards. Les deux tableaux suivans représentent les principaux changemens de la moelle épinière et de l'encéphale du têtard , depuis le moment où il devient accessible à l'observation, jusqu'à sa métamorphose.

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