APÏATOMIE COMPARÉE DU CERVEAU
vient saillant (i), plus le mouvement des tubercules est rapide ; d'abord le cervelet se place à leur niveau (2) , puis il les déborde supérieurement (3), puis il les recouvre en totalité (4). Ce mouvement n'est pas aussi prompt que nous l'avons remarqpié pendant l'incubation des oiseaux, par la raison que chez les mammifères , les tubercules ne changent pas de position comme dans cette classe ; mais la cause reste la même. Chez les reptiles , ce mouvement est nul (5) , par la raison que le cervelet est rédiiit à un état si rudimentaire (6) , qu'il ne s'élève jamais auniveaudes tubercules quadrijumeaux(7). Il faut avoir observé cette transformation chez les différens mammifères, chez le veau, le cheval, chez les carnassiers , où elle est plus marquée que chez l'embryon humain , pour se rendre compte de l'état normal de la position de ces tubercules chez les didelphes, les rats et les chauve-souris. Dans ces dernières familles , on suit bien les premiers mouvemens de ces tubercules : en premier lieu , chez les très-jeunes embryons, ils cachent entièrement le cervelet (8) ; plus tard le cervelet s'élève et
(i) PI. II, fig. 55, n" 4.
(a) PI. Il, 6g. 55, n''4et6.
(3) PI. II, fig. 56, n"3et6.
(4) PI. II, fig. 57 , n" 2.
(5) PI. I, fig. 16, n"2.
(6) PI. II, fig. 45, n°4.
(7) PI. II, fig. 45, n° 5.
(8) PI. I, fig. 5o, n'4.
EMBRTO?» niiS MAMMIFÈRES. I J()
chasse lin pou les tubercules ou avant (i); plus tard encore on aperçoit le processus vermiculaire supérieur au niveau de ces corps (a). Le mouvement s'arrête alors , et chez les embryons (3), comme chez l'animal adulte (4) , on les distingue toujours à nu sur la face supérieure de l'encéphale, entre le cervelet et la partie postérieure des lobes cérébraux. Ce caractère particulier , qui rapproche ces familles des reptiles , dépend aussi du peu d'étendue des hémisphères du cerveau , et méritait une explication particulière.
Si les tubercules des mammifères restaient au point où nous venons de voir qu'ils sont jusqu'aux deux tiers environ de la gestation , ils seraient bijumcaux comme chez les oiseaux , chez les reptiles et les poissons ; et la forme plus ou moins ovalaire qu'ils conservent jusqu'à cette époque, les traces, non encore effacées, de leur ventricule intérieur, les rapprocheraient tellement des caractères qu'ils ont dans ces trois classes, qu'on n'aurait pas hésité sans doute à reconnaître leur analogie ; mais au moment où ils ont terminé, chez les mammifères, le mouvement que nous venons de suivre, ils éprouvent une nouvelle métamorphose, qui leur assigne le caractère propre à toute cette classe, et les caractères particuliers qu'ils offrent dans les
(i) PI. I, Gg. li, n" 4 et 5.
(a) PI. II, Cg. 58, n" 7 et 8.
(3) PI. II, fîg. 54, n" 5 et 6.
(4) PI. II, fig. 55, n-4.
l4o ANATOMIE COMPARÉE DU CERVEAU,
diverses iamilles. Ce caractère distinctif est le sillon transversal qui vient diviser chaque tubercule, et, de bijumeaux qu'ils étaient, en fait de véritables tubercules quadrijumcaux.
Ce qu'il y a de remarquable dans cette transformation , c'est que le sillon transversal qui l'opère ne devient apparent que lorsque ces tubercules ont disparu de la face supérieure de l'encéphale ; ce qui arrive aux cinquième et sixième mois chez le veau et le cheval ; au troisième , chez le mouton et le cochon ; chez le chat et le chien , entre le trentième et le quarantième jour de leur gestation ; chez le lapin et le lièvre, du vingtième au vingtcinquième (i) ; chez l'embryon humain, au milieu du sixième mois ou au commencement du septième (2) , ainsi que l'ont observé les frères Wentzell, Meckell et Tiedemann. De la présence de ce sillon dépend donc le caractère général de ces corps chez les mammifères, et de la position qu'il affecte sur leur surface dérivent les caractères particuliers qui les distinguent dans les diverses familles.
Chez les embryons de l'homme (3) , ce sillon se place sur sa partie moyenne , les tubercules antérieurs sont égaux aux postérieurs; sur ceux du chien , du chat , du renard , du loup , du lion , il se porte plus en avant , les tubercules postérieurs prédominent sur les antérieurs ; sur les em-
(1) PI. II, fig. 56, n"5.
(a) PI. II, fig. 7.,n*5.
(3) Ibid.
EMBRYON DES MAMMIFÈRES. ll^^
bryons de cheval , de veau , de mouton , de chèvre , de cochon d'iride, de lapin, do lièvre, il occupe une position inverse, il se place en arrière de la ligne transversale moyenne ; alors ce sont les tubercules antérieurs qui , à leur tour, dépassent en volume les tubercules postérieurs. C'est entre ces trois points extrêmes que se trouvent les nuances variées que présentent ces corps dans toute la classe des mammifères. Puisque le caractère fondamental des tubercules quadrijumeaux dépend de la présence de ce sillon , on voit de suite que s'il ne se forme pas chez les embryons normaux ou anomaux , ces tubercules perdent leur caractère classique ; ils restent alors bi jumeaux , conservent plus ou moins leur forme ovalaire, et se rapprochent plus ou moins aussi de la disposition que nous leiu* connaissons chez les reptiles et chez les oiseaux jusqu'aux derniers jours de l'incubation. Cet état est très-commun chez les embryons monstrueux de l'homme , du veau, du chien, du chat et du lièvre; chez les monocéphales à deux cervelets , ils conservent cette forme primitive , et comme en arrière ils sont très-écartés l'un de l'autre , une bande transversale les réunit; cette bande m'a oflfert chez le mouton des faisceaux blancs entrecoupés par des traînées de matière grise (i).
(i) Dans ces cas, la lame transverse des tubercules quadrijumeaux offre la même disposition que la lame transversc des lobes optiques des oiseaux.
l42 ANiTOMIE COMPARÉE DU CERTEAU ,
Les hémisphères cérébraux , chez les mammifères , ont été le sujet de peu de contestations dans leurs rapports avec les parties analogues des autres classes : leurs conjugaisons en ont fait naître beaucoup ; le mode de formation générale de l'encéphale ayant été méconnu jusqu'à ce jour, la première partie nous occupera peu dans ce piécis ; nous nous arrêterons davantage sur la seconde. En conséquence de la loi générale du double développement des organes , deux feuillets primitifs forment la moelle épinière , et ses renflemens encéphaliques , les tubercules quadrijumeaux ; deux feuillets forment d'abord le cervelet ; il en est de même des hémisphères ; lorsque les pédoncules cérébraux sont arrivés en avant de la paroi mem^r braneuse du crâne , ils se recourbent d'abord en dedans (i) , se roulent sur eux-mêmes à peu près comme les cornets nasaux (2) ; en second lieu ils se dirigent en arrière et viennent recou\Tir le plancher des pédoncules (3) , les renflemens qui s'y développent en avant des tubercules quadrijumeaux, et, plus tard, les faisceaux de matière blanche qui constituent la voûte et ses dépendances (4).
Ce premier effet des feuillets hémisphériques est
(2) PI. I, fig. 28, n"6.
(5) PI. I, fig. 25, n" 9.
(4) PI, II, fig. 5i, n-y.
OIBRYON DES MAMMIFÈRES. l/p
très-distinct chez le monton vX le veau de la quatrième semaine (i) , chez l'embryon humain vers la cinquième (2) , chez le lapin du septième au huitième jour, chez le chat au dixième, chez le chien du dixième au douzième jom* de la conception ; à cette époque , on ne distingue qu'une vésicule unique pour le cerveau (3) , la dure-mère ne s'étant pas encore interposée entre les feuillets (4) ; les renflemens des pédoncules qui constituent la couche optique et le corps strié , ne sont pas encore apparens (5). Mais dans le cours du deuxième mois du cheval , du veau et du mouton , tout le pédoncule compris entre les lames se gonfle par la déposition de la matière grise ; la couche optique et le corps strié se dessinent et sont séparés par un faible sillon oblique d'arrière en avant. Ce sillon et ces renflemens sont si faibles chez l'embryon humain de cette époque , que quelquefois au commencement du troisième mois , la couche optique et le corps strié ne forment qu'un plateau unique et lisse (6) ; cet affaissement de la couche optique est l'une des causes de la saillie que font à cette époque les tubercules quadri jumeaux (7).
(1) PI. I,fig. ao, n''4.
(2) PI, I, fig. i,n-8.
(3) PI. II, fig. 45, n«5.
(4) PI. I,fig. 25, n'8.
(5) PI. I,fig. 20, n«4.
(6)P1. I,fig. 25,n-9.
(7) PI. I, fig. 35,006.
l44 ANATOMIE COMPARÉE DU CERVEAU,
Avec le développement des corps striés et de la couche optique , coïncident l'agrandissement et l'épaississement des parois des hémisphères , par le développement de nouveaux feuillets ; en grandissant ils se portent d'avant en arrière ( i ) , recouvrent d'abord la couche optique et les corps striés (2) ,' s'écartent en arrière poijr loger les tubercules quadrijumeaux (5) ; ce qui donne au cerveau la forme d'un triangle dont la base présente un'angle rentrant au milieu (4) ; lorsque les lobes ont rejoint en arrière les tubercules, la couche optique , surtout sa partie postérieure , s'élève beaucoup (5). L'effet de cette élévation est d'affaisser ces tubercules et de placer au-dessus d'eux les lames hémisphériques. On conçoit que sans ce mécanisme les hémisphères seraient arrêtés dans leur marche, comme cela arrive chez les reptiles, et en partie chez les embryons des chauve-souris et des didelphes. Placés ainsi au-dessus des tubercules quadrijumeaux (6) , les lobes cérébraux se dirigent vers le cervelet (7) , rejoignent le bord antérieur de cet organe (8), et le dépassent, en le re-
(i) PI. II,fig. 65,n«9.
(2) PI. II, fig. 48, n» 10.
(3)P1. II, fig. 49. n"8.
(4) PI. II, fig. 49. ""'7-
(5) PI. II, fig. 65, n'^bis.
(6) PI. II, fig. 72, n« 10.
(7) PI. II, fig. 56, n"6et4.
(8) PI. II, fig. 57,n°8.
EMBRYON DES MAMMIFÈRES. l45
couvrant en totalité ou on partie , selon les familles des mammifères dont on considère les embryons. Chez les embryons desdidelphcs, les feuillets des hémisphères , en se recourbant en avant , forment un petit étranglement, qui, comme chez le lapin, correspond au lobule olfactif (i). En suivant la marche que nous venons de tracer, les lobes viennent rejoindre en arrière les tubercules quadrijumeaux (2) , puis ils les débordent et se placent au-dessus (5) , puis enfin ils s'arrêtent, après en avoir recouvert les deux tiers antérieurs (4). Chez les chauve-souris, la marche est la même , les lobes s'arrêtent en avant du cervelet de manière à laisser à nu une partie des tubercules. Chez le cochon d'inde , le lièvre et le lapin , ils s'étendent plus en arrière; au vingtième jour du lapin , ils ont rejoint les tubercules quadrijumeaux (5) ; au vingt-cinquième, ils les ont recouverts en partie , comme chez les chauve-souris et les didelphes (6); au trentième, les tubercules sont tout-à-fait cachés , le cervelet et les lobes se sont adossés l'un contre l'autre (7) ; quelque teuips après la naissance , ils recouvrent un peu la face
(i) PL II, 6g. 62, n"4.
(2) PI. II, ûg. 58, D",7et9.
(3) PI. II, ûg. 54, u-6.
(4) PI. II, ûg. 53, n" 4 et 5.
(5) PI. II, Ûg. 55, n-7.
(6) PI, II, Ûg. 56, n« 5 et 6.
(7) PI. II,fig. 57, n"5.
l46 ANATOMIE COMPARÉE DU CERTEAU ,
stipérieure du cervelet. Chez l'embryon du chat, les lobes ont rejoint les tubercules au trente-cmquième jour ; ils les ont surmontés au quarantième, recouverts pour les deux tiers au quarante-cinquième , et cachés en totalité au cinquantième. Chez le cheval et le veau , la jonction des tubercules et des lobes a lieu sur la fin du troisième mois ; au quatrième , ils les débordent supérieurement ; au cinquième, ils les recouvrent , et se rapprochent du cervelet; au sixième, le cervelet et les hémisphères cérébraux se sont adossés ; au septième, lés lobes recouvrent en partie le cervelet. Chez l'embryon humain du deuxième mois, les hémisphères ont rejoint les tubercules ( i ) ; au commencement du troisième mois , ils les dépassent à peine (2) ; sur la fin , ils en recouvrent le tiers (3) ; ail quatrième, la moitié (4) ; au cinquième , les trois quarts (5) ; au sixième, le cervelet est atteint et recouvert légèrement ; au septième , la moitié du cervelet est cachée ; au huitième , il est débordé eh arrière; au neuvième, les lobes oiit acquis l'étendue relative qu'ils conservent ch«z l'adulte. Dans cette itiarche progressive des hémisphères , nous devons faire remarquer que les lobes et le
(i)Pl. I,fig. 24,11» 4.
(2) PI. I, fig. a5, n» 8.
(5)P1. II,fig. 65, n°9.
(4) PI. II, fig. 72, n" 10.
(5) PI. II, fig. 68, n' 4-
EMBRfOiy UES .M.V.M.MIIÈRES. l/|^
cervelet se dirigenl en sens inverse; en effet, tandis que celui-ci se porte d'arrière en avant , les lobes marchent d'avant en arrière ; l'effet de celle direction inverse doit être nécessairement l'affaissement des tubercules quadrijunieaux et leur disparition de la face supérieure de l'encéphale. Si les lobes s'arrêtent , ou si les tubercules prennent un accroissement plus considérable qu'ils ne doivent avoir, ces derniers conservent leur position (i) ; quelquefois même ils recouvrent en partie les lobes , comme je l'ai observé sur plusieurs embryons monstrueux.
En même temps que ces effets s'opèrent au dehors , des changemens plus remarquables encore se passent en dedans des hémisphères cérébraux : les faisceaux de matière blanche se développent ; les lobes , primitivement isolés , se réunissent à la base par l'intermède des deux commissures , au milieu et en arrière par la voûte , et en haut par la formation du corps calleux ; la surface externe des hémisphères, qui était lisse, comme chez les reptiles et les oiseaux, se sillonne; des circonvolutions plus ou moins profondes , et plus ou moins nombreuses selon les familles, en ondulent toute la superficie. Comment se forment ces diverses parties? Quel rapport ont -elles les unes avec les autres? Telles sont les questions sur lesquelles nous allons maintenant porter notre attention,
(i) PI. I.fig. 32, n-b.
l48 ANATOMIE COMPARÉE DU CERVEAU,
Dans fout ce que nous avons exposé sur la formation de l'encéphale des mammifères, nous avons trouvé que la conjugaison de ses diverses parties s'opérait par des lamelles qui s'engrenaient les unes dans les autres , et qui d'un côté se dirigeaient transversalement sur le côté opposé; quelques différences apparentes que les commissures ayent avec ces lamelles, leur mode de formation n'en est pas moins analogue; chaque commissure résulte de la jonction de deux demicommissures partant des renflemens de chaque pédoncule , se dirigeant transversalement sur l'écartement qui les sépare, et se réunissant par dentelure avec la demi-commissure qui s'avance comme elle du côté opposé.
Si on observe l'embryon du cheval et du veau à la fin du deuxième ou au commencement du troisième mois , et que l'on écarte légèrement les couches optiques devenues très-apparentes , on met à découvert la base du troisième ventricule ; en examinant la partie interne des couches, on aperçoit en arrière un petit faisceau qui proémine; sa couleur d'un blanc grisâtre le distingue de la couleur grise de la couche optique ; c'est la demicommissure postérieure. Chez le mouton , elle est distincte pendant le cours de la sixième semaine; chez le chat au vingtième jour de la formation, et chez le lapin . vers le onzième. Sur l'embryon humain de la fin du deuxième mois , et souvent aussi du milieu du troisième , après avoir déplissé
EMBRYON DES MAMMirtllES. \ /\C)
les laiîics hômisplu^riques et ('•carte les couches optiques, on voit eu arrière le faisceau de cette (lemi-conimissure (i) ; ces demi-commissures se réunissent et n'en font plus qu'une pendant le cours du troisième mois de l'embryon humain, de celui du cheval et du veau , à la fni du deuxième mois du mouton, chez le chat du vingt-cinquième jour , et chez le lapin du douzième.
La commissure antérieure se forme toujours plus tard que la postérieure ; je n'ai jamais rencontré ses demi-faisceaux avant le cours du quatrième mois du cheval et du veau , le troisième du mouton et du cochon, le quinzième jour du lapin, le trentième du chat , la fin du quatrième mois de l'embryon humain. Leur réunion s'opère comme celle de la postérieure, les deux demi-faisceaux n'en forment plus qu'un , qui borne en avant le troisième ventricule , comme la commissure postérieure le borne en arrière. Ainsi se conjuguent les renflemens des pédoncules cérébraux ; en serat-il de même des hémisphères ?
Les faisceaux fibreux , après avoir traversé précédemment la couche optique et les corps striés , se dirigent en avant , divergent et forment les hémisphères par leur épanouissement ; en s'écartant les ftiisceaux fibreux s'affaiblissent ; pendant le deuxième mois du cheval , du veau , le commence-
(i) PI. Il,flg. 66, n-7bi5.
l5o ANATOMIE COMPARÉE DU CERVEAU,
nient du troisième de l'embryon humain , les hémisphères se sont recourbés en dedans , roulés en quelque sorte sur eux-mêmes ; mais ils sont séparés par l'interposition de la dure-mère, qui empêche que les lames ne soient en contact l'une contre l'autre. Au commencement du troisième mois chez le mouton , sur la fin de la niême époque chez le cheval , le veau , au troisième mois ou au commencement du quatrième de l'embryon humain, on aperçoit en dedans et en avant des hémisphères, des lamelles fibreuses formant une sorte de dentelure de chaque côté ; plus tard , on trouve ces dentelures enchevêtrées les unes dans les autres, les hémisphères réunis en cet endroit dans l'espace d'une ligne chez le cheval et le veaud'une demi-ligne chez le mouton, et d'un tiers de ligne , au plus , chez le chat et lé lapin , sur lesquels on a besoin de l'aide du microscope pour bien apercevoir ce mécanisme. Chez l'emBrj^on humain de la fin du troisième ou du commencement du quatrième mois , on distingue cette conjugaison des hémisphères sur la face externe de leur partie antérieure; d'abord on voit, au troisième mois, la surface dentelée de chaque côte, puis on suit leur adossenient et leur réunion , comme on le fait pour les lames postérieures de la moelle épinière, pour celles des tubercules quadrijumeaux . pour les premiers rudimens du cervelet, pour la lame blanchâtre qui forme la grande valvule de
EMBRYUN DEt» MAMMIFÈRES. l5l
cet organe. Je n'ai jamais trouvé le corps calleux réuni en avant des hémisphères , dans les trois premiers mois de la vie utérine.
Puisque la formation des hémisphères cérébraux a lieu d'avant en arrière , le corps calleux ou la commissure qui les réunit, devra suivre le même développement. C'est, en effet, ce que l'observation confirme : chez le cheval et le veau , au cinquième mois , il recouvre à peine le corps strié ; au sixième mois , il s'avance sur la couche optique et la partie de la voûte qui lui correspond , et ne les couvre pas tout-à-fait ; au septième et au huitième mois, il est entièrement formé : il commence chez l'embryon du lapin vers le quinzième jour, marche d'arrière en avant, et a fini son développement vers le vingt-huitième (i) : chez l'embryon humain , j'ai déjà dit que le demi-corps calleux s'apercevait sur la face interne des hémisphères , à la fin du troisième mois (2) ; au quatrième il est réuni en avant comme chez le cheval et le veau (5); au cinquième , il a recouvert le corps strié , et s'avance sur la partie antérieure de la couche optique et de la voûte; au sixième, la couche optique et le troisième ventricule sont recouverts; au septième , il déborde en arrière ces parties ; aux huitième et neuvième, il a acquis l'étendue re-
(i) PI. ll,fig. 5i,n'9.
(a) PI. II, fig. 65, 11° 8 et 9.
(3) PI. II, ûg. 72. n"n.
i52 anatomie comparée du cerveau,
lative qu'il doit conserver chez l'adulte. Une remarque importante , c'est que l'augmentation du corps calleux a lieu par l'addition successive de demi-faisceaux , qui , de droite , se portent à gauche le long et en arrière des faisceaux déjà réunis. Quelquefois il y a une interruption dans cette marche ; les faisceaux moyens ne se réunissent pas , les antérieurs et les postérieurs seuls se conjuguent; il existe alors une ouverture sur la partie moyenne du corps calleux, ouverture qui fait communiquer les ventricules avec l'extérieur de l'encéphale 3 j'ai vu deux fois cette ouverture ; d'autres fois , le corps calleux ne se développe pas du tout , la faux de la dure-mère s'étend jusque sur le troisième ventricule ; les demi-faisceaux du corps calleux, arrêtés par elle dans leur direction transversale , se recourbent de haut en bas comme les lames primitives des hémisphères, et vont se réunir aux pédoncules antérieurs de la voûte ; rien ne rapproche tant les lobes cérébraux des mammifères de ceux des oiseaux , que c€tte déformation du corps calleux , que j'ai obseiTée une fois sur un chat , et une seconde fois sur un embryon humain du septième mois de formation : si un hydrocéphale s'établit chez les embryons à l'époque où le corps calleux vient de se réunir , les faisceaux sont écartés les uns des autres par le liquide; on les voit alors flottant sur sa superficie dans les parties réunies, et on observe les demi-faisceaux , dont une extrémité est libre en dedans , et l'autre
adhtirente au-dchors à la paroi des hémisphères. Il en est donc de leur conjugaison comme de celle de la moelle épinière , du cervelet et des tubercules quadrijumeaux.
La formation de la voûte est beaucoup plus compliquée que celle du corps calleux ; ce n'est pas une simple réunion de deux parties latérales , il y a encore une conjugaison d'avant en arrière , pour mettre en rapport les faisceaux fibreux de la base de l'encéphale avec ceux de la partie postérieure : il en existe encore une troisième qui fait communiquer la voûte avec le corps calleux , et qui complique singulièrement ce mécanisme.
Les piliers antérieurs de la voûte deviennent apparens pendant le cours du deuxième mois chez le mouton , du troisième chez le veau et le cheval ; on les voit poindre en avant des couches optiques: ce sont deux points blanchâtres qui s'élèvent du centre fibreux des éminences mamillaires ; comme avec eux se forme la commissure antérieure , on ne les distingue les uns des autres que par leur direction; ceux-ci sont transversaux, ceux de la voûte ont une direction verticale et ascendante ; à cette époque, ils s'élèvent à peine au niveau des couches optiques vers leur partie antérieure ; au commencement du quatrième mois du veau et du cheval , ces faisceaux ascendans se courbent légèrement , ils forment un petit arc dont la convexité est en avant et la concavité en arrière , embrassant ainsi le devant de la couche optique ; c'est à cette
i54 ANATOMIB OOAIPARÉE DU CERVEAU,
«poque qu'on observe un faisceau pelliculeux s'élevant de la convexité de chaque petit arc, en suivant la direction ascendante primitive : ce faisceau se dirige vers la partie antérieure du corps calleux, où l'on remarque un semblable faisceau descendant, qui vient s'engrener avec lui ; c'est le premier rudiment du septum lucidum. Lorsque les piliers antérieurs de la voûte ont débordé la couche optique , ils se dirigent en arrière ( i ) , se placent sur la face supérieure de ces renflemens, où ils se réunissent avec les piliers postérieurs qui , d'abord isolés , suivent dans leur progression une marche inverse ; en effet , dans le cours du troisième mois de ces embryons , en même temps qu'on observe les piliers antérieurs s'élever du centre rayonnant des éminences mamillaires , on voit la partie postérieure des hémisphères se rouler sur elle-même , de dehors en dedans et d'arrière en avant ; les lames qui les forment , se courbent en sens inverse de la direction qu'elles ont affectée en avant ; en suivant le corps frangé (2) résultant de ce plissement , on aperçoit une membrane blanchâtre s'en détacher , se dirigeant d'abord verticalement et un peu d'avant en arrière , puis formant une légère courbure dont la concavité est en avant et la convexité en arrière (3) , appliquée ainsi en arrière et en dehors
(1) PI. II, fig. 5i, 11-8.
(2) PKII,fig. 5i,n"7 (5) PI. II , fig. -jp , n° 10.
EMBRYON DES MAMMlFiiP.ES. 155
de la jiarlic postérieure <le lu couche optique. Si, à cette époque, on place l'encéphale clans l'eau distillée, on distingue l'isolement des parties antérieures et })0slérieurcs de la voûte, on voit flotter les rudiuiens des piliers antérieurs et la lame des piliers postérieurs ; entre eux il existe un intervalle de deux lignes environ, dans lequel onapcrçoit à nu la couche optique. Au commencement du quatrième mois , les piliers antérieurs ( i ) et postérieurs (2) marchent ainsi en sens inverse, les premiers d'avant en arrière , les seconds d'arrière en avant ; ils se rencontrent au niveau de la partie inoyennedelacoucheoptique(3), se touchent, s'engrènent et se confondent , de manière à former un organe unique (4); quelquefois les lames des piliers antérieurs et postérieurs restent quelque temps superposées les unes sur les autres (5) , comme les tuiles qui recouvrent les toits. Alors encore on les voit se disjoindre, si on place la préparation dans l'eau distillée. Après quela jonction des piliers antérieurs et postérieurs a eu lieu, on remarque, sur le bord intertie des piliers postérieurs, des dentelures analogues à celles du demi corps calleux de chaque hémisphère ; comme celles-ci , elles se dirigent trans-
(0 PI. II, flg. 5o, n-5.
(2) PI. II, Cg. 59,n"io.
(3) PI. II, Gg. 5i, n°rot8.
(/i) PI. II, llg. 70, n"5et6.
(5) PI. II,fig. f>9,n-.'5.
l56 ANATOMIE COMPARÉE DU CERVEAU,
versalement en se portant au-dessus de la partie postérieure de la couche optique , croisant la direction des pédoncules antérieurs de la glande pinéale : ces faisceaux partis de chaque côté, se joignent au niveau de la partie moyenne du troisième ventricule , et se confondent par un mécanisme analogue à celui du corps calleux lui-même. Quelques fibres sont obliques ; les faisceaux sont séparés les uns des autres par un léger intervalle , ce qui donne à cette partie l'aspect de rubans ou de cordes d'une lyre ; en faisant cette observation dans l'eau distillée , on voit tour à tour les piliers postérieurs, disjoints, marchant horizontalement à la rencontre l'un de l'autre, se joignant, puis se confondant, par des faisceaux distincts : c'est une véritable conjugaison semblable à celles que nous avons si souvent décrites. Ces effets ont lieu au cinquième mois chez le mouton et le cochon , à la fin du sixième chez le veau , et vers le septième chez le cheval. A mesure que les piliers antérieurs se sont portés d'avant en arrière sur la couche optique, les lames primitives du sepiuni se sont étendues dans le même sens et ont accru dans la même proportion. Le septum lucidum est donc formé de quatre lames primitives : deux inférieures, provenant des piliers antérieurs et ayant une direction ascendante de bas en haut ; et deux supérieures , se dirigeant en sens inverse de la base du corps calleux ; ces lames se réunissent au milieu de l'intervalle qui sépare la voûte de ce dernier
EMBRYON DES MAMMIFERES. iS'J
corps. Priiililivcment la cavité comprise entre IV'carUnioiit de ces lames est ouverte en arrière; mais elle se ferme à l'époque de la formation des faisceaux delà lyre. C'est alors, commechcz l'adulte, une cavité sans ouverture ( i ) .
Chez l'embryon humain, on distingue les piliers antérieurs sur lafin du deuxième mois; ils sont alors cachésau-dessous de la couche optique , et forment deux petits faisceaux ascendans du centre médullaire des éminenccs blanchâtres. Dans le cours du troisième mois , ils deviennent apparens audevant de ces rcnflemens, paraissent d'abord logés dans un enfoncement, puis se placent au niveau des couches optiques; à cette époque , ils envoient un faisceau pelliculeux antérieur, qui se dirige en avant, et un petit ruban, blanchâtre qui se porte en arrière, et sillonne la partie supérieure et externe de la couche optique, sur laquelle on le croirait superposé.
Le faisceau antérieur, semblable à une lame rayonnante , se dirige vers la base du corps calleux; il est rejoint dans sa marche par un petit faisceau descendant du corps calleux : ils sont tous les deux si minces, que j'aurais douté de leur réunion, si sur deux embryons dont le corps calleux ne s'était pas formé , je n'eusse observé cette petite
(i) Pour le développement de la voûte > les embryons des animaux sont à préférer à celui de l'homme; l'inverse a lieu pour le corps calleux.
lame flotter au-devant des piliers ; de leur réunion se forme la petite cavité du septum lucidum.
Les rubans postérieurs ( pédicules de la glande pinéale) paraissent au moment où les piliers se courbent d'avant en arrière pour embrasser la partie antérieure de la couche optique ( i ) ; quelquefois ils semblent ne pas adhérer aux piliers , ils se forment alors sur la superficie grisâtre de la couche optique (2) ; au troisième mois , ils sont déjà distincts en avant et en dedans de ces renflemens ; ils s'écartent d'abord , formant un petit arc , dont la concavité est en dedans (3) , puis ils se rapprochent en arrière en continuant leur courbure ; à la fin du troisième mois , ils sont presque adossés l'un à l'autre, et à l'extrémité de chacun d'eux on aperçoit un trèspetit noyau de matière grise ; ces deux noyaux se réunissent au commencement du quatrième mois de l'embryon humain (4), au commencement du troisième du mouton, sur le milieu du quatrième du veau et du cheval. Delà jonction des deux petits noyaux résulte la glande pinéale , qui de cette manière est primitivement double , comme chez certains reptiles ; ce n'est qu'à la fin du quatrième mois de l'homme , du veau et du cheval , qu'on voit apparaître les pédoncules postérieurs. Je dois néan-
(1) PI. II,fig. 5i, n°8.
(2) PI. II,flg. 74,n"4- (5) PI. II, fig. 70, n»5.
(4) Ibiiir.
EMBRYON DES MAMMfVÈRES. I 'jg
moi IIS observtH* que sur des embryons de chien, de chai et de lapin, â l'aide du microscope, j'ai cru distinguer les deux piliers postérieurs avant les antérieurs; mais dans ce cas, commedansle précédent, la glande pinéale était bifurquée : sur quatre embryons de chien , elle avait la forme d'un cœur dont la pointe était en arrière. J'ai suivi ce mécanisme avec d'autant plus de soin , qu'on voit qu'il est directement opposé aux idées de MM. Gall et Spurzheim.
Après que les piliers antérieurs ont ainsi produit en avant les fibres du septum , et en arrière celles de la glande pinéale, lorsque celles-ci s'en détachent , on les voit se placer sur la face supérieure des couches optiques , ce qui arrive vers le milieu du troisième mois ; en même temps que les piliers antérieurs s'élèvent ainsi du noyau médullaire des éminences blanchâtres , et se portent, après s'être recourbés, d'avant en arrière, les piliers postérieurs s'avancent d'arrière en avant , formant d'abord une frange roulée (i) en arrière, et des dentelures très-prononcées en dehors (2); leur réunion s'effectue un peu en avant de leur partie moyenne (3) : vers la fin du cinquième mois, ou au milieu du sixième, des lames transversales les réunissent en avant et en arrière en môme
(1) PI. II, fig. 70,n'4.
(a) PI. II, fig. 70, n'5et6.
(3) PI. II,fig. 70,0*7.
l6o ANATOMIE COMPARÉE DU CERVEAU,
temps; ces lames sont entrecoupées de traînées de matière grise qui permet de distinguer les fibres médullaires , beaucoup plus fortes en arrière ; ce sont les fibres de la lyre : souvent au sixième mois , les fibres transversales postérieures ne' sont pas jointes. Placées dans l'eau distillée, elles sont soulevées par le liquide et écartées les unes des autres; quelquefois leur réunion n'a lieu qu'au commencement du septième mois; au huitième, la voûte est très-bien développée, et a une étendue plus grande que celle qu'elle doit conserver proportionnellement chez l'adulte. Je dois faire remarquer ici , que la voûte se forme en arrière par l'intermède du plexus choroïde, sur lequel elle semble superposée.
Telle est la manière compliquée dont se conjuguent les lobes; on voit que cette conjugaison s'effectue au moyen de faisceaux qui ont des directions bien différentes : ceux des commissures antérieures et postérieures , ceux qui composent le corps calleux, la partie postérieure de la voûte, sont transversaux , et ont une direction convergente , puisque , naissant des parties latérales des diverses parties des hémisphères, ils marchent concentriquement à la rencontre des uns des autres , et se joignent sur l'axe médian des deux hémisphères ( i ) . Au contraire, les faisceaux qui doivent former les piliers de la voûte, ont une direction très-différente ;
(i) Tiedetnann nie l'existence de i es faisceaux rentrans.
EMBRYON DES MAMMIFÈRES. l6l
les antérieurs moulent d'abord verlicalemcnt du centn' blanchâtre des éminences mamillaires , se courbent ensuite , et se portent d'avant en arrière , sur la partie supérieure des couches optiques; vers la partie médiane de ces éminences , ils rencontrent les lames des piliers postérieurs, qui , nées en arrière, remontent d'arrière en avant, et viennent se réunir aux faisceaux des piliers antérieurs. Les pédoncules antérieurs de la glande pinéale se forment aussi d'avant en arrière, et marchent dans une direction analogue à celle des piliers antérieurs ; les lames du septum suivent, au contraire, comme les piliers postérieurs , une direction d'arrière en avant pour aller rejoindre les lames qui descendent de la base du corps calleux (i). C'est par la réunion de tous ces faisceaux que se forment et se circonscrivent le troisième ventricule , les deux grands ventricules latéraux , leurs prolongemens inférieurs , la cavité du septum lucidum , et les ouvertures que l'on a si improprement nommées vulve et anus.
(i) Quelque compliquées que paraissent ces diverses formations, elles sont le résultat nécessaire des lois de développement du système nerveux; je regrette beaucoup de n'avoir pu donner les figures qui indiquent les marches diverses de tous ces faisceaux fibreux.
ï62 ANATOMIE COMPARÉE DU CERVEAU,
TABLEAU COMPARATIF
Des dimensions de la Couche optique dans les différent âges de l'Homme et de C Em,bryon humain.
DIAMÈTRE
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